La révolution des sciences économiques

L’histoire de la pensée économique est riche d’enseignements, même si elle a été écartée du bagage fondamental des économistes formés – ou formatés? – dans les soi-disant meilleures universités occidentales, pour être reléguée dans des cours facultatifs qui ne comptent pas pour l’obtention d’un diplôme académique quelconque car ils n’utilisent pas l’approche mathématique dominante pour étudier les questions d’ordre économique touchant l’ensemble de la société.

Or, un nombre croissant d’initiatives estudiantines apparaissent, surtout aux États-Unis et dans l’Union européenne, afin que les programmes d’étude en sciences économiques s’ouvrent à des approches alternatives à l’économie mathématique, offrant une perspective pluraliste permettant l’émancipation intellectuelle des nouvelles générations d’économistes, appelés à développer leur propre esprit critique afin de résoudre les problèmes réels de nos sociétés, plutôt que de répondre à des questions (à choix multiple) visant l’évaluation des connaissances mathématiques des candidats aux examens en sciences économiques.

Comme le disait Mark Twain, l’histoire ne se répète pas mais montre des similitudes à travers le temps. Après la révolution keynésienne des années 1930 et la contre-révolution néolibérale des années 1970, y aura-t-il donc une autre révolution en sciences économiques avant la fin de cette décennie? Une chose est sûre: si cela s’avère, ce ne sera pas le résultat d’un choix volontaire des facultés d’économie des pays «avancés», mais découlera de la demande des étudiants suite à leur incapacité de comprendre le monde réel avec les outils mathématiques appris durant leurs cursus académiques.

Dans l’intervalle, le monde continuera de souffrir, bien au-delà de la souffrance imposée dans les auditoires aux économistes en devenir.

Sergio Rossi

Sergio Rossi est professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, où il dirige la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire, et Senior Research Associate à l’International Economic Policy Institute de la Laurentian University au Canada.

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