La Théorie générale a 85 ans, mais n’est pas vieille

85 ans se sont écoulés depuis la publication de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de John Maynard Keynes, qui est certainement en train de se révolter dans sa tombe au vu des choix inconcluants des gouvernements en Europe et dans d’autres pays se considérant «avancés» sur le plan économique.

Écrite durant les années de la Grande dépression induite par la crise financière éclatée en 1929, la Théorie générale de Keynes reste une œuvre essentielle pour comprendre comment sortir de la crise économique liée à la pandémie du Covid-19 de nos jours.

Le message principal adressé aux politicien.ne.s au gouvernement, jadis comme aujourd’hui, consiste à comprendre un raisonnement clair et élémentaire: le système économique peut être relancé et soutenu seulement par une forte augmentation des dépenses publiques, lorsque l’économie privée se trouve dans une grave situation pour les parties prenantes sur le marché du travail et sur celui des produits, à savoir, les travailleurs et les entreprises.

L’augmentation des dépenses publiques entre directement dans le circuit économique, augmentant le produit intérieur brut, entendez les dépenses de consommation et d’investissement dans une dynamique vertueuse pour l’ensemble de l’économie. Il y aura dès lors davantage de consommation des ménages, davantage de profits pour les entreprises et, en fin de compte, davantage de ressources fiscales pour le secteur public, avec lesquelles il sera possible de rembourser au moins une partie de la dette publique accumulée pour relancer le système économique.

Keynes n’était aucunement un économiste socialiste ou communiste. Son approche était de matrice libérale (mais pas néo-libérale), c’est-à-dire qu’il considérait le secteur public comme étant complémentaire (et non pas antagoniste) au secteur privé de l’économie. Les acteurs de l’économie privée ont besoin de l’État pour satisfaire des besoins qui autrement resteraient insatisfaits (pour les personnes physiques) et pour gagner des profits qu’autrement les entreprises ne gagneraient pas.

Le «New Deal» d’empreinte keynésienne en est une claire démonstration, grâce auquel aux États-Unis et dans les autres pays occidentaux on a pu observer trois décennies de croissance économique qui ont augmenté la prospérité et la cohésion sociale (durant les fameux «Trente glorieuses» années, de 1945 à 1975).

À présent, il est temps de mettre en œuvre un «Green New Deal», à savoir, une forte augmentation des dépenses publiques permettant non seulement d’augmenter la croissance économique et le niveau d’emploi, mais également de réorienter les activités économiques afin qu’elles soient favorables à l’environnement.

Une petite lumière d’espoir peut être entrevue à cet égard, vu que tant la Commission européenne que la Banque centrale européenne sont dirigées par une femme: la sensibilité féminine peut faire la différence lorsqu’il s’agit de problèmes qui touchent l’ensemble de la population et pas seulement les patrimoines des riches – qui d’habitude sont placés avant tout le reste par les hommes au pouvoir.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

11 réponses à “La Théorie générale a 85 ans, mais n’est pas vieille

  1. Professeur Rossi, il n’y a pas que la sensibilité féminine qui peut faire la différence. Le COURAGE est féminin : discret, quotidien, persévérant, sans tambour ni trompette, sans héroïsme ostentatoire comme le faux courage masculin. C’est un homme qui le dit.

  2. Selon la théorie de Keyne
    « L’augmentation des dépenses publiques entre directement dans le circuit économique, augmentant le produit intérieur brut, entendez les dépenses de consommation et d’investissement dans une dynamique vertueuse pour l’ensemble de l’économie. Il y aura dès lors davantage de consommation des ménages, davantage de profits pour les entreprises et, en fin de compte, davantage de ressources fiscales pour le secteur public, avec lesquelles il sera possible de rembourser au moins une partie de la dette publique accumulée pour relancer le système économique. »

    Toute consommation n’existe que si sa production a précédé.

    Relancer la consommation par la commande publique, ceci suppose donc que des actifs sont aptes à produire la consommation que va faire l’État.

    Hors, concernant la crise codiv, dont la caractéristique est de ne pas pouvoir produire, comment relancer la production qui est un préalable de la consommation ?

    Pour cela il faut planifier un effort de production dans des domaines possibles, lesquels ?

    Dans la mesure où cela devient possible, en effet, les ménages des actifs, producteurs d’un biens public, vont profiter de davantage de consommation, du fait qu’il vont percevoir des droits de consommer à hauteur de leurs valeurs ajoutées et vont pouvoir alors consommer à leur tour. Mais quoi ?

    En tout cas pas la production qui n’a pas été produite puisque : consommer par l’État. Ce ne peut, alors, qu’être une autre production qui, faute au Codiv ne peut être produite dans la nation en crise.
    Ce surplus d’avance monnaie, emprunt, peu importe la nomination, devenue droit de consommer chez l’actif qui l’a reçu : ne peut alors qu’acquérir une production d’une nation capable de produire. Donc l’investissement de notre nation, pour la relancer devient utile à la production d’actifs dans d’autre nations et, au passage, une dette en plus.

    Comment faites-vous pour rembourser cette dette ?
    Où se trouvent les ressources fiscales, pour la nation, qui a relancé son économie de cette façon ?

    Keyne prétend que la commande publique d’une nation, relance son économie. Ceci n’est vrai que si la nation organise une production supplémentaire à celle qui existe. Ce qui, obligatoirement demande à des nationaux de travailler davantage de temps ou d’avoir davantage d’actifs et pas plus de consommateurs.

    La relance par la consommation passe obligatoirement par la relance de la production qui ne dépend que de la volonté, de chacun de nous, à produire davantage pour la consommation des autres, afin de profiter davantage de la production des autres, dans la mesure où : eux-mêmes produisent plus.

    Il va de soi que cette production, comme le disait Adam Smith, ce doit être des biens et des services utiles et agréables.

    Relancer la consommation, par la dépense publique, que ce soit par l’investissement ou, les milliards distribués, lors de cette crise Codiv, sans qu’il y ait une production nationale, c’est obligatoirement augmenter nos importations. C’est-à-dire produire de la dette en demandant à d’autres nations de produire nos consommations.

    Rembourser la dette (la production des autres nations) ne peut se faire que par une production nationale supplémentaire, à nos besoins, vouée aux autres nations, pour rembourser les avances de productions que ces nations nous ont faites.

    Toutes balances commerciales déficitaires : se doit d’être compensé par des balances commerciales excédentaires.

    Pensez-vous encore que la théorie de Keyne soit d’actualité ?

  3. Les politiques ont détaché et utilisé des théories de Keynes la partie “emprunter, emprunter par temps de crise” et tous les temps sont devenus des temps de crise. Nous ne pouvons pas les blâmer, la malhonnêteté intellectuelle fait parti de leurs attribues. Mais un Professeur d’économie n’a tout simplement pas le droit de réduire Keynes à “s’endetter sans sourciller”.
    https://www.linkedin.com/pulse/keynes-nest-pas-le-saint-patron-de-la-dette-publique-elie-hanna/?trackingId=j%2FIJrnRDensbpowXC0NoFA%3D%3D

  4. Excusez-moi d’avoir dit que la théorie de Keynes n’est plus d’actualité, si c’est celle que vous exposer personnellement, mais qui n’est pas l’interprétation qui en est faite par la plus part qui mettent en avant sa théorie.

    Dans un monde constitué de nations, chacune a le devoir de produire, pour les autres, autant que les autres produisent, pour elle, (bon an, mal an) pour ne pas instituer un esclavagisme d’État de la part d’une nation qui perpétue un déficit de la balance commerciale. Lequel esclavagisme, dans notre mondialisation, a pour retour de bâton, de voir, en compensation de cet esclavage, passer son patrimoine dans les mains des nations excédentaires, en contrepartie des devises nationales qui sortent de la nation, qui a un déficit de balance commerciale, et que la nation excédentaire, par un prêt ou l’acquisition d’un patrimoine, fait à la nation déficitaire, restitue pour un nouveau cycle de balance commerciale déficitaire qui sera suivi d’un autre, tant que la nation déficitaire n’aura pas compris qu’elle doit se mettre à produire davantage, pour exporter davantage ou moins importer, pour, en premier, stabiliser la dette.

    Quant à la dette : il faut crier, haut et fort, qu’elle ne peut pas diminuer, si, structurellement, les gouvernances qui empruntent, empêchent cette dernière de baisser, par omission de prévoir, dans son budget prévisionnel de dépense, une ligne : remboursement d’emprunt, et préféré, à l’échéance, faire un nouvel emprunt pour couvrir celle-ci, chose possible tant que le patrimoine de la nation est suffisamment garantissant.

    Ce n’est que si cette garantie devient insuffisante qu’apparaîtra une crise, dite de la dette souveraine.
    Les crises trouvent toujours leur origine dans des comportements individuels ou collectifs et jamais par la finance qui n’est qu’un moyen pour faire passer la production à la consommation qui satisfait nos besoins : ce qui est la finalité de notre organisation en société nationale qui à pour image que la somme des comportements de chacun de nous.

  5. Les politiques sont naturellement des keynésiens, sans connaître grand chose sur Keynes, à part “emprunter et emprunter en temps de crise”. Et puisque nous passons d’une crise à l’autre “empruntant, empruntant sans sourciller”. Les économistes et surtout les professeurs d’économie ne peuvent pas détacher le volet “emprunt par temps de crise ” du reste des théories de Keynes (le plus grand économiste du XX siècle).

    https://www.linkedin.com/pulse/keynes-nest-pas-le-saint-patron-de-la-dette-publique-elie-hanna/?trackingId=79%2BAjaCwlBKACVDCiqjeRg%3D%3D

  6. Bonjour cher Professeur Rossi,

    Tout d’abord, merci pour votre chronique. Sachez bien que j’aurai aimé croire à cet appel de vos vœux; toutefois, comme keynésien (hétérodoxe) moi-même, ex-professionnel des marchés financiers, l’intervention d’Elie Hanna, dont je salue la pertinente tribune sur LinkedIn, résume parfaitement mon ressenti. Quant à la chronique du présent macroéconomiste hétérodoxe (MS) avec lequel j’ai collaboré de près à l’écriture de l’ouvrage, mes sentiments se révèlent là aussi.

    Bien respectueusement.

    Michel Santi, économiste, a publié un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé » (*).

    “Le peuple doit savoir à quoi se préparer et il mérite des explications claires de la part de l’exécutif. Encore faudrait-il que celui-ci soit clair sur la méthode à adopter pour tenter de nous tirer du scénario le pire qui se profile pourtant à l’horizon, et à très court terme. Il semble pourtant ne pas trop savoir comment s’orienter – cet exécutif – car il est écartelé entre deux voies opposées et c’est donc cette indécision – ou cette ignorance des processus – qui l’empêche d’avoir un discours simple et direct, le seul à même de rassurer une population meurtrie par des crises successives et qui pressent l’inévitable déclassement qui l’attend.

    Faut-il opter pour la voie traditionnelle consistant à réduire les endettements afin de protéger les générations à venir ? Ou continuer à soutenir, ce qui peut encore l’être, grâce au levier des endettements rendu possible par la courroie de transmission de la création monétaire ? Face à cette panique qui semble désormais tenailler nos gouvernants – tous pays confondus -, face à un tel choix de politiques économiques diamétralement opposées, quelle contenance adopter face au citoyen ordinaire et comment lui expliquer ce qui se trame réellement  – pas dans son dos – mais sans qu’il en soit vraiment informé ?

    Un prêt sans intérêt consenti est un don

    La vie aurait effectivement été plus simple pour nos responsables politiques sans la crise des années 2007-2008 qui a littéralement chamboulé la gouvernance et qui les a conduit, forcé, contraint à tolérer des niveaux d’endettement plus élevés, qui plus est de manière permanente. Car la doctrine en vigueur chez les orthodoxes – qui représentaient à l’époque l’écrasante majorité des penseurs ès économie face aux infimes minorités keynésiennes moquées et honnies – enseignait que les Etats ne pouvaient se financer que grâce à la taxation et à des emprunts nécessairement levés sur les marchés financiers. Cette année 2008 fut celle où ils se résignèrent à admettre que l’Etat peut également se financer – et largement ! – en empruntant … à lui-même. Ce qui devait être pourtant une mesure temporaire voire exceptionnelle devint néanmoins la règle car l’activisme à bon escient des banques centrales révolutionna à jamais la gestion des finances publiques. Les faits sont là et ils sont limpides : un prêt sans intérêt consenti à un Etat par sa banque centrale est un don.

    Précisément, l’objectif des banques centrales était de persuader toute la gamme des investisseurs et des spéculateurs de la nature permanente de ces prêts assurés à leur Etat afin de rétablir la confiance et la stabilité macro économiques. Une ère nouvelle s’ouvrait ainsi qui autorisait une dépense publique financée par de l’argent fraîchement créé par la banque centrale. Le terme élégant de «monétisation» fut employé pour caractériser les cadeaux faits par la banque centrale à son pays de tutelle (USA, Japon, Grande Bretagne, Europe). Dès lors, tout le monde voulut être de la partie et voilà pourquoi les marchés financiers eux-mêmes – pourtant peu enclins à l’altruisme – en vinrent à prêter à 0%, voire à des taux négatifs, à des pays comme l’Italie… Comme tout ce monde sait que ces dettes ne seront jamais remboursées, comme nul n’a du reste plus envie que sa créance lui soit jamais remboursée car il ne saurait quoi faire de cet argent imprimé à tours de bras par les banques centrales, il apparut qu’il devenait possible de creuser davantage les déficits. A cet égard, la gestion des conséquences financières de la Covid a bien démontré que les économies pouvaient être maintenues sous respiration artificielle grâce à la création monétaire. La crise sanitaire a donc achevé de prouver que la puissance publique pouvait et devait être financée et maintenue par les banques centrales.

    Une crise qui accentuera les inégalités…

    Les effets secondaires, le principal en fait – à savoir l’hyperinflation – ne fut en effet pas au rendez-vous de cette création monétaire ayant permis de gagner du temps et de renflouer les économies. Si ce n’est que l’inflation est bien là, pas où on la soupçonne certes, mais elle exerce quand même ses ravages en exacerbant les inégalités. Cette création monétaire intense et sans nul précédent dans l’Histoire de l’Humanité, qui s’est logiquement traduite en une augmentation significative de l’argent à disposition de la société, a fini sur les comptes bancaires des plus riches, pendant que les pauvres – eux – accumulaient les dettes. L’inflation fut donc ailleurs : dans les flambées boursières et dans les appréciations immobilières qui – à leur tour – aggravent et continuent de creuser les inégalités. Comment un citoyen britannique de la classe moyenne serait-il capable de se payer un bien à Londres où les prix de l’immobilier sont à leur plus haut niveau historique ? Comment un jeune investisseur américain pourrait-il bien avoir le courage d’investir sans trop de risques de casse sur son marché boursier qui s’est envolé de près de 70% en 8 mois ?

    En conclusion, la crise économique actuelle et la dépression à venir ne peuvent pas être encore et toujours systématiquement être payées par la famine des pauvres, des classes moyennes, des jeunes et des vieillards. Sont-ils tous condamnés, comme le craignait Keynes, à être à la rue alors même que les logements à disposition sont innombrables ? Car la femme et l’homme ordinaires se retrouvent aujourd’hui confrontés à une réalité contre-nature : condamnés à l’appauvrissement et à un avenir de plus en plus incertain, ils ignorent que cette création monétaire – à l’objectif initial pourtant louable – se résume essentiellement à des orgies sans fin pour les plus riches. Les responsables politiques s’honoreraient de leur dire la vérité. Nos citoyens méritent cette vérité. Car, oui, il est possible d’imprimer de la richesse. Et, non, il n’est pas possible d’imprimer l’égalité”.

    (*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales

    PS: Éléments précisant mon rôle participatif à l’ouvrage envoyés ce jour au professeur Sergio Rossi.

  7. Du fait de nos origines, et sachant que nous en gardons toujours quelque chose : chacun à sa propre valeur : s’il existe des Keynésiens orthodoxes qui nous parlent de l’Économie de la monnaie, il y a aussi ceux qui veulent parler de l’Économie au ras des pâquerettes, celle du bon sens paysan : produire pour consommer.

    Une grande majorité de Français est d’origine paysanne, j’ai été éduqué dans ce milieu, et quasi certain, d’avoir plus de 20 générations de paysans avant moi, que ce soit de la lignée paternelle ou maternelle, du fait que ma famille d’origine italienne, suite au conflit entre guelfes et gibelin, s’est installée en France en 1309, sur un plateau dominant le village où, l’année du décès de Keynes, j’ai vu le jour, à 5 km du lieu de chute de mes ancêtres italiens.

    Si je ne suis pas paysan : c’est qu’a 12 ans un accident de tracteur m’en a éloigné. Après mon certificat d’études primaire, j’ai fait encore des études et appris ce qu’étaient les nombres complexes en mathématiques, des nombres qui ont deux composantes distinctes qui ne se mélangent, l’une des composantes et toujours en reflet de l’autre et suivent des chemins parallèles.
    L’une des composantes est dite réelle et l’autre imaginaire.

    Comme de bien entendu chacun étant le produit de son passé, chacun à ses propres visions économiques. C’est pour cela que le nombre de Keynésiens est innombrable puisque : tous se disent orthodoxes et de ce fait ne sont pas d’accord entre eux.

    Moi je suis resté un paysan qui observe et ne croit que ce qu’il voit : le réel la production des uns qui devient la consommation des autres pour satisfaire nos besoins. C’est un peu comme chez les nombres complexes : la partie Réelle

    Vous : vous voyez la monnaie qui pour moi a été imaginée. C’est un peu comme chez les nombres complexes : la partie imaginaire.

    La production et la consommation est l’essentiel de notre organisation sociétale. L’une, comme l’autre, se déplace dans le temps, l’espace, où, chaque action fait changer de main, la production ou la consommation, dans un sens.
    La monnaie que nous avons imaginée, pour matérialiser une valeur, elle, est confinée dans des porte-monnaie et à chaque fois que, dans notre réel sociétal, une production ou une consommation change de main, du vendeur à l’acquéreur, la monnaie change de porte-monnaie en sens inverse de l’acquéreur vers le vendeur.

    Ce qui est décrit ci-dessus : c’est ce que nous pouvons appeler l’Économie, de bon sens paysan, plus exactement l’Économie active, de production-consommation.

    À côté de cette Économie : il existe une Économie Passive, celle du patrimoine, mobilier, immobilier, en entier ou en part, y compris : dettes et créances qui n’ont rien à voir avec la monnaie qui reste confinée dans les porte-monnaie, y compris les comptes bancaires. Et, à chaque fois que, dans notre réel sociétal, un patrimoine change de main, du vendeur à l’acquéreur, la monnaie change de porte-monnaie en sens inverse de l’acquéreur vers le vendeur.

    Vous voyez donc que la monnaie n’a rien à voir avec la production, la consommation et le patrimoine. La monnaie à une valeur et les productions, les consommations ou les patrimoines ont aussi une valeur. La monnaie n’est donc qu’un élément catalytique de l’Économie.

    Le vrai sens de l’Économie ; c’est la production qui devient consommation où : la monnaie ne fait que circuler d’un porte-monnaie à l’autre confinée dans l’Épargne, une interface entre l’Économie active de production – consommation et l’Économie passive, patrimoniale et cela sans qu’aucune de ces trois composantes puisse se mélanger.

    Résultat : l’Économie n’a pas besoin de création de monnaie puisque cette dernière ne fait que circuler, d’un porte-monnaie à l’autre, confiné dans L’Épargne, sans jamais disparaître.

    Ce n’est pas parce que vous augmenter la masse de monnaie dans l’Épargne ( production de monnaie) ou que vous augmenter la valeur d’un patrimoine, que l’Économie active, la masse de production élaborée, en profite. La croissance de production c’est la rencontre de producteurs et de consommateurs qui s’entendent sur la chose et son prix que chacun va produire pour les autres. Chose possible que si des entreprenant organise cette production.

    L’Économie active est la seule à satisfaire la finalité de notre organisation sociétale où la production des uns satisfait, par sa consommation, les besoins dont sont en demande les autres. C’est ce que le paysan pratique toujours, pour pouvoir, à son tour, consommer la production des autres qu’il décide de faire lui-même et non se la faire imposer par certains, par exemple, ce que les économistes keynésiens orthodoxes, ou autres tendances, lui imposent.

    L’Économie : c’est de satisfaire des besoins en demande et non imposer et pour cela les produire. Notre vie est dépendante de la masse de productions capables de devenir des consommations désirées.

    En aucun cas la masse de monnaie, confinée dans des porte-monnaie de l’Épargne, où l’inflation des valeurs du patrimoine, ne peut influencer la quantité de notre production, notre véritable richesse nationale, dans la mesure où : cette production est, utile et agréable, au bien commun.

    Ce qui importe c’est de comprendre que la monnaie n’est que la matérialisation de droits de consommer qui détermine le pouvoir de consommation de celui qui en détient.

    Cesser de fantasmer sur la monnaie pour : faire en sorte que les droits de consommer permettent, à chacun, d’avoir un pouvoir de consommer décent.
    Pour cela comprendre que ces droits de consommer ont deux origines :
    => la valeur ajoutée de production qui génère des droits de consommer pour les actifs qui élaborent nos productions
    => la valeur ajoutée sociétale qui génère des droits de consommer pour nos inactifs, chômeur, malades, retraités, handicapé …
    Avec pour particularité, dans notre organisation sociétale, que nos valeurs ajoutées sociétales soient un % de nos valeurs ajoutées de production et que la somme de ces deux valeurs ajoutées devienne le prix des choses. Et par cette arithmétique, se partager notre consommation nationale dans le rapport valeur ajoutée de production / valeurs ajoutées sociétales. Ce sont ces % qui décident nos partages et non la monnaie. Et ces % ne sont dépendants que de nos décisions démocratiques ; où le seul problème qui se pose est de savoir si les droits de consommer de l’un est proportionnel à son effort de produire, pour les autres un bien, ou un service, utile et agréable.

    Notre société n’est pas celle des droits acquis, de l’État-providence et des entreprises payeuses mais : celle de nos trois solidarités, décidées au XX siècle, qui remplacent les solidarités qui se faisaient à titre individuel ou familialement :
    => La solidarité Étatique des actifs envers les inactifs.
    => La solidarité Étatique de mise en commun, de plus en plus, des consommations mutuelles,ou, des consommations collectives
    => la solidarité Étatique des ménages aisés envers les ménages en difficultés.

    Quant à la monnaie, répondant, encore, à la définition d’Aristote, comme la Théorie Keynésienne : elle n’est plus d’actualité puisque, aujourd’hui :
    => la monnaie à un seul usage : passer d’un porte-monnaie à l’autre, dans l’Épargne et sans sortir de cette dernière. Mais, cependant, elle est catalytique du fait que :
    => la monnaie à deux fonctions
    → celle de faire circuler les productions ou changer de main les patrimoines.
    → celle de partager nos consommations nationales.
    => la monnaie n’est que la matérialisation de droits de consommer.

    C’est, en tout cas ce que je vois, influencé par ma culture paysanne, démontrez-moi que ma vision est contraire à notre organisation sociétale dans la nation ?

  8. D’abord un grand merci au professeur Rossi d’avoir consacré sa chronique à l’oeuvre maîtresse de John Maynard Keynes. Point n’est besoins de préciser que celle-ci reste une référence incontournable, tout particulièrement en période de crise systémique comme celle que nous sommes en train de traverser avec beaucoup d’incertitudes sur le comportement de l’économie; notamment lorsque le soutien public sera retiré aux entreprises et aux ménages. Ensuite il semble utile de rappeler que la Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie est un ouvrage qui a contribué à la révolution de la science économique tant au plan méthodologique qu’au plan théorique : une approche macroéconomique avec interdépendance des marchés ; introduction de nouveaux concepts comme le chômage involontaire, la propension à consommer, le multiplicateur de la dépense publique, le rôle des anticipations, la préférence pour la liquidité, l’ajustement par les quantités, etc. Sans parler de la nécessité de stabiliser les fluctuations économiques qui sont dans l’ADN d’une économie de marché décentralisée par des mesures de politique économique actives  afin d’éviter un sous-emploi durable des hommes et machines.

    Le message principal de la Théorie générale de Keynes peut être résumée ainsi : il existe des circonstances économiques dans lesquelles la régulation endogène par les forces de marché échoue d’assurer le plein-emploi, sachant que celui-ci ne fait pas partie des objectifs des acteurs privés agissant au mieux de leurs intérêts. Dans ces conditions, la puissance publique peut assister les forces de marché par une politique de stabilisation en utilisant le budget de l’Etat et une politique monétaire expansionniste. Comme on peut le constater la médecine keynésienne est conçue pour guérir les maladies récurrentes comme les récessions et les dépressions auxquelles est sujette une économie de marché décentralisée . C’est pourquoi elle semble tout à fait adaptée par les temps qui courent, n’en déplaisent aux ultra libéraux, partisans de l’orthodoxie budgétaire et du conservatisme monétaire. Ceux-ci semblent très remontés contre ce qu’ils appellent « l’argent magique », contre la dette publique, la monétisation de celle-ci par la banque centrale ou contre les secours apportés par l’Etat aux personnes privées involontairement d’emploi et aux entreprises dont l’activité est à l’arrêt. Comme toujours la critique adressée au soutien public met l’accent sur l’inefficience de l’allocation des ressources, mais en vérité si l’argent public sert aussi à maintenir en survie les entreprises zombies, c’est la preuve que les banques commerciales n’ont pas rempli, en amont, correctement leur rôle de filtre des projets d’investissements viables.

    Après cette digression revenons à l’oeuvre de Keynes. Celui-ci a fait un excellent diagnostic du contexte de la grande dépression des années 1930 et il en a fourni une rationalisation adéquate en montrant, par exemple, que la flexibilité des prix et des salaires n’est pas le bon remède au chômage et à la sous-utilisation des capacités de production. Pour cela il a développé un cadre théorique qui s’appuie de manière implicite sur le modèle d’équilibre général walrasien, mais débarrassé de nombreuses hypothèses irréalistes comme le commissaire priseur walrasien correspondant à une information centralisée et donc à une coordination parfaite des offres et demandes sur les divers marchés. L’échange est monétaire et la monnaie n’est pas un voile comme dans l’analyse classique, elle peut avoir un effet sur l’économie réelle et surtout elle détruit une partie de l’information en dissociant l’acte d’achat et l’acte de vente en transférant le pouvoir d’achat vers le futur (fonction de réserve de valeur).

    Par exemple, quand un individu s’abstient de prendre un repas dans un restaurant, il déprime l’activité du secteur de la restauration et cet acte ne constitue aucunement un signal pour les investisseurs des autres secteurs de l’économie pour qu’ils s’attendent avec certitude à une consommation accrue des ménages et donc à une demande accrue pour leur production. C’est pourquoi il n’est pas déraisonnable d’affirmer que l’analyse de Keynes est fondée sur des défauts de coordination résultant de la séparation des acteurs économiques. Ainsi ceux qui investissent ne sont pas nécessairement ceux qui épargnent et dans ce scénario le taux d’intérêt peut se révéler un piètre instrument de coordination des décisions d’investissement et d’épargne, et que l’économie pourrait s’installer durablement dans un équilibre de sous-emploi. Aujourd’hui force est de constater que l’économie dans de nombreux pays de l’OCDE est dans une telle situation : trop d’épargne et une insuffisance de l’investissement à cause de la crise sanitaire, et surtout à cause du climat de pessimisme que celle-ci a induit dans le milieux d’affaires et chez les consommateurs, craignant la dégradation du marché du travail, se constituent une épargne de précaution. Sans parler de l’épargne forcée lors des épisodes de confinement.

    Par ailleurs une lecture attentive de la Théorie Générale nous montre que Keynes a développé son raisonnement dans le cadre d’équilibre général de type walrasien, même si l’ouvrage de Walras ne semble être cité par ce dernier, ce qui laisse supposer que notre économiste original et esthète ignorait l’approche de l’équilibre général walrasien. En tout cas la démarche adoptée en porte de nombreuse références implicites, notamment quand il écrit que le niveau de l’emploi dépend de la demande adressée à la production de biens et services des entreprises et non des salaires nominaux. C’est sans doute aussi cette approche en termes d’interdépendance des marchés qui semble avoir donné la supériorité à sa méthode d’analyse par rapport à celle de l’équilibre partiel marshallien qui était pourtant à la base de son éducation à Cambridge, en notant en passant que l’archevêque de l’économie Alfred Marshall ignorait la logique de l’équilibre général comme d’ailleurs Arthur Pigou dans la mesure où ce dernier a fait jouer au mécanisme d’autorégulation par l’effet de richesse ou d’encaisses réelles un rôle crucial en sous-estimant la spirale déflationniste et donc le transfert de richesse des débiteurs vers les créanciers, sachant que la propension à dépenser des premiers est supérieure à celle des seconds.

    Cependant, la pensée profonde de Keynes a été dénaturée par l’interprétation donnée par John Hicks en 1937 dans son article intitulé ” Mr Keynes and the Classics”. Ce dernier l’a réduite à un cas particulier du monde idéal bâti par l’Ecole de Lausanne (Walras et Pareto) en introduisant des hypothèses comme la rigidité à la baisse des salaires nominaux, la législation sur le salaire minimum, la trappe à liquidité ou le pouvoir des syndicats). Autrement dit c’est le fameux modèle IS-LM qui est enseigné dans les universités du monde entier et sans doute à l’Université de Fribourg. Le schéma IS-LM décrit à l’aide des deux équations l’interaction entre le marché des biens et services, et le marché de la monnaie, mais amputé du marché du travail en raison de la prétendue irrationalité des salariés.

    En réalité, face un déséquilibre entre l’offre et la demande, les agents économiques ont tendance à s’ajuster par les quantités, du moins à court terme, et non pas par les prix dans la mesure où ils ne disposent pas d’information adéquate sur leur environnement. En outre il n’existe, en dehors d’une poignée de marchés organisés, aucune instance dont le rôle est de leur fournir une information instantanée et gratuite concernant l’état du marché dans lequel ils opèrent. Dans ce contexte de l’imperfection de l’information et d’un défaut de coordination, un travailleur ou un entrepreneur qui subit une contrainte sur le marché où il intervient comme offreur, a tendance à répercuter ce rationnement sur les autres marchés où il intervient comme demandeur en révisant à la baisse ses dépenses. Au final, il en résulte un comportement non coopératif qui tend à amplifier les effets de report (spillover effects) selon un processus multiplicateur à rebours. Dans cette explication le chômage involontaire découle d’un défaut de coordination et donc d’un manque de coopération entre des agents agissant au mieux de leurs intérêts, car les ménages et les entreprises se contraignent mutuellement via des décisions rationnelles d’un point de vue individuel, mais irrationnelles d’un point de vue collectif. A cet égard la théorie des jeux et la théorie de l’information qui ont révolutionné la science économique au cours de ces dernières décennies nous apportent un éclairage inédit sur les problèmes inhérents à une économie de marché décentralisée et financiarisée à outrance.

    Il importe de noter que de telles théories ont le mérite de renforcer les intuitions de la Théorie Générale de Keynes, et donc de plaider en faveur de l’intervention de l’Etat et des politiques de stabilisation d’inspiration keynésienne. Sans doute l’intérêt de ces théories mettant l’accent sur les interactions stratégiques et les asymétries informationnelles réside dans le fait qu’elles nous aident à nous vacciner contre le virus répandu par les théoriciens des anticipations rationnelles et du cycle réel, selon lesquels les fluctuations économiques du PIB et de l’emploi sont des réponses optimales des agents rationnels à l’instar de Robinson Crusoé, le héros insulaire du livre de Daniel Defoe.

    La théorie des jeux a mis en évidence l’existence des équilibres multiples et ceux-ci sont aisément transposables à l’analyse macroéconomique développée par Keynes où les anticipations et facteurs psychologiques jouent un rôle de premier plan comme dans le chapitre 12 de la Théorie Générale . Ainsi il est possible que l’économie se trouve dans un état de faible activité à cause des externalités liées aux décisions individuelles. Dans ce contexte le chômage involontaire peut s’expliquer de cette façon : chaque agent confronté à un rationnement sur le marché où il intervient comme vendeur réduit ses propres engagements en adoptant un comportement prudent. Autrement dit les ménages individuellement épargnent plus parce que les entrepreneurs collectivement n’investissent pas et qu’en conséquence les temps sont durs. Les entreprises individuellement n’investissent pas parce qu’elles ne voient pas de débouchés pour leurs produits, puisque les ménages collectivement épargnent plus et sont peu disposés à consommer.

    Ce raisonnement peut être élargi et déboucher sur la notion d’équilibres multiples. Les principales intuitions de cette analyse peuvent être illustrées sur le marché immobilier avec des fonctions de réaction des demandeurs et des fonctions de réaction des offreurs. En traçant dans le plan ces deux courbes avec des pentes positives on peut démontrer qu’il existe plusieurs intersections qui correspondent à plusieurs équilibres. Dans l’hypothèse où il existerait deux équilibres( un équilibre bas et un équilibre haut), il n’y a aucune raison pour que la situation évolue, en d’autres termes l’économie reste bloquée dans un équilibre de faible activité avec du chômage involontaire, puisque tout y est conforme aux attentes des acteurs économiques. L’équilibre bas de faible activité avec chômage peut perdurer. En tout cas rien n’incite les agents à se reporter sur l’équilibre haut avec un faible niveau de chômage. En effet, pour cela il faudrait que les agents économiques soient en mesure de se coordonner les uns avec les autres, ce qui est impossible du fait de la nature non-coopérative du jeu.
    Il est tentant de rapprocher l’existence d’équilibres multiples de la notion d’esprits animaux de Keynes . Un équilibre bas découle d’un climat pessimiste sur les affaires, tandis qu’un équilibre haut correspond à un climat optimiste qui se nourrit lui-même. En résumé, la notion de défauts de coordination permet d’expliquer la situation de chômage involontaire et appelle des impulsions exogènes sous la forme de mesures de politique économique afin de créer un climat de confiance propice à la reprise économique.

  9. Voici un extrait d’un article d’un économiste libéral, professeur à l’Ecole supérieure du commerce de Paris et chroniqueur au journal libéral “Les ECHOS”. Dans mon commentaire je pensais que la pandémie allait nous débarrasser des pensées fumeuses de l’école des anticipations rationnelles et du cycle réel, mais j’admets volontiers que j’allais vite en besogne comme en témoigne la citation du professeur Jean-Marc-Daniel en faveur des thèses de Robert Lucas. Ce dernier nie l’existence du chômage involontaire et réduit l’apport de Keynes à l’analyse économique à peu de choses.

    “Ce 21 avril 2021 marque le soixante-quinzième anniversaire de la mort d’un des économistes les plus connus de l’histoire, à savoir John Maynard Keynes. Il se trouve que, face au Covid-19, nos dirigeants usent et abusent de son nom pour justifier leur fuite en avant dans un invraisemblable laxisme budgétaire . Cette remise au goût du jour de schémas de pensée remontant aux années 1950 a un côté paradoxal dans la mesure où le keynésianisme a, au fil du temps, montré ses limites. En particulier, la stagflation des années 1970 a fortement ébranlé ses thèses et ses promesses. Résultat, alors que Richard Nixon avait déclaré pendant la campagne pour sa réélection de 1972 qu’en économie : « We are all Keynesians now », Robert Lucas, à l’occasion de la remise de son prix Nobel d’économie en 1995, affirmait : « Keynes’s actual influence as a technical economist is pretty close to zero. » Jean-Marc Daniel dans un article publié dans “Les ECHOS” sous le titre :l’héritage dévoyé du keynésianisme.

    1. Bonjour NOEL,
      Voici un héritages dévoyé du monétarisme

      RAYMOND – 17 septembre 2018 à 15 h 29 min (blog Sergio Rossi)

      Bienvenue en Autocratie ! Les « Élites politico-économiques » n’ont-elles pas une fâcheuse tendance à l’autisme ? Si le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production – le capital devait être alloué en partie à des investissements productifs, c-à-d qui permettent d’augmenter la capacité de production, par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines (…) – avec le processus de financiarisation de nos économies modernes suite aux bouleversement induits par les décisions politico-économiques menées dans les années 1970/1980, le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient ainsi la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. Posséder un actif financier, c’est posséder le droit sur un revenu futur, obtenu par une fluctuation de la valeur de cet actif que génère la spéculation. Or, pour continuer de croître, la finance doit créer davantage de monnaie (en octroyant des prêts) et transformer de nouveaux flux d’argent en actifs financiers (par exemple en titrisant des dettes en titres revendables sur les marchés). Ce faisant, étudier, travailler, consommer, épargner, prendre sa retraite, diriger une entreprise, etc. sont autant de réalités qui tendent à être financiarisées. Loin d’être deux sphères déconnectées, les flux d’argent associés à cette « économie réelle » (la production, le rapport salarial, la consommation et l’épargne) tendent à être captés par la finance .

      Dans cette logique de compétitivité totalement financiarisée, la stagnation des salaires est, elle, compensée par le recours au crédit à la consommation, qui devient ainsi un pilier de la croissance économique et une illusion de richesse pour « la masse exploitable et corvéable ». Toujours dans cette logique de profit sans foi ni loi, hormis celle des marchés financiers toujours qualifiés d’efficients selon les monétaristes et les économistes orthodoxes ; les banques centrales n’ont-elles pas pour objectif ultime la maîtrise des pressions inflationnistes ? Le plein emploi est en effet un écueil pour elles car un taux de chômage bas incite souvent les travailleurs et les syndicats à faire jouer la règle de l’offre et de la demande, c-à-d à réclamer des augmentations de salaire qui auront pour corollaire… une accélération de l’inflation. Si les banques centrales ne le reconnaîtront jamais (comme le précisait un ancien conseiller de banques centrales) : « elles ont naturellement tendance à remonter leur taux d’intérêt dès lors que la conjoncture s’améliore, afin de maintenir le chômage à un niveau tel que les salaires soient toujours sous contrôle. Pourquoi ? D’une part afin de pouvoir afficher leur succès dans leur mission en termes de stabilité des prix. D’autre part pour préserver le capital et les épargnants, ayant, comme on le sait, horreur de l’inflation. Enfin et surtout, pour ne pas trop entamer les profits des entreprises, et donc pour soutenir les marchés boursiers. »

      Lorsqu’on connaît un tant soi peu les (hypo) thèses d’Edmund Phelps et de Milton Friedman dans les réformes structurelles visant à agir sur l’offre de biens et de services par la déréglementation du marché du travail, et les attentes de ces dernier envers l’État, il est toujours aussi jouissif de se rappeler les propos de Ronald Reagan lors de son investiture, le 20 janvier 1981 : « l’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est notre problème ». Ainsi, l’on comprend mieux que derrière une idéologie dominante, la doctrine du « moins d’État et plus de marché » reste la norme des économistes mainstream. En ce sens, ces détracteurs de l’État peuvent à présent le remercier d’avoir travaillé pour eux. Et comme Keynésien, il m’est amusant à mettre en relief un certain constat avec celui de Ricardo et Marx, qui prétendaient que le système capitaliste réalise ses profits en maintenant en permanence une « armée de réserve de chômeurs ». Tout comme il est aussi amusant de ressortir du tiroir le sentiment ironique de Joseph Stiglitz, lorsqu’il parle du concept du « chômage naturel » selon Milton Friedman : « Ce fut comme si un édit royal établissait le taux naturel comme une nouvelle constante universelle ».

      Bien à vous

  10. Après avoir fait cracher le casino royal et sauter la banque le 15 septembre 2008 – emportant l’économie planétaire dans un tsunami rappelant les années sombres succédant à 1929 – vont-ils (les dogmes monétaristes et leurs bras armés) à nouveau réitérer l’opération dans un avenir proche? Alors même que des dizaines de grandes banques en zone euro ont déjà vu leur ratio de solvabilité baisser après des contrôles de la Banque centrale européenne qui ont mis en exergue qu’elles avaient plus de risques à leur bilan qu’estimé auparavant. Le débat n’est plus de savoir si la théorie de Keynes est pertinente ou non car encore fois de plus la réponse s’inscrit d’elle-même dans le marbre de l’histoire. Il n’y a pas d’autres choix sans une refonte totale du système monétaire tel que nous le connaissons. 

    L’exubérance irrationnelle pour les SPAC’s (Special Purpose Acquisition Company) est due au fait qu’au cours des 24 derniers mois, l’univers des investisseurs institutionnels est devenu pleinement convaincu que les solutions climatiques allaient être un domaine de croissance majeur dans les années à venir. Un comportement amplifié par l’ultra liquidité déversée par les banques centrales sur les marchés, puis doublée de l’argent envoyé par le gouvernement américain aux particuliers arrivés en masse sur les marchés pendant le confinement et qui continuent désormais à spéculer, provoquant une euphorie historique sur les sociétés technologiques, les crypto-assets et les Spac’s. A noter que l’essor du phénomène des investissements avec “chèque en blanc” représente une manne en termes de commissions pour les banques introductrices. Goldman Sachs a ainsi été l’un des principaux bénéficiaires du boom de la Spac à Wall Street. Après le dévoiement des primes de risque, ce type de véhicule d’investissement reste le résultat de la collision de deux grandes tendances. La première est celle des taux d’intérêt historiquement bas. Les obligations sûres rapportant moins de 1 % et les actions se négociant à des cours élevés, de plus en plus d’investisseurs sont ainsi prêts à placer leur argent auprès d’une SPAC dans l’espoir d’avoir la chance de faire une acquisition qui rapporte gros.

    À ce stade, est-utile de rappeler qu’en termes de volume de fonds levés par ces “coquilles vides”, près de 50% des introductions en bourse aux Etats-Unis, en 2020, les concernaient? 

Répondre à Raymond Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *