Réduire l’âge minimum de la retraite est utile et possible

Le peuple suisse devra bientôt voter sur le relèvement à 65 ans de l’âge de la retraite pour les femmes, sous prétexte que sinon il ne sera pas possible de résoudre le problème du financement de l’AVS. Continuant sur cette trajectoire, par la suite il faudra augmenter l’âge de la retraite pour les hommes, étant donné l’augmentation de l’espérance de vie de la population résidente en Suisse, grâce aux progrès dans le domaine des « sciences de la vie ».

Sans nier ces progrès – induits par la maximisation du profit des principaux acteurs dans ce domaine –, il faut en réalité réduire l’âge minimum de la retraite des travailleuses et des travailleurs dépendants, considérant la question d’un point de vue macroéconomique.

Si l’on considère le fonctionnement de l’économie dans son ensemble, il est possible de comprendre que le progrès technique permettrait à la population active de travailler moins longtemps – tant durant une journée de travail que durant toute sa vie professionnelle. L’augmentation de la productivité induite par le progrès technique permet en effet à toute personne active de produire davantage. Selon la théorie économique dominante, cela devrait aller de pair avec une augmentation des salaires proportionnelle à l’augmentation de la productivité du travail. En fait, la plupart de la force de travail ne bénéficie aucunement d’une augmentation salariale, vu que ce sont les entreprises qui bénéficient du progrès technique par une augmentation de la part des profits dans le revenu national.

La réforme du financement de l’AVS doit dès lors s’appuyer davantage sur les profits et surtout sur les bénéfices que les entreprises n’investissent pas de manière productive, car ils sont placés sur les marchés financiers à partir desquels rien ne « ruisselle » dans l’économie « réelle ». Les entreprises qui décident de profiter de la quatrième révolution industrielle, remplaçant une partie croissante de la force de travail par l’intelligence artificielle, ne pourront ainsi pas se soustraire au financement de l’AVS. Ce financement sera aussi nourri par les cotisations sociales des jeunes qui trouveront une place de travail grâce à la diminution de l’âge minimum de la retraite en Suisse. Le premier pilier des assurances sociales sera ainsi plus solide et résilient à la digitalisation des activités économiques.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

6 réponses à “Réduire l’âge minimum de la retraite est utile et possible

  1. Les progrès dans les « sciences de la vie », qu’exploitent les pharmas à leur seul profit, si c’est bien là le message que vous donnez, répondent assurément au désir de chacun de vivre mieux plus longtemps, et c’est bien ce qui allonge l’espérance de vie. Les soins actuels ne prolongent pas une vie en mauvaise santé, ils améliorent la santé à âge égal par rapport au passé. On ne peut donc pas prétendre que la maximisation du profit des pharmas induit un faux progrès dont on se passerait ! Ce progrès est un problème pour le financement de l’AVS, est-ce qu’il faudrait être plus humble en renonçant à des traitements ou des médicaments qui vont nous « prolonger » ? Les maladies de la vieillesse ne sont pas que celles qui lui sont propres, mais également des maladies qui ont une chance d’être vaincues si la résistance de l’organisme n’est pas trop diminuée. C’est cette résistance que l’on parvient à maintenir plus longtemps dès l’âge moyen de 65 ans, en parallèle avec une meilleure qualité de vie. Dans l’autre éclairage que vous donnez, les progrès techniques ne profitent qu’aux entreprises, et ne se traduisent pas par des augmentations de salaire. Ces progrès qui améliorent le rendement en visant la rapidité offrent dans bien des domaines un travail moins pénible. Certainement pas pour la secrétaire actuelle au clavier de son ordinateur, contre l’ancienne qui naviguait entre sa machine à écrire mécanique et les rayons des dossiers en carton. Mais pour quantité de métiers manuels le poids du travail en efforts est allégé. Cela permet bien sûr en conséquence une production de services, ou matérielle, plus rapide. Ce gain de rendement devrait-il être reporté sur le salaire ? Il ne faut pas oublier que la technique qui le permet n’est pas gratuite, elle a nécessité un investissement et profite aux employés de l’entreprise qui la produit et la vend. Je ne conçois pas qu’une répartition « plus juste » des profits pourrait assurer un système viable. Certains pourraient se contenter de moins pour que d’autres, moins forts ou entreprenants, aient un peu plus ? Ou puissent prendre leur retraite plus tôt ? Imposer une limite de vitesse à la croissance des entreprises par des mesures légales, directes ou indirectes (taxation des robots par exemple), mènerait à désertifier l’entreprise en coupant les ambitions à la racine. L’être humain dirigeant veut plus s’il a les capacités de l’avoir. L’exécutant aussi s’il fait l’affaire pour le premier. Reste alors ceux qui attendent qu’on leur offre ce qu’ils ont en moins, parce que ce serait « juste ». L’entreprise n’est pas la cour d’école, où chaque enfant à droit à une belle pomme, ni plus petite ni plus grande que ses camarade ! Et l’on ne va pas baisser les notes des plus fort, rehausser celles des plus faibles, pour que chacun ait plus tard des chances égales dans la vie ! Ne croyons pas pouvoir aider les plus faibles ou moins forts en pénalisant ceux qui les dépassent de trop haut. Si chacun a bien besoin des autres, sa survie se mesure quand même à son degré d’autonomie, et c’est ainsi que se crée un équilibre viable pour tous. Juste ou pas juste, ce n’est qu’un sentiment pour rêver à un être humain différent qui n’existe pas sur cette terre, hormis l’Abbé Pierre et d’autres exceptions qui possèdent en beaucoup ce que nous avons un petit peu, et encore, seulement parfois !

  2. On avait eu droit à l’ultimatum de Sieur borracho – Junckie à Château Darius, bon…
    Maintenant on a droit à une leçon de Micro-macron économie avec le même beauf!!!
    Mais qui pilote donc la SSR? Economie suisse?????

    (bon, moi je vois tout, mais ne paie rien :))))))

  3. “Sous sa forme actuelle, le travail est un concept récent dans l’histoire humaine. Jusqu’à la fin de la Renaissance ayant vu en 1602 l’avènement de la société par action, l’homme travaillait en effet pour lui-même. Artisans, agriculteurs et éleveurs, les hommes échangeaient leurs marchandises contre des biens et des services. C’est à l’avènement de l’ère industrielle que l’on doit l’apparition du travailleur peu qualifié, et donc facilement remplaçable. Les percées techniques fulgurantes inaugurèrent ainsi un monde nouveau dominé par une production plus rapide, et surtout peu onéreuse.
    Aujourd’hui, à l’ère digitale, l’histoire se répète car les objectifs poursuivis sont identiques : tirer parti des dernières technologies pour augmenter l’efficience et la productivité, avec toujours moins de capital humain. Les Occidentaux font, par exemple, 25 % moins appel aujourd’hui aux services postaux qu’il y a quatre ans, optant de plus en plus pour les envois et pour les paiements électroniques. Du reste, si l’ordinateur remplace facilement l’homme en 2015, il accomplit en outre bien plus rapidement et avec plus de fiabilité ses tâches, sans charges sociales ni assurance maladie…
    Dès l’apparition de la machine, depuis l’avènement de l’ordinateur et à la faveur de l’émergence du robot, l’homme pense naïvement qu’il sera conduit à accomplir des tâches plus nobles et plus intellectuelles, ou, en tout état de cause, qu’il finira par assumer un travail consistant à contrôler et réparer ces machines. La réalité est pourtant différente car la technologie démontre que l’économie a besoin de moins en moins de capital humain pour gérer un parc robotique toujours plus important. Bref, le progrès tue le travail, précisément à l’heure où l’emploi est la préoccupation majeure de l’Occident.
    En même temps, les responsables politiques qui fondent tous leurs espoirs de réélection sur la baisse du chômage font de l’emploi leur priorité absolue. Par ailleurs, les entreprises du secteur privé sont stigmatisées pour ne pas jouer le jeu et pour ne pas privilégier l’embauche. Mais en fait : à quoi sert la technologie et pourquoi se réjouir des avancées fulgurantes si nous n’en profitons même pas? Le fait est que nous avons oublié le but premier de ces percées technologiques, qui était de remplacer l’homme par la machine. Car de fait, aujourd’hui, nos sociétés occidentales sont devenues tellement productives, et nous croulons sous tant d’abondance, que nous pourrions loger, nourrir, éduquer et soigner toute la population avec le travail d’une petite quantité d’hommes et de femmes.
    Parallèlement, l’organisation de nos sociétés s’avère désormais caduque car la question cruciale qui nous tourmente n’est pas tant de savoir si nous disposons d’assez de biens et de produits. Elle consiste plutôt à savoir comment procurer du travail à chacun afin qu’il mérite une partie des immenses quantités des biens dont dispose la société. Selon cet ordre établi qui relève d’un autre temps, celui qui ne bénéficie pas d’un travail est condamné à toutes les privations et toutes les brimades.
    Est-ce tout ce dont nos sociétés modernes sont capables à l’heure digitale et de la robotisation massive, alors que nous n’avons plus besoin comme au Moyen Âge de fabriquer des marchandises pour vivre? Ne devient-il pas impératif de restructurer nos sociétés autour d’une autre valeur que l’emploi, rendu progressivement mais inéluctablement obsolète par la fulgurance de la technologie ?” By Michel Santi, macroéconomiste

    1. Comme le constatait l’économiste suisse Sismondi (avec le machinisme) – au 19ème siècle déjà – le travail disparaît et c’est ce que l’homo economicus voulait. J-M Keynes fera le même constat quelque temps plus tard. Quant aux sirènes de l’économiste Shumpeter, avec sa théorie sur la “destruction-créatrice”, nous constatons de plus en plus, par les données empiriques, qu’au 21ème siècle, cette théorie relève d’un autre mythe si le travail n’est pas perçu comme une simple occuptation du temps.

      Quant au financement du travail détruit par le “progrès”; détruit par la financiarisation de nos économies dites modernes, plusieurs sources existent en effet. La taxation des robots a été et reste débattue, une juste fiscalité des GAFA aussi. Reste que la vélocité de la finance a oublié son rôle intrinsèque de soutien à l’économie réelle, en réalité elle échappe à tous “contrôles” en se dédouanement de sa responsabilité morale. Cette prédation devrait à minima payer sa contribution tant elle pille les économies réelles avec une rapidité inégale au facteur travail et où la simple circulation du capital engendre du capital neuf. L’ éminent Economiste Suisse, Professeur de finances et d’économie à Zurich et ancien Doyen associé d’HEC Paris a déjà posé un constat en postulant l’introduction d’une MICRO TAXE  EN REMPLACEMENT DE NOMBREUX IMPOTS ACTUELS (ou pour une allocation de ces derniers plus en phase avec l’ère du temps). Pour faire simple : une MICRO TAXE de 0.1/% sur TOUS LES PAIEMENTS ELECTRONIQUES annulerait la TVA et l’impôt sur le revenu en Suisse. En France calcul fait,  il suffirait de passer à #0,1% / #0.2% pour abolir la TVA (de 20%).

      A méditer

      1. Bonjour Raymond.

        Vos inputs sont intéressants, notamment sur les micro taxes. Malheureusement à chaque fois qu’un impôt a été créé, il n’a jamais été supprimé (exemple de l’impôt de guerre ; pardon l’impôt fédéral qui finance maintenant à 30% les retraites – AVS).

        Une remarque. Vous écrivez “les responsables politiques qui fondent tous leurs espoirs de réélection sur la baisse du chômage font de l’emploi leur priorité absolue”. Je crois plutôt que les responsables politiques (oui pour leurs réélections) fondent leurs espoirs sur le statu quo des régimes de retraite servi à la plus grande partie votante de la population = les baby boomers. Et mettent, de fait, les familles et les travailleurs sous une pression hallucinante. Devant en effet financer TROIS générations. Passée, présente et future. Du coup, je vous rejoins : où sont les effets censés être positifs de la technologie (gain de temps, de productivité…) ?

        Bien à vous

        1. Bonjour Raphaël,
          Une heure de travail produisait dix minutes de lumière artificielle en 1800, et 300 jours de lumière aujourd’hui. Un kilowatt d’électricité généré par cinq minutes de notre temps en 2019 nécessitait une heure entière de labeur en 1900. Un cheeseburger chez McDonald’s – qui exigeait 30 minutes de travail en 1950 – est désormais prêt en 3 minutes ! Nous l’avons compris : le développement et les “progrès économiques” permettent de réduire les délais de fabrication et de production des denrées nécessaires à notre vie quotidienne. C’est à l’aune de ce type d’évolutions que l’on mesure l’enrichissement de nos sociétés. Et s’il ne faut pas s’affliger sur la disparition de certaines professions ni de la tombée en désuétude de certains métiers car les évolutions actuelles rayent précisément de la carte nombre de ces travaux qui autrefois asservissaient des pans entiers de travailleurs, il nous faut toutefois garder à l’esprit que le détournement exponentiel des richesses depuis l’ère de la financiarisation de nos économies modernes s’est fait au profit d’une caste non représentative de l’Intérêt général. Cet authentique transfert des richesses a non seulement eu pour effets à creuser le fossé des inégalités, à encourager une répartition absurde des gains de productivité, à mettre en péril nos systèmes de retraite et nos modèles de prévoyance tout en hypothéquant l’avenir de nos jeunes (nourrissant de surcroît le conflit générationnel) par le truchement des déflations salariales compétitives. Avec la financiarisation de nos pans économiques, la notion de travail elle-même se retrouve aujourd’hui remise en question. Une économie comme la nôtre, basée principalement sur les services, offre des horizons et des opportunités naguère insoupçonnables mais au détriment du seul facteur travail et non du capital (qui, au 21e siècle, n’est plus véritablement à considérer comme une résultante du travail accumulé). En ce sens, par le jeu des bourses et du pillage intrinsèque des fondamentaux d’antan qui n’ont plus court dans les entreprises d’aujourd’hui, la seule circulation du capital suffit à le faire fructifier. Alors, si les gains de productivité spectaculaires profitent en théorie à l’ensemble de la société – aux riches mais aussi aux pauvres- par la courroie de transmission des prix en constant déclin, qu’ils autorisent en outre de précieux gains de temps, de ce temps qu’il nous est désormais possible de consacrer à des activités nous tenant à cœur, pourquoi alors rester fixé sur les statistiques des créations d’emploi à l’heure où le travail n’est plus forcément une fin en soi ? Ou se soucier du financement de nos systèmes de retraite puisqu’aujourd’hui l’humanité a atteint un tel niveau de richesses que les progrès nous autoriseraient déjà à “l’indécence de la paresse”. Autant dire que dans la même schématique, le financement des retraites est un faux problème si tant ait que les richesses – comme gain de productivité – ne soient capturée par une minorité (non représentative de la notion même de société démocratique) que nos politiques laissent toutefois nager dans un océan de serfs. Est-ce à dire que les politiques sont eux aussi déconnectés de l’économie réelle mais parfaitement connectés aux critiques de la théorie du Public Choice? En effet!

          Bien à vous

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