Credit Suisse et le casino de la finance globale

La restructuration de Credit Suisse pourrait coûter très cher, ne serait-ce qu’à ses collaboratrices et collaborateurs à travers le globe, mais peut-être également à une partie non-négligeable de sa clientèle privée, voire, en fin de compte, à l’ensemble des contribuables en Suisse.

Tout d’abord, une part significative du personnel travaillant pour Credit Suisse va devoir passer à la trappe, bien que la majorité de cette force de travail ne soit aucunement responsable des graves problèmes financiers que son licenciement est censé aider à résoudre, mais qui découlent en réalité des choix des hauts dirigeants de cette banque d’origine suisse – qui n’a aujourd’hui de suisse que le nom.

Cette situation peut en outre engendrer une augmentation des coûts pour les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises, qui voudront ou devront chercher une autre banque auprès de laquelle obtenir les lignes de crédit nécessaires pour le financement de leur propre production. Ce changement d’établissement bancaire comporte en général une augmentation du taux d’intérêt débiteur, étant donné que la nouvelle banque ne connaît pas l’historique de l’entreprise débitrice. De là un facteur supplémentaire tirant les prix à la consommation vers le haut, dans la mesure où les entreprises qui seront amenées à payer des taux d’intérêt plus élevés vont de ce fait renchérir les prix de vente de leurs biens ou services. C’est par conséquent l’ensemble des consommateurs en Suisse qui en sera négativement affecté, à une époque où les facteurs du renchérissement du coût de la vie sont déjà nombreux et difficiles à résoudre pour le bien commun.

Qui plus est, on ne peut pas exclure que la Confédération – avec le support de la Banque nationale suisse (BNS) – doive intervenir pour « sauver les meubles » de Credit Suisse, notamment en ce qui concerne la gestion patrimoniale, quitte à abandonner une grande partie des activités de sa banque d’investissement, activités qui sont à l’origine de ses problèmes financiers. À cet égard, le plan de sauvetage d’UBS (en octobre 2008) pourrait inspirer les autorités fédérales, avec l’espoir (qui n’a cette fois que peu de chance de se concrétiser) de réaliser somme toute des bénéfices. C’est ce qui semble avoir été le cas lors de la liquidation des actifs toxiques que UBS avait pu mettre dans une « bad bank » appelée SNB StabFund, où SNB est l’acronyme anglais de la BNS – le même acronyme de la Saudi National Bank, à savoir la plus grande banque commerciale d’Arabie saoudite devenue récemment le premier actionnaire de Credit Suisse, avec presque 10% du stock de son capital-actions.

Comme l’a expliqué le professeur Marc Chesney dans Le Temps du 14 octobre 2022, les difficultés financières de Credit Suisse illustrent la débâcle de Casino Suisse. Il serait judicieux que les responsables de Credit Suisse le reconnaissent et changent leur fusil d’épaule avant qu’il ne soit trop tard pour l’avenir de cette banque ainsi que pour une grande partie de sa force de travail. Or, le plan de restructuration annoncé à la fin du mois passé ne laisse présager rien de bon pour l’ensemble des parties prenantes. Le risque que les contribuables suisses soient à nouveau contraints de passer à la caisse afin d’éviter la mise en faillite d’une institution financière aussi importante sur le plan systémique ne peut désormais plus être écarté.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

18 réponses à “Credit Suisse et le casino de la finance globale

  1. Que mes plus sincères compliments accompagnent la formidable et courageuse analyse de mon très cher et estimé ami, le Prof. Dr. Sergio Rossi Ph.D, ainsi que la brillante analyse du Prof. de finance quantitative et Directeur du Département de banque et finance durable de l’Université de Zurich, le réputé Dr. Marc Chesney. Auteur notamment du livre percutant « La crise permanente : l’oligarchie financière et l’échec de la démocratie ».

    Bien à vous

    P.R

  2. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison Master class : La petite histoire d’une cabale ?

    Cette restructuration de la banque universelle et systémique – CREDIT SUISSE – pose à nouveau des questions tant sur les responsabilités de nos homo-politicus que celles de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Pour avoir voulu préserver quelques points de PIB à n’importe quel prix, l’on serait presque amené à croire qu’une cabale fut fomentée aux plus hautes strates de État contre l’Intérêt général et le bien commun. Rappelons-nous qu’au 15 septembre 2008 (date de la faillite de la quatrième banque d’investissement aux États-Unis, Lehman Brothers), la Suisse restait encore plus dépendante que d’autres pays de son secteur bancaire qui représentait 10% du Produit Intérieur Brut. En effet, s’il est aussi un secret de polichinelle qui remonte déjà au colloque de Walter Lippmann organisé à Paris – du 26 au 30 août 1938 – durant lequel se tiendra un cercle d’influence composé de 26 économistes mondiaux et des intellectuels « libéraux » pour discuter de la capacité du libéralisme à faire face aux problèmes de l’époque, c’est aussi une des premières fois où les participants s’interrogèrent pour savoir s’il convenait de conserver le mot « libéralisme » – ou bien d’adopter celui de « néo-libéralisme » – dans la continuité à démolir le modèle keynésien via cette guerre des Chapelles menée par les monétaristes au profit des extrémismes. Parallèlement, dans le sillage des opportunités et de la nouvelle modélisation anticipée du secteur financier, une importante banque d’investissement sera créée en 1932 aux États-Unis, la First Boston. Tandis qu’en Suisse, « pays où la neutralité est un gage d’excellence » et où le secret bancaire sera institutionnalisé durant WW2, le pays attendra la fin de la seconde guerre mondiale pour jouer son atout en accueillant le siège de la Société du Mont-Pélerin qui sera fondée par les économistes Friedrich August von Hayek et Ludwig von Mises en 1947. La première réunion, à laquelle participent trente-six personnalités a eu lieu à l’Hôtel du Parc au Mont-Pèlerin, sur les hauts de Vevey. Ce réservoir d’idées (think tank) de promotion du « néo-libéralisme » sera ainsi financé, comme on le sait, par des banquiers et patrons d’industrie helvétiques (Pharma, etc) – ce quasi même genre de groupes d’influences (au travers du « lobbying», cette fois) qui n’a d’ailleurs jamais cessé sa générosité auprès de quelques partis politiques suisses cooptés. D’ailleurs, à raison, la théorie des choix publics (Public Choice) ne postule-t-elle pas que l’État, à l’instar de Dédale, s’est enfermé dans les méandres de sa propre construction? Ceci étant, pour revenir au changement de paradigme qui s’est véritablement opéré sur le plan mondial durant les années 70/80 – tout d’abord, « le 15 août 1971, en annonçant unilatéralement la fin de la convertibilité en or du dollar américain, le président de l’époque, Richard Nixon, aura sonné le glas des accords de Bretton Woods. Les taux de change ont été libéralisés et plutôt que d’être fixés en fonction de la valeur du dollar américain (taux de change fixe), les devises sont désormais déterminées par l’offre et la demande de chaque devise sur les marchés (taux de change flottant). Puis ensuite, dans les années 1980, s’est amorcé un mouvement de libéralisation des taux d’intérêt. Les États sont ainsi passés d’un mode de financement de leurs déficits par la planche à billet (l’émission de monnaie) à un financement sur les marchés financiers (par l’émission d’obligations). Depuis, les taux d’intérêt en vigueur pour une économie sont déterminés par l’offre et la demande de titres obligataires » (1) – et enfin, ses premiers volets déjà ouverts sur un monde nouveau offriront l’énergie nécessaire à la financiarisation afin d’imposer sa « Loi du marché », puis les seconds, avec l’abrogation du « Banking Act 1933 » (Glass-Steagall Act) et la «Loi de modernisation financière Gramm-Leach », supprimeront toutes les barrières entre les banques commerciales, les sociétés de placement et d’investissement et les assurances, créant de fait les conditions-cadre d’une coopération plus étroite des trois secteurs en augmentant l’emprise et les relations incestueuses des prédateurs financiers sur l’économie américaine, puis mondiale. Au courant de cette période, nous verrons se profiler une coopération de la banque d’investissement américaine, la First Boston, avec une importante banque helvétique : Le CREDIT SUISSE. Leurs fiançailles seront prononcées en 1978 et dix ans plus tard, le Credit Suisse fera l’acquisition d’une participation de 44,5 % dans la First Boston par la fusion de First Boston et Credit Suisse. Cette nouvelle entité financière par alliance portera ce nom en 1988:

    Credit Suisse First Boston (CS First Boston)

    Deux années plus tard, en 1990, le Credit Suisse (maison mère) augmentera sa participation dans CS First Boston. Mais à partir de décembre 2002, au terme d’une année marquée par la suppression de 3 900 postes dans cette filiale et une perte record de 3,3 milliards de francs suisses pour la maison mère, CS First Boston se verra imposer une amende de 11,4 millions de francs pour avoir entravé une enquête des autorités japonaises dans les années 90. Credit Suisse se verra ainsi contraint en 2003 de vendre Pershing (filiale du CS First Boston) pour 2 milliards de $ à la Bank of New York. Peu après, Credit Suisse First Boston sera l’une des dix banques d’investissement à avoir signé un compromis à 1.4 milliard de $ sur la question de l’indépendance de l’analyse financière via un accord amiable en 2003 avec la SEC (« Securities and Exchange Commission », organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers) et l’association des courtiers américains.

    En 2006, la marque Credit Suisse First Boston disparaîtra à la suite d’une restructuration du Credit Suisse Group (la maison mère de la Paradeplatz à Zurich)

    2006 sera également l’année calendaire de tous les dangers car la mèche de la crise financière de 2008 sera allumée par le président de la Fed (Banque centrale américaine) lui-même : Alan Greenspan – fervent monétariste – considéré alors comme l’économiste des économistes – fera chavirer le taux directeur de la Fed ancré à 6.5 % en 2000 jusqu’à 1 % le 25 juin 2003 ; mais comme tout ce qui descend fini par remonter et qu’un « hawk » se focalise sur la stabilité des prix, le resserrement monétaire verra le taux directeur de la Fed évoluer successivement de 1 % à 5.25 % le 29 juin 2006 (la mise à feu). Arrêtons-nous à présent sur ce jeune et brillant étudiant diplômé de l’University of Chicago Booth School of Business, dont un courant de pensée économique, bien spécifique, circule au sein de cette l’École – « la Mecque du néo-libéralisme américain, le Temple des monétaristes et la grande Usine des Chicago Boys envoyés au Chili sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet, afin d’y instaurer aux forceps un pseudo Miracle économique ». Ce courant dominant de pensée est régulièrement associé au nom de l’économiste orthodoxe américain (monétariste) Milton Friedman – lequel, dans une tribune du « The New York Times du 13 septembre 1970 » (2) avait déjà agencé les éléments de sa thèse défendant la régulation (néo) libérale de l’entreprise capitaliste post 1970: « L’entreprise n’a qu’une responsabilité sociale, celle d’utiliser ses ressources et de mener des activités visant à maximiser ses profits dans la mesure où elle respecte les règles du jeu, à savoir qu’elle livre une concurrence libre et ouverte sans escroquerie ni fraude ». Toutefois, nous nous devons de considérer que « les profits réalisés le sont au bénéfice des actionnaires », ceci en référence à une citation de l’économiste Milton Friedman déclarant que la seule responsabilité sociale des dirigeants « n’est autre que celle de faire le plus d’argent possible pour leurs actionnaires » (Friedman, 1962). Ceci étant maintenant souligé, revenons à notre brillant étudiant américain qui, après avoir débuté sa carrière dans le groupe des dérivés chez Bankers Trust, ce fer de lance de l’École de Chicago sera embauché dans la continuité de sa carrière par Allen Wheat, pour rejoindre « Credit Suisse Financial Products » en 1990. La division des produits dérivés et structurés. En 1996, il sera nommé responsable de la division Actions, poste qu’il occupera pendant cinq ans avant d’être nommé Global Head of the Securities division en 2001. De 2002 à juillet 2004, il sera nommé Co-President Institutional Services chez Credit Suisse First Boston. Puis, deviendra Chief Executive Officer de la division (CS First Boston) – banque d’investissement – du Credit Suisse avant sa nomination depuis janvier 2006 à la maison mère du Credit Suisse à Zurich. Il était alors CEO Investment Banking et CEO par intérim Credit Suisse Americas. Dès 2007, il deviendra CEO du Group Credit Suisse. Cet étudiant ne fut autre que : Brady DOUGAN. Le même bonhomme qui pilotait le Credit Suisse lors de la débâcle de Lehman Brothers, le même Credit Suisse Group qui fut largement impacté par les produits structurés et titrisés avec pour émetteur Lehman Brothers. Le même Brady DOUGAN – surnommé dès 2009, le « Roi des bonus», année où son salaire avait atteint 90 millions de francs – qui, “bien évidemment, il va sans dire” – avec ses nombreuses connections dans le microcosme de WS – ignorait qu’en mai 2008 (soit quelques mois avant la mise en faillite de la quatrième banque d’investissement américaine, Lehman Brothers), un lanceur d’alerte (whistleblower) du nom de Matthews Lee, alors vice-président senior de 54 ans et vétéran de Lehman depuis trois lustres et dont le travail consistait à aider à superviser les activités de consolidation du bilan mondial de la banque d’investissement, écrivait une lettre à la haute direction de Lehman au sujet des opérations “repo 105” et “repo 108” qu’il considérait, par leur utilisation non conventionnelle, comme des irrégularités comptables qui masquaient en réalité la véritable exposition au risque de Lehman Brothers. Envoyée à la directrice financière de Lehman Brothers, Erin Callan, et au directeur des risques Christopher O’Meara, la missive explosive accusait également la société d’avoir fait des déclarations trompeuses au public et aux régulateurs. Mais « quand Erin Callan parlait, les gens écoutaient », comme ce fut le cas dans les deux mois ayant précédé l’alerte de Lee, lors de ce mois de mars 2008, après l’effondrement de Bear Stearns, elle-même succombant au piège du « moral hazard » de la sphère financière. Les marchés mondiaux étaient sous le choc. Beaucoup craignaient que Lehman Brothers ne soit le prochain à échouer alors qu’au sein du Credit Suisse Group (Credit Suisse Financial Products – La division des produits dérivés et structurés) poursuivait en masse sa commercialisation de produits structurés (dont Lehman Brothers n’était autre que l’émetteur, ce qui aurait eu pour avantage de procurer au Credit Suisse Group de juteux « Kickback »- rétrocommission ?) et, ce malgré les premières chutent des actions de la banque d’investissement américaine, Lehman Brothers, de 19 %… en une seul journée. Tandis qu’au sein de LB à Manhattan, Erin Callan dépensait toute son énergie à rassurer les actionnaires paniqués et croyant (à juste titre) que Lehman Brothers était en face d’un Armageddon financier. Son PDG, Dick Fuld, ayant réussi à lui refiler la patate chaude! Sauf qu’un seul mois avoir débarqué de feu Lehman Brothers, Erin Callan acceptera un emploi dans une banque universelle dotée d’une division « Investment banking »: le Credit Suisse Group. Qu’elle finira pas quitter cinq mois plus tard alors que Credit Suisse Group était embourbé dans la tourmente de ses clients ayant souscrit aux produits structurés combinés du CS/LB tout d’abord, avant que la banque qui progresse voilée,  systémique et aux origines helvétiques, connaisse, elle aussi, dans le sillage du sauvetage de la banque aux Trois clés (UBS) par la BNS au travers de la société de portage « SNB StabFund » domiciliée à Berne (Suisse). Sauf que derrière les apparences, en lisant les actes des saisies immobilières aux États-Unis (débacle des subprimes) l’on pouvait y lire une autre société anonyme portant la dénomination  « Stabfund (USA) inc » inscrite dans l’état américain du Delaware. Selon toute vraisemblance, la Banque Nationale Suisse (BNS) aurait donc bel et bien créé une autre entité – offshore cette fois – elle-même détenue par la « SNB StabFund Kommanditgesellschaft für kollektive Kapitalanlagen » à Berne (3). Cette dernière fut fondée le 27 novembre 2008 par la BNS. Par ce tour de passe-passe, le rachat d’une partie non négligeable des actifs toxiques invendables de cette société de portage se fera essentiellement via la Fed qui créera « un nouveau marché ». En effet, la Réserve fédérale américaine, « par son rachat de 2000 milliards de dette immobilière pourrie aux États-Unis ne le fera pas pour sauver UBS, mais pour nettoyer l’ensemble du système financier américain » (4). Dans ces périodes nébuleuses, les regards critiques se sont essentiellement focalisés sur les déboires de la banque aux Trois-clés (UBS), alors que le tsunami du CREDIT SUISSE passait sous les radars avec ses atteintes en profondeur lors du scandale des produits titrisés toxiques. Cette entité de haut vol sera elle aussi remise à flot, mais via des fonds du Qatar – et une autorisation exeptionnelle de la FINMA – pour l’usage non conventionel d’un outil de recapitalisation : les “CoCo Bonds” (Contingent Convertible Bonds).

    Autant d’évènements qui, malheureusement, ne remettront en question des années d’errements financiers

    Lesquels se poursuivront en se matérialisant sous des formes variées jusqu’en 2022. Tout ceci, sous les yeux de nos homo-politicus et de « l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers » (FINMA) encoquillés dans un négationnisme pathologique. Enfin, il est tout de même paradoxal que dans le cadre de la nouvelle structure de scission de ses activités de marchés de capitaux, de conseil et de financement à effet de levier, le Credit Suisse Group (maison mère à Zurich) envisagerait – selon des sources proches du dossier –  de faire entrer en bourse CS First Boston. Ainsi, Credit Suisse Group conserverait toujours une participation importante dans CS First Boston mais, au fil du temps, réduirait sa voilure. Credit Suisse First Boston se concentrerait alors – comme société de portage – sur les actions américaines dans une activité “à faible capitalisation” pour soutenir les clients nationaux et étrangers. Le nouveau siège social de cette entité serait à New York, et Michael Klein (qui a participé à la restructuration du CS Group avec « la nouvelle division ») membre du conseil d’administration de Credit Suisse serait papable à la fonction de PDG de CS First Boston. De même que Blythe Sally Jess Masters (5) – conceptrice des « armes de destruction massive ; CDS » et membre du conseil d’administration du Credit Suisse Group – pourrait rejoindre nouvelle division CS First Boston. Laquelle, rappelons-nous, est également consultante pour le fond Apollo depuis 2021, le « Vulture fund » (fond vautour) de rachat américain que le Credit Suisse Group a choisi comme acheteur préféré de l’une des activités de trading de la banque. Ce même fond Apollo qui a investi dans Motive, une société d’investissement basée à New York et fondée par qui? Blythe Sally Jess Masters.

    De là à prétendre qu’il y a un conflit d’intérêts majeur, il n’y a qu’un pas qu’il n’est plus nécessaire de franchir !

    Ainsi, avec une nouvelle perfusion du Qatar et une autre de la Nationale Banque Saoudienne – ainsi que l’entrée des “fonds vautours” (Vulture funds) sur la carcasse – le Credit Suisse Group mérite plus que jamais son logo : La banque aux deux voiles. Et une réputation sulfureuse qui risque ensuite de lui être préjudiciable (voir fatale), mais a-t-elle vraiment le choix devant l’urgence? Ceci expliquerait-il aussi, en partie, pourquoi l’un des responsables des marchés des capitaux à Francfort-sur-le-Main – Joachim von der Goltz – quitte « le radeau de la Méduse helvétique » – après huit ans de service – suivant ainsi d’autres banquiers d’investissement dans des rôles clés au sein du Credit Suisse Group, tels que Jens Welter, co-responsable de la banque mondiale, qui n’a été nommé qu’au début de cette année 2022, et Daniel McCarthy, responsable des produits de crédit mondiaux.

    Dans notre pays, le législateur ferait certainement mieux de défendre plus souvent l’État de droit que les affaires d’État causées par des coquins, faute de quoi, l’on sera indiscutablement amené à croire qu’une cabale est organisée contre l’Intérêt général et le bien commun – en dépit de la démocratie – et pour le satisfecit tel que représenté par la« Public Choice Theory ».

      1. Bonjour Kamane,

        Au risque de vous choquer, c’est la “Triade” composée de nos homo-politicus successifs (financés par l’oligarchie des lobbies), de la Banque Nationale Suisse (seule banque centrale au monde à être cotée en bourse) et la FINMA (dont les relations incestueuses ne sont plus à prouver) qui porte un lourd poids des responsabilités. Et après l’on s’étonne que la place financière helvétique use et abuse du “Moral hasard effect”.

        Bien à vous

  3. Matière à penser:

    1) Tout à fait PASSIONNANTE, à écouter, et à faire écouter très vastement: cette discussion de haut vol, entre un mathématicien-économiste-théologien, un banquier et un prof. d’économie :

    http://www.youtube.com/watch?v=n7oj2m8B0iM

    2) Sur les connards, cette espèce qui « suscite une vraie toxicité de fond dans la société, préjudiciable pour le bien-vivre ensemble. (…) Ils portent tout de même une responsabilité écrasante dans la quasi totalité des maux qui nous affligent, depuis les questions de violences sexistes, de harcèlement au travail, les fake news, les incivilités, les problèmes dans les transports… Il démontre à quel point la quasi totalité de nos problèmes ont un lien peu ou prou avec un comportement connard, celui qui se refuse à respecter les rapports sociaux civilisés les plus basiques, se croit tout permis au profit de sa personne qu’il juge supérieure et qui pourrit de fait la vie des autres. »

    http://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-du-mardi-18-octobre-2022-6949554

    http://www.rts.ch/audio-podcast/2022/audio/connard-le-mal-silencieux-25874573.html

    http://www.letemps.ch/sciences/connards-conduisentils-mercedes-bien-mercedes-transformentelles-connard

    3) “Quand la connerie économique prend le pouvoir”

    http://www.seuil.com/ouvrage/quand-la-connerie-economique-prend-le-pouvoir-jacques-genereux/9782021399004

    http://www.youtube.com/watch?v=4-DFChT_EJc

    4) “Pourquoi les crises reviennent toujours”

    http://www.seuil.com/ouvrage/pourquoi-les-crises-reviennent-toujours-paul-krugman/9782757842010

    5) “La lutte des classes est terminée: les riches l’ont gagnée !”

    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-lutte-des-classes-est-terminee-les-riches-l-ont-gagnee-772275.html

    6) En résumé, selon Coluche: http://www.youtube.com/watch?v=RfadSaUxGs0

  4. La politique des petits copains d’abord

    Nos membres du Conseil (fédéral) d’administration auraient-ils besoin – à minima – de plusieurs cours de rattrapage ou ont-ils été depuis de nombreuses décennies en conflit d’intérêts avec l’Intérêt général?

    ♟Responsabilités des décideurs

    Les élections en démocratie ont plusieurs fonctions. La première, évidente, est la sélection des gouvernants.Toutefois, les élections ne se limitent pas à cette fonction sélective. Cette dernière s’accompagne d’une évaluation rétrospective des performances des gouvernants. Ainsi, les élections répondent également à un impératif d’”accountability”. Le terme vient de la pratique financière de comptabilité, de tenue des livres dans lesquels étaient enregistrés le montant et l’historique des avoirs, dettes et accords. Au-delà de cette pratique dite de “bookkeeping”, la notion d’”accountability” renvoie également à une pratique de “story-telling”, c’est-à-dire à l’histoire qui accompagne et justifie ces comptes, sur la base d’obligations à honorer et de potentielles conséquences à assumer.Traduite dans la sphère politique, la notion d’”accountability signifie que les gouvernants sont tenus de rendre compte de leurs actions et décisions auprès des citoyens”. Enfin, si un jugement hâtif fait incontestablement le jeu de la doctrine néo-libérale en désenchantant notre monde, gardons toutefois un esprit rationnel avec l’exploration de la salle des pièces à conviction qui s’accumulent depuis des décennies.

    ♟Responsabilités des relations incestueuses

    Afin de contrecarrer l’aléa des marchés, sans surprises, nous savons tous que les alchimistes de la finance ont su transformer le plomb en or, mais à quel prix? Certes, les institutions financières ont créé depuis des décennies des produits financiers destinés à couvrir le risque lié à la variation de la valeur des actifs, ou encore en transformant des Dettes en (pseudo) Actifs par le truchement de la titrisation exotique. Mais aujourd’hui, l’honnêteté intellectuelle de nos membres du Conseil (fédéral) d’administration est remise en question, car ces homo-politicus ne peuvent raisonnablement plus ignorer que l’économie de l’offre ne doit sa survie qu’à l’aide du levier du Crédit. Qui plus est, la politique des réserves factionnaires n’a-t-elle pas joué un formidable effet d’aubaine pour la “Supply-side economics” dans un environnement où la monnaie et le crédit ne sont toujours pas séparés? Comprenons-le une fois pour toute, car même l’ancien Directeur d’UBS, Sergio Ermotti, dans une passe d’armes avec le professeur Sergio Rossi, ne semblait pas connaître le fait que les banques commerciales (et non privées selon le droit helvétique) créent de la monnaie à partir du néant. Rappelons tout de même qu’avec ses centaines de milliards de francs d’”avoirs en compte de virement des banques commerciales” dans son bilan – comme principale source de financement de sa politique non conventionnelle – ce poste s’inscrit au passif du “Hedge Fund BNS” et représente donc des dettes vis-à-vis du secteur bancaire commercial (entre-autres envers les “Too big to fail”). Et comme chacun l’aura à présent compris, “le collatéral” est en quelque sorte l’épargne (les fonds) que les banques commerciales, les assurances, y compris la SUVA, les caisses de pension et l’AVS déposent auprès du “Hedge fund BNS”.

    ♟Responsabilités du “Hedge fund BNS” (Banque Nationale Suisse)

    “Une banque centrale peut-elle mettre en gage l’épargne de tout un pays pour financer sa politique monétaire ? Oui, la BNS a massivement mis à contribution le système bancaire suisse – ainsi que diverses institutions de prévoyance ! – pour financer sa très coûteuse politique d’affaiblissement du franc. S’appuyant sur la confiance traditionnelle du peuple suisse dans sa banque centrale, cette institution mal contrôlée n’aura pas hésité à s’empêtrer dans une alliance contre-nature avec la finance spéculative européenne. Elle aura ainsi elle-même créé les conditions d’un ébranlement économique majeur pour le pays dont elle était censée servir les intérêts. Ces errements inouïs ne sauraient toutefois être exclusivement imputés à la Banque nationale. Car la classe politique suisse, après avoir cautionné le bradage de la moitié de ses stocks d’or au tournant des années 2000, allait bientôt lui offrir la couverture légale nécessaire à la conduite d’une “politique non conventionnelle” explosive. L’ouvrage (Le crépuscule de la banque nationale suisse: La déroute financière annoncée d’une institution en faillite morale) de l’économiste suisse, Vincent Held, a le mérite d’aborder frontalement et sans détours un grand scandale de l’administration helvétique que les médias n’évoquent qu’avec des pincettes. Précis et choquant”. CQFD

    ♟État du bilan du “Hedge fund BNS” sur la période du 12. 2005 au 12.2019

    https://i0.wp.com/michelsanti.fr/wp-content/uploads/2019/12/BNS.png?w=541&ssl=1

  5. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (21): L’aléa moral (“moral hazard”) au service du crime organisé

    Ne nous laissons pas berner aussi facilement par le Credit Suisse Group, car au-delà de la vente d’une grande partie de ses actifs titrisés à Apollo Global Management – une manœuvre qui devrait augurer une nouvelle phase de réorganisation et l’aider à se concentrer vers des domaines plus traditionnels – il n’en demeure pas moins qu’en l’absence de changements dans sa culture interne, le Credit Suisse Group pourra encore emprunter la voie des institutions financières en faillite et déclencher une intervention réglementaire massive, un peu comme ce qui s’est passé en 2008 avec la chute de Lehman Brothers. Un avis partagé par de nombreux experts et analystes bancaires sur la planète. En effet, si des problèmes juridiques et financiers persistants et récents au sein du Credit Suisse Group, ainsi que ses problèmes de réputation ont éloigné les consommateurs, la décision du CS de réduire sa voilure en terme d’actifs titrisés passant de 75 milliards de dollars à 20 milliards de dollars en valeur, n’est pas un soulagement en soit pour l’Intérêt général.

    Encore une fois de plus, l’approche schizophrénique du story-telling du Credit Suisse Group est lamentable. D’ailleurs, lors d’un appel sur les résultats, le PDG du CS, Ulrich Körner déclara aux investisseurs: “Globalement, nos résultats pour le troisième trimestre 2022 ont été considérablement impactés par les conditions de marché et macroéconomiques toujours difficiles”. Ben voyons! Cette déclaration de Körner à blâmer les forces extérieures défavorables pour les malheurs de la banque, sans reconnaître à quel point les investisseurs, les consommateurs, et les autres acteurs du secteur bancaire peuvent avoir freiné des quatre fers devant cette banque systémique, nous montre à l’envi comment les biais cognitifs du PDG Körner et de la banque Credit Suisse ne paressent avoir enregistré les leçons de feu Lehman Brothers, et de la crise financière mondiale de 2008-09, puisque les malheurs actuels ont ouvert la porte à des possibilités inquiétantes rappelant celles de 2008. Toutefois, ne nous trompons pas, à savoir que les leçons furent bien apprises et jusqu’au bout des doigts. Aujourd’hui, “le crime paie!” D’ailleurs, comme J. Hooke, ancien vice-président de l’investissement auprès de feu Lehman Brothers – enseignant à la John Hopkins Carey School of Business – l’a laissé récemment entrevoir avec la culture d’entreprise de cette entité helvétique de haut vol: “- Quand vous le voyez apparaître constamment, comme vous le faites avec le Credit Suisse, quand quelque chose se produit encore et encore, je pense simplement que c’est un problème interne, une faiblesse dans la culture d’entreprise”. En fait, la récurrence de tels problèmes juridiques et financiers reflète généralement une culture interne qui ne met pas l’accent sur la probité et ne fait pas passer les intérêts des clients avant ceux des propres “commerçants” et dirigeants de la banque. J. Hooke, qui a aussi exercé chez Schroder Wertheim, ajoutera: “- Lorsque vous travaillez dans une entreprise, il y a une culture qui s’y rattache et j’ai généralement vu que si les employés pensent qu’ils peuvent s’en tirer avec quelque chose (bonus) sans trop de pénalité pour eux-mêmes (poursuites judiciaires) alors, ils vont s’en tirer avec ça!”

    Aussi, bien que la “Securities and Exchange Commission” (SEC) aux États-Unis et le régulateur en Suisse (Finma) où le Credit Suisse Group est basé, puissent prendre des mesures agressives contre certains cas de fraude, il est irréaliste de s’attendre à ce qu’ils enrayent toutes les malversations sans une culture interne dédiée à contrecarrer un tel comportement. Même si la SEC peut renvoyer des cas d’actes répréhensibles extrêmes au ministère américain de la Justice pour une éventuelle poursuite, les régulateurs n’ont peut-être tout simplement pas la capacité de “tuer tous les méfaits dans l’œuf”. C’est-à-dire qu’il est très difficile pour les régulateurs d’attraper tous les auteurs qui ont l’intention de les tromper; pour ce faire, les régulateurs doivent impérativement se fier sur la culture de l’entreprise elle-même pour réprimer sérieusement ce très mauvais “jeu de société”. N’oublions pas que c’est également – en partie – le résultat de l’incapacité à prendre des mesures appropriées face à des schémas de “conduite criminelle” qui ont mené à un gigantesque fiasco aux répercussions mondiales en 2008-2009. Et pour ceux qui s’inquiètent de la santé de l’économie helvétique avant tout et du système financier mondial, comprenons bien que l’incapacité à améliorer une culture interne d’entreprise où de tels méfaits se poursuivent de manière chronique présente également quelques possibilités peu attrayantes. Une banque d’importance systémique peut finir par faire faillite alors que les scandales, les poursuites et les amendes sans fin font fuir les clients et les investisseurs, ou le gouvernement peut devoir intervenir et appliquer des renflouements massifs et d’autres mesures musclées contraires au bon fonctionnement de la libre circulation des flux financiers. En clair, on ne peut pas laisser le Credit Suisse Group faire faillite car ça reviendrait à favoriser une panique financière presque comme celle que nous avons connue en 2009. Voilà la principale leçon retenue en cœur par nos prédateurs financiers systémiques surfant sur l’aléa moral (“Moral hazard”)!!! Rappelons-nous qu’à l’époque, le gouvernement américain a laissé Lehman Brothers faire faillite, ce qui a contribué à provoquer une grande récession et des événements économiques terribles pour le citoyen moyen. Laisser le Credit Suisse Group faire faillite pénaliserait les créanciers et les actionnaires à hauteur des risques; en théorie ce serait une bonne chose et cela corrigerait les mauvaises pratiques, mais dans la vraie vie cela causerait un choc au système dans son ensemble. De fait, nous sommes les otages d’un concept 2.0 du “laisser-faire”. Une bien triste politique suivie par des homo-politicus et des régulateurs en charentaises!!!

    En conclusion: Pour E. Kiss, professeur à la Robert H. Smith School of Business de l’Université du Maryland, “toutes grandes banques internationales opérant dans de nombreux pays et devant traiter avec des régulateurs dans de nombreux pays, vont avoir de gros problèmes que les petites banques travaillant dans un seul pays n’ont pas”, renchérissant de la sorte: “- L’histoire de l’effondrement de 2008-2009 montre qu’il est d’autant plus urgent pour ces banques de maintenir une solide culture de conformité et d’éviter les comportements totalement irresponsables qui pourraient encore les amener à avoir systématiquement besoin d’un renflouement dans le futur”.

    ♟”Moral hazard”: Les banques et les entreprises peuvent s’adonner au risque moral parce qu’elles pensent que le gouvernement leur donnera un filet de sécurité si le marché financier connaît un krach en raison de leur prise de risque. Le résultat est un gagnant-gagnant (win-win) pour ces entités car la prise de risque peut générer des bénéfices plus importants (et par analogie des bonus), mais est également couverte par un renflouement de l’État, donc une perte pour les contribuables qui paient la facture lorsque ces investissements risqués bouleversent l’économie. Est-cela le Libéralisme selon nos pères fondateurs ou s’agit-il du résultat radical de sa mutation? Un (néo)libéralisme radical devenu par essence un extrémisme!

  6. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (22): Le poids des maux (ou des mots?)

    Aïe, aïe, aïe, j’entends déjà les cris d’orfraie: “- Marxiste, Léniniste et j’en passe! RAYMOND a osé diaboliser le capitalisme et la liberté par analogie à l’ouvrage de Friedman, n’hésitant un seul instant à salir une œuvre clé de Hayek – The Road to Serfdom – en poussant encore plus loin le bouchon en accusant le libéralisme radical d’être un extrémisme: – Diantre, mais brûlez donc cet hérétique!”

    Néanmoins, avant cette action de société uniformisée, un jour, il sera universellement important de reconnaître les origines de classe du projet néolibéral visant à démolir le Libéralisme de nos pères fondateurs et qui a vu le jour dans les années 1970, lorsque une classe capitaliste était en grande difficulté et que les travailleurs étaient bien organisés et commençaient à répliquer. Comme le déclarait D. Harvey lors d’une discussion à New York – professeur émérite d’anthropologie au Graduate Center de la City University of New York et a auparavant occupé des postes de professeur à l’Université d’Oxford et à l’Université Johns Hopkins. Il a beaucoup écrit sur l’économie politique de la mondialisation – “à cette époque, les classes dirigeantes avaient besoin d’idées dominantes, ainsi les idées dominantes étaient que la liberté du marché, la privatisation, l’esprit d’entreprise, la liberté individuelle et tout le reste devraient être les idées dominantes d’un nouvel ordre social, et c’est l’ordre qui a été mis en œuvre dans les années 1980 et 1990”. En tant qu’idéologie dominante, “le néolibéralisme a été un brillant succès puisqu’à partir des années 1970, ses détracteurs keynésiens ont été écartés du milieu universitaire, des institutions publiques et des organisations financières comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale et exclus des médias”. Tout comme les partis politiques qui défendaient une sorte de préoccupation pour le bien-être du peuple.
    Le professeur Harvey ne s’arrêta pas là – loin s’en faut – en dénonçant les travers de cette idéologie mortifère. “Ce qu’il y a de bien avec la liberté du marché, c’est qu’elle semble égalitaire, mais il n’y a rien de plus inégal que l’égalité de traitement des inégalités” poursuivera-t-il, “elle promet l’égalité de traitement, mais si vous êtes extrêmement riche, cela signifie que vous pouvez devenir plus riche. Si vous êtes très pauvre, vous avez plus de chances de vous appauvrir. Ce que Marx a brillamment montré dans le premier volume de “Das Capital”, c’est que la liberté du marché produit des niveaux de plus en plus élevés d’inégalité sociale”. Pour Harvey, les tenants de cette idéologie prédatrice “ont abreuvé les universités de dons, à condition que les universités se montrent fidèles à l’idéologie dominante. Ils ont utilisé leur influence et leur richesse, ainsi que leur propriété des plateformes médiatiques, pour transformer la presse en porte-parole. Et ils réduisaient au silence les hérétiques ou les empêchaient de trouver un emploi. L’envolée des actions plutôt que celle de la production est devenue la nouvelle mesure de l’économie. Tout et tout le monde a été financiarisé et marchandisé”. D’ailleurs, au prisme du comportement pavlovien, qui se souvient qu’en 1944, Friedrich Hayek reçut une lettre d’un client de l’hôtel Claridge d’Atlantic City, dans le New Jersey. Il félicitait l’économiste, né en Autriche, pour son “grand” livre, ‘The Road to Serfdom‘ (La route de la servitude) dans lequel Hayek défendait l’idée que la planification économique constituait une menace pour la liberté. “Moralement et philosophiquement, je me retrouve profondément en accord avec vous”, disait la lettre. Le correspondant de Friedrich Hayek n’était autre que John Maynard Keynes en route pour la conférence de Bretton Woods, dans le New Hampshire, où il allait participer à l’élaboration du nouvel ordre économique de l’après-guerre. La chaleur des louanges surprendra ceux qui considèrent Friedrich Hayek comme le parrain intellectuel du thatcherisme, et Keynes comme le saint patron d’un capitalisme très dirigiste. Mais Keynes, lui-même, n’était pas un homme de gauche contrairement aux fausses idées répandues, mais un Libéral modéré. “La guerre des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie éclairée” avait-il écrit dans son essai de 1925, “Suis-je un libéral ?” Plus tard, il décrivit les syndicalistes comme des “tyrans, dont les prétentions égoïstes et partisanes doivent être combattues avec bravoure”. Il accusa les dirigeants du parti travailliste britannique d’agir comme des ” embrigadés d’un credo dépassé”, des “demi-semi-marxistes fabianistes marmonnants et rongés de mousse”. Ainsi, nous voyons déjà quel mal l’idéologie néolibérale a cherché au fil du temps – par tous les moyens – pour tenter de discréditer ses adversaires quitte à réécrire et manipuler l’histoire économique pour son plus grand profit. C’est-à-dire afin de permettre l’avènement d’une nouvelle forme de “société planifiée par les diktats de la financiarisation globalisée” et pilotée par des gouvernements devenus de plus en plus autoritaires. En ce sens, le libéralisme radical (néo-libéralisme) est devenu un extrémisme!

    Enfin, n’oublions jamais que l’Argent a maintenant (fin des accords de Bretton Woods) pour corollaire la Dette. Sans dette, pas d’argent et vis-versa. La création monétaire elle-même repose sur ce principe comme théorisé plus haut sur le fil. A ceci de particulier que le néolibéralisme ne génère que peu de richesse mais par contre beaucoup de dette, car son système andémique redistribue vers le haut (l’antithèse de la “Trickle down economics”) l’accumulation par dépossession. L’argument principal de l’accumulation par dépossession repose sur l’idée que lorsque les gens n’ont plus la capacité de fabriquer des choses ou de fournir des services, ils mettent en place un système qui extrait la richesse d’autres personnes.

    Ce paradoxe ne nous rappelle-t-il pas un autre régime épidermique?

    ♟Le Professeur D. Harvey est l’auteur de l’ouvrage: “A Brief History of Neoliberalism”

    1. Bien avant hier, s’était la faute au keynésianisme; avant hier la faute à la mondialisation; hier la faute à la pandémie mondiale; aujourd’hui la faute reviendrait au conflit géopolitique/climatique. Alors, avant d’oublier très vite l’année 2022, voici un court extrait de mon intervention datée du 15 décembre 2021 à 17 h 59 min.
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      (…) “Suffit-t-il d’observer les gains engrangés – avec les commissions – par les grandes banques d’investissement depuis janvier 2021. De Paris à New York, les opérations d’augmentation de capital, les SPAC, les introductions en bourse, les opérations LBO et les fusions-acquisitions ont dégagés pour 147 milliards de dollars de revenus (commissions) en douze mois. Du jamais vu depuis la crise financière de 2008. Et je fais volontairement l’impasse des stratosphériques profits réalisés par les “Pharma” durant cette pandémie – qui tombent sous le sens d’un juteux business comme un autre soumis à la loi du marché – même si d’après le FMI, la dette mondiale atteignait 226’000 milliards de dollars en 2020, soit 256% du produit intérieur brut (PIB) mondial” (…)
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  7. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (23): Le nouveau libéralisme nous a tue[r]

    Lorsqu’on évoque des “politiques néolibérales”, on se réfère généralement au “consensus de Washington” défini par l’économiste américain John Williamson à la fin des années 1980. Il a posé 10 principes: 1) discipline budgétaire forte, donc peu de déficits; 2) dépenses publiques avec un bon rendement ou une capacité réelle à réduire les inégalités engendrées par le marché; 3) diminution des taux marginaux d’imposition; 4) libéralisation des taux d’intérêts; 5) taux de change compétitifs; 6) libéralisation du commerce extérieur (abaissement des barrières); 7) ouverture aux investissements étrangers; 8) privatisation des entreprises publiques; 9) dérèglementation des marchés intérieurs; 10) protection accrue de la propriété privée (des capitaux, des brevets, des droits d’investir, de vendre et d’acheter).

    Or, effectivement, tout au long de leurs prêches, les ayatollahs du néolibéralisme ne proposent pas d’éliminer l’État (et pour cause!) mais d’en réduire la taille. D’ailleurs, Milton Friedman n’a-t-il jamais écrit que “l’existence d’un marché libre n’élimine évidemment pas le besoin de gouvernement, au contraire, le gouvernement est essentiel, à la fois comme forum pour déterminer les règles du jeu et comme arbitre pour interpréter et faire respecter les règles qui ont été adoptées”. Selon cette conception, celui-ci doit jouer un rôle limité et laisser une large place au marché. Ce qui demeure aujourd’hui au-delà de ses espérances puisque la haute finance domine le monde. Friedman écrira encore en paraphrasant Adam Smith, le fondateur du Libéralisme économique: “La main invisible [du marché] a plus fait pour le progrès que la main visible [de l’État] pour le retour en arrière”. Ou encore: “La concurrence du marché, quand on la laisse fonctionner, protège le consommateur mieux que tous les mécanismes gouvernementaux venus successivement se superposer au marché”.

    Étonnant n’est-ce pas? Car, avec suffisamment de recul, peu de temps avant le passage à l’an 2000, nous pouvions déjà qualifier ce maître à penser de psychopathe! En effet, le monde n’a jamais accouché d’autant de crises si rapprochées depuis les années 90 et, sans une intervention quasi inconditionnelle de l’État à plusieurs strates et envers la financiarisation débridée de nos économies modernes, le néolibéralisme n’aurait pu prospérer de la sorte. Comme quoi, la main bien visible de l’État aura fourni un terreau fertile à la main invisible du marché au point d’en avoir totalement perdu le contrôle. Et, en paraphrasant l’économiste américain Richard Thaler, nous pouvons sans crainte affirmer qu'”aujourd’hui les fous sont à la tête de l’asile”.

    D’ailleurs, une étude étonnante du psychologue canadien Robert Hare montre que dans le secteur financier, la proportion de personnes pouvant être qualifiées de psychopathes est bien plus élevée que dans la population normale. Parmi les personnes ordinaires, ce ratio serait de 1% mais grimperait à 10% chez les financiers. Et selon Christian Bayer, psychologue à Wall Street, la proportion pourrait être encore plus grande. Quant au journaliste Sherree DeCovny qui s’est penché sur le sujet pour le CFA Institute, de ses entretiens avec des psychologues, il en ressort que ces “psychopathes de la finance” ont généralement peu d’empathie et d’intérêt pour ce que les autres pensent ou ressentent. Mais ils présentent en général une façade plutôt sympathique. Charismatiques, intelligents et manipulateurs, ces profils de financiers sont généralement recherchés puisqu’ils ont des facultés à dissimuler les (leurs) errements.

    Ainsi, comment ne pas percevoir dans cette radicalisation du “Libéralisme” (par abus de langage), tous les ingrédients d’un extrémisme.

  8. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (24): Le paradoxe des imbécilités

    Lorsque le chroniqueur économique de l’Institut Mises – Charles Hugh Smith – Libertarien de surcroît, écrivait son billet s’apparentant à un truisme, il ne devait se douter un instant qu’il m’offrirait là du grain à moudre pour déboulonner un sophisme (traduction):

    [“Les banques centrales ont sauvé les parieurs de chaque baisse du marché. Cela a poussé l’aléa moral à un niveau proche de l’infini : puisque nous savons que la Fed (et les autres banques centrales) va nous sauver, aussi stupides, vénaux ou risqués que soient nos paris, alors pourquoi ne pas augmenter l’effet de levier, le risque et la fraude à chaque tournant ?

    En effet, pourquoi pas ? Avec les banques centrales fournissant un filet de sécurité permanent, il serait insensé de ne pas augmenter la taille et le risque de chaque pari. Compte tenu de cette suprématie de l’aléa moral imposée par la banque centrale, la seule conséquence possible a été la montée de la spéculation à des hauteurs vraiment vertigineuses , des niveaux extrêmes d’effet de levier et de risque complètement découplés de l’économie du monde réel. Dans cette maison de divertissement gérée par la Fed, les crypto-monnaies ont commencé alors que les blagues valaient des milliards de dollars – et malgré un manque total d’utilité, passé présent ou futur, elles valent encore des dizaines de milliards de dollars. Le spectre des spéculations similaires découplées des services publics s’étend à l’ensemble du système financier mondial. Les évaluations sont basées sur la liquidité de la banque centrale plutôt que sur des mesures du monde réel telles que les ventes, les marges, les bénéfices ou les améliorations de la productivité et de l’utilité dans le monde réel. La frénésie spéculative se résume à une dynamique simple : vendre le grésillement à un plus grand imbécile et empocher le profit. Plus le grésillement, la taille, l’effet de levier et le risque sont importants, plus les bénéfices sont importants. Dans cette maison de divertissement gérée par la Fed (et autres), investir dans l’augmentation de l’efficacité, de la productivité et de l’utilité – améliorer la vie humaine – est pour les perdants. Pourquoi s’embêter à investir dans des entreprises qui sont intrinsèquement risquées alors que vous pouvez frapper des millions dans la maison du plaisir de la Fed (et leurs cliques) sans créer de nouveaux biens, services ou emplois ? Cette dynamique de la maison d’amusement de la Fed a découplé les marchés de l’économie réelle et de toute prise de risque réelle. Risque? Il n’y en a pas parce que la Fed (et les autres banques centrales) “pivotera” toujours pour nous sauver. Malheureusement pour les parieurs, la manipulation de la banque centrale revient à tenir un ballon de plage sous l’eau. Tout est stable et prévisible tant que la balle est maintenue en toute sécurité sous la surface. Mais les conséquences ont leurs propres conséquences , et finalement la manipulation de la banque centrale organise un banquet de conséquences imprévues et incontrôlables : incitations perverses, rendements décroissants et retour à la moyenne pour n’en nommer que quelques-unes, et le ballon de plage leur échappe avec une volatilité déstabilisante.

    Le dernier creux organique (c’est-à-dire non manipulé) des actions remonte sans doute à 45 ans, à la fin des années 1970. Les parieurs et les investisseurs ont abandonné. Les courtiers étaient assis à leur bureau, fixant les téléphones qui avaient cessé de sonner. Les esprits animaux spéculatifs des années 1960 étaient finalement tombés en poussière. La frénésie spéculative du présent est exponentiellement plus grande, ce qui signifie que son effondrement sera exponentiellement plus déstabilisant et consécutif aux valorisations. Un fond véritablement négociable n’est possible que lorsque les spéculations basées sur l’aléa moral, les plus grands imbéciles et les soutiens de la banque centrale se dissipent toutes dans l’éther”]

    En introduction, comprenons bien que le président de la Fed du 11 août 1987 au 31 janvier 2006 ne fut autre que l'”économiste des économistes”, alias le “Maestro”, Alan Greenspan. En 1967, Greenspan s’impliquera dans la vie publique en intégrant l’équipe de campagne de Richard Nixon qui deviendra président des États-Unis en 1969. Le même Nixon qui mettra fin aux accords de Bretton Woods. En 1979, le “Maestro” rejoindra l’équipe de campagne présidentielle de Ronald Reagan qui deviendra président en 1981, avant d’être réélu en 1984. Donc le même cow-boys qui affirmait dans son discours d’investiture, le 20 janvier 1981 : “l’Etat n’est pas la solution à notre problème, l’Etat est notre problème”! Or, il est à noter que Alan Greenspan a été un ami de Ayn Rand en se définissant comme républicain libertarien. D’ailleurs, le pape du néolibéralisme, le saint-père du monétarisme, Milton Friedman, ne le considérait-il pas comme le meilleur gouverneur de la Fed?

    Pour mieux établir ce “paradoxe des imbécilités”, il convient de se pencher également sur un premier extrait d’une analyse pertinente d’un ancien conseiller de banques centrales de pays émergents: “…il est nécessaire de remonter dès l’année 2001 et à l’action généreuse de l’ancien patron de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, qui fut le grand protecteur des investisseurs. Sa stratégie de grand pourvoyeur de liquidités au seul bénéfice des intervenants de Wall Street permit aux investisseurs et aux spéculateurs d’éviter leur cauchemar absolu qui consiste en la vente de certaines de leurs positions afin de pouvoir en acheter – ou simplement conserver – une autre. Voilà donc pourquoi les actions, les bons du Trésor et les matières premières purent dès lors – de façon totalement aberrante, voire contre-nature – s’apprécier ensemble, et être partie prenante de la même orgie. Ainsi, alors que les marchés des actions et des obligations évoluent traditionnellement en sens inverse, le robinet des liquidités mis à disposition des “investisseurs” par la Fed devait autoriser l’annihilation de la notion même de risque. Comme il n’était dès lors plus utile de diversifier puisque l’on pouvait aisément retomber sur ses pieds grâce à l’argent et aux financements offerts par Greenspan, il devenait tout naturel que tous les secteurs s’envolent en même temps. Pour faire feu de tous bois et bien-sûr gagner sur tous les tableaux. Cette fuite en avant devait néanmoins créer une situation absolument inédite où la globalité des marchés financiers devenaient de facto corrélés, dans une sorte d’étreinte mortelle”.

    Néanmoins, s’il n’est pas totalement erroné de diaboliser les Banques centrales, nous devons bien comprendre – comme le précisait à très juste titre cet ancien conseiller des banques centrales – que c’est précisément “le rétrécissement du pouvoir des politiques, tétanisés par le renouvellement des échéances électorales, que les arbitrages des banques centrales déteignent aujourd’hui sur le domaine réservé aux élus. Pour remettre les banquiers centraux dans leur case, si notre volonté est que les technocrates ne fassent que de la technocratie, le préalable est que les politiques se remettent à faire de la politique, et surtout qu’ils l’assument. Non, les banquiers centraux ne peuvent éternellement réparer le pots cassés par les autres, ni se transformer en saints patrons des causes désespérées…”

    Et, si à la tête de la Fed fut nommé un ancien financier en lien profond avec WS, que la BCE reste pilotée par une technocrate et que notre BNS entretien des liens étroits avec ces deux notions, alors nos officionados du néolibéralisme devraient être comblés, non?

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2018/02/19/la-fed-soudoyee-par-la-finance-de-marche/#comments

    En conclusion: Pour avoir voulu créer des monstres idéologiques – à présent hors de tout contrôle – que toutes les parties prenantes au “paradoxe des imbécilités” ayant adoubé le précédent “nouvel ordre monétaire, économique, social et sociétal” des années 1970, assument leurs responsabilités, mais de grâce, épargnez aux hétérodoxes vos sophismes car on ne les entend que trop depuis plus de cinquante ans.

    P.R

  9. “Voyage dans le passé et le futur”

    Le passé m’a offert l’opportunité à une certaine époque, lorsque que le respectable financier Bruno Colmant – professeur d’Economie à l’UCLouvain – alimentait régulièrement un espace de partage sur l’Echo.be, d’échanger quelques passe-d’armes constructives. Monétariste convaincu à ses débuts mais néanmoins pas hermétique à d’autres Écoles de pensée, aujourd’hui l’économiste Bruno Colmant du cabinet de stratégie Roland Berger ne mâche pas ses mots sur certaines dérives du capitalisme dans le cadre de l’économie de marché. Ce qui est tout à son honneur!

    Comme dit l’adage en terme de virer sa cuti: “Il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis”.

    Extrait du podcast du professeur en économie – Bruno Colmant – qu’il me tenait à coeur de partager sur le blog de notre hôte.

    ****[“Les marchés fonctionnent par anticipation de la richesse future et donc l’économie de marché consiste en un capitalisme d’aspiration du futur, contrairement au capitalisme rhénan – qu’on a connu dans les années 60 et 70 – qui lui partage ce qui est accompli. On peut donc dire que l’économie de marché telle que promue par le néolibéralisme a transformé le vecteur du temps ce qui a entrainé une surexploitation de la nature. On veut une jouissance immédiate, au détriment de la nature qui n’a pas le temps de se régénérer”.
    ” Le néolibéralisme ne s’intéresse pas à l’humain, comme c’est un capitalisme d’anticipation, la valeur de l’humain est sa valeur circonstancielle du moment, il n’y a pas de projet pour l’humain et donc c’est un système qui conduit à l’épuiser. Le néolibéralisme ne s’intéresse pas à l’humain qu’il considère comme une externalité. La seule limite de l’humain, c’est sa limite biologique. Et donc c’est un capitalisme qui est par nature inégalitaire et qui surexploite la planète”.

    Pour Bruno Colmant qui enfonce le clou, le modèle de capitalisme porté par les néolibéraux est incompatible avec l’état social. “C’est ça qu’on constate maintenant en Europe. Les équilibres qui ont été patiemment construits après la guerre sont incompatibles avec les exigences ou l’intempérance de l’économie de marché. Et on ne s’en est pas tout de suite rendu compte car quand ce néolibéralisme s’est déployé dans les année 80, nous n’étions pas convaincus, nous citoyens, de l’efficacité de l’état”]**** RTBF.be

    Chapeau bas Professeur Colmant!

  10. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (25) : Le chant du cygne du Credit Suisse Group n’est prêt de s’arrêter de sitôt.

    Les habitués de ce blog se souviendront peut-être de ma publication référencée au 14 octobre 2022…
    —-
    RAYMOND
    14 octobre 2022 à 21 h 05 min
    Les deux lignes de “swap en $” de la Fed à la BNS “interrogent”…

    https://www.newyorkfed.org/markets/desk-operations/central-bank-liquidity-swap-operations
    —-
    ….alors je peux leur avouer aujourd’hui que la Fed transférait discrètement des montants en dollars de plus en plus importants à la Banque nationale suisse (BNS) – qui ont finalement culminé à environ 11 milliards de dollars par semaine – qui à son tour utilisait ces lignes de swap en dollars pour combler les trous de financement en USD au sein d’une grandes banque commerciale suisse: Le Credit Suisse Group. En effet, ce matin du 23 novembre 2022, le Credit Suisse Group a admis avoir connu un “bank run” lors des premières semaines du trimestre au cours desquelles les clients ont retiré jusqu’à 84 milliards de francs suisses (88,3 milliards de dollars) de leur fortune déposée au sein de la banque voilée, soulignant ainsi les inquiétudes persistantes concernant les efforts de restructuration. Toutefois, même si le Credit Suisse Group anticipe une perte équivalente à 1,6 milliard de dollars pour les résultats de son quatrième trimestre, je doute que son nouveau modèle d’affaires – et le bradage des produits titrisés qui n’est qu’une solution cosmétique et partielle – ne freinera les excès d’une culture interne maximisant les profits au détriment de la probité fiscale. D’ailleurs, avec le nombre de cadres (même récemment en fonction) à des postes clés et nouveaux démissionnaires dans le monde, cette banque de haut vol est encore bien loin du leitmotiv “confiance en l’avenir”; contrairement aux gestionnaires de patrimoine concurrents à l’instar d’UBS Group AG auprès de qui les investisseurs ont ajouté plus de 17 milliards de dollars à l’unité de gestion de patrimoine au troisième trimestre. Et Julius Baer Group Ltd. qui a déclaré lundi dernier avoir constaté une “nette amélioration” des nouveaux flux d’argent (Net New Assets) depuis fin juin 2022, les clients fortunés ajoutant 4,1 milliards de francs nets d'”argent frais”.

  11. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (26): La guerre des mondes.

    Il y a deux ans, Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic, faisait très justement remarquer que “toutes les questions politiques, environnementales et sociales que nous nous posons n’intéressent pas les robots du “High Frequency Trading” (HFT). Ce trading à haute fréquence représente pourtant les trois quarts des échanges sur les marchés américains et près de la moitié en Europe”. En effet, cette intelligence artificielle pourrait nous faire penser à la série télévisuelle de science-fiction créée par Howard Overman et décrivant la survie d’un groupe d’humains après qu’une invasion d’extraterrestres eu décimé une grande partie de la population. Pour paramétrer la puissance de feu de ce type d’outils, l’algorithme de management des ordres et du management du risque est un point primordial qui peut rendre un système gagnant ou perdant. Tout résidera dans la programmation de cette “boîte noire”. Or, bien qu’il faudrait aujourd’hui reprogrammer ses boîtes noires pour y réintroduire des données ESG, c’est-à-dire la mesure d’impacts sociaux et environnementaux d’une activité ou d’un service donné, le tout sur un horizon beaucoup plus long, il n’en est toujours rien dans notre monde réel. Au sein de notre environnement des plus instable, avons-nous si vite oublié qu’il y a une douzaine d’années, alors que les opérations HFT représentaient environ la moitié du marché global, le flash-crash du 06 mai 2010 a eu lieu en quatorze secondes à cause d’un programme de trading algorithmique mal configuré. Un ordre de vente pour un montant de 4,1 milliards de dollars qui ne tiendra aucun compte du prix ou de l’heure d’exécution des trades. En l’espace de 10 minutes seulement, le Dow Jones perdra près de 10%. Par comparaison, en 1929, le crash s’est étalé sur trois semaines. Ainsi, comprenons bien qu’en l’état des règlementations, contrôler en direct ces opérations de marché effectuées à la nano-seconde est devenu impossible à l’heure actuelle.

    Ainsi, avec leurs stratégies d’attaques, ces extraterrestres de la haute finance à l’intelligence artificielle mettent en avant des techniques comme le “quote spoofing”, c’est-à-dire l’envoi d’un gros volume d’ordres destinés à déstabiliser les algorithmes de leurs concurrents qui perdent un temps précieux à analyser ces opérations. Tandis que le “quote spoofing” est une manière pour les robots tradeurs algorithmiques de créer un écran de brouillard autour de leurs propres opérations, mais la fonction première de ces techniques est de faire une cartographie complète du marché. Les opérateurs lancent alors des coups de sonde afin de déterminer où sont les acheteurs et les vendeurs potentiels. Dans ce monde là, qui n’a plus rien d’une science-fiction, on parle que 96% des ordres de transactions sont annulés quasi immédiatement et auront servi à du repérage (en manipulant le marché). Du coup, il y a de moins en moins d’erreurs car on sait de manière précise qui on a en face de soi. De facto, ceci augmente paradoxalement le risque de crash car les robots savent plus précisément si le marché est à la hausse ou à la baisse et poussent tous ensemble dans la même direction. Pourtant, à la base, les logiciels de programmation des robots traders ont été créés pour faire du “backtesting”, c’est-à-dire pour calculer dans le passé l’efficacité d’une stratégie si on l’avait appliquée plus tôt. Malheureusement, aujourd’hui beaucoup de ces “petits bonhommes verts” utilisent ce type de logiciel pour générer des prises de position automatiques sur des positions futures, alors que ça n’a pas du tout été créé pour cela.

    Gardons enfin à l’esprit que le trading électronique a longtemps fait partie de l’ADN du Credit Suisse Group. Mais peu en parle. Historiquement, l’équipe “CS Algorithmic Execution Services” était à la pointe du trading haute fréquence. Le système “dark pool” de Crossfinder a établi la norme d’exécution à la fin des années 2000 et au début des années 2010, et le Credit Suisse était le premier nom à avoir sur votre CV si vous recherchiez un emploi dans ce secteur de prédation en pleine croissance.

    Comme quoi, sur notre planète, “la guerre des mondes” n’est peut-être pas qu’une simple œuvre de science-fiction.

  12. “Voyage dans le temps et l’espace”

    Saison (27): Eh non, je suis pas encore atteint de la maladie d’Alzheimer.
    —-
    RAYMOND
    6 mars 2018 à 14 h 30 min

    Le pari démissionnaire des sciences molles ? « Sciences politiques » vs « Sciences économiques »

    Pour les néolibéraux, le marché du travail devrait fonctionner exactement comme les autres marchés : ajustement de l’offre et de la demande par les prix. Or le travail est encadré par la lourdeur des législations (salaire minimum, obtention d’un permis de travail, filet social obligatoire, indemnités de licenciement, restrictions sur les mises à pied et délais d’avis, limitations des heures d’ouvertures des commerces, assurance-chômage et autres indemnités) qui augmentent considérablement le coût de la main d’œuvre et qui fausse le marché, toujours selon doctrine néolibérale.

    Les marxistes, quant à eux, nous apportent un élément de réponse avec la théorie de la destruction du travail par le capital : la tendance du capitalisme est de remplacer la main-d’œuvre par le capital pour augmenter le profit. Ceci se fait forcément au détriment de l’emploi. Par conséquent, l’existence du chômage est une bonne chose pour les « patrons » car elle engendre la baisse du coût du travail. D’ailleurs, Karl Marx ne parlait-il pas déjà de « l’armée de réserve de travailleurs », développé dans le chapitre 25 de son ouvrage Das Kapital?

    Arrêtons-nous à présent sur Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi. Cet économiste suisse, d’abord influencé par Adam Smith, embrassa la cause libérale et fréquenta les salons de Madame de Staël au sein du Groupe de Coppet (avant que ses théories n’entachent la constellation de Coppet). Son adhésion au libéralisme économique de Ricardo et Smith prendra fin en 1819 avec la publication des Nouveaux principes d’économie politique. Pour la première fois, un économiste évoque une nécessaire redistribution des richesses. Selon lui, loin d’assurer le bien-être de tous, le libéralisme économique accroît la misère des travailleurs parce que la concurrence exerce une pression à la baisse sur les coûts de production, et donc sur les salaires également, puis, le rythme élevé du progrès technique fait que les anciens résistent en bradant les prix et donc les salaires. Ajouter de la valeur c’est ajouter du capital fixe, des machines, des entrepôts, des forces aveugles de la nature qui ont été redirigées par l’intelligence et l’habileté qui sont autant de richesse future. Ce capital ne produit que s’il est fécondé par le travail, qui le met en mouvement. Sismondi ajoutera que le surplus et le profit sont accaparés par les riches, qui sont propriétaires du capital et de ce fait peuvent décider seul du partage de la valeur ajoutée, et de la richesse. En ce sens où de nos jours la vélocité du capital n’a plus rien de comparable au facteur travail pour fructifier, le travail (comme facteur de production) tend à disparaître .

    Le macroéconomiste de Cambridge, John Maynard Keynes, n’avait-il pas prédit, dès 1938, en estimant qu’avec l’augmentation de la productivité due aux machines, il suffirait en l’an 2000 que chacun s’astreigne à trois heures de travail productif par jour pour que chacun subvienne à ses besoins ? Pourtant on travaille toujours au moins 35 heures par semaine dans nos sociétés modernes, et la valeur-travail se porterait plutôt bien selon certains avis bien tranchés – alors qu’on devrait dire que la valeur-travail s’accroche autant que faire ce peut. Pourquoi donc s’inquiéter ? Si l’Histoire a pour l’instant démenti le pronostic de John M. Keynes, c’est que tout n’était pas aussi simple. Tout d’abord, si l’évolution technique détruit des emplois, elle en fabrique en contrepartie selon le précepte schumpétérien de la « destruction créatrice ». Or, bien que l’économie digitale va temporairement pulvériser des pans entiers de l’économie marchande, en parallèle du progrès technologique et de l’innovation disruptive, que la nouvelle génération silencieuse (Z) et la génération (X) vivent déjà – à leur manière – une mise à la marge du monde du travail ; ce dernier n’arrêtant pas de se complexifier et le travail de se diviser, alimentant ainsi la « machine capitaliste » d’emplois de plus en plus précaires, pour ne pas dire des « Jobs à la c.n » en paraphrasant l’anthropologue américain David Graeber, alors oui…il y a en effet de quoi véritablement s’inquiéter sur les défis de demain laissés aux mains de la « science politique ».

    Et, comme je le faisais savoir en ce même mois de mars 2018 – au travers du témoignage d’un ancien formateur de prix – l’avenir a été entièrement sacrifié au présent:

    Essentiellement parce que le Court-Termisme est désormais boulonné dans la logique-même de nos économies. Qui l’y a mis ? “Les règles comptables et les nouvelles pratiques financières que nous nous sommes donnés. Nous est bien entendu une façon de parler : la rédaction des règles comptables en particulier a été abandonnée par les États à des organismes privés (le FASB pour les États-Unis, l’IASB pour le reste du monde). La comptabilité moderne a évolué en trois étapes : 1) au début du XIXe siècle, des bénéfices n’étaient comptabilisés que lorsqu’ils étaient véritablement apparus ; 2) au milieu du XIXe siècle, on faisait apparaître prématurément des bénéfices en enkystant le passif, et ceci, n’est-ce pas, pour ne pas décourager les petits investisseurs ; 3) dans les années 1980, on se mit à distribuer des bénéfices anticipés (“marking-to-market “).

    Résultat? On partage désormais entre soi la moindre ombre de bénéfice et s’il manque de l’argent pour des choses accessoires comme refinancer l’entreprise ou la recherche et le développement, eh bien, on l’emprunte ! Dans les années 1975, le cabinet d’études McKinsey s’attaqua à un problème d’envergure : les intérêts des investisseurs et des dirigeants des grosses entreprises n’étaient pas alignés : d’une certaine manière ce que les uns obtenaient dans le partage des bénéfices, les autres en étaient privés. Cet antagonisme larvé bénéficiait aux salariés. Il y avait donc là un problème urgent à résoudre ! et McKinsey & Co le résolut. Les dirigeants des entreprises se verraient attribuer des options sur l’achat d’actions de leur compagnie au cours du jour où ces “stock-options” leur seraient attribuées. Si le cours de l’action grimpait, ils bénéficieraient de la hausse en fonction du nombre de leurs options.

    Les dirigeants, tout comme les actionnaires, auraient dorénavant les yeux fixés sur le cours des actions de l’entreprise, s’efforçant de booster son bilan de trimestre en trimestre par tous les moyens possibles et par la “comptabilité créative (imaginative !) en particulier. Le court-termisme était désormais inscrit dans l’économie : McKinsey avait réussi ! L’avenir avait été entièrement sacrifié au présent!”
    —-

  13. “Qui se ressemblent, s’assemblent!”

    Alors que le risque réputationnel du Credit Suisse Group coule profondément dans ses veines, Bob Diamond, l’ancien directeur général de Barclays surnommé le “visage inacceptable de la banque” – durant la crise financière ayant éclaté en 2008 – prévoit un retour fulgurant dans la haute finance avec une offre pour soutenir une partie du Credit Suisse Group dans le cadre de sa restructuration.

    Diamond a ressuscité sa carrière, après avoir été expulsé de Barclays lors du scandale du truquage du Libor en 2012, en créant Atlas Merchant Capital. L’homme de 71 ans, qui a déjà utilisé “AMC” pour acheter une participation majoritaire dans le courtier City Panmure Gordon, souhaite à présent utiliser ce véhicule d’investissement comme outil de perfusion. C’est-à-dire au travers du membre – CS First Boston –

    Voilà qui en dit long sur “les coquins de la haute finance” et sur une culture interne qui fondamentalement ne changera point.

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