Documenti, per favore?

 

Mardi 30 mai, début d’après-midi, le train parti à 12h.23 de Milan à destination de Lausanne et Genève vient de franchir la frontière. Dans le wagon de seconde classe, chacune et chacun vaque à ses occupations plus ou moins bruyantes, et l’apparition de la police suisse, accompagnée d’un brave chien renifleur de drogue qui ne trouve rien à renifler passe quasiment inaperçue. Personne n’esquisse même le geste de farfouiller dans son sac ou dans sa poche, il n’y a en principe plus de contrôles d’identité entre l’Italie et la Suisse.

Sauf exception, bien sûr. Le policier, qui parcourt distraitement des yeux les alignées de sièges, s’arrête à ma hauteur et interpelle (tout à fait aimablement) le jeune homme assis en face de moi. Vingt-huit ans peut-être, une bonne tête sympathique, jean et fraîche chemisette à carreaux, il tripote son smartphone comme tout le monde mais n’abuse pas de la communication verbale : c’est tout juste si, depuis Milan, je l’ai entendu parler brièvement à voix basse avec une personne qui doit être sa mère de l’imminente sortie de l’hôpital de quelqu’un qui doit être son père.

Documenti, per favore ? Il réprime un petit soupir, un haussement d’épaules infinitésimal, dont la signification est claire : évidemment. Avec un sourire, il sort de son portefeuille une carte d’identité italienne. Le policier se contente de la voir, ne la consulte pas,  fait signe que c’est bon et s’éloigne, sans adresser la même demande à aucun autre passager.

Il faut dire que, dans ce wagon, c’était le seul Noir.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

4 réponses à “Documenti, per favore?

    1. Bien sûr que non, d’ailleurs j’ai relevé l’amabilité du policier. J’ai seulement raconté une petite histoire vécue, qui m’a fait réfléchir à la différence de traitement réservée, dans nos sociétés à majorité «blanche», aux personnes ayant une peau d’une autre couleur.

      1. Oui, je comprends, vous avez d’ailleurs aussi relevé que le chien renifleur était un brave chien!

  1. Rassurez vous Mme Lempen, vos petits enfants, si vous en avez, vivront une toute autre réalité que vous. Eux, comme blancs, seront une minorité ethnique puisque, tout le monde le sait, si on continue comme ça la population blanche sera minoritaire en Europe dans deux générations et peut-être même avant.

    Et alors là, vous pouvez être certaine que les choses se paseront différemment que pour ce brave Italien bazané dans vous nous parlez avec tant de touchante tendresse.

    Le contrôleur sera noir, la majorité du compartiment sera musulmane et bazanée. Et c’est votre petit fils, le seul blanc, qui se fera demander son passeport.

    Seulement ça ne se passera pas forcément dans la joie et la bonne humeur. Il y a fort à craindre que vos petits enfants, quand les blancs seront minoritaires, seront traités avec beaucoup moins de gentillesse et de respect humain que les blacks le sont aujourd’hui dans notre société bisounours où ce sont des antiracistes de gauche comme vous qui donnent le ton.

    La question que je me pose est celle-ci: Quand vos petits enfants souffriront de racisme dans leur propre pays, maudiront-ils leur grand-mère, qui par ses engagements politiques et par ses petits textes larmoyants dans les blogs du Temps, aura contribué à rendre possible ce désastre?

    Vous ne serez pas là pour le savoir, me direz-vous. Eh oui, c’est ça. Cette génération gauchiste vieillissante qui a préparé tout ça ne payera pas les conséquences de ses aberrations.

    C’est révoltant.

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