Et si le 8 mars n’existait pas ?

Je ne sais jamais la veille comment je vais vivre une journée du 8 mars, ni dans quel état d’âme je vais être portée tout au long de la journée. Constatant avec effroi chaque année que le marketing surfe sur cette date à des fins commerciales, lisant les commentaires acerbes et sexistes de ceux et celles qui n’aiment pas que l’on bouscule l’ordre établi et répétant l’essentiel : il s’agit des droits des femmes…

Cette année, ce jour a probablement des nuances particulières, celles des couleurs de l’Ukraine, celles des visages et de la force des 17% de femmes présentes au combat, de celles qui préparent des cocktails Molotov pour accueillir les envahisseurs assoiffés de massacre sous les ordres absurdes de leurs chefs, de celles qui sont mortes, de celles qui sont blessées, de celles qui fuient seules l’horreur, avec enfants, parents, proches, dans l’espoir de trouver un espace de paix, pour avoir tout simplement le droit de vivre et d’appartenir à l’humanité.

Fuir l’horreur, fuir la puissance de la terreur orchestrée par un seul homme, cet homme construit sur un modèle de domination absolue, dont la violence et la mort représentent les moyens d’assouvir ses propres ambitions….ce n’est pas le seul, ni de l’Histoire, ni du présent.

Détruire Vs Créer…

Ce 8 mars 2022 nous invite à rester humble.

Je me suis questionnée, lors de cette nuit de fin d’hiver où le mot guerre a percuté notre réalité, si mes propres actions ici et mon quotidien avaient encore un sens. Comment pouvais-je transmettre à mes enfants l’envie de se projeter dans un avenir entre crise climatique, guerre, pandémie et inégalités sociales ?

Et pourtant, dans cette quête égalitaire, en empruntant des chemins chaque jour pour contribuer à ce que notre société soit plus inclusive, j’ai envie de crier la raison d’être du 8 mars.  Au nom des femmes ukrainiennes victimes de la guerre, au nom des femmes russes aussi, victimes d’un régime patriarcal totalitaire, au nom de toutes les femmes et de tous les hommes qui œuvrent pour un monde meilleur, et pour les autres, ceux et celles qui n’ont pas encore pris conscience des bénéfices d’une société égalitaire, ceux et celles qui regardent les mouvements féministes d’un œil condescendant, agacé ou indifférent.

Le droit des femmes est universel, œuvrer ici pour une meilleure représentation des femmes dans les sphères stratégiques est compatible avec la conscience des violences faites aux femmes et de leurs conditions de vie inacceptables partout dans le monde.

Utopie diront les uns, foutaise diront les autres, tu n’as pas mieux à faire ? Toi qui es une femme privilégiée, en bonne santé, dans un pays riche et tranquille… C’est vrai. Et non, je n’ai pas mieux à faire.

Et si le 8 mars n’existait pas ?

Deux hypothèses.

Il pourrait s’agir d’un monde égalitaire qui a été construit sur un autre modèle que celui de la domination et de la puissance, alors décréter une journée internationale des droits des femmes n’aurait pas de sens, l’égalité ferait partie de l’ADN de cette société, comme l’intelligence collective et l’inclusion. Wow…

Autre possibilité, le monde tel qu’il est aujourd’hui, tiraillé entre l’Histoire et la conscientisation des urgences climatiques, inégalités sociales et des aberrations géopolitiques, où l’absence du 8 mars serait le choix du silence…donc l’aveu d’impuissance à manœuvrer pour un monde meilleur.

Je choisis l’optimisme réaliste, je choisis de croire que le 8 mars est un des véhicules pour porter la voix des droits des femmes ici et ailleurs, et oui, je le fais ce matin devant mon ordinateur, au chaud, en observant la quiétude et la beauté du printemps qui s’éveille sous mes yeux, en contraste avec le flot continu des informations venant du front…

Debout !

Sigolène Chavane

Manager de services durant 17 ans, puis consultante, formatrice et coach dans le domaine de la gestion de carrière et du management, elle est titulaire d’un Master en ‘Human Systems Engineering’. Co-fondatrice de l’association SEM Succès Egalité Mixité et de Artemia Women Executive Search, elle aime accompagner les organisations à plus de cohérence managériale et de diversité hommes/femmes.

3 réponses à “Et si le 8 mars n’existait pas ?

  1. Merci, chère Sigolène, pour ce message fort! J’apprécie beaucoup en ces temps tellement bousculés!
    Avec toute mon amitié Elisabeth

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