Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital

L’initiative des Jeunes socialistes soumise au vote populaire d’hier aurait permis de bien relancer et soutenir les activités économiques, durement frappées par les conséquences de la pandémie du Covid-19 éclatée au début 2020.

Il est nécessaire d’augmenter la charge fiscale sur les revenus du capital qui dépassent un certain seuil – à déterminer correctement – afin d’atteindre une série d’objectifs dans l’intérêt général de l’économie, dont le fonctionnement ordonné dépend aussi de la fiscalité ainsi que de la distribution du revenu et de la richesse.

Dans la plupart des cas, aujourd’hui, les revenus du capital n’ont aucun lien avec la méritocratie, c’est-à-dire que les personnes (physiques ou morales) touchant ces revenus n’ont aucun mérite à cet égard. Il s’agit de rentes financières que les acteurs sur les marchés gagnent indépendamment de leur travail et qui sont largement le résultat des nombreuses interventions des banques centrales dans le sillage de la crise financière éclatée en 2008 au plan global et, plus récemment, de la crise pandémique.

Imposer davantage les revenus du capital ne provoque pas une fuite de capitaux nuisible au système économique, parce que cela frappe surtout les propriétaires des capitaux qui ne sont pas investis de manière productive. La Suisse restera de toute façon un pays dont la fiscalité est modérée, qui plus est offrant des services publics meilleurs que ceux de beaucoup d’autres nations. L’attractivité de la place économique helvétique serait, en fait, meilleure si les revenus du capital étaient imposés davantage car cela permettrait à l’État de soutenir directement (par des dépenses publiques supplémentaires) et indirectement (grâce à davantage de subventions et à une réduction de la charge fiscale de la classe moyenne) les activités économiques visant le bien commun. L’augmentation des recettes fiscales permettrait au secteur public de soutenir l’économie nationale, de telle manière que les petites et moyennes entreprises pourraient augmenter leur chiffre d’affaires et, par conséquent, leurs bénéfices, avec des effets positifs aussi sur le niveau d’emploi et sur le niveau des salaires de bien des catégories professionnelles, surtout en ce qui concerne les femmes qui travaillent mais qui, de nos jours, ne gagnent pas assez pour arriver à la fin du mois.

Imposer davantage les revenus du capital permettrait également de réduire la fragilité et l’instabilité financière, parce que cela induirait un nombre important d’acteurs sur les marchés financiers à réduire le volume de leurs transactions sur ces marchés afin de ne pas devoir supporter une charge fiscale plus lourde. Les banques, dès lors, seraient davantage orientées vers l’économie «réelle», augmentant leur disponibilité à octroyer des crédits aux entrepreneurs – parmi lesquels se trouvent bien des jeunes qui ont terminé leurs études mais ne réussissent pas à obtenir une ligne de crédit afin de réaliser leurs projets.

La cohésion sociale en sortirait renforcée, au bénéfice de l’ensemble des parties prenantes dans l’économie nationale.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

19 réponses à “Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital

  1. Moi riche, je peux vivre à Singapour, Monaco ou Dubai.

    Vous professeur, vous êtes immobile et vivez de l’impôt.

    Pourquoi après cette claque électorale, vous ne comprenez-vous pas qu’il faut arrêter de stigmatiser ceux qui entreprennent et financent salaires des fonctionnaires et aides sociales? Les conservateurs, eux, admettent leur défaite sur le mariage pour tous…

    Et pendant le confinement de mars 2020, qui produisait de la richesse? Les salaires les plus bas, qu’il faut augmenter, et les plus productifs. Le confinement a donc montré qu’il y avait un large socle mou et improductif de fonctionnaires et d’emplois sans valeur qu’il faut rendre plus efficace. C’est contre eux, qui bénéficient du télétravail et d’un horaire très cool (les fameux qui se lèvent à 0800 du ps), qu’il faut s’attaquer. Il faut qu’ils participent plus à l’effort commun, au profit des salaires les plus bas.

    Je propose une baisse de 2000fr./mois pour tous les fonctionnaires, avec un plafond bas de 5000 fr./mois. Et en contrepartie, je propose la suppression des impôts directs pour les working poor, primes d’assurances compris.

  2. Un professeur d’économie à l’UNI de Fribourg qui ignore de dire ce qui se passe depuis de nombreuses années en matière de fiscalité déloyale pratiquée par les autorités (administratives, politiques, et judiciaires) de ce canton peut-il être pris au sérieux dans ses analyses?

    Dommage que Chappatte n’a pas illustré la déclaration du Président de la Confédération à l’ONU… à savoir: NON! NON! la Suisse n’est pas une République Bananière! elle est une République Vigneronne!

    Alors, Salut!

    1. Eclairez-nous ? (par ailleurs, si vous avez raison, vous pouvez agir vous aussi ; par exemple en alertant vos représentant au législatif, et s’il y a violation de la loi et que vous en êtes victime, en contestant vos taxations)

  3. Un brillant et courageux billet à contre-courant de la pensée dominante…Merci très cher Professeur Rossi.

    Au 21ème siècle, il est consternant de constater à quel point l’éducation à l’ignorance fait toujours autant de ravage chez les masses populaires tombées en amour de leur propre servitude. Le philosophe Ralph Waldo Emerson (1803 – 1882) dit une fois quelque chose sur la façon dont “on” les éduque pour les empêcher de nous sauter à la gorge. Si vous ne les éduquez pas, ce qu’on appelle l'”éducation”, ils vont prendre le contrôle – “ils” étant ce qu’Alexander Hamilton appelait la “grande Bête”, c’est-à-dire le peuple. Car, selon le père fondateur des États-Unis, plus la société devient libre, plus dangereuse devient la “grande bête” et plus “les élites” doivent faire en sorte de la mettre en cage d’une manière ou d’une autre. En 2021, les tenants de la pensée dominante ont encore une fois maîtrisé la classe; “la grande Bête” s’est asservie par elle-même.

    Bien entendu, les travaux de William Lazonick, économiste de l’université du Massachusett – intitulés “Profits Without Prosperity” – auront échappé à la vigilance de “la grande Bête”, mais pas le mantra d’Arthur Laffer écrit sur le coin d’une nappe de bistrot. Et, si la “théorie” de Laffer est néanmoins recevable dans le cadre de l’hypothèse ceteris paribus, les études empiriques tentant de vérifier cette relation aboutissent à des résultats plus que controversés. Mais un dogme reste un dogme n’est-ce pas? Alors qu’aujourd’hui encore, quand les sages désignent la lune, “les idiots utiles” préfèrent (par facilité? ) ignorer le fait incontestable que la seule circulation du capital (avec sa vélocité de circulation stratosphérique) suffit à le faire fructifier, à contrario du facteur travail qui, lui, tend à disparaître. Puis, autrefois, dans un temps désormais révolu, les bourses (les marchés financiers par analogie) étaient encore au service de l’économie; le marché des actions offrait traditionnellement rentabilité et croissance sur le long terme aux investisseurs et le marché obligataire permettait, lui, de dégager du revenu, aujourd’hui, la donne a changé. Les politiques non conventionnelles des banques centrales – couplées aux dogmatismes des orthodoxes – ont exacerbé le changement de paradigme entrepris depuis des lustres, car les liquidités globales se sont agglutinées vers les marchés boursiers internationaux qui disposaient d’un atout de taille dans un cycle durable de taux déprimés : les dividendes. Le “prix du temps” ayant dès lors opéré sa mue. Par cette grande transformation, les investisseurs, en mal de rentabilité, et s’étant rendus compte que la distribution de dividendes sur les portefeuilles actions répondait très honorablement à leur quête de rendement (revenus) ont ainsi détourné le marché boursier de sa vocation originelle de financement des entreprises pour en faire une machine à produire du rendement (revenus) par dividendes interposés. Constaté par de nombreux experts, ce phénomène reste sans précédent dans l’histoire des bourses depuis plus d’un demi siècle, le marché des actions étant ainsi devenu un marché obligataire alternatif et, à l’évidence, sera encore plus lourd de conséquences – post pandémie – pour le monde de l’entreprise, pour les travailleurs, et bien-sûr pour les banques centrales comme pour les dirigeants politico-économiques.

    À l’avenir, ce phénomène amènera donc l’État à revoir encore considérablement la copie de ses propres contraintes en reportant la prime de risque (devenue exorbitante) sur ses administrés asservis. Et, si dans le débat théorique dominant, non seulement la “Supply-side economics” a justifié à tord la réduction des dépenses publiques durant dix ans de crise(s), cette dernière allergie fiscale représentée par le résultat d’un vote populaire, néanmoins totalement décorrélé des réalités, accroîtra mécaniquement l’effet de paupérisation à moyen/long terme.

    1. Vous affirmez que “la “Supply-side economics” a justifié à tord la réduction des dépenses publiques durant dix ans de crise(s)”.

      Merci de fournir vos sources car celle de l’OCDE ne montre aucune baisse de la dépense publique pour la Suisse et globalement pour les pays de l’OCDE depuis 20 ans.

      Voici le lien: https://data.oecd.org/fr/gga/depenses-des-administrations-publiques.htm

      En bref, la baisse des dépenses publiques dans les pays de l’OCDE parait être une légende que les économistes et politiciens de gauche aiment mentioner.

  4. Pour le grand Argentier, le résultat démocratique contre l’initiative (certes, évidemment imparfaite) prouve qu'”une majorité de la population a compris que le budget est équilibré (…) Que les grands changements que prônait l’initiative, même si son intitulé était populaire, n’auraient pas conduit au succès”, ajoutait le ministre des finances publiques devant la tribune des médias mainstream, avant d’enchérir: “Il faut prendre le système actuel comme un ensemble. Il risque de se dérégler si on lui enlève quelque chose (…). La redistribution est déjà largement assurée en Suisse par les prestations sociales et par l’imposition!”

    Beh voyons!

    En même temps – par exemple – ce n’est pas comme si la schizophrénie du frein à l’endettement avait (aussi) contribué à placer la Suisse (356) dernière la Grèce (360) en termes de lits de soins aigus à l’hôpital pour 100 000 habitants. Un détail en période de pandémie, alors même que le PIB helvétique – en 2019 – dépassait de plus de 300% celui de la Grèce. Un pays qui fut profondément sinistré par la crise des dettes souveraines en Europe (2009…). Mais réjouissons-nous puisque nous avons coiffé l’Estonie d’une place au récent ranking de l’OCDE.

    Par ailleurs, en termes d’inégalité de répartition de la richesse, ce n’est pas comme si la Suisse dépassait déjà la France et l’Allemagne en 2014, de même que les États-Unis. Quant à l’étude de la Berner Fachhochschule et de l’Université de Berne, réalisée il y a quelques petites années, vaut mieux fermer les yeux dessus car celle-ci exposait déjà le fait que la différence entre les riches et les pauvres en Suisse est plus grande qu’attendue. “La richesse est répartie moins équitablement que ce que l’Office fédéral de la statistique (OFS) présente”, constatait le directeur de l’étude, O. Hümbelin. Faut-il aussi emprunter “l’univers de Gödel” pour remonter en 2011, puisque selon le grand Argentier, tout serait relatif. Alors, d’après la Division Etudes support de l’Administration fédérale des contributions (AFC) établi sur “l’analyse de la statistique 2008 de la fortune des personnes physiques”, il en ressort, selon J.A. Davies, S. Sandström, A. Shorrocks et E.N. Wolff, qui ont tenté une comparaison de la répartition de la richesse dans le monde, que “La Suisse présente tant un niveau de richesse comptant parmi les plus élevés du monde qu’une répartition des fortunes classée comme la plus inégale de tous les pays considérés de l’OCDE”. Un autre détail qu’il ne faudrait surtout pas dérégler, de l’aveu même du ministre des finances publiques.

    Comme une piqûre de rappel?
    —-
    RAYMOND
    26 janvier 2019 à 18 h 46 min
    Qui osera encore prétendre qu’il n’y a pas une fâcheuse régression sociale en Suisse?

    Dépenses sociales publiques en pourcentage du PIB, en 1960, 1990 et 2016.
    http://www.oecd.org/fr/els/soc/OCDE2016-Le-Point-sur-les-depenses-sociales.pdf

    Dépenses sociales publiques en pourcentage du PIB, en 1960, 1990 et 2018.
    http://www.oecd.org/fr/social/soc/OCDE2019-Le-point-sur-les-depenses-sociales.pdf

    En même temps, pour conclure sur une note positive, je me dois de reconnaître que le grand Argentier a eu le mérite de montrer que “les vaches sont bien gardées” et que les “idiots” sont utiles aux démocraties selon la conception des “élites”.

    1. C’est bien de mentionner l’inégalité de répartition des richesses en Suisse mais votre démonstration manque l’inégalité des revenus en Suisse.
      Selon l’OCDE, pour l’inégalité des revenus, la Suisse se site dans la médiane entre l’Allemagne et la France. Encore plus remarquable, l’inégalité des revenus n’augmente pas.
      Voici le lien OCDE: https://data.oecd.org/fr/gga/depenses-des-administrations-publiques.html
      En intégrant à l’inégalité de répartition des richesses en Suisse, une inégalité des revenus dans la moyenne et des revenus très élevés parmi l’OCDE, le rejet net de l’initiative dite 99% se comprend mieux.

  5. Bonjour Luc Otten,

    Merci pour cet élément de circonstance (28.09.2021 à 09h40) qui vous permettra ainsi d’y voir plus clair sur deux principes de la “supply-side economics” qu’apparemment vous ignorez. Le but d’une politique budgétaire contracyclique lors d’une crise, et comment faire passer sous les radars l’orthodoxie budgétaire par la bonne vieille maxime qui dit que pour habiller Paul, il faut déshabiller Pierre.

    Prenons 10 unités réparties de la sorte à un instant T. Soit 5 pour l’un, 3 pour d’autres et enfin 2 pour le solde. Donc 10 unités comme total.

    Changeons à présent la règle du jeu durant un cycle s’étalant sur dix ans. À l’instant T, soit dix ans après, ma clé de répartition apparaît comme suit. 7 unités pour l’un, au détriment des autres qui ont maintenant 2 et le solde 1. Donc, dix ans après, mon équilibre initial de 10 unités est respecté.

    Moralité pour “l’idiot utile”: au final, si j’ai bien 10 unités qui supposent un équilibre respecté pour le total, toutefois, la clé de répartition se retrouve à présent plus inégale au sens de l’Intérêt général et du bien commun.

    Et voici le petit rattrapage venant d’un hétérodoxe (keynésien) – ancien spécialiste et professionnel des marchés financiers – et non d’un pseudo gauchiste selon votre propre appréciation me visant.

    La politique budgétaire est un des principaux instruments de la politique économique. Elle consiste à utiliser le budget de l’État pour agir sur la conjoncture. Elle englobe l’ensemble des mesures qui ont des conséquences sur les ressources et les dépenses de l’État et qui visent à atteindre certains objectifs de politique conjoncturelle. Avant les années 1930, la fonction principale du budget de l’État était d’assurer le financement des administrations (des services publics). On ne lui attribuait pas de rôle économique. La gravité de la crise de 1929 va conduire les pouvoirs publics à considérer le budget de l’État (relance budgétaire contracyclique) comme un levier de la politique économique. Les travaux de l’économiste britannique J.M. Keynes montrant que l’utilisation du budget pouvait avoir une influence sur la demande des agents économiques (consommation, investissement…) et, par conséquent sur le niveau de l’activité, vont donner un fondement théorique à cette nouvelle approche. La politique budgétaire est un levier indispensable de la politique de régulation de la conjoncture. Elle peut être utilisée dans deux situations opposées. En période de ralentissement de la croissance ou de crise économique, elle va servir à soutenir l’activité économique. On parle alors de politique de relance budgétaire par la dépense (tout l’inverse du dogmatisme dominant qui a prôné l’orthodoxie budgétaire, respectivement le frein à l’endettement ou l’austérité durant dix ans de crise).

    L’erreur fondamentale des monétaristes n’est plus à démontrer de nos jours, car enfin reconnue officiellement par l’OCDE et le FMI en 2014/2015. Lorsqu’on parle d’une relance budgétaire par la dépense de l’État, il s’agit d’une courroie de transmission aux politiques monétaires (banques centrales), faute de quoi, les politiques non conventionnelles des banques centrales risquent d’engendrer un monstre en n’atteignant leurs cibles, ou en déplaçant le problème. Le cas à présent puisque l’inflation s’est localisée dans les actifs financiers et immobiliers. Et les taux “sans risques” sont négatifs. Un bilan de la BNS dépassant le PIB helvétique pour un pays dont les ménages figurent parmit les plus endettés au monde. Le tout avec un filet social de sécurité qui se détricote de jour et jour. Tout baigne Luc Otten!

    Par ailleurs, dans le cas d’une austérité budgétaire visant à maintenir un certain équilibre budgétaire – contraint par une technocratie – la mécanique infernale peut s’exercer au travers de réformes sociales qui iront à l’encontre du bien commun (par ex. réduction des dépenses pour les moyens visant la santé publique; réduction des dépenses dans l’assurance chômage créant une insécurité des travailleurs/assurés et, par effet de manche, une épargne de précaution, donc une baisse de la consommation; réduction des dépenses en faveur de l’AVS/AI; réduction ou suppression d’aides en cas de pandémie, etc).

    Au contraire, une politique de relance budgétaire par la dépense, dans des phases de forte croissance économique, pendant lesquelles la surchauffe de l’activité économique peut provoquer de l’inflation ou des déficits extérieurs importants (déséquilibre des échanges avec le reste du monde), permet de freiner l’activité en réduisant la demande des agents économiques. On parle alors de politique de rigueur budgétaire dans ce cas là. L’atténuation des variations de la conjoncture grâce aux recettes et aux dépenses publiques peut s’exercer de deux façons, mécanique ou volontaire. En cas de ralentissement de l’activité économique, les dépenses publiques (indemnités chômage, certaines prestations sociales, etc.) tendent à augmenter spontanément, alors que les recettes perçues par l’État diminuent. Cette situation entraîne une dégradation du solde budgétaire. Mais ce transfert de revenus de l’État qui s’opère au profit des ménages et des entreprises permet de compenser mécaniquement les effets négatifs du ralentissement économique comme la baisse des dépenses des agents économiques. Ces derniers perçoivent en effet des revenus supplémentaires dont une partie viendra alimenter la consommation et l’investissement et stimulera la création d’emplois. Les recettes et les dépenses jouent ainsi le rôle de stabilisateurs automatiques du cycle économique. Lorsque la conjoncture économique se dégrade fortement ou en cas de crise, les pouvoirs publics peuvent décider d’intervenir directement et de mettre en œuvre des mesures spécifiques en termes de dépenses, d’impôts ou de transferts sociaux afin d’influer volontairement sur la conjoncture. Les pouvoirs publics prévoient un montant de dépenses publiques supérieur aux ressources prélevées sur les agents économiques. L’État peut augmenter certaines dépenses publiques comme la rémunération des fonctionnaires, les aides aux entreprises, les dépenses d’investissement dans des infrastructures, etc. ou diminuer certaines recettes (réduction de l’impôt sur le revenu pour les ménages, remises d’impôts pour les entreprises, etc.). Le déficit budgétaire permet ainsi de stimuler l’activité économique à court terme en favorisant une augmentation de la demande des agents économiques qui disposent davantage de ressources monétaires pour la consommation ou l’investissement.

    Si vous relisez mes posts, que vous comprenez le sens de tous les objets placés sous les links, y compris le vôtre, vous commencez à saisir maintenant, ou toujours pas?

  6. Alors Luc Otten,

    Par votre réplique toute politicienne – et bien entendu dans l’incompréhension de l’économie et la finance – je constate que vous aimez me donner le bâton pour vous battre. Vous êtes tellement prévisible que j’ai déjà anticipé votre réaction… en 2019.

    —-

    RAYMOND (posté sur ce blog le 25 janvier 2019 à 20 h 59 min)

    « Quant le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt »

    Si, en Suisse, l’on applique le coefficient de Gini aux revenus, le pays se montre bien plus égalitaire que d’autres nations, certes. Par contre, si l’on applique la courbe de Lorenz et « le coefficient de Gini » en termes de répartition de la richesse, la Suisse a tout d’une oligarchie qui voit les fortunes se concentrer dans quelques mains (et les lobbies sont parties prenantes et pour cause). En termes d’inégalité de répartition de la richesse, la Suisse dépassait déjà la France et l’Allemagne en 2014, de même que les États-Unis.

    Pour l’anecdote, je fus un “whistleblower” de la crise du subprime US (que les soi-disant experts orthodoxes non venu venir) mais je vous rassure, comme déjà précisé au pantin qui me serva de juge au tribunal, je ne suis pas devin. Et encore moins engagé au service des politiques. Un défenseur du bien commun? Incontestablement.

  7. Luc Otten a oublié de nous préciser un élément de taille. En Suisse, le taux d’imposition moyen des sociétés est de 17,1% et le taux d’imposition le plus bas de 11,35%, ce qui, selon une enquête réalisée en 2019 par PWC, place la Suisse parmi les pays appliquant les taux d’imposition les plus bas sur la scène internationale. Pour ce qui a trait de l’IFD, un taux d’imposition statutaire de 8,5% s’applique aux sociétés de capitaux et autres personnes morales; puis les fonds d’investissement taxés à hauteur de 4,25%. Ce qui pourrait me laisser à penser que Luc Otten – en suivant sa propre conception de la société et celle de ses apôtres – qu’il n’y a pas d’injustice fiscale opposant Capital et Travail. Génial, la Suisse a donc trouvé la formule qui permet de transformer le plomb en or tout en “conservant le bien commun au sens de l’Intérêt général”. À méditer.

  8. La Suisse vient de refuser l’allégement de l’impôt sur le travail, compensé par un surcroît de taxation sur le capital à une large majorité: les 2/3 des électeurs et les 26 cantons et demi ont voté contre l’initiative 99% de la Jeunesse socialiste. Mais à vrai dire la logique arithmétique qui donne la victoire à la majorité dans une démocratie directe, comme d’ailleurs dans une démocratie indirecte, ne signifie nullement que la proposition d’équilibrer la répartition du fardeau fiscal entre le travail et le capital dans un souci d’efficacité économique et d’équité, est peu sérieuse. Car, elle passe, semble-t-il, sous silence le fait que l’inégalité des revenus en Suisse est relativement faible comme en témoigne l’indice de Gini (0.24).

    Inutile de préciser aux amis suisses qui connaissent mieux que leur serviteur comment les milieux économiques et médiatiques, et les politiciens de droite et d’extrême droite, ont utilisé l’artillerie lourde pour torpiller l’initiative fiscale des Jeunes socialistes. Pourtant celle-ci a de fortes chances de se révéler fort appropriée au traitement des conséquences du monde d’après-pandémie. A cet égard, je trouve que les arguments développés dans la tribune du professeur Rossi sont tout à fait adaptés à la nécessité d’une politique budgétaire expansionniste qui pourrait non seulement renforcer la cohésion sociale et territoriale, mais aussi défendre l’attractivité de la place économique de la Suisse, et donc des emplois et des salaires élevés. En effet, cette attractivité du territoire helvétique ne saurait s’expliquer par le seul moins-disant fiscal comme le répètent les néo-libéraux ad nauseam, mais elle semble être la résultante d’autres facteurs qui sont plus importants que la faiblesse de la fiscalité sur les bénéfices des personnes morales, par exemple les externalités positives des dépenses publiques (main-d’œuvre hautement qualifiée, environnement scientifique, infrastructures de qualité etc.) A ce propos les théories de la croissance endogène reconnaissent le rôle joué par l’investissement public sous diverses formes dans la prospérité d’un pays.

    Pourquoi ne devrions-nous pas enterrer l’initiative 99% des Jeunes socialistes? Parce qu’elle fait partie de la panoplie des solutions à mettre en œuvre dans le monde post-covid. Comme chacun le sait, la crise sanitaire inédite a révélé les vulnérabilités des chaînes de valeur éclatées aux quatre coins du monde ainsi que notre dépendance à l’égard de la Chine pour certains biens jugés stratégiques. Elle a également contribué à la prise de conscience et donc à notre sensibilité à la menace du réchauffement climatique. Sans doute certains enseignements seraient-ils tirés de cette pandémie, notamment en matière de relocalisation de certains activités jugées sensibles.

    Dans cette hypothèse nous devrions nous attendre à ce que les entreprises accélèrent le processus de robotisation qui était déjà à l’œuvre, peut-être à bas bruit dans certains secteurs, afin de rester compétitives? Sachant que les salaires sont relativement élevés en Suisse. Cette mutation structurelle se traduirait inévitablement par l’éviction d’une partie plus ou moins notable de salariés du marché du travail en rendant obsolètes leurs compétences. Il faudrait assurer à ces sans-emploi un revenu de substitution sous forme d’allocation chômage ou un revenu universel temporaire, et bien sûr il faudrait les former pour qu’ils restent dans la course à l’emploi, en ne perdant jamais de vue l’idée que le progrès technique induit des dommages sociaux à court terme, mais il crée de nouveaux emplois souvent hautement qualifiés, quoiqu’il faille mentionner en passant que cet impact positif sur l’emploi ne fait pas l’unanimité parmi les experts de l’économie. Sans doute en raison de la spécificité de la révolution numérique.

    En outre, la baisse drastique des cotisations salariales et patronales, et celle de l’impôt sur les revenus salariaux, pourraient mettre en déséquilibre financier les comptes sociaux (retraites, assurance chômage, assurance-maladie, allocations familiales, etc.) De même pour la baisse du revenu fiscal de la Confédération (je prie mes lecteurs de m’excuser si je dis une ineptie: si j’ai bien compris, en Suisse c’est la Confédération qui prélève l’impôt sur le revenu). Afin de compenser la réduction des recettes fiscales et parafiscales, il faudrait instaurer une taxe sur les robots, en l’occurrence sur leurs propriétaires qui sontles actionnaires. Autrement dit, il est difficile de faire l’économie d’une taxation du capital.

    Pour toutes ces raisons, la proposition des jeunes socialistes est loin d’être une idée farfelue qui ignore la complexité du monde économique comme le prétendent les «gens sérieux» d’EconomieSuisse. Mon point de vue sur le texte qui a été rejeté dimanche dernier: l’idée est merveilleuse et a toutes les chances de s’avérer fort utile en ces temps de mutation structurelle, pourvu qu’on réfléchisse sur le seuil à retenir et à la mise en place d’un barème progressif. En effet, fixer un seuil comporte toujours une part d’arbitraire. Pourquoi 100’000 francs suisses? Et pourquoi pas 110’000 francs ou 90’000 francs? Par ailleurs, en l’état le texte ne semble pas se soucier de la transmission de l’héritage résultant du travail et donc des patrimoines modestes qui engendrent des revenus dépassant les 100’000 francs suisses, lesquels proviennent du travail et non de la spéculation immobilière ou financière. De surcroît, il me semblerait bien que l’initiative 99% (inspirée sans doute du mouvement américain «occupy Wall Street») ne s’intéresse pas à la taxation du patrimoine, sachant que dans le cas suisse l’indice de Gini en ce qui concerne la fortune est de 0,82. Autrement dit, la courbe de Lorenz s’écarte fortement de la ligne d’équirépartition et tend à se confondre avec les côtés du carré unitaire. Enfin, il est important de signaler qu’en France nous avons le même problème avec la fiscalité sur les successions en ligne directe: un projet de loi présenté par une une députée socialiste à l’Assemblée nationale préconise une exonération pour tous les héritages dont le montant est inférieur à 300’000 euros et des taux d’imposition pour les tranches supérieures qui ont été jugés excessifs.

    Enfin, notons que la fiscalité est un sujet complexe et hautement politique, et l’analyse économique ne semble pas neutre, notamment quand elle met l’accent sur la fiscalité optimale qui suggère qu’il faut taxer le facteur le moins mobile, en l’occurrence le travail. C’est pourquoi, on n’est pas pas surpris de trouver cet argument dans les objections qu’opposent les «gens sérieux» d’EconomieSuisse à l’initiative fiscale des jeunes socialistes.

  9. Bonjour cher NOEL,

    Toujours un réel plaisir à vous lire et bien évidemment que votre analyse est pertinente. Correction: en Suisse les cantons sont souverains pour le prélèvement (taxation) de l’impôt sur les revenus. Ceci dit, pour votre curiosité et appui, voici quelques extraits de mon intervention datée et adressée à un contradicteur.

    —-

    RAYMOND

    11 mai 2020 à 15 h 20 min

    (…) Croyez-vous utile que l’on précise à nouveau aux orthodoxes que la diminution des dépenses de l’individu a un effet négligeable sur l’économie de son pays tandis que la réduction du train de vie du secteur public a un impact désastreux sur le secteur privé comme sur la consommation?

    Pensez-vous nécessaire, même après les études empiriques en la matière – et celles ayant déjà déboulonné les croyances censées bienfaitrices en la Supply-side economics et la Trickle down theory – à re-préciser que le risque hyper-inflationniste dans l’économie réelle, savamment entretenu ces dernières années, n’est pas du fait d’une politique de mesures de relance budgétaire en soit, mais bien d’un comportement timoré à son égard, voire une absence quasi totale de cette courroie de transmission (découplée par l’orthodoxie budgétaire, cette même austérité qui a au final asséché la conjoncture économique européenne et l’a entraînée dans une spirale déflationniste) aux politiques non conventionnelles des banques centrales (politiques de relance monétaire) qui a précisément favorisé une augmentation inquiétante – cette dernière décennie – de la valorisation des actifs mobiliers et immobiliers (exubérance irrationnelle).

    Doit-on encore souligner que les sociétés cotées les plus importantes au monde se sont endettées ces dernières années à hauteur de 13.5 trillions de dollars pour racheter leurs propres actions au lieu d’investir dans l’outil de production et dans la formation de leurs salariés? Que les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés, seulement 6%? Que 80% des introductions en bourse ayant eu lieu en 2018 aux États-Unis, par exemple, furent perdantes? Un chiffre record et sans nul précédent dans l’histoire des bourses des pays intégrés (…).

    (…) Eh oui, le ruissellement est devenu un leurre et chacun devrait intégrer que le Capital, par sa seule circulation et sa vélocité suffit dans les échanges à se reproduire tout seul, au détriment du facteur travail qui, lui, tend à disparaître. Oui, le facteur Travail, en soit, n’est plus une valeur (si ce n’est morale) car il disparaît et nous l’avons pourtant voulu (Sismondi). Rappelons-nous (…) sous sa forme actuelle, le travail est un concept récent dans l’histoire humaine. Jusqu’à la fin de la Renaissance ayant vu en 1602 l’avènement de la société par action, l’homme travaillait en effet pour lui-même. Artisans, agriculteurs et éleveurs, les hommes échangeaient leurs marchandises contre des biens et des services. C’est à l’avènement de l’ère industrielle que l’on doit l’apparition du travailleur peu qualifié, et donc facilement remplaçable. Les percées techniques fulgurantes inaugurèrent ainsi un monde nouveau dominé par une production plus rapide, et surtout peu onéreuse. Aujourd’hui, à l’ère digitale, l’histoire se répète car les objectifs poursuivis sont identiques: tirer parti des dernières technologies pour augmenter l’efficience et la productivité, avec toujours moins de capital humain (…).

    (…) Eh oui, si les banques centrales ont en main le levier monétaire, l’exécutif d’un gouvernement, lui, dispose du levier budgétaire. Ceci nous conduit donc à ce que je dénonce aussi depuis des années: la collusion entre le pouvoir politique et économique est devenue évidente, et il est de notoriété publique maintenant que l’emploi n’est plus qu’une variable d’ajustement du capitalisme actuel (…).

    (…) Quant à l’effet multiplicateur du marché immobilier, lui aussi est un révélateur puisque le système bancaire privé s’adosse principalement sur l’immobilier pour sa création monétaire (étant indiscutable aujourd’hui qu’en termes de création monétaire ce sont bien les crédits qui font les dépôts et non l’inverse) et comme nul mécanisme ne saurait remplacer de nos jours l’effet de richesse induit par ce marché permettant de soutenir la consommation au sein de nos économies (donc bon pour le PIB des gouvernements), on a donc laissé se magnifier un marché tout en ignorant que huit des dix dernières récessions occidentales furent provoquées par des crises immobilières (…).

    On comprend ainsi que les multiples aides en faveur de l’accession à la propriété n’ont été que la manière la plus facile pour les banques et surtout pour l’État de créer des capitaux afin de nous donner une illusion de confort matériel et, ce, à mesure que nos salaires pour leur part étaient en plein déclin. Des solutions pour se calquer aux changements de paradigmes?

    Taxation des robots, revenu inconditionnel de base, suppression de la TVA, micro-taxe sur les flux financiers, taxe GAFAM. Et pour reprendre quelques pistes de l’économiste hétérodoxe mondialement reconnu, Thomas Piketty («Capital et idéologie»), pour qui, il faut redonner plus de justice fiscale et d’équité dans la concentration du Capital. Propriété sociale et cogestion des entreprises: les salariés reçoivent 50% des sièges dans les conseils d’administration et les droits de vote des plus grands actionnaires sont plafonnés à 10% dans les grandes entreprises. Propriété temporaire: création d’un impôt annuel progressif sur la propriété immobilière dont les taux iraient de 0,1% pour les petits patrimoines (seuil à définir) à 90% pour les patrimoines supérieurs (plusieurs milliards). Relèvement des taux des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu et les successions (jusqu’à 90%). Constitutionnalisation du principe de la progressivité des impôts. Financement de la vie politique: les citoyens reçoivent de l’Etat des «bons pour l’égalité démocratique» à verser aux partis de leur choix; plafonnement drastique des dons privés. Insertion d’objectifs fiscaux et écologiques quantifiés et contraignants dans les accords commerciaux et les traités internationaux. Création d’un cadastre financier international permettant aux administrations fiscales de savoir qui possède quoi; suspension des accords de libre circulation des capitaux ne remplissant pas ces conditions (…).

    Après tout, aux USA, dans les années trente, avec la «Grande dépression», la crise économique sévère n’amènera-t-elle pas Roosevelt à modifier l’équilibre existant entre le marché et l’État? «En redistribuant ainsi les profits économiques avec le New Deal destiné à relancer l’économie américaine et qui fut accompagné du Soak the rich tax. Les personnes gagnant plus de 200’000 dollars (soit un million de dollars aujourd’hui) par an furent taxées plus fortement, à hauteur de 63%. La loi fut révisée en 1936, augmentant ainsi le taux à 79% pour atteindre 91% en 1941.

    (…) Pendant près de 50 ans, les USA vivront avec un taux marginal d’imposition sur les très hauts revenus proche de 80%» sans pénaliser leur croissance économique, bien au contraire.

    —-

    Bien à vous

  10. Aujourd’hui, lorsqu’une majorité populaire vote à partir de conceptions sociétales d’hier, la vision copernicienne du futur devient effrayante. Pourquoi?

    Lors du capitalisme industriel, le capital financier était essentiellement alloué à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettaient d’augmenter la capacité de production via l’achat de machines plus performantes, la construction de nouvelles usines, la formation du personnel et la bienveillance à son égard (réduction des coûts liés à l’absentéisme).

    Or, le but du capitalisme actionnarial (à vocation néolibérale) – à partir des années 1970/80 – fut d’accroître la profitabilité des entreprises pour augmenter la rentabilité du Capital financier pour les actionnaires. Pour réaliser cet objectif, le capitalisme actionnarial a utilisé un certain nombre de moyens, notamment la déréglementation des marchés du travail et a ainsi obtenu une forte déformation du partage des revenus au détriment des salariés. De fait, il est toujours intéressant de constater cette répartition de plus en plus inégale entre les revenus du travail par rapport à la croissance de la productivité…

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    …alors que la croissance de la productivité décline depuis les années 60!

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    Parallèlement, de plus en plus d’emplois dans le secteur de la production ont déjà cédé la place à des emplois souvent mal payés dans le secteur des services. Les clés du progrès diront les uns, dans un esprit Schumpetérien (par analogie à la destruction créatrice), tandis que d’autres diront qu’il est abusif d’assimiler progrès technique et progrès social, puisque la concurrence conduit toujours à une économie de main-d’œuvre et une baisse des salaires: les manifestations concrètes en sont l’esclavage et le machinisme, cette nouvelle forme de servitude.

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    Friedrich Hayek aurait pu, lui, ajouter que “le progrès technique, imprévisible, n’a pas à être encadré par l’État, au contraire, c’est la libre concurrence qui empêche un pouvoir totalitaire de s’en emparer”. Sauf qu’Hayek ne vivait pas au 21ème siècle, ni dans un monde globalisé où, comme aux USA, un dixième de l’économie se caractérise par des industries dans lesquelles 4 entreprises contrôlent plus des deux tiers du marché. Une tendance similaire également observée en Europe, quoique moins extrême. Ainsi, avec des positions cartellaires, et une telle disruption de l’économie, il devient de plus en plus difficile de détrôner les leaders de quelques marchés – propres à l’économie 2.0 – aux États-Unis, en Europe, mais aussi en Asie.

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  11. Vous nous pousser à regarder ailleurs. Les difficultés financières des cantons romands par exemple, ne viennent pas de la taxation du capital et/ou du travail, mais du chômage massif et de ses conséquences en terme d’aides sociales. A Genève autour de 12% selon le calcul du BIT. Le déséquilibre a une origine politique, résultat de la délinquance cachée des élus sous des beaux termes creux comme liberté d’entreprises et économie libérale. L’irrespect du peuple est le seul critère suivi avec persévérance par l’élite politique de notre pays depuis 2002 (la libre circulation génocidaire des emplois).

  12. Les urnes ont rendu leur verdict et l’initiative «99%» va être sans doute vite oubliée comme tant d’autres qui l’ont précédée et qui ont subi le même sort. Ce qui semble faire le charme et les déceptions de la démocratie helvétique. Cependant, même si la messe est dite et que par conséquent l’allergie fiscale a de beaux jours devant elle, il n’est pas vain de s’attarder sur les résultats du vote du 26 septembre 2021 afin de montrer l’absurdité de certaines croyances qui ne sont paradoxalement pas en adéquation avec la doxa libérale dont de nombreux décideurs économiques et politiques se réclament.

    Il va sans dire que de nombreux cantons en Suisse sont totalement acquis à l’idée selon laquelle trop d’impôt tue l’impôt ou bien le taux mange l’assiette. Notons que cette vieille intuition de l’économie politique Adam Smith, Jean-Baptiste Say ou Fréderic Bastiat) a été popularisée grâce à la fameuse courbe de Laffer et tout particulièrement les politiques économiques fondées sur l’offre et mises en œuvre aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne dans les années 1980, quand les écrits de Friedrich von Hayek faisaient partie des livres de chevet de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher.

    Loin de moi de me faire l’avocat du diable (défendre la courbe de Laffer), mais les cantons de la Suisse centrale (par exemple, Zoug, Schwyz, Nidwald ou Lucerne) semblent avoir une aversion profonde pour la fiscalité sur les bénéfices des sociétés et sur des contribuables riches. Il est à noter que ces cantons se sont singularisés par les forts taux de rejet de l’initiative fiscale des jeunes socialistes. Pourtant il semblerait qu’ils soient allés dans leur croisade contre la fiscalité des personnes morales au-delà ce que suggère la courbe de Gaffer.

    Si j’ai bien compris, la courbe de Gaffer nous dit que la baisse des taux d’imposition est plus que compensée par une augmentation des recettes fiscales. Les effets des variations du taux de taxation sont décrits par une courbe en U inversé ou une courbe parabolique qui intersecte en deux points l’axe horizontal (0 et 100) dans le plan (t, R) avec t=taux d’imposition et R=recettes fiscales. Bien évidement, la courbe de Laffer a de nombreux défauts: elle n’est pas forcément continue, possibilité de sauts et de boucles, elle semble faire la part belle à l’effet de substitution par rapport à l’effet de revenu en cas de variation du taux d’imposition, elle ignore les effets d’hystérèse ou persistance des effets après la disparition de leurs causes, enfin l’évidence empirique ne conforte pas ses prédictions. Cependant, il n’en demeure pas moins que la courbe de Laffer comporte un élément intéressant qui semble avoir échappé à la sagacité des responsables des cantons de la Suisse centrale: en principe quand le taux de la pression fiscale est faible, les recettes fiscales tendent à se rétrécir comme une peau de chagrin. Autrement dit le mécanisme de compensation plus que proportionnelle du côté des rentrées fiscales ne semble pas jouer en réaction à une forte réduction du taux d’imposition. Il me semble bien que les cantons de la Suisse centrale qui ont opté pour le moins-disant fiscal, aient expérimenté cette mésaventure à leur détriment. En effet la concurrence fiscale à laquelle ils se sont livrés pour attirer les entreprises et les riches contribuables s’est révélée destructrice pour leur base imposable. Certes, ils ont attiré des sociétés en pratiquant des taux d’imposition proches de 10%, mais force est de constater que de nombreuses entreprises sont en réalité des boîtes aux lettres ou entreprises fantômes, et par conséquent les emplois en grand nombre et des recettes fiscales abondantes espérés n’étaient pas au rendez-vous. Si bien que certains cantons étaient contraints de réduire la voilure de leurs dépenses de formation et de culture, par exemple, et de se comporter en passagers clandestins en profitant des infrastructures et de la main-d’œuvre formée des cantons voisins (par exemple Zurich). Lesquels n’ont pas fait le choix du moins-disant fiscal, afin d’avoir des recettes fiscales substantielles susceptibles de financer les investissements publics: formation, recherche fondamentale, innovations, infrastructures, cohésion sociale.

    En résumé: la quête d’une fiscalité paradisiaque pourrait déboucher sur l’enfer budgétaire. CQFD.

  13. N’y a-t-il toujours rien qui cloche?

    Sur la base de la réforme helvétique (2011) de l’imposition des entreprises, une récente étude (2021) – menée conjointement par Jean-Philippe Weisskopf, Associate Professor of Finance, HES-SO; Christophe Pérignon, Doyen associé en charge de la recherche et professeur de finance, HEC Paris Business School; et Dušan Isakov, Professeur de finance et gouvernance d’entreprise, Université de Fribourg – a mis en évidence que la défiscalisation des dividendes (ai-je dis cadeau fiscal au détriment de la plèbe?) a augmenté la valorisation des sociétés concernées mais n’a pas eu d’effet probant sur l’investissement (source: theconversation).

    Ainsi, depuis 10 ans, chaque année, 140 entreprises domiciliées en Suisse ont versé en moyenne 10 milliards de francs suisses de dividendes… nets d’impôts!

    Parallèlement:

    La révision LAMal (2009) fait notamment état de la nouvelle planification hospitalière en Suisse. Par position du Conseil fédéral, celui-ci a considéré à l’époque que “cette mesure contribuera à élaguer le paysage hospitalier” (dixit).

    La réforme de la 4e révision de la LACI (2011), qui visait à assainir la situation financière de l’assurance-chômage, aura finalement provoqué une augmentation considérable des bénéficiaires de l’aide sociale. Un transfert des coûts à la charge des cantons et des communes (ou des aides/dettes remboursables par les bénéficiaires de certains cantons suisses selon le principe de la souveraineté).

    La réforme visant à réduire les coûts de l’AI d’ici à 2031, donc à désendetter cette assurance invalidité à vocation sociale, est mise sous toit (2020).

    Réforme AVS21 visée par le Conseil fédéral? Faire travailler les femmes une année de plus. Sachant que sur le plan de l’assurance-vieillesse, les femmes sont les plus précaires. Pour l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), les finances de l’AVS se détériorent toujours plus et ce projet de réforme AVS21 a pour objectif d’assurer l’équilibre financier de l’AVS jusqu’en 2030, tout en maintenant le niveau des prestations vieillesse.

  14. À l’heure où le consortium de journalistes d’investigation (ICIJ) a divulgué les “Pandora Papers”, après les Offshore Leaks, LuxLeaks, SwissLeaks, Panama Papers, Paradise Papers, Implant Files et FinCEN Files à partir de 2013, l’histoire n’a pourtant de cesse à se répéter depuis des siècles.

    Inutile de dire que les capitaux transférés dans des structures privilégiées – comme les trusts – sont autant de ressources qui n’alimentent pas les économies nationales, obligeant les États à accroître leur endettement public ou leurs impôts, afin de maintenir leur niveau de dépenses publiques. Ou plus terrible encore, en tirant le frein à main de l’endettement public via l’orthodoxie budgétaire, même si cela impacte directement le bien commun, c-à-d la santé publique. Sur le plan social, les ménages à hauts revenus qui la pratiquent réduisent ainsi leur part dans le financement des biens collectifs. Sur le plan économique, les entreprises qui n’utilisent pas l’évasion fiscale souffrent d’une distorsion de concurrence et d’un déficit de compétitivité. Puis, sur le plan politique, les faibles résultats de l’action de certains États pour contrer l’évasion fiscale peuvent accroître le sentiment de défiance envers l’autorité publique. Une logique? Certes, mais toujours moyenâgeuse puisque certaines structures démocratisées de nos jours à l’instar des Trusts, par exemple, trouvent déjà leurs origines à partir du règne de Guillaume le Conquérant (1066 – 1087).

    Au fil des évolutions de ce type de mécanisme, l’histoire nous enseigne que “les chevaliers devant aller se battre en Terre Sainte étaient contraints de laisser leur fief à leurs enfants ou, si ceux-ci étaient mineurs, à des gardiens. Mais alors, comment être sûr que les héritiers ne se feraient pas spolier par les gardiens du fief ? C’est ainsi qu’apparaît un procédé juridique, ancêtre du trust, appelé use. Le chevalier dispose d’un droit sur le fief, on l’appelle le feofor. Il confie son fief à un ou plusieurs amis, dits feofees, avec pour consigne de l’entretenir et de le transmettre à l’héritier majeur, appelé le “cestui que use”. L’habitude se prend alors d’employer ce procédé afin d’effectuer des donations et ce faisant contourner l’imposition. Le manque à gagner étant important pour le trésor royal, Henri VIII finit par interdire les uses en 1535. Les juristes anglais échafaudent alors un mécanisme similaire dénommé Trust. Dans ce système, un settlor cède ses droits à des trustees au bénéfice d’un beneficiary. Au XVIIe siècle les Rules of Perpetuity exigent que les beneficiaries soient des personnes vivantes ou susceptibles de naître rapidement et fixent la durée d’un trust à deux générations maximum. Cette limite est supprimée en 1601 par la reine Élisabeth Ière pour les trusts charitables, comme par exemple le National Trust, équivalent britannique des Monuments nationaux.”

    “Plus récemment, le glissement sémantique du trust, de mécanisme juridique à celui de montage économique et financier est dû à John D. Rockfeller. L’idée du fondateur de la Standard Oil Company fut de s’adresser directement aux petits actionnaires des sociétés concurrentes, en leur proposant de lui céder leur droit de vote. En tant que bénéficiaires, ils continuaient de toucher les dividendes ; et en tant que trustee, c’est Rockfeller qui en assurait la gestion. Dès lors, le trust est devenu synonyme de regroupement de sociétés. Dans le but de lutter contre les pratiques nuisant à la libre concurrence, le Congrès vote en 1890 le Sherman Anti-Trust Act, interdisant notamment les monopoles. Une importante campagne de presse est montée par des exploitants ruinés pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation de la Standard Oil, enregistrant alors un chiffre d’affaire annuel de plus de 1 000 milliards de dollars au cours actuel. Le Département d’État engage en 1911 des poursuites contre la société de Rockfeller”. Au 21ème siècle, sommes-nous devenus à ce point débile pour laisser ces pratiques primitives essaimer leur fléau au travers de la dette?Regardons du côté des économies avancées, comme les États-Unis, confrontés au “fiscal cliff”, où la Fed analyse l’idée farfelue, mais néanmoins réaliste, de frapper une pièce en platine de mille milliards de dollars (1 000 000 000 000 $) comme solution à sa énième crise du plafond de la dette. Un pays bien loin d’être un exemple en matière de protection sociale mais qui dispose d’une devise hégémonique.

    Enfin, selon le dernier comptage de l’université américaine Johns-Hopkins, les Etats-Unis ont franchi vendredi le cap des 700 000 morts du Covid-19. Si on cherche une comparaison, c’est l’équivalent de la population de Washington, la capitale fédérale, qui a succombé au virus depuis décembre 2019. Parallèlement, avant la divulgation des “Pandora Papers”, les analyses portant sur des gouvernements, pour la santé, en 2013 et dans 100 pays, la chercheuse Bernadette Ann-Marie O’Hare démontrera que les revenus perdus à cause de l’évasion fiscale des entreprises sont supérieurs aux dépenses de santé des gouvernements. Et si ces revenus étaient alloués au secteur de la santé, “les dépenses annuelles de santé des gouvernements pourraient passer de 8 dollars à 24 dollars par personne dans les pays à faibles revenus et de 54 dollars à 91 dollars dans les pays à revenus faibles intermédiaires, sans impacter le trésor public”.

    Toujours avant les chiffres analysés après la divulgation des “Pandora Papers”, le salaire annuel de 34 millions d’infirmiers, c’est ce que coûte chaque année aux Etats l’évasion fiscale au niveau mondial, soit 427 milliards de dollars. À méditer, puisque l’évasion se compte également en chaire humaine!

    1. La Suisse au cœur du scandale des Pandora Papers (Source: Blick.ch):

      [L’ICIJ porte de graves accusations contre les conseillers en investissement suisses. Les fuites de données révéleraient que «des conseillers en patrimoine suisses protègent des suspects dans le monde entier», titre un rapport spécial de l’ICIJ. «Des dossiers secrets montrent qu’une vaste industrie d’intermédiaires exploite les failles des lois anti-blanchiment. Selon le rapport, les documents divulgués contiennent des informations sur plus de 90 conseillers suisses: des cabinets d’avocats, de notaires et de consultants. Certains parlementaires suisses avaient récemment tenté d’introduire des règles plus strictes pour ces conseillers. La proposition a été rejetée. Les opposants ont fait valoir que les lois existantes étaient suffisantes pour lutter contre le blanchiment d’argent. «La Suisse est un paradis pour les pirates», aurait déclaré Mark Pieth, professeur de droit pénal à Bâle. «Ils trouvent tout ce dont ils ont besoin pour cacher de l’argent…»] CQFD

      “L’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) ne voit pas passer un éléphant quand il s’agit d’une tricherie énorme. Par contre, elle pinaille volontiers quand il s’agit de petits dysfonctionnements”. Dixit Dick Marty, ancien procureur général du Tessin, dans une interview de longue date.

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