La «deuxième vague» sera d’ordre économique

Plus de six mois se sont écoulés depuis que la pandémie du Covid-19 a induit la fermeture forcée de nombreuses activités économiques pendant 14 semaines en Suisse, suivies par un retour lent et graduel à une «nouvelle normalité» qui inquiète bien des personnes.

Cette situation, apparemment normale – abstraction faite de l’obligation (ignorée souvent et volontiers) du port du masque dans les espaces publics –, est en fait problématique aussi bien sur le plan individuel que sur le plan collectif.

La fin de l’été approchant, beaucoup de gens craignent une «deuxième vague» du coronavirus, en attendant un vaccin sûr et efficace, sans savoir encore qui en paiera les coûts pour la recherche et le développement au niveau pharmaceutique.

Ce qui devrait le plus inquiéter l’ensemble des parties prenantes (en premier lieu l’État et les entreprises de toutes sortes) ce sont les conséquences macroéconomiques de la pandémie. Les aides publiques qui, en l’état, ont été allouées n’ont certainement pas permis au système économique d’éviter de tomber dans une profonde récession, comme le prévoient pour les prochains mois désormais aussi les instituts de recherche les plus réputés (sans parler de l’année prochaine).

Seulement un fou ou un économiste de la pensée dominante peut en effet penser que le soutien public de l’offre sur le marché des produits est suffisant pour éviter une grande dépression similaire à celle qui a engendré une «décennie perdue» dans les années 1930 pour l’économie mondiale. En réalité, la décennie qui vient de commencer pourrait être caractérisée par une dépression encore pire, au vu de l’ampleur et de la profondeur des relations entre l’économie et la finance sur le plan global.

Sur ce plan, l’idéologie du «moins d’État et plus de marché» qui dicte les choix de politique économique dans la plupart des pays au monde a des effets négatifs redoutables. Ce sont en réalité les politiques économiques néo-libérales qui ont induit la pandémie du Covid-19 ainsi que la crise économique et sanitaire qui s’en est suivie suite à la globalisation. Ce ne sera donc pas en poursuivant cette idéologie que l’on pourra sortir de cette situation, même en supposant que le coronavirus disparaisse tôt ou tard.

Si les autorités politiques ne veulent pas être victime d’une crise sociale majeure, elles devront changer de route pour augmenter les dépenses publiques et soutenir de cette manière la demande sur le marché des produits – directement (par des investissements publics favorables à la société et à l’environnement) et indirectement (versant un revenu de base inconditionnel) – pour une somme bien plus élevée que celle mise à disposition des entreprises en Suisse jusqu’à présent.

Sans cette forte augmentation des dépenses publiques, la «deuxième vague» du Covid-19 comportera bien davantage de victimes que la première phase, non pas pour des raisons sanitaires mais à cause de la crise économique qui va s’aggraver prochainement, tant que les autorités politiques se laveront les mains avec le slogan de la responsabilité individuelle.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

11 réponses à “La «deuxième vague» sera d’ordre économique

  1. Merci pour votre article qui révèle les perspectives d’un bien sombre avenir. N’y aurait-il donc pas d’autre choix qu’entre néo-libéralisme débridé, dont la pandémie actuelle a montré toute l’étendue des méfaits, et dirigisme d’état, dont la faillite des systèmes qui l’ont adopté parle d’elle-même?

    Tous les secteurs de l’économie (je parle bien sûr en néophyte) sont-ils perdants dans cette crise? Ce n’est de toute évidence pas le cas de celui de l’agro-alimentaire, ni du commerce en ligne et du télé-travail. Or, Ces derniers n’existaient pas dans les années trente. Les situations sont-elles donc comparables?

    De plus, même si, pour l’instant, les grandes gagnantes de la pandémie sont les GAFAIM (Google, Amazon, Facebook, Apple, IBM et Microsoft), elles n’échappent pas pour autant à toute réglementation, en particulier aux lois sur la concurrence déloyale.

    Les comportements irresponsables peuvent et doivent être sanctionnés. En effet, à quoi sert-il de sommer les gens de rester chez eux, de se laver les mains vingt fois par jour, de respecter les distances social(ist)es et de porter un masque en public si on laisse deux à dix mille individus inconscients se rassembler au grand jour, au mépris de toutes mesures de protection?

    Les moyens technologiques existent et les solutions – même si celles de la pandémie dépendent encore de la découverte d’un vaccin – sont connues. Pourquoi ne les applique-t-on pas?

  2. Oui, la deuxième vague sera incontestablement économique. Et la troisième sera climatique. Le “plus d’Etat” (il faudra donc bien choisir ses représentants…) va devenir une condition incontournable de la résilience de la société et de l’économie face aux mutations à venir. Car il est vraisemblable que le Coronavirus ne soit qu’un avant-goût des changements climatiques à venir et qui, ici au Japon, sont de plus en plus tangibles et de plus en plus fréquents. Aucune économie ne peut se permettre d’être confrontée trop fréquemment à des dommages “naturels” dont la récurrence et l’intensité augmentent chaque année. Les défis à venir seront immenses, et impliquent une remise en cause de bien de nos certitudes.

  3. Merci pour votre blog que je lis avec plaisir. Vous avez raison: deux écoles économiques s’opposent pour la gestion de la crise.

    Le contexte CoVid19 est intéressant:

    Il est facile de prendre des mesures quand tout le monde est gravement touché par un évènement. Or, la pandémie ne menace la sante que d’une petite partie de la population. Les mesures sont donc remises en question par la population et deviennent moins efficaces.

    La situation est identique sur le plan économique: l’impact est sectioriel. Il y a des gagnants et des perdants dans un contexte d’inégalités importantes. Maintenant que la production de biens et de service a pu reprendre, la population redigirige les dépenses de certains secteurs vers d’autres. Globalement, il y aura une importante destruction de valeur donc plus de chûmage et de pauvres.

    “Pourquoi restreindre ma liberté pour une maladie qui ne touche que 20 % de la population” deviendra “pourquoi devrais-je payer pour financer les 20 % de pauvres dans la population” que nous reformulerons en “Il faut réformer pour éviter que la charge du système social n’affecte notre compétitivité”.

    C’est un nouveau “dilemne du prisonnier” dans une culture ultra-libérale et son darwinisme social qui prône une société de l’individu.

    Je pense que les gagnants ne partageront pas avec les perdants. La grogne engendrée favorisera un peu plus les partis populistes qui trouveront assez de “fake stories” pour enfumer le choix des électeurs. Il existe d’ailleurs plusieurs exemples de gouvernement populistes d’extrême droite dans des pays ou la pauvreté est très importante (ça fonctionne assez bien).

    L’autre élément, c’est la fameuse croissance infinie dans un monde fini. L’appel au “dépensez, dépensez, dépensez” sonne faux dans un contexte de réchauffement climatique. Il faudrait dépenser différemment. Or, une telle transition prends du temps: il y a des gagnants et des perdants, il y a beaucoup d’incertitude et de doutes, il faut faire des compromis, etc.

    Pas vraiment compatible avec une situation de crise donc d’urgence. On se raccroche à ce que l’on connaît bien (soulager l’industrie automobile en assouplisant les normes CO2 pour les 4×4… ou acheter des avions de combat).

    On est donc bien loin d’un “new deal” à la Roosevelt… l’affligeant spectacle outre-atlantique auquel nous assistons depuis plusieurs mois devrait d’ailleurs nous le confirmer. Sans un leadership approprié, les méga plan de relance sont captés par les entreprises et les plus riches notamment. Le niveau de la bourse en est d’ailleurs le reflet.

    Il y donc trop de divergences entre les divers acteurs et cela explique peut-être le constat de votre blog sur le manque d’action rapide et un sens approprié.

  4. Heureux de vous retrouver cher professeur Rossi.

    En introduction, voici ma réaction du 11 mai 2020 à 15 h 20 (chapitre 1)

    La doxa néo-libérale cherche -t-elle véritablement des pistes pour sortir de la crise du « Grand confinement » (2020) alors que celles recommandées lors de la « Grande récession » (2008) – par les hétérodoxes – ont été balayées d’un revers de main aux profits des dogmes – et autres préjugés – qui nourrissent toujours les mêmes Écoles de pensées sans en tirer un quelconque enseignement?

    Et question des leçons d’histoire, même les recettes fructueuses menées avec le New Deal de Roosevelt lors de « la Grande dépression » (1930), ont été (incon)sciemment oubliées par les néo-libéraux et les ordo-libéraux. Croyez-vous utile que l’on précise à nouveau aux orthodoxes que la diminution des dépenses de l’individu a un effet négligeable sur l’économie de son pays tandis que la réduction du train de vie du secteur public a un impact désastreux sur le secteur privé comme sur la consommation ? Pensez-vous nécessaire, même après les études empiriques en la matière – et celles ayant déjà déboulonné les croyances censées bienfaitrices en la Supply-side economics & la Trickle down theory – à re-préciser que le risque hyper inflationniste dans l’économie réelle, savamment entretenu ces dernières années, n’est pas du fait d’une politique de mesures de relance budgétaire en soit, mais bien d’un comportement timoré à son égard, voir une absence quasi totale de cette courroie de transmission (découplée par l’orthodoxie budgétaire, cette même austérité qui a au final asséché la conjoncture économique européenne et l’a entraînée dans une spirale déflationniste) aux politiques non conventionnelles des banques centrales (politiques de relance monétaire) qui a précisément favorisé une augmentation inquiétante – cette dernière décennie – de la valorisation des actifs mobiliers et immobiliers (exubérance irrationnelle).

    Doit-on encore souligner que les sociétés cotées les plus importantes au monde se sont endettées ces dernières années à hauteur de 13.5 trillions de dollars pour racheter leurs propres actions au lieu d’investir dans l’outil de production et dans la formation de leurs salariés ? Que les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés, seulement 6%? Que 80% des introductions en bourse ayant eu lieu en 2018 aux États-Unis, par exemple, furent perdantes ? Un chiffre record et sans nul précédent dans l’histoire des bourses des pays intégrés. Eh oui, le ruissellement est devenu un leurre et chacun devrait intégrer que le Capital, par sa seule circulation et sa vélocité suffit dans les échanges à se reproduire tout seul, au détriment du facteur travail qui, lui, tend à disparaître. Oui, le facteur Travail, en soit, n’est plus une valeur (si ce n’est morale) car il disparaît et nous l’avons pourtant voulu (Sismondi). Rappelons-nous, « sous sa forme actuelle, le travail est un concept récent dans l’histoire humaine. Jusqu’à la fin de la Renaissance ayant vu en 1602 l’avènement de la société par action, l’homme travaillait en effet pour lui-même. Artisans, agriculteurs et éleveurs, les hommes échangeaient leurs marchandises contre des biens et des services. C’est à l’avènement de l’ère industrielle que l’on doit l’apparition du travailleur peu qualifié, et donc facilement remplaçable. Les percées techniques fulgurantes inaugurèrent ainsi un monde nouveau dominé par une production plus rapide, et surtout peu onéreuse. Aujourd’hui, à l’ère digitale, l’histoire se répète car les objectifs poursuivis sont identiques : tirer parti des dernières technologies pour augmenter l’efficience et la productivité, avec toujours moins de capital humain ». Comme l’eût écrit aussi très justement l’une de mes connaissances, ancien conseiller de banques centrales (M.S), «par le passé, tandis que le marché des actions offrait traditionnellement rentabilité et croissance sur le long terme aux investisseurs, et que le marché obligataire permettait, lui, de dégager du revenu, les baisses de taux quantitatives ont en effet bousculé cette donne car les liquidités globales se sont dès lors progressivement agglutinées vers les marchés boursiers internationaux qui disposaient d’un atout de taille en ces temps de taux déprimés : les dividendes. Phénomène sans précédent depuis 50 ans, le marché des actions est ainsi devenu un marché obligataire alternatif ».

    Eh oui, si les banques centrales ont en main le levier monétaire, l’exécutif d’un gouvernement, lui, dispose du levier budgétaire. Ceci nous conduit donc à ce que je dénonce aussi depuis des années : La collusion entre le pouvoir politique et économique est devenue évidente, et il est de notoriété publique maintenant que l’emploi n’est plus qu’une variable d’ajustement du capitalisme actuel. Quant à l’effet multiplicateur du marché immobilier, lui aussi est un révélateur puisque le système bancaire privé s’adosse principalement sur l’immobilier pour sa création monétaire (étant indiscutable aujourd’hui qu’en terme de création monétaire se sont bien les crédits qui font les dépôts et non l’inverse) et comme nul mécanisme ne saurait remplacer de nos jours l’effet de richesse induit par ce marché permettant de soutenir la consommation au sein de nos économies (donc bon pour le PIB des gouvernements), on a donc laissé se magnifier un marché tout en ignorant que huit des dix dernières récessions occidentales furent provoquées par des crises immobilières. On comprend ainsi que les multiples aides en faveur de l’accession à la propriété n’ont été que la manière la plus facile pour les banques et surtout pour l’État de créer des capitaux afin de nous donner une illusion de confort matériel et, ce, à mesure que nos salaires pour leur part étaient en plein déclin. Des solutions pour se calquer aux changements de paradigmes ? Taxation des robots, revenu inconditionnel de base, suppression de la TVA, micro-taxe sur les flux financiers. Et pour reprendre quelques pistes de l’économiste hétérodoxe mondialement reconnu, Thomas Piketty (« Capital et Idéologie »), pour qui, il faut redonner plus de justice fiscale et d’équité dans la concentration du Capital. Propriété sociale et cogestion des entreprises : les salariés reçoivent 50 % des sièges dans les conseils d’administration et les droits de vote des plus grands actionnaires sont plafonnés à 10 % dans les grandes entreprises. Propriété temporaire : création d’un impôt annuel progressif sur la propriété immobilière dont les taux iraient de 0,1 % pour les petits patrimoines (seuil à définir) à 90 % pour les patrimoines supérieurs (plusieurs milliards). Relèvement des taux des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu et les successions (jusqu’à 90 %). Constitutionnalisation du principe de la progressivité des impôts. Financement de la vie politique : les citoyens reçoivent de l’Etat des « bons pour l’égalité démocratique » à verser aux partis de leur choix ; plafonnement drastique des dons privés. Insertion d’objectifs fiscaux et écologiques quantifiés et contraignants dans les accords commerciaux et les traités internationaux. Création d’un cadastre financier international permettant aux administrations fiscales de savoir qui possède quoi ; suspension des accords de libre circulation des capitaux ne remplissant pas ces conditions.

    Après tout, aux USA, dans les années trente, avec « la Grande dépression », la crise économique sévère n’amènera-t-elle pas Roosevelt à modifier l’équilibre existant entre le marché et l’État ? « En redistribuant ainsi les profits économiques avec le New Deal destiné à relancer l’économie américaine et qui fut accompagné du Soak the rich tax . Les personnes gagnant plus de 200’000 dollars (soit un million de dollars aujourd’hui) par an furent taxées plus fortement, à hauteur de 63%. La loi fut révisée en 1936, augmentant ainsi le taux à 79% pour atteindre 91% en 1941. Pendant près de 50 ans, les USA vivront avec un taux marginal d’imposition sur les très hauts revenus proche de 80% » sans pénaliser leur croissance économique, bien au contraire.

  5. Chapitre 2. Voici la question qui fâche: – Mais à qui profite la Crise du Covid-19?

    Comme l’a justement souligné l’économiste Patrick Artus – dans une chronique – « l’objectif central du capitalisme néolibéral, qui commence dans les années 1980, est d’accroître la profitabilité des entreprises pour augmenter la rentabilité du capital pour les actionnaires. Pour réaliser cet objectif, le capitalisme néolibéral a utilisé un certain nombre de moyens », notamment « la déréglementation des marchés du travail » et a ainsi « obtenu une forte déformation du partage des revenus au détriment des salariés ».

    Sans surprise, nous pouvons constater (selon BusinessAM) une répartition de plus en plus inégale entre les revenus du travail par rapport à la croissance de la productivité…

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    …alors que la croissance de la productivité décline pourtant depuis les années 60 !

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    Parallèlement, de plus en plus d’emplois dans le secteur de la production ont déjà cédé la place à des emplois souvent mal payés dans le secteur des services. Les clés du progrès diront les uns, dans un esprit Schumpetérien (par analogie à la destruction créatrice), tandis que d’autres diront qu’il est abusif d’assimiler progrès technique et progrès social puisque la concurrence conduit toujours à une économie de main-d’œuvre et une baisse des salaires : les manifestations concrètes en sont l’esclavage et le machinisme, cette nouvelle forme de servitude.

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    Friedrich Hayek aurait pu, lui, ajouter que « le progrès technique, imprévisible, n’a pas à être encadré par l’État, au contraire, c’est la libre concurrence qui empêche un pouvoir totalitaire de s’en emparer ». Sauf qu’Hayek ne vivait pas au 21ème siècle, ni dans un monde globalisé où comme aux USA, un dixième de l’économie se caractérise par des industries dans lesquelles 4 entreprises contrôlent plus des deux tiers du marché. Une tendance similaire également observée en Europe, quoique moins extrême. Ainsi, avec des positions cartellaires, et une telle disruption de l’économie, il devient de plus en plus difficile de détrôner les leaders de quelques marchés – propres à l’économie 2.0 – aux États-Unis, en Europe, mais aussi en Asie.

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    Ainsi, conjointement à une guerre progressiste opposant Capital et Travail depuis les années 70, conjointement aux sauvetages de la sphère marchande par la « main bien visible » de l’État dès 2008 – heureux soient les néolibéraux – et n’en déplaise à ce bon vieux Adam Smith ou à feu Milton Friedman pour qui le Capital reste synonyme de Liberté ; il n’empêche que les entreprises « zombies » sont toujours maintenues au détriment d’entreprises nouvelles au modèle économique renouvelé. En refusant la destruction du Capital, nos sociopathes et technocrates, par choix volontaire et assumé, accrochés aux dogmes, nous ont contraint à renoncer à l’innovation car leur formule a empêché de nouveaux entrepreneurs d’améliorer un marché abandonné par des entreprises non rentables qui ne pouvaient poursuivre leur activité. Le Capital périmé reste donc maintenu en activité grâce à des taux bas, voir négatif, sans véritable impact sur la croissance économique et l’inflation et ce flot ininterrompu de liquidités (et par analogie de « facilités »)…

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    …ne profite, bien évidemment, à la collectivité, elle, se trouvant déjà inscrite au rang des débiteurs à (très) long terme dans l’antinomie de la « destruction-créatrice ». Or, en détruisant de la dette odieuse, l’on détruit du Capital. En détruisant du Capital mal-acquis, on créera à nouveau de la confiance, on favorisera l’innovation, la recherche, le développement et la formation. La destruction du Capital périmé au profit de la création de Capital neuf – grâce au coup de pouce du Covid 19? – pourrait redonner raison « aux utopistes » tels que Sismondi, Engels, Proudhon ou Marx qui prédisaient une société nouvelle reposant sur l’abondance de biens et où le travail (viable, tendra à disparaître) ne constituerait qu’une infime part de l’existence des individus. L’idée fondamentale qui unissait ces différents penseurs résidait dans les espoirs qu’ils plaçaient dans le progrès technique. « Un jour, les machines se substitueront aux hommes. Ce seront-elles qui peineront à leur place. Mais, pour que le temps libre soit synonyme de loisirs et non de chômage, il convient de renverser un modèle par un autre modèle politique et social ».

    Chacun l’aura certainement déjà compris, avec la digitalisation de nos modèles, l’intelligence artificielle, la robotique, les monnaies numériques, la prescience de la société sans cash, les positions cartellaires des GAFAM, nos économies modernes et intégrées sont en disruption et le Covid-19 n’est qu’un accélérateur profitant à la doctrine néo-libérale.

    Enfin et pour terminer, comme Keynésien, il me plaît à reprendre les propos de la présidente de l’Association syndicale des magistrats en Belgique, pour qui, le néo-libéralisme est un fascisme :

    « Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’État la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales. Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme. Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste. Je prétends que le néo-libéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun »

  6. Bonjour Professeur,

    Merci pour vos réflexions. Permettez-moi deux questions :

    1 – Vous avez écrit “Ce sont en réalité les politiques économiques néo-libérales qui ont induit la pandémie du Covid-19”. Le verbe “induire” (conduire à, inciter) prête à interprétation (cause ?).

    2 – Parviendrons-nous à cette intéressante idée de revenu universel de base ? C’est à espérer.

  7. Vous oubliez de dire que tous ces dégâts économiques tragiques, qui vont causer une dépression plus grave que celle des années 30, ont été causés par une imposture. Le bisouillage d’un virus. Mais surtout, une fois que ce virus a été mis en circulation et qu’il a commencé à faire des victimes, on aurait pu en sortir très facilement simplement en prescrivant l’hydroxychloroquine. Mais là il y au ce que l’on ne peut pas appeler autrement qu’une conspiration de l’industrie pharmaceutique qui a montré sa puissance et sa capacité à imposer sa volontéaux gouvernements. Principalement dans des pays comme la Suisse et la France. Dans ces pays un crime d’état a été commis: à cause de la pression de l’industrie pharma on a interdit aux médecins de famille de soigner les patients avec le seul médicament existant et ayant fait la preuve de son efficacité

    Les pays africains qui n’ont pas d’industrie pharmaceutique et qui ont l’habitude de la chloroquine pour traiter le paludisme, se sont traités à la chloroquine et n’ont eu quasiment aucun mort. 126 très exactement au Mali, un pays de 20 millions d’habitants ! Suisse 8 millions d’habitants 1734 morts !

    Et maintenant on nous parle de 2ème vague alors que l’épidémuie est finie. Il n’y a plus de morts. Il n’y a plus de cas graves nécessitant une hospitalisation.

    De qui se moque-t-on?

    Tout ça c’est pour entretenir la panique et pour faire vendre des vaccins ou des médicaments comme le remdesivir, qui ne soigne pas et a des graves effets secondaires. Tous ces médicaments et ces vaccins coûteront très cher. Alors que la chloroquine ne coûte rien. Alors il faut se demander: à qui profite le crime? Et on peut vraiment parler de crime. Il faudrait des enquêtes pénales pour mise en danger de la vie et de la santé d’autrui (art. 128 CPS) contre les coupables (fonctionnaires de la santé et de l’ordre des médecins qui ont pris la décision criminelle d’interdire l’hydroxychloroquine).

    Quant au masque, c’est une opération politique pour changer les mentalités et habituer les gens à la dictature mondialiste voulue par les élites.

    Comment se fait-il que personne n’ose dire ces vérités évidentes? Au moins dans les médias.

    Je recommande à tous de visionner soigneusement cette vidéo et la faire circuler au maximum:

    1. Bonjour,
      Voici la réponse à votre question en reprenant mon intervention, ici-même, du 12 janvier 2018.

      Chapitre 3 (le pouvoir des médias)

      Il ne sera plus possible de faire en sorte que la population suisse soit informée correctement sur le devenir du monde entier » (mais l’a-t-elle seulement été jusqu’à présent?) ; alors, au-delà des apparences, je m’interroge au travers d’un autre prisme en revenant sur quelques vieux démons.

      A cet effet, et bien que j’aurai pu reprendre certains travaux de Noam Chomsky, j’ai choisi pour cet angle une partie du travail de recherche historique issu du fascicule « Les médias en suisse », paru aux éditions LEP, qui offre un point de départ intéressant pour la réflexion: « Dans son ouvrage Psychologie des foules (1895),  Gustave Le Bon (1841-1931) – un des précurseurs des théories des médias – affirme que les individus, lorsqu’ils sont en groupe, raisonnent de manière plus simpliste et sont facilement influençables. Selon lui, un meneur habile peut aisément mettre une foule dans un état proche de l’hypnose. Le Bon ne traite pas directement des médias, mais ses idées ont influencé les théories sur la communication, la propagande et la publicité. Lorsque les médias de masse en sont encore à leurs débuts, Gabriel Tarde (1843-1904) rend les médias responsables de la manipulation que Le Bon attribue au meneur et affirme que l’«âge des foules» sera remplacé par l’«âge des publics», qu’il définit comme une «foule à distance». Les premières études sur les médias en tant que tels et sur leur influence apparaissent dans les années 1920 et appréhendent généralement le phénomène de la propagande. Dans son ouvrage Public Opinion, paru en 1922, Walter Lippmann (1889-1974) étudie la manipulation par les médias et définit le concept de «fabrique du consentement». Il remarque que notre expérience du «monde réel» n’est que très limitée et que notre vision de la réalité se fonde avant tout sur ce que les médias nous en montrent. Toutefois, le prétendu pouvoir d’endoctrinement des médias n’est pas toujours perçu négativement. Harold Lasswell (1902-1978) défend ainsi que la propagande est utile aux démocraties, car elle permet aux citoyens d’adhérer à ce que les «spécialistes jugent bon pour eux ».

      En ce qui concerne à présent la question « des spécialistes », comment ne pas être projeté à nouveau vers Walter Lippmann et à son colloque organisé à Paris du 26 au 30 août 1938 ? Un cercle d’influence auquel participent 26 économistes, entre autres, Hayek, Mises, Rueff, Rüstow, Röpke, et des intellectuels « libéraux ». S’il y fut discuté de la capacité du libéralisme à faire face aux problèmes de l’époque, c’est aussi une des premières fois où les participants s’interrogèrent pour savoir s’il convenait de conserver le mot « libéralisme » ou bien d’adopter celui de néo-libéralisme. Pour l’économiste français François Bilgert, le colloque Walter Lippmann « peut être considéré comme l’acte de naissance officiel du nouveau libéralisme ». Dans la continuité à démolir le modèle keynésien dès le début des années 1930 – et suite au colloque Lippmann – ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que la société du Mont-Pélerin sera fondée par Hayek et Mises (1947). La première réunion, à laquelle participent trente-six personnalités « libérales » a lieu à l’Hôtel du Parc au Mont-Pèlerin près de Vevey. Ce réservoir d’idées et de promotion du néo-libéralisme fut financé par des banquiers et patrons d’industrie helvétiques (ce même genre de groupes d’influences qui n’a d’ailleurs jamais cessé sa générosité, notamment, auprès des partis politiques suisses).

      Lors de cette réunion d’avril 1947, trois importantes publications des Etats-Unis (Fortune , Newsweek et The Reader’s Digest) y ont envoyé des délégués. Le Reader’s Digest venait d’ailleurs de publier une version résumée d’une œuvre clé de Hayek, « La route de la servitude ». On y trouve notamment le rayonnant passage: « C’est la soumission de l’homme aux forces impersonnelles du marché qui, dans le passé, a rendu possible le développement d’une civilisation qui sans cela n’aurait pu se développer ; c’est par la soumission que nous participons quotidiennement à construire quelque chose de plus grand que ce que nous tous pouvons comprendre pleinement ». Dès lors, en appréhendant la logique de Walter Lippman, je ne peux m’empêcher à percevoir dans le pragmatisme helvétique – érigé comme un temple et dont l’une de ses fondations n’est autre que le quatrième pouvoir – la « fabrication d’un consentement » face à la construction que sera l’ordre nouveau, c’est à dire le néo-libéralisme. Harold Lasswell n’a-t-il jamais défendu « que la propagande est utile aux démocraties car elle permet aux citoyens d’adhérer à ce que les spécialistes jugent bon pour eux » ? Les soi-disant spécialistes de la pensée dominante n’ont-ils jamais porté en eux l’incandescence qui affecte de plus en plus nos démocraties, au point d’en avoir corrompu le capitalisme et saccagé l’intérêt général ? Les tenants du « Public choice » – à raison – postulent que l’État, à l’instar de Dédale, s’est enfermé dans les méandres de sa propre construction. En ce sens, je me pose la question suivante : – Au fil du temps, faute de s’être construit des ailes pour échapper au labyrinthe infernal des chemins de traverse ne conduisant nulle part, comment ne pas percevoir en les médias publics une entreprise Icarienne s’étant finalement brûlée les ailes au soleil de midi ?

  8. Merci monsieur Rossi pour cet article consacré aux conséquences économiques de la crise sanitaire et aux incertitudes qui sont loin d’être levées tant qu’un traitement prophylactique ou thérapeutique n’a pas été mis au point. Effectivement nous ne sommes pas à l’abri d’une deuxième vague et les nombres de cas de contamination obéissant à une croissance exponentielle sont là pour nous rappeler que nous ne sommes pas au bout de nos peines, avec toutefois des apprentissages liés à la première vague en ce qui concerne la gestion de la crise sur le plan économique.
    Comme toute crise la crise sanitaire a certaines vertus au-delà de ses conséquences humaines, sociales et économiques. Grâce à elle, certains dogmes économiques ont volé en éclats : la dette publique a cessé d’être un épouvantail agité en permanence par les libéraux de tout poil, l’inflation n’est plus une préoccupation centrale des banques centrales, les critères de Maastricht et le pacte de stabilité de la zone euro ont été abandonnés, la monétisation des dettes publiques par les banques centrales n’est plus un tabou. Dans cette liste, j’ai omis de citer le frein à l’endettement comme c’est le cas en Suisse : un dogme considéré comme utile pour protéger paradoxalement une société réputée frugale contre sa tentation dépensière. Mais en vérité un dogme peut devenir nuisible s’il s’avère incapable de protéger la société contre les chocs adversaires dont elle n’est pas responsable. Sans doute les autorités suisses devraient-elles actionner l’arme budgétaire pour lutter contre la récession et la montée du chômage en cas d’une seconde vague sur le front sanitaire. Sachant que la politique monétaire axée sur la stabilisation du taux de change a des limites, surtout si elle est basée sur les taux négatifs avec des effets négatifs sur les petits épargnants, les compagnies d’assurance et les caisses de retraite. C’est pourquoi une dévaluation fiscale ou le recours à une politique budgétaire expansionniste semblent être autant d’alternatives à la politique monétaire dans le cas de la Suisse pour éviter l’érosion des compétences des salariés et les faillites des entreprises fortement impactées par le choc sanitaire exogène.
    Incontestablement la crise sanitaire va induire des changements profonds en termes de structures et de comportements : le développement du télétravail avec des effets inévitables sur l’immobilier des bureaux, le développement du commerce en ligne, la relocalisation partielle des activités jugées stratégiques, l’accélération de la transition énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique.

    Je vais me concentrer ici sur le changement de paradigme en matière de politique monétaire tel qu’on le décèle dans le dernier discours du gouverneur de la FED en rappelant à grands traits les fondements de la politique monétaire, lesquels, comme chacun sait, sont toujours au sein de la BNS. Celle-ci est considérée comme le bon élève en matière de stabilité monétaire.

    Comme je l’ai déjà dit, l’inflation n’est plus une préoccupation centrale pour les banques centrales. Alors que l’analyse économique fondée sur les concepts des anticipations rationnelles et de la crédibilité nous a montré que la politique monétaire n’est pas un jeu contre la nature. Mais un jeu entre les autorités monétaires souvent placées sous tutelle et le secteur privé. Résumons le raisonnement sous-jacent : contrairement aux atomes ou aux rats de laboratoire les agents économiques sont capables de se projeter dans l’avenir et par voie de conséquence ils sont susceptibles de compenser et de neutraliser les effets de la politique monétaire, avant même que celle-ci soit mise en application: sa simple annonce déclenche son inanité.

    En clair les annonces des banques centrales ne sont pas crédibles en matière de lutte contre l’inflation, sauf si les autorités se lient les mains par un engagement contraignant ou se préoccuper de leur réputation du fait des jeux répétés avec le secteur privé. Cette analyse a eu une forte influence sur les arrangements institutionnels, par exemple l’indépendance de la banque centrale: la société a intérêt à nommer un banquier central ultra-conservateur qui valorise la stabilité des prix au détriment de la croissance et de l’emploi dans ses préférences. A cet égard la BCE a été certes influencée par l’aversion de l’Allemagne à l’égard de l’inflation, mais aussi par la théorie de la crédibilité notamment les travaux de Kydland et Prescott (1977) et Kenneth Rogoff (1985).
    Aujourd’hui avec la crise sanitaire nous sommes confrontés à un double choc d’offre en rappelant au passage que les chocs d’offre des années 1970 et 1980 ont mis fin à la courbe de Phillips en tant que relation d’arbitrage ente le chômage et l’inflation. En outre les outils d’analyse privilégiant l’offre ou de la macroéconomie classique ne sont plus adaptés pour lutter contre la récession et le chômage induits par un choc exogène d’une ampleur inédite qui n’a pas fini de déployer ses effets dévastateurs. Nous avons besoin de combiner les mesures en faveur de l’offre et de la demande pour créer un cercle vertueux de reprise et de croissance. De ce point de vue, le plan de relance du gouvernement français risque de rater sa cible, car il sacrifie le soutien à la demande des ménages avec le risque d’aggraver les inégalités.
    Le discours du gouverneur de la Fed donne l’impression au profane que les banques centrales sont à la recherche d’un nouveau paradigme . En tout cas une chose est sûre, les banques centrales vont coopérer avec les autorités budgétaires, ce qui est une bonne nouvelle pour les Européens hostiles aux critères de Maastricht et au pacte de stabilité de la zone euro. Par ailleurs les banques centrales vont continuer à injecter les liquidités pour maintenir les taux d’intérêts inférieurs au taux de croissance du PIB. La banque centrale américaine s’abstiendra désormais d’augmenter les taux d’intérêt en cas de résurgence de l’inflation, elle vise une cible d’inflation de 2% sur le long terme. Autrement dit elle tolère une fluctuation de l’inflation autour de 2%. D’aucuns assimilent ce changement d’attitude de la banque centrale américaine à une mini-révolution copernicienne. Mais cette mesure risque d’être remise en cause en raison de la mise en place des normes sanitaires, lesquelles vont probablement se traduire par une dégradation de la productivité et donc par un recul du PIB. Celui-ci est estimé à 10% dans le cas de la France selon les prévisions de Bercy. A cela il faut ajouter le fait que des taux d’intérêt durablement bas pourraient alimenter les bulles immobilières et mobilières et écarter les jeunes ménages de l’accès à la propriété immobilière en raison de la hausse des prix sur le marché des logements.
    Nous devrions également nous attendre à ce que des pans entiers de l’économie connaissent de graves difficultés avec en perspective des licenciements massifs. En la matière il suffit de songer au secteur du transport aérien et la mise au chômage d’une partie importante de ses salariés. Ces derniers auront du mal à retrouver un emploi dans les secteurs en expansion ( informatique, pharmas…). D’où la nécessité de mettre le paquet sur la formation et donc la mobilité professionnelle pour éviter que la récession laisse des traces durables dans l’économie sous la forme de la détérioration du capital humain des chômeurs. Dans une telle situation , il n’est pas exclu de se trouver en présence d’un phénomène d’hystérésis :le chômage de longue durée cesserait d’exercer une influence modératrice sur la hausse des salaires et donc sur l’inflation, bien qu’il faille souligner que celle-ci a de fortes chances de se manifester sous forme de bulles spéculatives sur le marché immobilier ou sur le marché des actifs financiers.

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