Les dangers des banques centrales

Les banques centrales sont-elles le sauveur ou le fossoyeur du tissu économique contemporain? La question n’est pas anodine, lorsqu’on considère attentivement à tour de rôle la Banque nationale suisse, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale états-unienne.

Comme l’a révélé publiquement l’un des trois membres suppléants de la Direction générale de la BNS dans son propre exposé à Genève, le 19 novembre dernier, «si la BNS continue d’approvisionner le système [bancaire] en liquidités, par exemple en achetant des devises [afin que le franc suisse se déprécie quelque peu], les charges d’intérêt [que les banques doivent payer à la BNS] augmentent d’une manière générale. Les banques sont donc soumises à une pression croissante qui les oblige à répercuter le taux d’intérêt négatif sur les grands investisseurs [voire au-delà].» Or, si cela s’avère, force est de reconnaître que toute l’économie helvétique risque d’en subir les conséquences négatives au lieu de bénéficier des prétendus effets positifs d’une telle mesure, que l’ensemble des membres du Directoire de la BNS continue à défendre mordicus, malgré que le bon sens, l’évidence empirique ainsi que toute analyse macroéconomique rigoureuse induisent à rejeter cette mesure de par son caractère nuisible à la stabilité financière et dès lors à toute l’économie nationale.

Pour sa part, la Banque centrale européenne n’arrête de prétendre que son «assouplissement monétaire» est la clé de voûte de la stratégie de sortie de crise dans l’Euroland. Or, force est de constater que celle-ci à présent n’a pas tenu sa promesse, étant donné que le taux d’inflation à travers la zone euro reste proche de zéro sur le marché des produits et que le taux de croissance économique de cette zone n’est pas loin non plus de zéro, avec par conséquent un taux de chômage officiel élevé et à deux chiffres depuis trop longtemps. Qui plus est, l’augmentation des dépôts bancaires dans l’Euroland suite à l’assouplissement monétaire de la BCE ne résulte pas vraiment des crédits octroyés aux entreprises qui produisent des biens et services dans cette zone, mais est plutôt le résultat des emprunts contractés par le secteur public, comme l’indique clairement la BCE dans l’un de ses derniers communiqués de presse à cet égard. Il serait donc temps que la BCE révise de fond en comble sa politique monétaire pour la réorienter vers les besoins de la population, plutôt que de continuer à défendre l’indéfendable.

Dans le cas contraire, la BCE, de manière similaire à la BNS, risque de faire l’objet d’une réforme institutionnelle, qui pourrait s’appuyer sur les propos des Républicains états-uniens, exigeant que la banque centrale adopte une règle de politique monétaire qui exclut toute intervention de ses gouverneurs – le mobile étant celui d’éviter la mainmise sur le taux d’intérêt directeur. Ce remède est pire que le mal qu’il est censé éviter, mais cela en dit long sur l’impact négatif des politiques monétaires qui sont mises en œuvre de nos jours par les banques centrales qui tirent les ficelles de nos systèmes économiques.

Sergio Rossi

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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