La Suisse est en retard avec la finance durable

Le mois passé, l’Alliance climatique suisse a publié un rapport dans lequel elle fait remarquer le grave retard de la Suisse par rapport à l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne le rôle aussi bien de la finance de marché que de la politique économique pour imprimer un virage de nature écologique au système économique contemporain – qui vise la maximisation des profits même si cela va au détriment du bien commun.

L’UE a déjà adopté plusieurs initiatives législatives dans le cadre du Plan d’action pour une finance durable. Celles-ci ont été coordonnées en ce qui concerne leurs contenus et les délais de leur mise en œuvre, de telle sorte à former un réseau systémique visant les mêmes objectifs sur les plans financier et environnemental.

Les acteurs sur les marchés financiers et les entreprises dans l’économie «réelle» de l’UE sont des parties prenantes dans le «Green New Deal» qui est censé réduire les risques climatiques suite aux choix privés et publics favorables à l’environnement. Aussi, les acteurs sur ces marchés dans l’UE doivent-ils publier leurs propres stratégies d’investissement visant la durabilité de celles-ci et, par ailleurs, doivent respecter les règles d’une finance durable dans l’ensemble de l’UE.

Grâce à ces mesures, toutes les institutions financières dans l’UE sont obligées d’éviter les risques de transition, à savoir, la perte de valeur de leurs actifs financiers liés aux énergies fossiles, comme elles sont obligées de réduire les effets négatifs de leurs placements sur le climat, l’environnement et la justice sociale. Qui plus est, l’UE a publié une liste des activités économiques durables, afin d’éviter certaines pratiques de «greenwashing» des institutions financières et pour savoir quelles sont les entreprises qui méritent d’avoir des financements publics car elles respectent les critères de durabilité de l’UE.

Rien de tout cela n’existe, en l’état, en Suisse, étant donné que le Conseil fédéral n’a pas (encore) bougé pour suivre l’UE dans la lutte contre les changements climatiques. Comme par le passé, la Suisse considère simplement les «conditions-cadre» assurant que la concurrence sur le «libre marché» (de n’importe quel bien, service ou actif) puisse déployer ses effets à terme, censés résoudre tous les problèmes d’ordre économique.

Comme ledit rapport le met en lumière, cela explique l’absence d’une stratégie climatique du Conseil fédéral ayant des objectifs clairs et concrets pour les institutions financières de toute sorte (y compris les caisses de pension), qui n’ont dès lors aucune obligation de diligence en ce qui concerne la gestion des risques climatiques découlant de leurs propres stratégies et choix de portefeuille.

Tout cela va peser sur les risques réputationnels de la place financière helvétique et fera du mal à l’ensemble de la société.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

12 réponses à “La Suisse est en retard avec la finance durable

  1. Chronique ô combien pertinente et plus que jamais d’actualité. Que de souvenirs cher Professeur Rossi !
    *****
    RAYMOND – 7 mars 2019 à 19 h 46 min

    [« La politique monétaire devrait donc pénaliser les institutions bancaires qui augmentent l’instabilité financière du système économique » ?

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/03/04/quelle-politique-monetaire-pour-la-suisse/#comments

    Oui, cher professeur Rossi, nous sommes en droit à l’appeler de nos vœux ; toutefois, déjà, à la seule lecture du mandat de la BNS – sur sa plateforme en ligne – suffit à nous offrir un vaudevillesque moment…

    « En tant que banque centrale indépendante, la Banque nationale suisse conduit la politique monétaire du pays. Conformément à la Constitution et à la loi, elle doit se laisser guider par l’intérêt général du pays, donner la priorité à la stabilité des prix et, ce faisant, tenir compte de la conjoncture. Elle établit ainsi une condition-cadre fondamentale pour l’évolution de l’économie. »

    …tout en sachant que la Banque Nationale Suisse est placée sous le statut juridique de « société anonyme de droit fédéral fondée sur une loi spéciale. Elle est administrée conformément à la loi qui la régit avec le concours et sous le contrôle de la Confédération ». Avec ce dernier point, on saisit les caractères antinomiques du « phénomène atypique » : Banque Centrale Suisse (BNS).

    Un phénomène politisé – et piloté selon la gouvernance d’une société actionnariale – qui conduit sa politique monétaire en suivant le dogme de la « Supply-side economics », et par effet de manche, faisant fi de la demande agrégée. Un modèle économique focalisé sur l’offre (poursuivant les préceptes des monétaristes) qui, au 21ème siècle, observé sous l’angle du concept d’Intérêt général, n’est qu’une vue de l’esprit au prisme néolibéral]
    *****
    RAYMOND – 18 mars 2019 à 18 h 19 min

    [Lors de mon commentaire du 07 mars 2019, l’occasion m’a été donnée de pointer du doigt le « phénomène atypique » Banque Centrale Suisse (BNS) ; ce hedge fund spéculateur devant l’éternel. Alors, grâce à cette énième chronique pertinente du Professeur Rossi, je ne vais pas bouder mon plaisir pour épingler une nouvelle fois le « phénomène atypique » Banque Centrale Suisse. À la seule lecture du point « gestion de l’environnement », figurant sur sa plateforme en ligne, on peut y lire ceci : « Depuis 1996, la Banque nationale suisse dispose d’un système de gestion de l’environnement. Elle s’est fixé pour objectif de réduire systématiquement sa consommation de ressources ainsi que les émissions de CO2 ».

    Beh voyons ! Est-ce que la Banque Nationale Suisse est en passe de réussir un « stress test climatique » en 2018/2019? Manifestement non à la lecture du rapport d’Alliance Climatique Suisse & les Artisans de la transition : « Les investissements en actions de la BNS produisent des émissions annuelles de CO2 aussi élevées que celles de l’ensemble de la Suisse, favorisant une augmentation de la température de 4 à 6 degrés. Les émissions de gaz à effet de serre sont imputables principalement aux entreprises de charbon, de pétrole et de gaz naturel. La BNS utilise son argent pour financer l’exploration, le développement et la production de nouveaux gisements de combustibles fossiles. Ceci est également confirmé par une nouvelle étude réalisée par les Artisans de la Transition en collaboration avec Fossil-Free. La BNS évite toujours la question des risques climatiques, même si la Suisse a ratifié l’année dernière (2017) l’Accord de Paris sur le climat. Outre la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le renforcement de l’adaptation au changement climatique, l’Accord établit la réorientation des flux financiers comme troisième pilier équivalent, de sorte que l’objectif d’un réchauffement bien inférieur à 2 degrés puisse être atteint »]

    https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2019/03/18/les-investissements-verts-font-du-bien-a-la-finance-de-marche/

    Bien respectueusement

  2. Pour un observateur extérieur et profane comme votre serviteur, la prospérité économique de la Suisse semble en partie liée à la politique monétaire menée par la Banque nationale suisse (BNS). L’indépendance de la Banque centrale (BC) repose en gros sur deux arguments :
    1L’argument monétariste : toute inflation est d’essence monétaire, d’où la nécessité d’une vigilance permanente à l’égard de l’inflation. En plus l’analyse empirique conforte cette hypothèse : il existe une corrélation entre la stabilité des prix et le degré d’indépendance de la BC. Dans quasiment toutes les études empiriques existant sur cette liaison, la BNS apparaît comme le meilleur élève de la classe. Sans doute cet argument a-t-il contribué à renforcer le pouvoir des gens sérieux du côté de la Börsenstrasse à Zurich pour qui l’indépendance de la BNS n’est pas négociable, quand bien même il y a urgence à verdir la croissance pour sauver la planète et que le Conseil fédéral s’est engagé en ratifiant l’accord de Paris sur le climat. Sans doute il y a également urgence à revisiter le mandat de la BNS au niveau des objectifs. Ceux-ci sont en effet du ressort de l’autorité politique, en l’occurrence le Conseil fédéral. Cet enrichissement hautement souhaitable du mandat du banquier central pourrait s’opérer sans toucher à son indépendance des instruments en vertu de son expertise et de son expérience.
    2) L’argument de la crédibilité : la politique monétaire n’est pas un jeu contre la nature et les agents économiques en chair et en os ne sont ni des atomes ni des rats de laboratoire, car ils sont capables de se projeter dans l’avenir et par conséquent ils sont en mesure d’anticiper les conséquences des mesures de politique économique annoncées avant même que celles –ci soient mises en œuvre et produisent leurs effets dans le monde réel. En clair une politique monétaire conçue selon les techniques de l’ingénieur (contrôle optimal) et exploitant les informations nouvellement acquises sur le système économique et non observables par le public ou le secteur privé peuvent être perçues par ce dernier comme une tricherie visant à manipuler ses anticipations en vue d’engranger des gains macroéconomiques au mieux temporaire sous forme d’un peu plus de croissance et un peu moins de chômage (effet Philips).
    Cependant, s’il suffisait de se doter d’une banque centrale indépendante et conservatrice pour engendrer les conditions propices à la croissance économique (souvent polluante et inégalitaire) et à l’amélioration du bien-être collectif, cela se saurait et le monde serait sans doute meilleur qu’il ne l’est actuellement. C’est pourquoi il semble simpliste de réduire la prospérité à un seul facteur en l’occurrence l’indépendance de la BNS. En réalité la causalité est plurielle : les performances de l’économie helvétique s’expliquent aussi par la qualité de sa main-d’œuvre, l’esprit entrepreneurial et d’innovation, conditions-cadres favorables à l’offre, ouverture au commerce extérieur, la stabilité des institutions, la paix sociale et la culture de la négociation, la qualité des infrastructures, le système bancaire et notamment les banques cantonales au service de l’économie locale, le système éducatif :universités, écoles polytechniques et formation professionnelle héritage des bâtisseurs des cathédrales.
    Mais force est de constater que cette prospérité suisse a aussi ses perdants notamment toutes les personnes au chômage ou à l’aide sociale subissant un regard social plus sévère qu’ailleurs, car dans une économie quasiment en situation de plein-emploi, les chômeurs et les exclus sont considérés comme responsables de leur propre sort et non pas la société ou les accidents de la vie.
    Après ces remarques préliminaires, la lecture de la chronique du professeur Rossi et du commentaire de Raymond invitent à se poser une question qui semble être d’une actualité brûlante, non seulement pour la BNS mais aussi pour la BCE, la FED et d’autres banques centrales : Une banque centrale devrait-elle se soucier de la lutte contre le réchauffement climatique et de la réduction des inégalités ? En d’autres termes la politique monétaire est-elle neutre quant à son impact sur le climat ? Une banque centrale devrait-elle relever son taux d’intérêt directeur dans un but purement préventif, dès qu’elle constate un timide frémissement du côté de l’indice des prix à la consommation et sans avoir la certitude que cela pourra déclencher la spirale prix-salaires ? ou bien devrait-elle tenir compte de la composition du chômage, sachant que tous les individus ne sont pas logés à la même enseigne face au fléau du chômage en raison de leur âge, de leur sexe, leur niveau de formation, de leur situation géographique ou leur appartenance ethnique ? Ce dont je suis sûr c’est que ces questions baroques ne sont pas en odeur de sainteté auprès des dirigeants de la BNS qui aiment se retrancher derrière leur mandat, lequel apparaît au boétien comme une forteresse de conservatisme qui résiste au changement en matière de transparence, de finance durable et de diversité.
    Bien évidemment je n’ai pas de réponse à ces interrogations. Pour en savoir plus sur la position de la BNS vis-à-vis du défi climatique et son corollaire la finance durable, ma curiosité m’a poussé à jeter un coup d’œil sur la composition de son portefeuille d’actions. Celui-ci est d’un montant de 150 milliards de francs et représente 20% des réserves de change que la BNS gagne lors de ses interventions récurrentes sur les marchés de change afin de lutter contre l’appréciation du franc. J’ai voulu aussi en savoir davantage sur la couleur dominante de ce « portefolio », malheureusement je fus incapable d’en identifier la vraie couleur et pourtant je ne suis pas daltonien ! Ainsi je suis resté avec ma conjecture de départ, à savoir le portefeuille est une combinaison de deux couleurs : le brun et le vert avec toutefois une forte probabilité que le brun se taille la part du lion dans la composition, car il est plus rentable que le vert.
    Pour conforter ces intuitions ou plutôt croyances a priori l’inférence bayésienne me semblait un meilleur allié et donc un guide fiable. C’est pourquoi j’ai écouté la conférence donnée à Lausanne par Madame Andréa Maechler, membre de la direction générale de la BNS. D’entrée jeu la banquière centrale a tenu à rappeler que la BNS a un mandat précis qui consiste à veiller à la stabilité des prix et celle du système financier et qu’elle est assistée par la FINMA pour d’autres tâches comme produire de l’information pour les acteurs économiques afin de mieux les éclairer dans leurs choix (investisseurs, assurés…). Les ressources de la BNS proviennent essentiellement de ses interventions sur les marchés des changes. Les réserves de changes sont détenues pour l’essentiel sous forme de liquidités ( euros, dollars et autres devises), sous forme d’obligations d’Etats notées triple A, d’obligations d’entreprises étrangères avec un meilleur rating, un portefeuille d’actions et de l’or. La BNS a une préférence pour la liquidité qui leur permet d’avoir de la souplesse dans la conduite de sa politique monétaire. La gestion de son portefeuille obéit à une logique indicielle, autrement dit c’est une gestion passive avec un arbitrage permanent entre rendement et risque. La BNS n’achète pas les actions des banques suisses pour éviter le conflit d’intérêt et elle ne détient pas non plus les actions des entreprises suisses pour ne pas subir des pressions des branches économiques ou des cantons.
    J’ai également appris que la BNS se préoccupe du risque climatique dès lors que celui-ci peut présenter un danger pour la stabilité des prix ou pour le système financier comme les catastrophes naturelles avec des impacts sur la croissance et les prix. En clair la BNS ne peut pas ignorer la variable climat dans ses décisions et elle se préoccupe du risque climatique au même titre que le risque système que représentent les grandes banques suisses comme UBS, Crédit suisse ou la Banque cantonale de Zurich. En outre conformément à la loi notamment l’article 47a elle a obligation de faire rapport au Conseil fédéral en évaluant et en contrôlant les risques climatiques.
    Je confesse que j’ai trouvé l’exposé de Madame Maechler très limpide et je n’ai eu aucune peine à la suivre dans ses démonstrations et ses explications, sans doute à cause de ses qualités pédagogiques et sa passion pour les questions financières qui semblent être le pain et le beurre de son quotidien à la Börsenstrasse. Mais j’ai perdu pied quand elle a abordé la question de la composition du portefeuille d’actions, car l’explication est devenue filandreuse et absconse pour moi. Notons que cette question de composition du portefeuille est importante dans la mesure où elle cristallise les critiques de nombreux citoyens suisses et les professeurs d’économie comme monsieur Rossi. Ces derniers reprochent à juste titre à l’institution de ne pas respecter ses directives internes qui exigent d’elle qu’elle n’investisse pas dans les entreprises causant de graves dommages à l’environnement, en l’occurrence les entreprises polluantes et peu respectueuse des principes ESG.
    Selon notre banquière centrale, la BNS n’est pas dans la position de Monsieur Jourdain qui fait de la poésie sans le savoir. Sa stratégie d’investissements est pleinement assumée et elle est aussi écologique et éthique que possible : la BNS a cessé d’acheter les actions des entreprises qui ne respectent pas les droits humains, qui fabriquent des armes comme les mines anti-personnes ou qui pratiquent l’esclavage. De surcroît, l’institution est chargée de veiller au bien-être de la population (emplois et revenus), elle n’est pas donc disposée à céder aux sirènes de la finance durable, car une gestion activement durable restreindrait les possibilités de placement et amoindrirait la souplesse dont l’institution a besoin pour conduire sa politique monétaire. En tout état de cause, la BNS ne dispose pas d’informations approfondies pour faire une distinction entre les entreprises brunes et les entreprises vertes. Ce flou artistique sur les couleurs est de nature à faire pencher la balance du côté de ce qui est rentable, en l’occurrence les énergies fossiles. Enfin, le point d’orgue de l’exposé est atteint quand notre conférencière nous a annoncé avec aplomb que, de toute manière, la BNS participe à un réseau mondial de banques centrales mobilisé ( NGFS) pour que la finance contribue à atteindre les objectifs du Traité de Paris. En vérité la participation à ce réseau n’implique aucune obligation pour que la BNS verdisse ses investissements. Le fait de faire partie d’un club de vertueux pour échanger des connaissances sur les risques climatiques et des scénarios macroéconomiques ne rend pas forcément vertueux. Comme on dit dans les beaux quartiers de la capitale française cela ne mange pas de pain. Toutefois je dois admettre que Madame Maechler m’a permis de confirmer ma croyance a priori : la dominante du portefeuille des actions est brune.

  3. Bonjour NOEL,

    Effectivement, sur le papier (qui a valeur d’un parchemin biblique), la BNS use d’une stratégie dite “passive” pour ses investissements en actions et, à ce titre, il est dès lors aisé de faire une projection de son “portfolio actions” en répliquant la composition de l’indice mondial “MSCI World”. Or, l’on y constate que parmi les positions dominantes de l’indice figure Apple, ce qui ferait de la BNS – en suivant sa politique d’investissement – un actionnaire de taille chez Apple. Puis, en pousuivant sa logique d’investissement “indiciel” – totalement non représentative d’une bonne diversification compte tenu du poids des mastodontes – nous constatons que le “Hedge funds” BNS investi notamment plusieurs milliards de dollars dans “le club très select des influenceurs de notre monde”, plus connu sous l’acronyme GAFAM. À cet égard – et non sous l’angle d’un Price Earning Ratio, ni d’une approche Bottum-up ou Top-down – la BNS nous jure “croix de bois, croix de fer (…)” ne procéder à aucune gestion active de son portfolio d’actions. Et pour cause. Encore du grand Vaudeville dans ce jeux des mots (ou maux?).

    En l’état, nous pourrions alors nous poser cette question: Quelle serait à présent la place des GAFAM, ces nouveaux pouvoirs non élus par le peuple, s’ils étaient des pays? La réponse nous est apportée par des analystes de la société MacKeeper. Ces derniers ont décidé de comparer les PIB des pays du monde à la capitalisation boursière de ces compagnies. Si la crise sanitaire a touché de plein fouet de nombreux secteurs, pour les géants de la Tech, cette période s’est au contraire révélée très profitable. En ce qui concerne Apple, le constat est le plus saisissant, puisque sa valorisation boursière dépasse la richesse de nations comme l’Italie, le Brésil, ou encore la Russie. Avec 2200 milliards de dollars, la firme de Cupertino occuperait la place du 8ème pays le plus riche du monde, estiment les auteurs. Elle n’aurait qu’un petit effort à accomplir pour dépasser la France et ses 2700 milliards de dollars de PIB. Le constat est à peu près le même pour Microsoft dont la richesse dépasserait celle du Canada avec 1827 milliards de dollars. Avec 1668 milliards de dollars, Amazon s’en tire certes un peu moins bien, mais dépasserait la Corée du Sud. Google et ses 1411 milliards de dollars de valorisation surpasserait des nations comme l’Australie et l’Espagne. Enfin, avec 763 milliards de dollars de capitalisation, Facebook ferait mieux que la Turquie et la Suisse.

    Enfin, si tant est qu’il faille le rappeler, la notion même d’indépendance des banques centrales fût remise au placard post 2008/2009 (y compris la BNS) et l’article du Wall Street Journal paru en 2017 restera dans les annales, puisque ce dernier nous informait que la sphère opaque de la BCE comptait en son sein 29% de salariés allemands contre seulement 8% de français. Tout en sachant déjà que le très stratégique Département d’économie et de prospectives qui conditionne toutes les recommandations de la BCE, en termes de politique monétaire, était dans une chaîne de commandement allemande. Cette dernière portant dans le milieu le surnom de “panzer division” et dirigée par le Chef économiste que fût Jürgen Stark, remplacé ensuite par le moitié allemand et moitié belge Peter Praet. Sans compter que la Banque centrale européenne, basée dès le début à Francfort, comptait aussi dans son ADN les gènes de la Bundesbank. Il va sans dire qu’il est inutile de préciser qui a fait entendre ses claquements de botte dans les couloirs de la BCE, au plus fort de la crise dans la zone euro. Pour ce qui a trait à présent à la nomination de J. Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine (FED), elle nous a “montré une fois de plus l’ampleur du pouvoir politique des institutions financières” (*).

    (*) https://blogs.letemps.ch/sergio-rossi/2018/02/19/la-fed-soudoyee-par-la-finance-de-marche/

    Bien à vous

  4. Bonjour Raymond,
    Je vous remercie pour votre commentaire qui m’a apporté un éclairage sur la manière dont la BNS gère son portefeuille d’actions et sur la manière dont elle communique avec le public. Apparemment il y un hiatus entre le discours de l’Institution et sa pratique. Si j’ai bien compris, la BNS ne se contente pas d’une gestion indicielle de son « portfolio actions » comme l’affirme Madame Andréa Maechler dans sa conférence donnée à Lausanne, en répliquant passivement un indice de référence comme le Dow Jones ou le CAC 40.
    Cette gestion serait active, par conséquent la BNS prendrait des risques et ferait face à des frais de courtage élevés . Autrement dit son portefeuille actions n’est pas aussi diversifié qu’elle le prétend dans sa communication au grand public et que ce portefeuille comporterait une forte proportion des actions des entreprises du numérique comme les GAFAM. Lesquelles se sont bien enrichies à la faveur de la crise sanitaire et sans doute faudrait-il les taxer pour financer une partie de la casse sociale causée par la pandémie.
    Je tiens à préciser que mes connaissances sont fort limitées en techniques financières, cependant je comprends sans aucune difficulté tous les aspects mathématiques qu’utilisent les spécialistes de la finance et notamment ceux qui sont appliqués à la gestion d’un portefeuille de valeurs mobilières dont les rendements sont aléatoires, mais dont les lois en probabilité, en particulier l’espérance mathématique et la variance, sont connues, comme c’est la cas avec le choix d’un portefeuille boursier ou le modèle d’équilibre des actifs financiers( Medaf).Encore faut-il avoir de l’information adéquate sur ces deux paramètres.
    Or, il me semble que la BNS ait un penchant prononcé pour le secret et cette opacité est étendue à son portefeuille actions, lequel constitue la véritable pomme de discorde, quant à sa composition, avec les citoyens ayant ou non une sensibilité à la problématique de l’environnement. Dans ces conditions comment accéder aux informations stratégiques concernant la composition du portfolio actions que la BNS prend soin de dissimuler ? On en est réduit à des conjectures qu’il faudrait vérifier sur le terrain ou bien aller à la pêche pour glaner les données qui permettent de se forger une opinion sur le risque qu’encourt la BNS en concentrant ses placements sur les valeurs dynamiques de l’indice boursier de référence, par exemple les GAFAM. Dans cette hypothèse on pourrait comparer les écart-types du portfolio actions censés refléter le risque à deux époques différentes. Si l’écart-type de l’époque 1 est plus petit que celui de l’époque 2, alors on pourra inférer que le portefeuille est peu diversifié et que la BNS prend des risques dans ses placements, et ce quel que soit le niveau du rendement ou l’espérance du gain. Bien évidemment cette conclusion dépend de l’attitude envers le risque de l’investisseur.
    Bien à vous.

  5. Cher NOEL,

    Comme vous et moi avons des compétences fort limitées en économie et en finance, en effet, on pourrait être amené à considérer que la communication de la banque centrale helvétique se construit dans les mains d’un spin-doctor ou au prisme des travaux d’économistes respectables comme Daniel Kahneman et Richard Thaler, mais avec un usage abusif du “nudge”. Histoire à détourner le regard de l’indicible?

    https://www.power-of-money.org/fr/2020/05/18/la-banque-nationale-suisse-une-bombe-a-retardement-1060.html

    Puis, la BNS, en communiquant sur la gestion indicielle comme gage de “bonne diversification”, alors même que le marché boursier américain (pour ne citer que celui-ci au regard des GAFAM) reste complètement monopolisé par ces derniers, ceci relève d’un abus de langage indécent: 

    https://i1.wp.com/michelsanti.fr/wp-content/uploads/2020/12/marche-US-et-monopoles.png?resize=768%2C558&ssl=1

    Quant à sa politique d’investissement à effet de levier (qui ne relève pas du “churning”) exposée aux aléas des marchés financiers, dont on devrait pourtant communément admettre après la crise des subprime que ces derniers ne s’autorégulent pas à contrario de la thèse dogmatique postulée par Eugene Fama, né en 1933, l’un des pères de l'”efficience des marchés”, lui qui affirmait péremptoirement “que l’hypothèse des marchés efficients est une affirmation simple qui dit que les prix des titres et des actifs reflètent toutes les informations”, la Banque Nationale Suisse (BNS) reste une spéculatrice devant l’éternel. Une stratégie totalement irrationnelle qui ne laisse en aucun cas la possibilité de créer, par exemple, un fonds souverain transparent pour investir l’argent public de manière utile, durable, et responsable pour l’économie helvétique. Cet extrait du synopsis de l’ouvrage de l’économiste Vincent Held parle aussi de lui-même:

    “(…) S’appuyant sur la confiance traditionnelle du peuple suisse dans sa banque centrale, cette institution mal contrôlée n’aura pas hésité à s’empêtrer dans une alliance contre-nature avec la finance spéculative européenne. Elle aura ainsi elle-même créé les conditions d’un ébranlement économique majeur pour le pays dont elle était censée servir les intérêts. Ces errements inouïs ne sauraient toutefois être exclusivement imputés à la Banque nationale. Car la classe politique suisse, après avoir cautionné le bradage de la moitié de ses stocks d’or au tournant des années 2000, allait bientôt lui offrir la couverture légale nécessaire à la conduite d’une “politique non conventionnelle” explosive (…).”

    https://www.illustre.ch/magazine/bns-aspire-lepargne-suisses

    Enfin, le passage que soulève et dénonce l’économiste Vincent Held dans l’interview du quotidien helvétique daté (au sujet des intérêts négatifs) est fort remarquable puisque au-delà du poids des mots (maux?), il met précisément le doigt sur la version moderne du “schéma de Charles Ponzi”.

    Bien à vous

  6. Bonjour Raymond,

    La lecture de vos commentaires m’a appris beaucoup de choses sur la politique d’investissements de la BNS. Ainsi apprend-on que l’institution monétaire finance les géants américains du numérique quand elle intervient sur la bourse américaine, et à ce propos vous avez attiré l’attention sur le risque de concentration du marché boursier américain, lequel se transmet mécaniquement à la BNS en raison de la gestion indicielle de son portefeuille d’actions, ce qui va à l’encontre de la stratégie de diversification affichée par les banquiers centraux suisses, lors de leur communication sur la place publique.

    Je voudrais partager ici un certain nombre d’interrogations concernant l’idée que la BNS doit investir à l’étranger ses réserves de devises, alors qu’une partie de cette manne financière qui est certes générée par le fonctionnement de la planche à billets aurait dû être investie en Suisse pour répondre aux besoins de la population et de l’économie en finançant les biens publics souvent d’ailleurs générateurs d’externalités positives et donc favorables à la croissance économique. En la matière, il suffit de songer aux infrastructures, à l’instruction, à la recherche et à l’innovation, et bien sûr à la promotion de l’économie verte pour que la Suisse puisse atteindre ses objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

    Les objections à telles propositions sont bien connues et force est de reconnaître qu’elles relèvent d’une conception ultra-conservatrice de la politique monétaire. Je ne vais pas m’attarder trop sur le couplet répété à l’envi par les dirigeants de la BNS: l’investissement dans les banques suisses génère des conflits d’intérêts ou l’achat des actions des entreprises helvétiques pourrait donner un signal sur les préférences de l’autorité monétaire, par exemple celle-ci privilégie tels secteurs au détriment d’autres avec le risque d’intervenir dans les mécanismes d’allocation et donc fausser la concurrence, ou bien si la BNS investit en Suisse, elle se tirera à coup sûr une balle dans le pied en renforçant le franc.

    Par ailleurs, notons qu’en Suisse la politique monétaire a la primauté sur la politique budgétaire, alors qu’en vérité ces deux instruments sont liés au travers de la contrainte budgétaire intertemporelle de l’Etat. Ainsi si l’Etat s’endette pour financer les infrastructures ou bien pour encourager la transition énergétique en subventionnant les innovations des entreprises, la rénovation thermique des bâtiments ou tout autre projet favorable à la réduction des émissions des gaz à effet de serre, il pourra utiliser soit les recettes fiscales en cas de surplus budgétaire, soit l’augmentation des impôts directs ou indirects comme la TVA, soit la monétisation d’une partie de la dette, soit s’engager dans une spirale vicieuse d’endettement. Ces deux dernières méthodes sont bannies en Suisse, car la BNS a pour mandat de ne pas financer l’Etat et l’autorité budgétaire est soumise à la contrainte du frein à l’endettement.

    En conséquence, les marges de manœuvre de la politique budgétaire sont extrêmement réduites, sans doute en raison de la doxa libérale prévalant en Suisse et qui fait confiance aux forces du marché, et donc à l’économie libérale. Dans ces conditions, pourquoi ne pas créer un fonds souverain en faveur de la promotion de l’économie verte et des infrastructures? A priori, c’est une solution attrayante pour utiliser une partie des milliards qui sont dans les coffres de la BNS, mais c’est aussi une question sujette à controverse.

    Inutile de préciser que cette question du fonds souverain comme une alternative à la gestion du portefeuille d’actions par la BNS fait débat. La monnaie est un bien public au même titre que la planète ou le climat. Dans ces conditions, pourquoi ne serait-il pas souhaitable de mobiliser le premier au service du second? Il nous semble important de présenter les thèses en présence:

    Pour certains, notamment l’ancien président de la BNS, Jean-Pierre Roth, le fonds souverain est une mauvaise idée, car la planche à billets ne saurait être assimilée à une ressource stratégique comme le pétrole dans le cas de la Norvège. Ce pays s’est doté d’un fonds souverain qui repose sur quelque chose de solide, en l’occurrence une ressource naturelle. Autrement dit, le portefeuille d’actions de la BNS est le produit de la création monétaire et si la planche à billets était une source inépuisable de richesse, cela se saurait! Certes, le bilan de l’autorité monétaire s’est dilaté dans des proportions jamais vues auparavant, mais il ne faudrait pas perdre de vue l’idée qu’il pourrait aussi se contracter subitement; par conséquent, la BNS n’est pas à l’abri d’un changement brutal et dans ces conditions elle devrait vendre ses actifs et se priverait ainsi de sa liberté d’action.

    Par ailleurs, il est vrai qu’avec une manne financière de plus 150 milliards de francs, la BNS est déjà de facto un fonds souverain. Le seul hic, c’est que ce fonds ne procède pas toujours à des investissements en faveur de l’économie verte et en accord avec les attentes éthiques des citoyens suisses, même si les dirigeants de la BNS répètent comme un mantra cette préoccupation dans leur exercice de communication. Il y a loin de la coupe aux lèvres.

    Pour d’autres, émettre un jugement de valeur sur la manière dont la BNS gère son portefeuille d’actions n’est pas remettre en cause son indépendance, mais seulement il n’est pas supportable que l’utilisation de l’argent public ne respecte pas certains principes connus sous l’acronyme ESG (E= environnement, S=social, G= gouvernance). En plus, la BNS cultive le secret sur la composition de son portefeuille d’actions et l’entretien de cette opacité est lourd de signification dans la mesure où elle pourrait suggérer au citoyen lambda qu’une part des deniers publics financent les entreprises polluantes pour des raisons purement financières. Au lieu de financer les géants de l’industrie américaine, ne serait-il pas souhaitable que la BNS finance une banque dédiée à l’économie verte et aux infrastructures? Or, une telle proposition, quand bien même elle est en harmonie avec les préférences des citoyens, se heurte invariablement à l’orthodoxie monétaire qui continue à prévaloir au sein de la BNS. Celle-ci s’abrite toujours derrière son mandat pour affirmer sa neutralité, par exemple une banque d’infrastructures doit être financée par un emprunt d’Etat, et cela n’est pas l’affaire de la BNS car celle-ci ne fait pas de politique.

  7. Cher NOEL,
    Merci pour ce pitch qui résume bien le phénomène mis à part ce lapsus: “la BNS a pour mandat de ne pas financer l’État”. 

    Avant toute chose, il nous faut bien comprendre que la Suisse est un État fédéral et qu’à ce titre – et non des moindres – le pouvoir étatique est réparti entre la Confédération, les cantons et les communes. Et selon le principe de subsidiarité, les cantons sont souverains. Ceci étant d’une importance cruciale pour saisir le “concept néolibéral du pays” – dont l’ origine s’illustre au sein de la Société du Mont-Pélerin – la BNS reste la seule Banque Centrale au monde construite sur le modèle d’une société anonyme, mais disposant d’un statut juridique spécial qui permet une distribution des bénéfices en partie déconnectée de l’actionnariat. En effet, la loi sur la Banque Nationale Suisse détermine que “sur le bénéfice porté au bilan, un dividende représentant au maximum 6% du capital-actions est versé. La part du bénéfice qui dépasse le dividende revient donc pour un tiers à la Confédération et pour deux tiers aux cantons”. Or, comme si la prime de risque transférée à chaque citoyen suisse pour garantir la politique monétaire non conventionnelle et irrationnelle de la BNS ne suffisait encore (réf. composition du portfolio; politique des taux d’intérêts négatifs gagée par les actifs des citoyens suisses, notamment par le biais du traditionnel système bancaire dit à réserves fractionnaires…), la dernière convention de distribution des bénéfices de la BNS – conclue à partir de 2016 – est venue liquéfier la manne aux entités publiques qui doivent désormais se partager plus qu’un milliard de frs par année, sauf en cas de pertes importantes, contre 2.5 milliards de frs précédemment. Le partage entre cantons se faisant en fonction du nombre d’habitant qui y réside. 

    Ceci, bien entendu, dans un environnement économico-financier où le principe de “la thésaurisation des profits et la socialisation des pertes” a toujours cours, à ceci près que le nominatif a évolué depuis les différents chocs exogènes et réactions endogènes post 2008. D’un côté de l’échiquier l’on retrouve la dogmatique “supply side economic” et la “trickle dow Theory” (clouées pourtant au pilori par les travaux/recherches de l’OCDE en 2014/2015) comme autant d’accumulation de richesse transférée sur l’autel du Veau d’or et, de l’autre la “General Theory of Employment, Interest, and Money” comme autant de dettes reportées sur la société civile. L’un étant devenu par la financiarisation exacerbée de nos modèles économiques le corollaire de l’autre. Comment, dans un contexte de pillage généralisé des richesses et du creusement notoire des inégalités au plan planétaire, les gouvernements peuvent-ils encore feindre que l’Intérêt n’est plus aujourd’hui le prix du temps, tout comme le fait de posséder un actif financier revient à posséder le droit sur un revenu futur obtenu par fluctuation de la valeur de cet actif? 

    Enfin, si la “Public Choice Theory” nous apporte quelques éléments de réponse, nous pouvons aisément franchir la ligne de la bien-pensance en affirmant que nos gouvernances ont délibérément opté pour une position de “shareholder value” au détriment de l’Intérêt général et du bien commun. Et, sans une refonte généralisée de nos systèmes, les politiques politiciennes du “Sauve-qui-peut” ou “Après moi, le déluge” prédomineront malheureusement.

    Bien à vous

    1. Merci Raymond pour la correction. Effectivement j’avais un doute et j’ai oublié de vérifier ce passage concernant le financement de l’Etat par la BNS, sans doute je suis influencé par mes lectures sur la BCE dont les statuts lui interdisent de financer les déficits des Etats membres de la zone euro.
      Bien à vous!

      1. Cher NOEL, depuis 2008, “exceptionnellement” et grâce à une “politique monétaire non conventionnelle” menée depuis plus d’une décennie, les banques centrales (BCE, BOJ, FED…) ont procédé successivement à racheter de la dette publique et…privée. Mais aujourd’hui encore (aléa pandémique oblige) ,l’exceptionnel est devenu une règle. Par contre, la politique de distribution conditionnée et partielle des bénéfices de la BNS (sous forme de dividendes) est institutionnalisée en Suisse bien avant la crise de 2008 (et les suivantes).

        Ceci dit, à l’heure où les destinées de nombre d’entreprises à travers le monde sont aux mains de mégalomanes ayant largement privilégié l’ingénierie financière à la création de richesses (but ultime de la finance censé profiter à la collectivité), le commun des mortels sait-il seulement que les sociétés cotées les plus importantes au monde, par exemple, se sont endettées ces dernières années (grâce au contexte) à hauteur de 13.5 trillions de dollars (soit 13.500 milliards de milliards) pour racheter leurs propres actions (occasionnant ainsi une “manipulation” implicite et légale du cours des titres, loin des fondamentaux) au lieu d’investir dans l’outil de production et dans la formation de leurs salariés? Et il semblerait que ça ne choque plus personne dans les hautes sphères du pouvoir politique.

        Cordialement

  8. 1) La Suisse est volontairement, sciemment, consciemment en retard dans sa finance durable, et l’entier de son économie profondément hypocrite, le “greenwashing” trompant en effet énormément.

    A ce propos, dans le dernier numéro de Bon à Savoir : « Les placements verts attirent toujours plus d’investisseurs. Les banques l’ont bien compris et apposent parfois un label responsable après de simples changements cosmétiques (…) Le fonds en question s’appelait auparavant UBS Vitainvest 25 Swiss – la mention «sustainable» (durable) en moins. Même contenu – nouvelle dénomination: M. Schönbacher s’est senti mené en bateau par UBS.” (www.bonasavoir.ch/929976-ils-nont-decolo-que-le-nom)

    Cf. aussi :

    http://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-capitalisme-vert-est-il-un-mirage

    http://www.letemps.ch/economie/greenwashing-un-manuel-deceler-vert-faux

    2) Pour déciller les yeux – dans une optique globale – parce que ça urge, à partager =>

    21) les réflexions de ce philosophe sur l’illusion – et donc de la voie sans issue – de la croissance “verte”

    http://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/pierre-charbonnier-plaidoyer-pour-un-ideal-ecologiste

    22) les réflexions de ce juriste qui rappelle combien le droit (et non les lois, faites par et pour les dominants) est une force subversive, une force novatrice, une force créatrice
    http://www.rts.ch/play/radio/tribu/audio/le-droit-sert-il-encore-a-quelque-chose?id=12125354

    23) les liens de causes à effets =>

    a) “7 choses à savoir sur le changement climatique et les conflits”
    http://www.icrc.org/fr/document/7-choses-savoir-sur-le-changemewnt-climatique-et-les-conflits

    b) “Il est clair que le changement climatique a déjà des conséquences pour les droits humains. Et que ces conséquences ne feront que s’aggraver dans les années à venir. ”

    http://www.amnesty.org/fr/what-we-do/climate-change/

    c) « Les changements climatiques, un fléau pour la santé humaine »

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/13/le-changement-climatique-fleau-pour-la-sante-humaine_5449685_3244.html

    http://www.rts.ch/play/tv/369/video/rechauffement-climatique–que-peut-supporter-le-corps-humain-?urn=urn:rts:video:12158004

    3) And last but not least, fort réflexifs :

    31) A QUAND LE SURSAUT ?

    http://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/crise-climatique-a-quand-le-sursaut?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13Or-MOGxBOar3IoxhS96B7ic&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=653497#xtor=EPR-2-%5BLaLettre27042021%5D

    32) POURQUOI N’AVONS-NOUS RIEN FAIT ?

    http://www.nationalgeographic.fr/environnement/parle-du-changement-climatique-depuis-plus-de-30-ans-pourquoi-navons-nous-rien-fait

    33) LE BUG HUMAIN

    http://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/pourquoi-notre-cerveau-nest-pas-ecolo

    1. Bonjour CC,

      Merci beaucoup pour ce partage. 

      Bien que je monopolise passablement cette énième chronique pertinente de notre hôte, le Professeur Sergio Rossi, et qu’un problème de santé me consomme passablement d’énergie, il me semble à propos de réagir à votre intervention enrichissante.

      À mon sens, “l’homo oeconomicus” devrait revenir à plus de rationalité (mais a-t-il seulement été rationnel un jour, si l’on se réfère aux récents travaux de Richard Tahler, ainsi qu’aux “Esprits animaux” postulés par Keynes, Shiller ou Akerlof?) en se réappropriant les sciences molles sous l’angle “moral”. 

      Pour Thomas Samuel Kuhn (1922-1996 / philosophe des sciences et historien des sciences), lorsque les scientifiques ne peuvent plus ignorer plus longtemps des anomalies qui renversent la situation établie dans la pratique scientifique, alors commencent les investigations extraordinaires qui les conduisent finalement à un nouvel ensemble de convictions, sur une nouvelle base pour la pratique de la science. Les épisodes extraordinaires au cours desquels se modifient les convictions des spécialistes sont qualifiées par Thomas S. Kuhn de révolutions scientifiques. Kuhn souligne principalement le rôle de l’Histoire et l’importance du contexte historique qu’il ne faut pas omettre lorsque l’on veut étudier le processus de développement de la science. En effet, c’est le contexte historique qui a amené Kuhn à rejeter en premier lieu une théorie d’accumulation de la science qui en fait ce qu’elle est: un dogme. 

      Suivant les traces de Karl Polanyi, pour qui la “grande transformation” est cet état de fait où l’on passe d’un paradigme économique à un autre sans avoir encore les institutions adéquates, Thomas S. Kuhn développe plus avant la notion de paradigme qui permet la constitution de la science normale, notamment en fournissant une loi, une théorie, une application et un dispositif expérimental. Celui-ci met d’abord en avant le fait que les stades primitifs du développement de la plupart des sciences ont été caractérisés par une concurrence continuelle entre un certain nombre de conceptions opposées de la nature, dont chacune était partiellement dictée par la méthode, l’observation scientifique étant en gros compatible avec elle. Ce qui différenciait ces diverses écoles, ce n’est pas telle ou telle erreur de méthode (elles étaient toutes scientifiques) mais ce que Kuhn appelle leurs manières incompatibles de voir le monde et d’y pratiquer la science. L’observation et l’expérience peuvent et doivent réduire impitoyablement l’éventail des croyances scientifiquement admissibles, autrement il n’y aurait pas de science. Mais à elles seules elles ne peuvent pas déterminer un ensemble particulier de ces croyances. Ainsi, un élément apparemment arbitraire, résultant de hasards personnels et historiques, est toujours l’un des éléments formatifs des croyances adoptées par un groupe scientifique à un moment donné.

      Et lorsque Kuhn aborde plus précisément les crises et leurs conséquences qui sont des révolutions scientifiques, il postule que les crises concernent les périodes où les scientifiques sont confrontés à l’incapacité de leur modèle (ou paradigme) à résoudre une énigme. Si la crise (climatique, économique, financière, sanitaire) gagne de l’importance et surtout perdure, la validité du modèle est remise en cause par l’émergence d’un nouveau paradigme qui représente une réponse possible à la crise (comme ce fut le cas dans les années 1970, par exemple).

      La révolution scientifique (non une guerre des Chapelles) représente ainsi l’assimilation d’un nouveau paradigme et la disparition de l’ancien. Une “grande transformation” que nous devrions appeler – plus que jamais – de nos vœux, où l’on passerait d’un paradigme économique à un autre en ayant cette fois… toutes les institutions (y compris modes de gouvernance/régulations) adéquates. 

      Bien à vous

Répondre à Noel Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *