L’Union européenne a besoin de soins intensifs

Soixante années exactement se sont écoulées depuis la signature du Traité de Rome par lequel les représentants politiques de l’Italie, la France, l’Allemagne de l’ouest, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg instituèrent la Communauté économique européenne (CEE), avec l’idée de soutenir la croissance économique au sein du Vieux continent. Si les pères fondateurs de la CEE vivaient encore de nos jours, ils seraient abasourdis en constatant la trahison de leur idée originale, qui fut remplacée (suite au Traité de Maastricht signé il y a juste 25 ans) par le régime néo-libéral qui a fait ressurgir de ses propres cendres l’esprit nationaliste en vogue du temps où l’Allemagne était sous les ordres d’Adolf Hitler.

Il est indubitable, en effet, que le national-populisme qui est en train d’enfler à travers l’Union européenne tire sa force politique de l’accablement que la prétendue intégration européenne a engendré dans une grande partie de la population du Vieux continent, par rapport notamment au marché du travail (toujours plus précaire) et aux revenus qui y sont distribués (d’une manière de plus en plus inéquitable et problématique tant pour la stabilité financière que pour le développement économique).

Le Traité de Maastricht a créé les fondements, très fragiles, à partir desquels fut mise sur pied l’Union monétaire européenne, bâtie sur les sables mouvants de la monnaie unique européenne (qui, en fait, n’en est pas une, parce que la Banque centrale européenne ne joue pas le rôle qui lui revient dans le trafic des paiements internationaux au sein de l’Euroland – une zone monétaire qui n’est aucunement «optimale» même selon les critères de la théorie économique dominante).

Le «péché originel» de la zone euro est représenté par deux «paramètres» n’ayant aucun fondement scientifique dans l’analyse macroéconomique, mais qui dictent les choix de politique économique aux gouvernements nationaux de l’Euroland. Il s’agit des fameux rapports de 3% entre le déficit public et le Produit intérieur brut (PIB) et de 60% entre la dette publique et le PIB, que le «Fiscal compact» entré en vigueur en 2013 a encore durci. Les États membres de l’Euroland doivent désormais faire en sorte de boucler chaque année leurs comptes pratiquement à l’équilibre, sans pouvoir distinguer les dépenses courantes des investissements du secteur public.

Or, les dépenses d’investissement de l’État devraient être financées par l’endettement, au lieu de faire appel aux recettes fiscales, afin que leur financement soit distribué de manière équitable sur l’ensemble des générations fiscales bénéficiant de tels investissements. Si cette règle d’or classique des finances publiques était respectée à travers la zone euro, les États-nations auraient la possibilité de relancer et soutenir l’économie de cette zone, au lieu de la déprimer par une série de mesures d’austérité qui aggravent la situation de l’ensemble du système économique.

Il est vrai que ces mesures, couplées à l’assouplissement monétaire de la Banque centrale européenne, font les intérêts de très court terme des banques dans la zone euro. Cependant, il est tout aussi vrai que les banques ne peuvent pas prospérer à long terme dans un système économique qui se trouve dans une stagnation séculaire.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

Une réponse à “L’Union européenne a besoin de soins intensifs

  1. En effet, c’est certain qu’a l’heure actuelle, un politique monétaire central et les multiple politiques fiscals de chaque pays peuvent être le problème et risque de reetablire une crise sur le long terme. La question délicate: est ce que les pays Européens seraient pret à coordonner leur politique fiscal pour une Europe plus stable economiquement?

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