La Bidenomics ne suffira pas pour sauver notre planète

Cela fait seulement 12 jours que Joe Biden a entamé sa présidence des États-Unis. Ses annonces pré-électorales ont déjà trouvé une première confirmation partielle dans la décision de faire rentrer son propre pays dans l’Accord de Paris sur le climat – même si cela ne suffira certainement pas pour changer la trajectoire de notre planète en ce qui concerne les changements climatiques désormais évidents et vraisemblablement irréversibles.

Biden devra faire d’autres choix politiques durant les prochains mois, à commencer par les décisions d’ordre économique concernant les mesures à adopter pour sortir de la pandémie qui continue d’angoisser l’ensemble des parties prenantes dans l’économie états-unienne comme dans le reste du monde.

Si le nouveau Président américain veut vraiment contribuer au bien commun, il devra convaincre la majorité au Congrès de voter rapidement un plan de relance de l’économie – qui doit être favorable à l’environnement – axé sur une forte augmentation des dépenses publiques. Celles-ci devront être en partie financées par une augmentation de la charge fiscale des riches contribuables (aussi bien des personnes physiques que des personnes morales) qui ont profité des cadeaux fiscaux durant la présidence de Donald Trump – sans pour autant avoir contribué à relancer l’économie américaine durant les quatre dernières années.

Les investissements publics dont l’économie américaine a besoin sont évidents dans plusieurs branches d’activité, parmi lesquelles se trouvent la santé, la formation, les transports et la transition écologique. L’augmentation des dépenses publiques, toutefois, doit aller de pair avec une meilleure distribution du revenu produit dans l’ensemble de l’économie. Il s’agit en particulier de la rémunération salariale, qui doit récompenser correctement les personnes de la classe moyenne qui travaillent et dont la capacité d’achat a été considérablement réduite durant les trente dernières années suite à la globalisation et à la financiarisation des activités économiques – une période durant laquelle les dépenses de consommation aux États-Unis (et ailleurs) ont été financées par l’augmentation vertigineuse de l’endettement privé.

La crise financière globale éclatée en 2008 a révélé ce problème, mais ni les États-Unis ni les autres pays soi-disant «avancés» sur le plan économique ont entamé des démarches afin d’éviter qu’une crise similaire puisse s’avérer à l’avenir.

Or, il serait beaucoup moins coûteux pour le secteur public (pas seulement aux États-Unis) de soutenir les activités économiques par une politique budgétaire anticyclique bien calibrée et mise en œuvre correctement, plutôt que devoir le faire de manière urgente et cacophonique suite à l’éclatement d’une crise dramatique tant sur le plan économique qu’au niveau sanitaire comme celle que nous traversons actuellement.

En effet, «mieux vaut prévenir que guérir», mais évidemment les intérêts politiques ainsi que ceux des personnes très aisées et donc influentes au plan politique et au niveau économique l’emportent toujours sur l’intérêt général. Joe Biden s’en rendra compte rapidement.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

5 réponses à “La Bidenomics ne suffira pas pour sauver notre planète

  1. Partie 1.4. Les lobbies restent, les pions s’échangent, la partie continue

    Indépendamment des couleurs politiques, pour la survie de notre espèce, en tirant des leçons de l’histoire, il est fondamental d’aborder la vision de notre monde réel sous un angle plus global et non par le truchement d’un prisme dont les particularités auront pour conséquences à dévier et décomposer l’éclairage que l’on s’en fait avec quelques longueurs de mandats idéologiques.
    Si la pandémie mondiale que certains qualifient de « cygne noir », pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’ancien trader et professeur à l’Université de New York, Nassim Nicholas Taleb, auteur « The Black Swan: The Impact of the Highly Improbable », dans les faits et fondamentalement, l’imprévisible n’en est rien puisque à proprement parler cet événement majeur (Pandémie Covid-19) était quelque chose de l’ordre du prévisible, pour peu que « l’on ait regardé complètement les conséquences de la mondialisation ». Pour ce philosophe et statisticien américano-libanais, « le problème, c’est que les gens regardent les choses sans les effets secondaires, et ce virus, c’est l’effet secondaire de la globalisation ». Pourtant, sous l’angle de la « Théorie des choix publics », on peut dire qu’il n’est de pire aveugle que celui qui s’obstine à ne pas voir, comme ce fut le cas en 2004, notamment, après trois décennies de croissance économique et démographique exponentielle, les auteurs d’une nouvelle édition du rapport Meadows – dont la version initiale paru en 1972 à la demande du Club de Rome, de jeunes chercheurs américains rédigent un rapport, « The Limits to Growth » qui crée le scandale : nous sommes à la veille du premier choc pétrolier et pour beaucoup le credo de la croissance économique ne saurait être remis en question – confirment leur premier diagnostic et alertent les acteurs politiques et économiques en proposant différents scénarios de transition vers un développement « soutenable ». Désormais le concept même de « développement durable » paraît complètement obsolète pour Dennis Meadows : « C’est trop tard » répétera-t-il à Paris en 2012, avec un grand sourire un peu désabusé, « nous avons dépassé les limites depuis déjà longtemps ». Ce phénomène met aussi à néant la notion de « l’homo œconomicus » (John Stuart Mill) qui n’a dans les faits rien de rationnel. Et ce n’est pas l’exubérance-irrationnelle (Shiller / Akerlof / Thaler) – ou « Nos esprits animaux » pour paraphraser l’expression de John Maynard Keynes dans son œuvre centrale – caractérisée de 2006 qui annonçait déjà la conflagration de 2008 qui contredira cet autre état de fait, tout comme l’irrationalité des dogmes économiques qui ont attaqué nos systèmes publics durant plusieurs décennies pour finalement meurtrir profondément nos capacités de réponse au Coronavirus…dès 2020.

    La succession de nos politiciens mondialistes se souvient-elle seulement, lors de la déclaration de guerre pour la financiarisation de nos économies modernes en Europe, suite à la libération des taux de change avec la décision de Richard Nixon de suspendre en 1971 la convertibilité du dollar en or, et avant l’amorce de la libéralisation des taux d’intérêt dans les années 1980, que la France franchissait en 1973 une étape historique sur le chemin de la libéralisation financière internationale en s’interdisant de recourir à la planche à billets de sa banque centrale ? Les nouveaux statuts de la Banque de France, adoptés le 3 janvier 1973 -et particulièrement leur article 25- indiquait que «le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France». Cet acte de guerre mit définitivement les États à la merci du système bancaire, « puisque leur Trésorerie n’était de facto plus en droit d’emprunter auprès de sa Banque Centrale. Tournant crucial dans la gestion des finances publiques des nations occidentales (et même mondiales!) qui emboîtèrent dès lors le pas à la France, ne devant du reste rien au hasard à une époque où elle était présidée par un ancien banquier, Georges Pompidou », comme l’analysa dans une tribune un ancien trader et conseiller de Banques Centrales, l’économiste et financier iconoclaste, Michel Santi. Et, ce, avant l’arrivée au pouvoir de Thatcher en 1979 en Grande Bretagne (connue notamment pour ses mesures « Big Bang » du 27 octobre 1986) et de Reagan en 1981 aux États-Unis (avec ses Reaganomics). L’économiste Michel Santi nous le rappellera : « la dette publique française de 20% du PIB en 1970, devait dès lors connaître une descente aux enfers ininterrompue car l’union sacrée contre les dépenses et contre les déficits dans un premier temps, puis pour le marché libre et pour l’auto régulation des acteurs de la finance dans un deuxième temps sous Beregovoy, le socialiste à la fin des années 1980, ont creusé le sillon -et aujourd’hui la tombe- de l’Union européenne ».

  2. Partie 2.4. Bataille rangée au Sénat américain pour la mise à mort du Glass Steagall Act

    Outre-Atlantique, dans cette guerre mondiale menée sous les radars d’un consumérisme financé à crédit, on se rappellera de cette âpre bataille – entre l’administration démocrate de Clinton, les républicains majoritaires au sénat, les lobbies – pour la déréglementation des marchés financiers, eux, censés s’auto-réguler selon les théories mainstream de l’École de Chicago. Le 23 octobre 1999, un texte de compromis entre le Congrès et l’Exécutif est accepté et Bill Clinton déclarera que « lorsque cet accord potentiellement historique sera finalisé, il permettra de renforcer l’économie et aidera les consommateurs, les communautés et les entreprises aux quatre coins des États-Unis ». Cédant ainsi aux pressions et aux dogmes, le président Clinton ne fera usage de son droit de veto en signant le « Gramm Leach Bliley Act » (Financial Services Modernization Act) le 12 novembre 1999, abolissant les vestiges du « Banking Act 1933 » (Glass Stegall Act de 1933). Un secteur financier qui sait si bien s’auto-réguler, tellement efficient (Eugène Fama / Milton Friedman / Burton Malkiel) que « le krach boursier rampant » de 2000-2002 ne tardera pas à éclairer sa véritable nature. Au delà de l’éclatement de la bulle internet et des faillites et sauvetages in extremis de grandes sociétés à l’instar d’Enron, Worldcom, France Télécom et Vivendi, ce « crash landing » a touché également des entreprises qui étaient soupçonnées de pratiques comptables opaques et de surendettement dans tous les secteurs. Avec autant de ravages sur nos économies réelles et de restructurations mortifères à l’aide d’opérations de « Leveraged Buy-Out ». Autant de nos libertés déjà concédées sur l’autel de la financiarisation érigée en monopole. Et pourtant, paradoxalement parlant, ce n’est pas « le pavé » et la chaireté de la mise en application de la loi « SOX » (Sarbanes-Oxley), ratifiée par le président Bush le 30 juillet 2002, instaurant le renforcement de la surveillance des pratiques comptables, qui permettra de déjouer – avant le 15 septembre 2008 – le plus grand désastre que le monde ait connu depuis le crash de 1929 et la grande Dépression qui s’en suivera dès 1930. Ni permettra d’éviter les abus de certaines politiques de relance économique, post 2000, comme l’accroissement du programme « Community Reinvestment Act-1995 » par l’agence du gouvernement américain Fannie Mae qui lancera une action appelée « American Dream Commitment » dotée de plusieurs milliards de dollars sur 10 ans, et dont la cible fut constituée de ménages n’ayant pas accès normalement aux facilités bancaires (crédits). On y retrouvera donc la cupidité satisfaite de la financiarisation au travers des « prêts NINJA » (No Income, No Jobs and No Assets).

    Pourtant, en paraphant le document SOX en 2002, le président Bush déclarait qu’il comprenait « les réformes les plus profondes des pratiques commerciales américaines depuis l’époque de Franklin D. Roosevelt. L’ère des normes basses et des faux profits est révolue ; aucune salle de conseil en Amérique est au-dessus ou au-delà de la loi ». Cette même année 2002, alors qu’il ne maîtrise pas les arcanes et les méandres de l’opacité de l’ingénierie financière propre aux outils de titrisation, Joseph Stiglitz (lauréat du prix « Nobel » en 2001) écrivit sur les risques d’une faillite des organismes para-publics de prêts immobiliers Fannie Mae et Freddie Mac : « Notre analyse démontre que la probabilité d’un choc systémique causé par ces deux organismes est de moins de 1 sur 500 000 et même de 1 sur 3 millions. Vu les capacités de lever des capitaux de ces deux organismes, les risques pour le gouvernement de les voir faire faillite sont pratiquement nulles ». En octobre 2008, les deux organismes faisaient faillite et le gouvernement américain les a secourus à coups de dizaines de milliards de dollars. Dès lors, avec son ouvrage paru en 2010, ce dernier apportera encore plus de lumière sur la cupidité et l’avidité de notre monde moderne : « les prêteurs sont censés être de fins connaisseurs des réalités financières et de l’évaluation du risque ; ils n’ont pas fait le travail pour lequel ils étaient bien rémunérés » (Le Triomphe de la cupidité – 2010).

    Par là, le professeur et économiste hétérodoxe Joseph Stiglitz nous conduit à juste titre à adopter une perspective complémentaire lorsqu’il parle « d’incohérence intellectuelle » pour désigner le fait que les acteurs financiers, comme les régulateurs, « n’ont rien compris » et que, d’une certaine façon, ils étaient dans « l’ignorance des leçons de la théorie économique et de l’expérience historique ».

  3. Partie 3.4. La terre brûlée

    Dès lors, force d’événements dommageables à répétition, si le fossé des inégalités sociales s’exacerbe d’une manière irréfutable depuis des décennies, il nous faut garder à l’esprit que les troubles sociaux et la violence qui les accompagne seront autant d’effets secondaires déjà identifiés (eux-aussi) depuis des décennies. Reprenant l’analyse sur le long terme des inégalités effectuée par les économistes Thomas Piketty et Emmanuel Saez, le professeur et économiste hétérodoxe Paul Krugman (Nobel) est partit d’un constat édifiant en 2008…déjà : les inégalités des revenus aux États-Unis sont redevenues aussi extrêmes qu’en 1920. Et pourtant – jusqu’en 2006 du moins, alors même que la crise du subprime US trouvait son point de départ, les électeurs ont voté en majorité pour des candidats cultivant cette évolution.

    C’est à ce paradoxe apparent que s’attache l’analyse de l’auteur, avant de formuler quelques propositions à mettre en œuvre pour rompre avec les dégâts sociaux qu’elle induit. La récente thèse principale du professeur et économiste Paul Krugman est en substance que, loin d’être l’effet de la « main invisible » du marché, l’évolution des inégalités puise avant tout sa source dans des facteurs politiques. Pour appuyer sa démonstration, il revient un siècle en arrière, lors des trois premières décennies du XXe siècle – le « Long âge doré »-, explique-t-il, les inégalités de revenus sont restées à un niveau aussi élevé que constant, la vie politique étant alors bien tenue par les « ploutocrates ». Cela n’en a rendu que plus spectaculaire la réduction des inégalités entraînée par le New Deal impulsé dans les années 1930 par Franklin Delano Roosevelt pour répondre à la Grande Dépression. Une moyennisation brutale de la société étasunienne que Paul Krugman baptise de « Grande Compression ». Warren Buffet, en 2006, soit avant l’éclatement de la crise du subprime, de la crise des dettes souveraines en Euroland et du choc exogène de la pandémie mondiale de 2020, ne déclarait-il pas que les riches étaient en train de gagner la lutte des classes (par analogie à Das Capital, l’oeuvre clé de Karl Marx) ? Puis, dans une interview accordée à l’époque au New York Times, reconnaissait-il pas qu’une «lutte de classes» faisait rage ? Tout en précisant : «c’est ma classe, les riches, qui a déclaré cette guerre et c’est elle qui est en train de la remporter» ! … avant de confirmer à la faveur de la crise financière – 2008 – que cette guerre avait bel et bien été gagnée : «we won» – nous avons gagné. D’ailleurs, dans une interview accordée à CNBC en 2019, Warren Buffet qui dirige la société d’investissement Berkshire Hathaway revient à la charge en estimant que « les riches (les ultra) sont clairement sous-taxés par rapport au reste de la population». Nous sommes évidement à des années lumières de la taxation issue du « Revenue act » (familièrement appelé « soak the rich tax ») sous Franklin Delano Roosevelt. Une taxation coercitive, ou une justice fiscale, qui n’handicapera pas la croissance de l’économie américaine durant près de cinquante ans. Avant les bouleversements dogmatiques des années 1970/1980.

    Pourtant, l’Oracle d’Omaha, le troisième homme le plus riche du monde derrière Jeff Bezos et Bill Gates n’a rien d’un Marxiste. A cette question qui le taraude : « Comment prendre soin d’un citoyen modèle dont le père est mort en Normandie (débarquement du 06 juin 1944) mais qui n’a aucune compétence spéculative? » Sa toute récente réponse parle d’elle même : « Je pense que les aides sociales sont la solution. […] Et si ça veut dire plus de taxes pour les gens comme moi, je n’y vois pas de problème». Finalement, nous le voyons encore bien aujourd’hui, le Covid-19 agit comme un énième révélateur de nos modèles de sociétés égarées, car si la société est violente par nature, le philosophe Jean-Jacques Rousseau nous rappellera que « l’homme est bon mais la société le corrompt. » C’est donc la société qui est à l’origine de ses maux et non l’humain à proprement parler. Les politiques contracycliques ont déjà fait leur preuve et sont rapportées par l’histoire, les évidences sont sous nos yeux mais les dogmes, les clivages et les préjugés nous en écartent. L’économie 2.0 est entrée dans la danse, facilitée par la pandémie mondiale, les monopoles sont sur l’échiquier comme jamais, le climat nous tire la sonnette d’alarme et la crise économique mondiale n’est qu’à ses début en ayant déjà détruit l’équivalent de 255 millions d’emplois en 2020 (Organisme International du Travail).

  4. Partie 4.4. Nouvelle (et dernière?) partie avec la Grande Réinitialisation (Thème du WEF 2021)

    Dans cet affligeant jeu de dupes ou s’entremêlent « conditionnement Pavlovien » (Ivan Pavlov) et « dilemme du prisonnier » (Albert W. Tucker / John Forbes Nash) faut-il être étonné que le nouveau président américain, Joe Biden, pour élaborer sa politique anti monopoles, plus précisément pour mener sa bataille contre la « Big Tech » – le combat contre la financiarisation débridée de nos économies ayant déjà rendu l’âme sous d’autres cieux – s’est entouré des mêmes personnes ayant échoué à traiter de cette question cruciale des monopoles sous la présidence Obama. L’administration Biden-Harris n’a-t-elle pas cédé à la facilité d’écouter les voix prévisibles de celles et ceux partant du principe que cette mainmise des GAFAM ne représentait qu’une menace bénigne pour les USA ? Comme l’ont indiqué Protocol et Ars Technica, la liste de transition comprenait plusieurs grands acteurs du monde de la technologie, notamment Amazon, Uber, LinkedIn, Lyft, Airbnb, Dropbox et Stripe. Mais aucun acteur de Facebook, Twitter ou Apple n’apparaît. Toutefois, si la liste ne contient aucun nom de Google, elle comprend un employé de Sidewalk Labs, une société d’innovation urbaine appartenant à Alphabet, la société-mère de Google. Ainsi, dans cette liste de la nouvelle administration, on y retrouve des vétérans de l’administration de Barack Obama qui retournent maintenant en politique. Mark Schwartz, directeur d’Amazon Web Services, Ann Dunkin, directrice technique de Dell, Arthur Plews, directeur des opérations de Stripe, et Nicole Isaac, directrice principale de la politique nord-américaine de LinkedIn. Tous ont été des fonctionnaires de l’administration Obama avant de se lancer dans la Tech. Enfin, la liste affichait également des employés de grandes organisations philanthropiques liées à la Silicon Valley, notamment la Fondation Bill et Melinda Gates, l’Initiative Chan-Zuckerberg et Schmidt Futures. Si les noms figurant à la liste de transition ne sont pas tous des emplois garantis au sein de l’administration Biden, il est probable qu’au moins certains d’entre eux resteront.

    De là à dire que le marché financier américain est déjà monopolisé par les GAFAM, il n’y a qu’un pas que nous n’avons plus besoin de franchir.

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    De là à penser, en pleine pandémie, que nos économies modernes vont être en proie – avec la disruption en cours de nos modèles économiques – aux « Big Techs », ça coule sous le sens.

    Conclusion :
    Après l’énorme pillage et transfert de nos richesses par une minorité, après le sacrifice du progrès social sur l’autel de la financiarisation, avant le déclin de notre espèce, sommes-nous entrain d’assister à la mort lente mais inéluctable de nos Démocraties ?

  5. Le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat a été accueilli comme une bonne nouvelle dans un contexte sanitaire anxiogène et caractérisé par une espèce de négligence à l’égard de la nécessité de poursuivre les efforts en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, l’urgence de résoudre la crise sanitaire inédite semble avoir relégué au second plan l’apocalypse du changement climatique. Et cela en dépit de la prise de conscience de certains Etats de mettre à profit la crise sanitaire actuelle afin de verdir la croissance. En témoignent les plans de relance avec un accent particulier mis sur l’accélération de la transition énergétique avec toutefois une certaine confusion sur les temporalités : une relance économique devrait privilégier des mesures keynésiennes de court terme en faveur de la demande.

    Cependant, au risque de paraître comme un rabat-joie, il est peu probable que le changement de l’orientation de la diplomatie de l’Amérique de Biden élimine les problèmes intrinsèques à tout accord de coopération internationale non contraignant. En effet, les pays signataires de l’Accord de Paris peuvent en dévier sans encourir des sanctions et la diplomatie de la canonnière n’est plus de mise et fort heureusement qu’il en soit ainsi. Par exemple, l’Administration Trump a fait pendant quatre ans l’éloge du bon charbon propre américain et des emplois associés à cette activité polluante sans subir la moindre sanction en monnaie sonnante et trébuchante. L’Administration Biden est-elle prête à dédommager les pays vertueux qui ont respecté leurs engagements en matière d’émissions des gaz à effet de serre? On peut en douter. En général, un accord international, qu’il concerne la coordination des politiques économiques ou la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité, souffre d’un manque de crédibilité, même s’il est vrai que les tentatives de tricherie peuvent être atténuées par un mécanisme de réputation, en raison notamment des interactions répétées. A ce sujet, il existe en effet une littérature abondante développée dans le cadre la théorie des jeux répétés qui montre ce résultat, lequel dévalorise paradoxalement les institutions comme la création des instances de contrôle, de notation et de surveillance.

    Par ailleurs, il n’est pas absurde d’établir une analogie entre la dette souveraine et le climat. Les pays endettés qui ne remboursent pas leurs emprunts s’exposent à la stigmatisation de la communauté financière internationale et donc à la sanction des marchés financiers. Ces derniers ont pris la place des Etats et ce sont eux qui distribuent les bons et les mauvais points via les agences de notation. C’est donc la dictature des marchés financiers qui dicte aux gouvernements élus démocratiquement les politiques économiques ou les réformes structurelles à mettre en place, comme la flexibilisation du marché du travail à outrance. Notons, en passant, que c’est cet argument de la sanction des marchés financiers qui est avancé par les néo-libéraux en France à propos de la dynamique de la dette publique. Alors qu’en réalité celle-ci n’est pas un sujet de préoccupation majeur: la dette publique n’est pas sur une trajectoire explosive en raison de la faiblesse des taux d’intérêt; la partie de la dette liée au Covid-19 peut être monétisée par la BCE ou transformée en dette perpétuelle, car elle n’a pas pour contrepartie le secteur privé, si bien que l’Etat est à la fois créancier et débiteur, avec toutefois la singularité de la BCE, qui a de multiples propriétaires avec des divergences politiques sur le rôle de la monnaie. Mais remarquons en passant que la zone euro est une construction bancale en raison de la décentralisation de la politique économique: 19 pouvoirs budgétaires indépendants face à un pouvoir monétaire unique. Cette configuration comporte intrinsèquement l’austérité comme la nue porte la pluie: un euro surévalué ne pénalise pas l’économie allemande, en revanche il fait souffrir les économies du Sud de l’Europe, et ce d’autant plus que le recours à la dépréciation du taux de change n’est plus possible. L’alternative pour ces pays réside dans l’austérité salariale ou la dévaluation fiscale via la baisse des charges sociales sur les entreprises exportatrices et donc le démantèlement de l’Etat social. Dans ces conditions, on comprend le désamour pour le projet européen, qui a besoin d’être réenchanté sur le plan économique et social.

    En tout cas, les sanctions contre un pays en défaut de paiement sont limitées. Il en va de même pour le changement climatique. Même si l’on parvenait à un bon accord, son application devrait être assurée par des moyens limités. Le débat public autour des négociations internationales sur le climat donne l’impression au profane qu’il passe sous silence cette réalité. Cela dit, la planche de salut réside sans doute dans un accord contraignant et non un accord fondé sur des promesses, avec des aides et des compensations financières en faveur des catégories pauvres des pays riches, sans oublier les pays pauvres. Il va sans dire que tout accord international qui tente de résoudre l’équation de la problématique du climat, en ne tenant pas compte du principe selon lequel la fin du mois passe avant la fin du monde, encourrait le risque de rater sa cible en termes d’objectifs écologiques.

    C’est pourquoi, il n’est pas déraisonnable d’affirmer que tout accord international est voué à l’échec dès lors qu’il ne satisfait pas trois critères, à savoir: efficacité économique, incitations à respecter les engagements et équité. L’efficacité suppose que tous les pays appliquent le même prix du carbone, ce qui est loin d’être le cas dans le monde réel, qui est plutôt caractérisé par une dispersion des prix avec souvent un calcul égoïste pour préserver la compétitivité des entreprises et des emplois. Le marché carbone n’est pas non plus la panacée: il favorise les comportements spéculatifs. Les incitations nécessitent d’infliger des sanctions à des déviants, en l’occurrence les passagers clandestins: en général ceux-ci ont tendance à proliférer dès qu’il s’agit de financer un bien commun comme le climat, sachant que le pays signataire pourrait quitter l’accord. A cet égard, le Royaume-Uni vient de nous administrer la preuve que l’engagement dans un accord international n’est pas irréversible: on peut toujours reprendre sa liberté si l’on estime que les coûts liés à la participation à l’accord l’emportent sur les bénéfices. L’équité est indissociable des sociétés démocratiques comme les nôtres. Elle peut effectivement être réalisée par un mécanisme de transferts forfaitaires en théorie. En tout cas, la taxe carbone qui traite les inégaux comme des égaux dans le souci de sauver la planète n’a pas bonne presse dans l’opinion publique. Le mouvement des Gilets jaunes en France a montré que l’écologie punitive, qui traite les individus comme des sosies indiscernables en matière de revenu et de patrimoine, se heurte à un problème d’acceptabilité sociale.

    Enfin, last but not least, à l’instar de la pandémie que nous continuons à traverser avec ses variants, il existe des vaccins pour le climat: ce sont les politiques publiques, et les investissements massifs dans l’innovation et la recherche. Pour financer ces investissements, il serait souhaitable de compléter la taxe carbone, qui induit des inégalités devant l’impôt tant des particuliers que des secteurs de l’économie, par une taxe sur les gagnants de la mondialisation et de la crise sanitaire. C’est pourquoi, la proposition du professeur Rossi concernant la taxation des catégories riches qui ont pleinement profité de la baisse des impôts sous l’Administration Trump nous semble tout à fait adaptée au contexte keynésien actuel: un transfert de richesses en faveur des catégories ayant une forte propension marginale à consommer, car l’économie est contrainte par la demande.

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