La crise profite à l’Allemagne

L’Allemagne dans son ensemble continue de profiter de la crise de la zone euro. C’est pourquoi le couple Merkel–Schäuble (au-delà de sa posture dogmatique) n’arrêtera pas de prétendre que la Grèce mette en œuvre une politique d’austérité renvoyant aux calendes grecques toute possibilité de relance de sa propre économie.

Le «troisième plan d’aide» accouché cet été avec le forceps et sous la menace explicite d’un Grexit est, en fait, une aide renouvelée au pays, l’Allemagne, qui en bénéficie le plus, tout en passant cela sous silence au niveau institutionnel car ce ne serait pas politiquement correct de le reconnaître publiquement.

Il ne s’agit pas uniquement de la faiblesse du taux de change de l’euro (provoquée par la crise grecque et les craintes de contagion à bien des pays membres de l’Euroland), qui permet à beaucoup d’entreprises en Allemagne d’exporter davantage que si la crise était surmontée ou si le Deutschemark remplaçait l’euro dans ce pays.

Même l’État allemand profite de cette crise, étant donné qu’il émet des obligations publiques à des taux d’intérêt bien plus faibles que ceux qui seraient exigés par les acteurs sur les marchés financiers globalisés si la zone euro n’était pas dans une telle crise. Une étude récente par un institut de recherche allemand l’explique clairement, estimant à environ 100 milliards d’euros la charge d’intérêt économisée par Berlin grâce à la crise.

Au-delà de l’attitude rigoriste du couple Merkel–Schäuble, qui ne cesse de rappeler mordicus que toute dette doit être remboursée (ignorant de ce fait l’Accord sur les dettes extérieures allemandes conclu à Londres le 27 février 1953), la position intransigeante de ce couple – et de ceux qu’il entraîne avec lui de manière opportuniste – tient aux bénéfices de nature financière que cette posture apporte à l’économie allemande.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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