A mes lectrices

La question m’a déjà été posée deux ou trois fois, et a même donné lieu, il y a quelques mois, à un embryon de débat : pourquoi les commentateurs de mes chroniques sont-ils si rarement des commentatrices ? Pourtant, j’écris sur des sujets de culture et de société, pas sur les stratégies des entraîneurs de foot, et même, assez souvent, sur les rapports entre les sexes, qui sont censés intéresser tout spécialement les femmes.

Je n’ai pas les moyens de faire des statistiques, mais un coup d’œil approximatif sur les autres blogs du Temps m’a permis de constater que le mien ne fait pas exception : sur n’importe quel sujet, les hommes interviennent beaucoup plus souvent que les femmes. Sont-ils plus nombreux à s’intéresser aux blogs en général ? C’est possible, pour des raisons que les sociologues des médias n’auront certainement pas de peine à expliquer. Mais cela n’infirme pas une autre hypothèse parallèle, à savoir que, même à égalité de nombre, les lecteurs de blogs ouvrent leur bec plus volontiers que les lectrices.

Rien de nouveau sous le soleil. Quand elles ne sont pas interpellées ad personam, les femmes sont souvent réticentes à s’exprimer en public, même si elles en savent long sur la matière débattue, tandis que beaucoup d’ hommes ont tendance à émettre leur précieux avis même quand personne ne l’a spécifiquement sollicité. N’avez-vous jamais remarqué, par exemple, qu’à certaines conférences où le public est aux quatre cinquièmes féminin, ce sont plutôt les rares hommes présents qui, au moment des questions, assurent l’animation ?

Cela vient de très loin, et le volontarisme ciblé ne suffit pas.  Le Temps s’est donné du mal pour réaliser une quasi-parité entre blogueurs et blogueuses. Mais qui pourra réparer  le déséquilibre archaïque entre deux catégories de la population, dont l’une est encouragée depuis des millénaires à exercer le pouvoir de la parole, poussée par le message social à considérer indispensables ses opinons parfois tout à fait dispensables, et l’autre que l’on a enjointe à «se taire dans l’assemblée» (apôtre Paul) ? L’injonction a beau ne plus être d’actualité, elle laisse apparemment des traces inconscientes même dans les assemblées virtuelles que sont les blogs. Alors, chères lectrices, si vous n’êtes pas d’accord avec mon hypothèse, faites-le savoir !

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

27 réponses à “A mes lectrices

  1. C’est un appel au crime, votre article! J’en partage l’analyse, mais je profite de l’occasion pour “la ramener”! Autre hypothèse: les femmes ne s’expriment pas seulement pour exister et faire du bruit (“regarde maman comme je sais sauter haut et loin!”), mais pour apporter quelque chose au débat. Bien des commentaires masculins n’apportent rien au débat, ils meublent l’espace comme ils en ont si souvent l’habitude. Une femme réfléchit deux fois avant de se lancer, le fait en étant sûre que sa contribution ajoute une pierre à l’édifice. Comme en classe, où une jeune fille ne choisira une discipline scientifique que si elle a au moins 5 de moyenne, là où un garçon se lancerait avec seulement 4. Bref, quelqu’un avait que l’égalité serait atteinte le jour où on élirait ou on choisirait une femme incompétente à un poste de direction. Je dis que l’égalité sera atteinte quand il y aura autant de trolls femmes que de trolls hommes… Mais quelle pollution on aura là de l’espace public…!

    1. Je suis d’accord avec l’analyse de votre début de commentaire, mais pas avec sa conclusion. Comme souvent on demande encore aux femmes de s’adapter et de devenir des “hommes comme les autres”.

      Pourquoi ne pas plutôt demander aux hommes de se tenir aux même standards que ceux auxquels on tient les femmes dans l’espace public ? Est-ce si compliqué de faire une auto-critique avant d’appuyer sur “envoyer” et de vérifier si :
      1. on ne reformule pas ce que quelqu’un d’autre a déjà commenté
      2. notre commentaire a un rapport quelconque avec le sujet
      3. on écrit de manière claire et concise, pas seulement pour le plaisir de se relire
      4. on est sûr.e de ses sources
      5. on reste poli.e dans notre ton et on évite les formules condescendantes vis à vis de nos interlocuteur.ices
      J’ai suffisamment foi en l’intelligence humaine pour me dire que même les personnes élevées dans le privilège d’être un garçon dans une société patriarcale sont capables de ça !

      Aussi, pour l’étudiant qui s’inquiète du silence en amphi si les hommes se taisent, quel est le problème avec le silence? Si personne n’a rien d’intéressant à dire, autant se taire non?
      De plus, le silence crée l’opportunité. Il laisse aux personnes moins assurées, moins éloquentes, plus prudentes l’espace et le temps nécessaire pour pouvoir s’exprimer.

  2. Le Temps confie aux blogueur.s.es, le choix de selectionner, ce qui n’est a mon avis qu’une lachete
    (besoin d’audience pour se rassurer, faux sentiment de liberte d’expression et bla, trolls garantis).

    Enregistrement prealable (meme sous pseudo, mais verifie) et apres 3 agressions, (impolitesses, attaques ad hominifemen) loin du bal et sans sommation.

    Sorry, j’ai un nouveau clavier hispano-americain que je ne maitrise pas 😉

    1. Chère Madame, et si tout simplement les femmes n’aimaient pas roter comme les hommes? Mes commentaires ne sont guère que cela, on se manifeste comme on peut. Ce désir irreppressible de se manifester. Avec mes plus grands respects pour la discrétion féminine.

      1. En publiant ces deux derniers commentaires, masculins et drôles (j’aime l’esprit….), j’admets mon échec. Mis à part deux exceptions, je ne suis pas arrivée à susciter des commentaires de la part des lectrices, que j’avais pourtant lourdement interpellées. Ceci ne fait malheureusement que confirmer la justesse de mon analyse, piètre consolation.

  3. Bien aimé la contribution de Fraises des bois. Qui m’a l’air d’être bien plus jeune que moi. Je dois avouer que je n’ai plus le droit de lire Tintin (de 7 à 77 ans) et que mon éducation fut une merveille d’élevage “fais la vaisselle et tais-toi”. Or donc, compte tenu de cela, les nanas – vieillissantes – sont plutôt retenues et n’étalent pas trop leurs idées-opinions. Sauf moi. Alors, qu’est-ce que j’ai dû entendre, dans le bon mauvais temps de ma jeunesse: tu causes comme un homme! On dirait pas que t’es une femme. Sois gentille et tais-toi! Bon, bref, me suis apparemment pas trop laissé faire. Y a qu’à lire les commentaires que je commets ici. Mais, maintenant, je compte beaucoup sur les générations nouvelles pour briser complètement ce moule de la retenue et jeter les débris aux chiottes. Il n’en reste pas moins vrai que Fraise des bois a raison: les femmes ont aussi plus de jugeote à propos de bien des choses, y compris à propos des propos à tenir.

  4. C’est curieux, mais cette théorie selon laquelle les femmes sont moins enclines que les hommes à jacasser et donner leur avis sur tout, va à l’encontre d’un très ancien, tres ancré et très fort stéréotype misogyne, selon lequel, au contraire, les femmes ont la langue bien pendue et ne cessent de papoter, chez le coiffeur, à la couture, au salon de thé, sur la place du marché, à la lessive, avec leurs amies, partout et chaque fois wue l’occasion leur est donnée.

    Un exemple classique de cette réputation des langues féminines qui vont bon train, est la chanson d’Emile-Jacques Dalcroze: les bonnes dames de Saint Gervais.

    https://m.youtube.com/watch?v=dpDGFtrwVM0

    Est-ce que contrairement aux fontaines où leurs grand-mères faisaient la lessive, l’Internet inhiberait la volubilité naturelle de ces dames? Ou est-ce que c’est le féminisme et l’émancipation qui les a privées de tous leurs moyens d’expression? On se demande.

    1. Ce sont les deux faces d’une même pièce sexiste.
      “Les femmes ne sont bonnes qu’à jacasser, elles parlent beaucoup mais leurs paroles n’ont pas de valeur. Ce sont des commérages privés (cf vos différents exemples). La prise de parole experte, d’autorité, publique est le monopole des hommes.”
      Cela vous paraît caricatural? Les préjugés ont la peau dure. Et les discriminations qui en découlent aussi.
      https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/coronavirus-il-y-a-toujours-aussi-peu-de-femmes-expertes-presentes-a-la-television-1217835

  5. Je pense qu’on pourrait vous proposer de signaler que votre blog ne peut être commenté qu’en “mixité choisie”, c’est à dire sans homme blanc cisgenre surtout de plus de 50 ans…c’est assez mode non?
    Ca pose sa femme par les temps qui courent.
    Ce ne serait peut-être absolument pas démocratique et totalement sexiste, mais ce n’est pas ça qui devrait arrêter une féministe, c’est même l’essence de son combat.
    Si vraiment nos avis sont oiseux, suffit de le dire, nous éviterons probablement d’y publier nos avis et nos réactions puiqu’en tout état de cause, nous ne sommes là que pour “ne rien dire d’intéressant”.
    Bon, ce ne sera pas très bon pour le scoring évidemment, mais vous ne manquerez pas de me dire que mieux vaut être seule que mal accompagnée.
    Donc, je m’attends à un ban tout à fait dans la ligne du parti… si j’ose dire. Pourquoi pas.

    1. Bon, il faudrait savoir ce que vous voulez, Monsieur PDO, ainsi que M.Wilhelm dont je n’ai pas passé le deuxième commentaire parce qu’il était d’un ton franchement désagréable: que je ne passe pas vos commentaires pour pouvoir me reprocher d’être sexiste à l’envers ou que je les passe pour pouvoir me reprocher de vouloir faire de l’audience? En réalité, vous faites l’exacte démonstration du phénomène sur lequel je m’interroge, ce sentiment de légitimité absolue dans l’expression publique que vous avez trouvé dans votre berceau en tant que bébés garçons. Je n’ai rien contre, vous apportez de l’eau à mon moulin, et je trouve toujours de l’intérêt à vous lire. Quant à M. Martin, je me permets de vous faire observer que mes considérations ne portent pas sur le jacassement à la fontaine mais sur le fait d’émettre une parole d’autorité sur l’état du monde. C’est très ennuyeux si vous ne voyez pas la différence…

  6. Oh, ma chère Madame Lempen (vous me permettrez le”chère”, nous ne nous connaissons pas, c’est juste une formule de politesse très convenue, mais il faut tout de même faire preuve d’un minimum de civilité, même fallacieuse dans la profondeur du sens même du mot), moi je ne veux rien du tout.

    Je me borne à commenter ce que je perçois dans vos écrits, et je le concède – il faut rester juste – dans ceux de vos camarades qui ont publié les commentaires précédents. Je ne veux rien, parce que je m’en fiche grave: ce n’est qu’un blog. Pas ma vie. Mais c’est tellement tentant de faire part du ressenti qu’on peut avoir à la lecture de certains passages. Et assez logique, tout de même, de réagir dans ce genre d’exercice de publication.

    Bien sur que c’est légitime de répondre, cela semble vous étonner. N’est ce pas le but même d’un blog?
    Nous n’avons pas la même vision des choses? La belle affaire! Entendre l’autre – quitte à s’opposer à ses vues, c’est cela la démocratie. Je me permettais de le faire remarquer dans ma publication précédente.

    De même, je ne le fais pas sytématiquement: vous constaterez que je n’interviens pas sur certaines de vos textes qui ne m’interpellent pas. Nullement Troll donc, mais si ça rassure certaines de considérer qu’un Troll, c’est quelqu’un qui n’a pas les mêmes opinions qu’elles, pour moi c’est bon. Toujours prêt à faire plaisir, perso.

    Qu’y puis-je si les femmes/filles/personnes du sexe féminin (ou assimilé(e)s, voyons large) s’expriment peu? Vous semblez me le reprocher… vous sous-entendez que c’est moi (et les autres hommes de manière globale) qui les inhibent… sans rire? Pourquoi donc ne se sentiraient-elles pas légitimes à s’exprimer?

    Vous m’excuserez de le dire, mais sur ce coup là, vous semblez les considérer comme de grosses nouilles. Ce que je ne fais pas. Tout masculiniste MGTOW que je suis (il parait que c’est ainsi qu’on devrait me classifier, m’a t’on dit), je peux vous assurer que des filles de caractère, brillantes, drôles, talentueuses, il y en a. Ca existe. J’en connais. Et qui sont tout à fait capable d’exprimer leur pensées. Et qui ne s’en privent pas. Et en plus, qui s’offrent le luxe de le faire élégamment.

    Bon, j’essaye toujours d’être bref (pour ménager ma propre paresse et celle des autres).
    Apologises. Mais j’ai déjà tenté de sabrer considérablement dans ce qui me venait à l’esprit. Pour autant que j’en aie un, bien sur. On n’est pas prêts d’épuiser le sujet des reproches des femmes aux hommes, et des hommes aux femmes. Tout le sel de la vie! 🙂

    PDO

  7. En premier lieu, je tiens à encourager les femmes à s’exprimer et participer ainsi au débat, tout particulièrement lorsque cela permet d’enrichir la diversité des sensibilités. Car, c’est une conviction personnelle, l’intelligence nait de la diversité des sensibilités. Cela me semble si évident et naturel que je ne comprend pas l’utilité d’une approche vindicative et acide. Toutes ces généralités érigées en critiques puis en doctrine: les hommes sont comme ceci… les femmes sont comme cela… Un peu d’amour dans ce monde de brutes et de frustrés par pitié!
    Non, les femmes ne sont pas baïlonnées, elles sont même 66 à tenir un blog dans ce journal. Bien sûr ce n’est pas tout-à-fait la majorité, mais…

  8. La réponse aux questions que vous vous posez est peut-être plus simple : ce blog est un lieu de rencontres entre personnes plutôt âgées qui partagent des idées fortement ancrées sous la mise en pli. Quelques hommes sont sensibles à cette jolie et paisible atmosphère, ils viennent occasionnellement pour boire une gorgée de thé chaud en goûtant à un petit biscuit aimablement offert, cela les rassure et leur remonte le moral. Il est donc heureux que de tels blogs existent à côté de ceux où l’on ne fait qu’échanger des opinions différentes. Et puis les femmes ? Pourquoi ne viennent-elles pas ? Les plus âgées se gênent d’exprimer en public leurs peines et leurs joies d’anciennes militantes qui luttent contre les rhumatismes. Quant aux plus jeunes qui ont la vie devant elles, il ne faut pas s’étonner que le sourire et les larmes des doyennes du féminisme leur coupent les jambes. Ce ne sont donc pas les blogs en général qui ne suscitent pas d’intérêt chez les femmes, mais l’air qu’on y respire, comme la lavande en petits sachets dans l’armoire de grand-maman…

  9. Extrait d’un article publié par Julie Rambal dans Le Temps le 21 mars 2018 :
    “….une étudiante en master à l’Université de Berkeley a décortiqué, dans le cadre de son mémoire, les milliers de commentaires laissés anonymement sur le forum «Job Market Rumors», très prisé des étudiants et enseignants en économie. Résultat: les termes majoritairement associés aux femmes étaient: «super-canon», «lesbienne», «bébé», «anal», «mariage», «féminazi», «traînée», «vagin», «excitée», «secrétaire», «shopping», «vieille»… tandis que les principaux mots associés aux hommes étaient: «mathématicien», «conseiller», «motivé», «objectifs», «Nobel» et «philosophe». Conclusion: même quand les politiques en matière d’égalité sont bien là, réussir à aller dézinguer les clichés misogynes enkystés dans le cerveau de certains est une autre paire de manches…”

    RAJ. Autrement dit: rien à ajouter.

  10. Super Canon: cool. J’aimerais bien qu’on me le dise encore à mon âge. Qui n’aimerait pas être super Canon? C’est plutôt un compliment. Même pour un homme.

    Lesbienne: Ben oui, ça arrrive. 10% de la population environ est constitrué de gens à tendance ou velleité homosexuelle. Je suis hétéro, mais si d’aventure on me traitait de pédé (tout dépend de l’intention mise dans le terme), bah ce n’est pas bien grave. Tout le monde peut se tromper! Et ce n’est pas anodin: la satisfaction par le sexe, c’est tout de même un des top-plaisirs aussi, qu’il soit recto ou verso. Bon, de fait, le lesbianisme est tout de même suspect pour une part: il recèle autant de violence physique ou morale que dans les couples hétéro. Même si c’est conseillé par les féministes (voir les dernières publications sous le label” le lesbianisme à tout prix plutôt que l’hétérosexualité”. =Voir “féminazis” plus loin.

    Bébé: Ben oui, à part les femmes, qui donc peut en produire? Rationnel aussi donc d’associer les deux termes. Et puis, c’est la paire de menottes (ah ces délicieuses petites menottes enfantines) qui permet de modérer le mâle un peu volage par nature. Pratique.

    Anal: Ben, ça, on aime ou pas. C’est comme le camembert. Mais c’est bien d’être un peu aventureu(x)se dans la vie et de sortir des sentiers battus. Il faut parfois voir autre chose que Genève et son parc. Après, on décide d’adhérer ou pas (si j’ose dire).

    Mariage: C’est une vieille tradition. Mais bon, l’amour est volatile. Si on veut être aimé(e) de manière totale, absolue et désintéressée, ce serait mieux d’adopter un chien. Les risques d’échec sont moins nombreux.

    Féminazis.: Bah, il y a des tas de filles sympa aussi. Certes, c’est une calamité ces gens, mais il ne faut pas jeter le bébé (voir le terme cité plus haut) avec l’eau du bain.

    Trainée: Avec “salope” c’est plutôt un compliment. Pour moi bien sur, pour vous, c’est à vous de voir.

    Vagin: Voire “mariage” et “bébé”. Les uns ne vont pas sans les autres.

    Excitée: Ca, c’est tout un taf. C’est le résultat à atteindre. Mais ce n’est pas toujours simple: il faut du doigté. Si j’ose dire encore une fois. Et puis “ce sont les mauvaises langues qui disent que certaines femmes sont frigides”. Pour les autres, ça va assez bien, merci.

    Secrétaire. On en trouve beaucoup. Profession assez prisée des femmes, contrairement aux jobs salissants comme manutentionnaire dans une aciérie ou une coulée de fonte, lesquels sont moins valorisants et beaucoup plus salissants. Et risqués. Juste bon pour les mecs quoi. En tout cas, moi qui ai fréquenté ces lieux, malgré “l’égalité d’accès aux professions pour les deux sexes”, je n’y ai jamais vu une fille. Un peu comme les blogs qui sont plus fréquentés par les hommes, j’imagine. (Ceci est un clin d’oeil lourdement appuyé):-)

    Shopping: C’est d’actualité. C’est le premier aout ici. Moi qui n’aime pas les foules, j’hésite à y aller. Je devrais? Ou pas? La décision est en suspens. Vous en pensez quoi?

    Vieille. Oui, moi aussi j’ai une vieille auto. Rien à voir avec le féminisme. Si on fait une recherche sur le mot “vieille” dans un texte et qu’on compte les occurences, je ne pense pas que le mot “vieille” soit déterminant du sexisme et des femmes. C’est à peu près aussi fiable statistiquement que “les femmes gagnent 20% de moins que les hommes”.

    Passons à l’adversaire:

    Mathématicien: C’est flatteur ça? Un mec chiant quoi. A fuir. Vite et loin. En plus il a des chances d’être radin.

    Motivé: Par le c.l bien sur. Tout le monde sait que les hommes sont de gros obscédés. Petite exception dans le sens du mot: “bon, c’est vrai qu’avec Marlène, il faut être motivé”. Dans ce contexte, c’est nettement moins porteur. Largement.

    Conseiller: A mettre en parallelle avec “ce ne sont pas les conseilleurs les payeurs” Méfiez vous et consultez votre horoscope… c’est plus sur.

    Objectifs: “David Hamilton avait deux objectifs: le deuxième couvert de vaseline, le premier étant de faire du pognon” (Tribute to Jean-Louis Sieff) .

    Nobel: 24 par an au maximum. Pas la peine de pavoiser les mecs.

    Philosophe: Je le suis assez. Mais je perds un peu cette belle capacité devant les conneries que je peux lire, voir ou entendre parfois.

    ( Au moins, il y a moyen de rire un peu sur ce blog. Ne prenez pas la vie trop au sérieux ma chère Carole, nous n’en sortirons de toute manière pas vivants!)

    PDO

    1. Trop bidonnant, au point que ma hernie (comme toutes les calamités, les hernies sont du genre féminin), qu’il m’a fallu six mois pour mater, est repartie pour six autres. Sans refaire cette édifiante liste à la Prévert point par point, voici quelques “add ons” qui me viennent en tête, au hasard:

      “Vieille” – une employée avait traité un jour ma mère de “sale vieille vache”. L’affaire s’était réglée devant le juge de paix quand ma mère, qui avait d’abord déposé plainte, l’avait retirée après avoir fait cette mise au point: “Sale, oui, vache, passe encore, mais vieille, alors ça, non!”.

      “Lesbienne” — c’est plutôt un compliment, puisqu’il a pour origine l’île de Lesbos, patrie de Sappho, championne du féminisme avant la lettre. Pour celle-ci, l’homosexualité n’est pas un vice, mais un acte politique, visant à contester le machisme au pouvoir à son époque (VII-VIe siècle av. J.-C.). Et, au contraire des militantes du MLF dans leur exhibitionnisme récursif devant micros et cameras, la poétesse de Mytilène savait le dire avec classe:

      « Allez au temple radieux de la belle Héra, Lesbiennes, en formant des danses légères. Là, organisez en l’honneur de la déesse un chœur magnifique : Sapho le conduira avec sa lyre d’or. Qu’à ses accords vous danserez avec joie ! Oui, vous croirez entendre le doux hymne de Calliope elle-même. »

      — Anthologie Palatine, IX, 189 (trad. Fr. Jacobs, 1863).

      Si Sappho prépare les jeunes filles au mariage, elle ne veut pas cependant qu’elles subissent le sort habituel des femmes grecques dont le statut à cette époque est parfaitement résumé dans cette formulation : « Nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieur.” Non, ce n’est pas UIi Maurer qui dit ça, mais le Pseudo-Demosthène, dans “Contre Nééra”, 122.

      Aujourd’hui, Sappho serait sans doute fichée au Casier Judiciaire Central pour troubles à l’ordre public. Rien de nouveau sous le soleil à cet égard, donc. Quant à son physique, le papyrus 1800, qui date du IIIe ou IIe siècle av. J.-C., la décrit comme “laide, noire et toute petite”, et pour Maxime de Tyr, elle est aussi “petite et noire”. Sappho elle-même parle de ses cheveux noirs, qui commencent à blanchir et l’un de ses fragments peut laisser penser qu’elle ne se considérait pas comme belle. Ce point est confirmé par la XVe Héroïde d’Ovide, texte qui paraît dans l’ensemble suivre de près les oeuvres de Sappho elle-même. Bref, à en croire ses hagiographes, cette sainte du féminisme serait un véritable remède contre l’amour.

      Aujourd’hui, du fait de sa position géographique, l’île de Lesbos, sa patrie, se trouve en première ligne pour gérer l’arrivée de réfugiés transitant par la Turquie. A constater les troubles qui y règnent en permanence, on peut supposer que le message subversif de la lyre de Mytilène y couve encore sous la cendre.

      Mariage – “Tout homme désire mariage. Cocuage est inévitable”, dit Frère Jean des Entommeures à Panurge, venu l’interroger sur la grave question de savoir s’il doit se marier ou non (Rabelais, Gargantua). “Le mariage est un viol par procuration. On ne sait pas ce qui est pire, la solitude d’avant ou celle d’après” (Fourier). Le célibat n’offre-t-il pas tous les avantages du mariage sans devoir en subir les inconvénients?

      Bébé – Je reconnais mon incompétence en la matière, vu que je n’en ai jamais eu – du moins aucun qui m’ait été rapporté par voie officielle.

      Secrétaire – Au masculin: petit meuble destiné aux affaires courantes, sur lequel on peut se reposer ou non. Pareil au féminin.

      Traînée – Ne pas confondre Beaujolais-Village et beau gilet volage. Excitée – Femme folle à la messe, femme molle à la fesse.

      Anal, vagin (et dérivés) – C’est le lexique des néo-sapphistes du LGBT.

      “Sicelis Musae, paulo majora canamus.
      Non omnes arbusta juvant, humilesque miricae.
      […]
      Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regna…”

      De Virgo à virago, il n’y a qu’un transfert de tropes.

      Non, on ne s’ennuie pas sur le blog de Madame Ricci Lempen.

      1. Fort joli, J.Calame.
        Belle interprétation qui m’a fait rire aussi.
        Juste pour faire intello (ce que j’essaye en général d’éviter désespérément) je rajouterais que le petit pastiche très début de sciècle de Pierre Louïs “Les chansons de Bilitis” est un ad on version vision masculine des aventures de Sappho.
        J’aime bien sortir des textes oubliés et couverts de toiles d’araignée des greniers de la mémoire. Juste pour le plaisir.

        PDO

  11. Allez, je ramène encore une fois ma fraise…
    Votre interrogation (et votre souci) est-elle partagée par les jeunes générations, entre 15 et 30 ans, disons? Je me pose la question.
    Car ces jeunes-là ont été biberonnés au principe d’égalité, ils et elles en ont entendu parler au moins à l’école, peut-être à la maison en famille, sûrement dans la rue et dans les médias. Pour beaucoup, l’égalité n’est même plus une question à débattre, y compris pour les jeunes hommes, qui ont appris que de nettoyer la cuvettes des WC ou de coudre un bouton n’est pas une tâche par définition féminine. Et pour les jeunes filles aussi, qui ont appris à ne plus se plaindre et à réparer le siphon qui coule et à planter un clou toutes seules.
    J’observe que les jeunes filles et les jeunes femmes prennent la parole autant que les garçons et les jeunes hommes. Et elles le font très bien. Le ton est différent, le timbre de la voix aussi (eh oui, il faut s’habituer à ce que des choses sérieuses soient dites avec un timbre doux et plutôt élevé, que n’a-t-on pas reproché à la Présidente du Conseil national?), mais la réflexion est solide, les compétences indiscutables.
    Mais voilà, quand cette moitié de la population s’exprime, agit, réfléchit et exige, c’est de la concurrence. Qui dit concurrence, dit bataille. Le choix des armes laisse alors songeur car les attaques sous la ceinture (ou juste au dessus) sont le plus souvent le fait des hommes (y compris dans les médias). Qu’on me cite une critique de bas étage de la part d’une femme politique! Du genre de celles que Christiane Brunner a dû subir quand elle était candidate au Conseil fédéral… Les femmes s’expriment, et en plus, elles doivent acquérir un cuir assez épais pour ne pas se laisser déstabiliser par ces critiques d’ordre personnel (coiffure, habillement, ton de voix, physique…). Critiques qui signent la faiblesse de ceux qui les profèrent, assurément (quand on est à court d’argument, on attaque la personne). Les hommes encaissent sans doute des critiques d’ordre personnel aussi, mais moins sur leur physique que sur leurs compétences, mises en doute. (Quoique… quand les enjeux sont vraiment énormes, on parle de milliards de francs donc, les adversaires font feu de tout bois. Voir cet éminent professeur de Marseille, le Prof. Raoult, dont les compétences et la réputation scientifique ne sont plus à démontrer: on l’attaque sur ses cheveux longs et son apparence, sa bague de rockeur, ET sur ses compétences. C’est compréhensible car le traitement qu’il utilise avec succès et qu’il défend ne pèse pas bien lourd en termes financiers dans le futur marché des traitements contre la Covid-19).
    Les anciennes générations, disons dès 40 ans, ce sont elles les “coupables”, ce sont elles qui coupent les ailes des jeunes en général, des jeunes femmes en particulier. Avec les moyens du bord, à savoir les vieux réflexes misogynes qui traînent encore dans un coin de leur tête…
    Sincèrement, je suis d’avis que tout cela est en train de changer. Lentement, durement, mais les aspirations – égalitaires, entre autres – des jeunes générations viendront à bout des résistances des anciennes, comme cela arrive toujours. Elles doivent absolument persévérer. Comme j’aime à le répéter: “La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe”…

  12. Etant étudiant, c’est un phénomène que j’ai souvent remarqué sur les bancs de l’Université. Même s’il y a une majorité de femmes dans un cours, le cadre participatif est souvent animé par une majorité d’hommes, même quand les femmes sont (parfois) directement interpellées …
    En atteste d’ailleurs les commentaires à cet article: étant un homme, je ne fais pas exception à votre analyse.
    Et pourtant, si la situation est un fait (souvent) certain dans la plupart des discussions, je me suis souvent posé la question: que peut-on faire en tant qu’homme? Car l’avis des femmes est extrêmement intéressant. Pas parce qu’elles sont femmes mais car il est toujours enrichissant d’entendre la voix de tout le monde … Du coup, quelle serait les voies que vous préconiseriez pour sortir de cette impasse?
    J’ai personnellement déjà tenté deux stratégies ayant plus ou moins de succès:
    1. Dire aux autres hommes de moins voire pas prendre la parole. Ça fonctionne plus ou moins. Le risque est d’atteindre un gros silence que personne ne se décide à briser.
    2. Interpeller directement les femmes en leur posant directement des questions. Le résultat est également plus ou moins le même. Si certaines participent avec plaisir, d’autres ne font qu’une phrase et se taisent ensuite.
    Il va de soi que mes observations (tirées de mes ressentis personnels) ne sont pas une constante car je connais également des femmes qui n’ont aucune inhibition à participer et à prendre la parole. Mais pour ma part, j’ai quand même noté que ce n’est pas la majorité.
    Bref. Que conseilleriez-vous aux hommes? Verriez-vous d’autres stratégies?

    1. Merci pour votre commentaire, qui me fait plaisir parce qu’il semble émaner d’une personne jeune (puisque vous êtes étudiant?). Je pense que la seule stratégie valable est la sensibilisation, des hommes comme des femmes. En parler, comme je l’ai fait dans ma chronique, en m’exposant à une salve de réactions masculines, dont j’ai publié une partie parce qu’elles font justement réfléchir à la profondeur où le problème est enraciné dans l’inconscient collectif. Et comme vous le faites en me répondant. Demander aux hommes de réfréner ce qu’un autre des commentateurs a appelé le désir irrépressible de se manifester, effectivement, ça ne marche pas (pour les femmes qui ont envie de s’exprimer aussi, d’ailleurs!). Comme je l’ai écrit, l’asymétrie vient de très loin.

  13. Merci à Damiano qui m’encourage à faire confiance aux nouvelles générations. Elles feront ce ménage.
    Quant à PDO et Calame, pas difficile de deviner leur situation temporelle. J’ai bien rigolé en lisant leurs interprétations de la liste à la Prévert. Le mur du son est pulvérisé. Le cas de dire: “Qu’importe le signifié du signifiant du significatif, pourvu qu’on ait le dernier mot.”

  14. Ma théorie

    1) La générosité: Les hommes sont plus généreux que les femmes quand il s’agit de partager un savoir ou une idée. La femme a plus d’intelligence pour accumuler et exploiter pour elles-mêmes les connaissances
    2) La Pudeur: fait que les femmes écrivent moins sur les BLOGS tout comme elle regarde moins les passants dans la rue pour ne pas s’exposer et se faire suivre, si par malheur un homme imagine qu’elle sourit
    3) La honte de se comparer aux hommes: Voyant que les hommes racontes beaucoup d’âneries sur les BLOG, elles ne veulent pas, en général, en faire autant
    4) Biologique: L’ homme trouvent le plaisir en éjectant et la femme en recevant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *