Votations: une idée si petite

Je viens de remplir mon bulletin de vote par correspondance. J’ai fait ça à toute vitesse, mes décisions étant prises depuis bien avant de recevoir l’enveloppe, et les lectrices et lecteurs fidèles de ce blog vont deviner sans peine où j’ai mis mes petites croix : deux fois OUI. Mais j’ai quand même lu consciencieusement la brochure d’information, et j’ai été frappée par une curiosité stylistique : la répétition de la même expression dans les recommandations négatives du Conseil Fédéral et du Parlement pour l’une et l’autre des deux initiatives (voir rubrique «en bref», p. 5 et p. 7).

Aux yeux de nos autorités, l’initiative sur les entreprises responsables va trop loin, quant à l’initiative sur l’interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre, elle va clairement trop loin. Dans le deuxième cas, l’adjonction de l’adverbe clairement laisse transparaître, classiquement, l’inquiétude que le message ne soit pas si clair que ça. D’autant plus que la deuxième moitié de la phrase (L’initiative va clairement trop loin et ne permettra pas d’éviter les guerres) fait penser à la fameuse plaidoirie de défense d’un avocat peu porté sur la logique : mon client n’a pas tué la victime et d’ailleurs c’était de la légitime défense. Quoi qu’il en soit, l’idée est identique d’un texte à l’autre, et elle est si petite que c’est une non-idée.

La Suisse est un petit pays où ne pas aller trop loin est une seconde nature : une fraction de seconde de déconcentration quand on est aux manettes d’un FA-18, et on se retrouve à l’étranger sans s’en apercevoir. Il faut croire que cette contrainte territoriale a déteint sur la pensée politique. De crainte d’aller trop loin, les gens qui nous gouvernent s’autorisent rarement à tout simplement voir loin. Voir un monde futur dont la prospérité globale serait bâtie sur d’autres ressources que celles actuellement disponibles à court terme dans les pays économiquement dominants, utilisées depuis toujours et qui ont soi-disant fait leurs preuves : entre autres l’exploitation des populations pauvres, la destruction de l’environnement, la production d’engins faits pour tuer.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

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