Le sevrage des banques centrales

Les acteurs majeurs sur les marchés financiers «globalisés» sont de plus en plus inquiets en ce qui concerne la sortie (très graduelle) des politiques monétaires accommodantes mises en place dans le sillage de la crise financière systémique éclatée après la mise en faillite, aux États-Unis, de la banque d’affaires Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Bien évidemment, la fin de la politique des taux (d’intérêt) zéro comportera le renchérissement des financements disponibles sur ces marchés, que beaucoup d’acteurs ont pris la (très mauvaise) habitude d’utiliser pour augmenter leur effet de levier sans égard à la situation et aux perspectives de ce que l’on appelle l’économie «réelle».

Il ne faut néanmoins pas exagérer la portée et les effets de la politique des taux d’intérêt des banques centrales: la baisse des taux, comme la hausse de ceux-ci, n’est qu’un élément parmi d’autres que les agents économiques (ménages et entreprises) doivent considérer dans leurs prises de décision. Il est vrai que la «financiarisation» des activités de l’économie «réelle» a exacerbé l’importance des grandeurs financières (comme les taux d’intérêt) par rapport aux grandeurs qui reflètent les «fondamentaux» de l’économie nationale. Mais il faudrait considérer davantage le niveau et l’évolution du revenu disponible au sein des ménages – quitte à mettre en œuvre les politiques économiques qui sont nécessaires pour augmenter ce revenu – afin de déterminer les taux d’intérêt appropriés à cet effet.

En clair, les taux d’intérêt, comme les taux de change, devraient être une simple conséquence, plutôt que la cause essentielle, de l’activité économique et a fortiori des transactions purement financières que le système des paiements enregistre en flux continu, jour et nuit. Sinon, le sevrage graduel des institutions financières par la Fed et les autres principales banques centrales au plan mondial risque de provoquer un autre tsunami sur les marchés «globalisés» – apportant ainsi de l’eau au moulin des partisans du «free banking» qui, à l’instar du Tea Party aux États-Unis, imputent aux banques centrales l’origine du désordre dont souffre à présent l’économie mondiale.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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