Les fausses promesses du néolibéralisme

Le vote populaire en faveur du Brexit ainsi que l’élection présidentielle de Donald Trump aux États-Unis sont issus du même moule, à savoir, l’évidence empirique que le néolibéralisme est tout à fait incapable de tenir les promesses de ses fervents défenseurs – que ceux-ci utilisent simplement comme des slogans dans toute sorte de débat.

La majorité du peuple britannique qui s’est rendue aux urnes le 23 juin 2016 pour voter le Brexit, comme celle qui a élu Trump en tant que 45e président américain, a désormais compris que les politiques inspirées, voire dictées, par la pensée néolibérale ne sont pas en mesure et n’ont aucune véritable intention de faire les intérêts de la classe moyenne du pays ou de l’espace économique concerné.

En réalité, l’approche néolibérale n’a pas réduit l’intervention de l’État dans le système économique, mais a permis aux pouvoirs forts dans ce système de contrôler les institutions publiques afin d’utiliser le rôle de l’État pour atteindre l’objectif final du néolibéralisme, qui consiste à mettre le plus grand nombre possible de personnes dans une situation de besoin – donc dans une position de faiblesse et de servitude face à ces pouvoirs forts, leur permettant ainsi de faire leurs propres intérêts sans aucun type de contrainte.

Si l’on continue le long de cette trajectoire, rendue savonneuse par les médias soudoyés par les pouvoirs forts de la finance et de l’économie, il n’est pas difficile de prédire que le résultat de l’élection présidentielle française et celui des élections législatives en Allemagne en 2017 vont permettre aux mouvements politiques de l’extrême droite de remporter la majorité absolue, suite au ressentiment «antisystème» de la classe moyenne et aux promesses irréalisables de ces mêmes mouvements.

La très grande majorité des personnes qui voteront pour cette droite populiste et nationaliste sera toutefois terriblement déçue, tout compte fait, par les résultats des décisions de leurs soi-disant représentants politiques. Les conditions pour l’éclatement d’une Troisième guerre mondiale seront alors réunies, montrant à tous ceux qui croient aux vertus du néolibéralisme que celui-ci, en fait, est imposé à la société par un «appareil politique» au service des pouvoirs forts de l’économie et de la finance globalisées – au détriment du bien commun.

Comme l’avait déjà expliqué Karl Polanyi à la fin de la Seconde guerre mondiale, «le marché a été le résultat d’une intervention consciente et souvent violente de l’État, qui l’a imposé à la société pour des finalités non-économiques». Ceux qui comprennent cela peuvent saisir aussi le caractère profondément anti-démocratique du néolibéralisme dominant les choix des institutions publiques du monde occidental.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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