Marathon

“Marathon” de Nicolas Debon

MarathonJe vous parle d’un temps que les moins de… je vous parle d’un temps que peu, encore vivants, ont parcouru. Trop jeune pour certains, sans doute juste né, pour les autres. 1928, l’Europe panse ses plaies. Ses cicatrices béantes de quatre années de guerre. Les souvenirs sont encore vivaces. Ils reviendront bientôt, comme un boomerang.

Mais en attendant que l’on accroche l’humanité à des crochets de boucher, Amsterdam, accueille les neuvièmes Jeux olympiques de l’ère moderne. Si quelques nouveautés ont marqué ces Jeux, comme la participation, pour la première fois des femmes en athlétisme (Pierre De Coubertin en fut outré. Le Monsieur est un habitué de la chose). Ou encore la décision d’allumer, comme un symbole, la flamme olympique.

Ce qui viendra marquer l’épreuve, c’est la course éperdue dans l’une des disciplines phares des jeux. Sans doute la plus emblématique : le marathon. 42 km 195 d’exaltation.

L’invisible victorieux des jeux

Il y a peu de chance que vous lisiez le nom d’El Ouafi Boughéra dans les manuels d’histoire. Le monsieur est tombé dans l’oubli. Il y a bien, une ou deux rues qui portent son nom, en France. C’est le cas d’une des artères qui mènent au Stade de France. Les spectateurs qui l’empruntent savent-ils qui se cache derrière ce patronyme ? Non, bien entendu.

Des forges d’Hadès, dans les ateliers de chez Renault à Boulogne-Billancourt, l’inconnu coureur, rejoint les dieux de l’Olympe, le temps d’une course. Et puis de nouveau, l’obscurité, l’oubli. Qui s’en souvient encore ici ? Plus grand monde. Et pourtant sa vie est un roman. Que l’on peut retrouver dans le livre de Fabrice Colin – “le mirage El Ouafi”. Une fin tragique viendra sceller le sort du champion olympique.

Mais avant cela, le 5 août 1928, à Amsterdam. Un petit homme va damer le pion aux Finlandais (les favoris), aux Américains, aux Japonais… Les participants tomberont les uns après les autres, exténués, phagocytés. La fatigue, les crampes. Les 42 km 195, guillotinent les hommes. Mais pas El Ouafi Boughéra. L’exilé, français, venu de terres colonisés, coure et coure encore. Infatigable, inusable, intraitable. S’étonnant presque d’être là, à l’entrée du stade olympique, le premier, le seul. Encore quelques mètres à parcourir.

Sépia le moment de flancher

Le dessinateur et auteur Nicolas Debon, nous offre un roman graphique d’une grande beauté. Tant dans la forme que dans le fond. La couleur sépia, utilisée tout au long de l’ouvrage, vient nous baigner dans ces temps lointains. Le texte est épuré. Inutile d’en rajouter. Le dessin, parfois, vaut mille mots. Bien sûr, on connaît la fin de la course. Du moins celles et ceux qui suivent l’histoire des jeux. On sait à qui sont destinés les lauriers. Mais le scénariste nous tient en haleine, jusqu’à la dernière bulle.

Comme Fabrice Colin avant lui, Nicolas Debon a eu la très bonne idée de remettre au-devant de la scène olympique, cet attachant personnage. “Marathon” se lit comme on ouvre un album photo, oublié, depuis des années, dans un tiroir. En le feuilletant, on a plaisir à se souvenir, qu’un jour d’août 1928, un homme fragile, délicat, menu, porta hautes les couleurs du drapeau français. Il faudra attendre 1956, pour qu’un autre homme fragile, délicat, menu, vienne remporter, à son tour, un marathon olympique. Alain Mimoum était son nom. Il serait tant, pour lui aussi, d’en faire un véritable… dessein.

 

Marathon “Marathon”

Nicolas Debon

Éditions Dargaud

 

 

 

Sebastien Beaujault

Rédacteur web freelance, ici je vous parle de littérature sportive. Et plus généralement de la culture et du sport. Du livre de sport, de la bande dessinée de sport et même, parfois, de documentaire sportif. Malheureux à plus de 3 mètres d'un livre.

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