Redevance : qui gagne, qui perd ?

On fait beaucoup de débats sur la question de la redevance Radio-TV (RLTV). Pourtant, il s’agit essentiellement d’un débat sur une question : comment on finance la mission de service public audiovisuel. Plus clairement, on nous demande de choisir entre deux systèmes. Le montant attribué à la SSR (à la RTS notamment) reste fixe et n’est pas en question. Avec le nouveau mode de financement, les gens ne payent pas tous la même chose. Qui gagne, qui perd ?

Les gagnants : 94.7% des ménages et 84% des entreprises

La redevance va baisser à 400 francs pour tous les ménages. 94.7% d’entre eux payeront donc moins. Aussi, les entreprises avec moins de 500'000 francs de chiffre d’affaires ne payeront rien, alors que celles avec moins d’un million de chiffre d’affaires payeront moins qu’actuellement. En plus de cela, des chaines locales autres que la RTS verront leur financement augmenter substantiellement à travers des projets. Les gagnants sont donc la majorité écrasante des ménages, des entreprises, ainsi que certains médias privés. Certaines personnes aussi seront exonérées, comme celles qui vivent en EMS.

Les perdants : Billag, les grandes entreprises, les ménages sans radio ou tv, les fraudeurs

La première bonne chose de cette loi, c’est qu’elle diminuera le montant d’argent gaspillé par la société Billag qui perçoit la redevance. Evidemment, idéalement, il faudrait supprimer cette société qui ne sert strictement à rien et financer les médias avec la même recette que les autres services publics, mais aucune des deux variantes (actuelle ou nouvelle) ne fait cela. Avec la nouvelle loi, 16 millions d’argent public en moins sera donné à Billag, et cette société arrêtera des contrôles.

Les autres perdants sont les entreprises qui ont plus d’un million de chiffre d’affaires. Pour ces entreprises-là, la redevance va augmenter. La redevance ne sera jamais gigantesque (0.0001% du chiffre d’affaires pour les plus grandes), mais c’est une augmentation de la contribution pour ces sociétés. Les ménages qui n’ont absolument aucun média (radio, tv, internet) sont perdants. Ils sont 0.6% et devront payer, comme ils doivent payer des impôts. Ceux qui n’ont qu’une radio ou qu’une TV payeront aussi plus, mais l’augmentation sera plus faible.

Le débat sur les médias s’invite

En réalité, cela ne changera rien formellement au financement des médias privés ou de la SSR (RTS). Pourquoi alors ces sociétés sont-elles si impliquées dans la campagne ? Car elles posent un autre débat intéressant : celui de savoir le rôle du service public, et comment doit fonctionner la concurrence entre le public et le privé. Il est certain que le mode de fonctionnement actuel ne satisfait pas certains médias qui ne se sentent pas sur pied d’égalité avec le média public qui dispose d’un financement élevé, sans compter la publicité. Il est clair qu’il est important de déterminer ce que doit faire la RTS en tant que service public, et quelle part de ce que font d’autres médias actuellement, fait partie du service public.

C’est un débat important, mais qui n’est pas le même que celui de la RLTV. Voter OUI à la RLTV, c’est un meilleur système, qui il est vrai donne plus de sécurité au service public, qui il est vrai ne répond pas à toute les questions, mais qui est plus efficient, plus simple, et avantageux pour la majorité écrasante. 

Dur Dur, d’aider les familles!!!

L’initiative du PDC pour baisser les impôts des familles les plus riches, tout en trouant les finances fédérales, cantonales et communales a heureusement échoué. Toutefois, derrière ce score massif se cache aussi un problème : si la défense des familles paraît évidente pour une bonne partie de la classe politique, il n’est pas sûr que la population soit encore convaincue.

Rejet cumulé

Le rejet de l’initiative n’est malheureusement pas seulement composé de personnes qui pensent qu’il faut soutenir financièrement les familles, mais qui ont rejeté ce modèle-là de soutien. Il y a aussi de nombreuses personnes qui ont sans doute dit non car ils ne se sentaient pas concernés par les familles en général. Il est difficile d’estimer leur nombre, mais si je n’étais pas très inquiet pour ce dimanche, c’est parce que je me souvenais du résultat attristant de la votation sur l’article constitutionnel sur les Familles, rejeté par les cantons, et soutenu par moins de 55% de la population.

55% de soutien et 10 cantons, c’était extrêmement peu, alors que l’article constitutionnel n’était dans le fond qu’une sorte de déclaration d’intention qui ne coûtait rien, et qui concernait tout le monde. Finalement, que 30% de plus de la population disent non lorsqu’on vote sur un thème identique, mais que cette fois-ci le texte est très mal ciblé et coûterait beaucoup aux familles de la classe moyenne, c’est normal.

Pourquoi soutenir les familles ?

Nous avons sans doute besoin d’une vraie discussion sur les raisons de soutenir les familles. Le PDC a cru qu’il pourrait surfer sur un engouement populaire en lançant un texte clientéliste, mais ce calcul-là s’est montré faux. C’est probablement parce qu’il est encore nécessaire d’expliquer clairement pourquoi on veut soutenir les familles.

Déjà, c’est quoi une famille ? Techniquement, tout le monde ou presque peut se sentir membre d’une famille. C’est un peu comme aider « les consommateurs », c’est aider tout le monde. En vrai, la politique familiale touche souvent une catégorie plus restreinte de personnes, même si beaucoup de personnes passent par cette période dans leur vie : l’éducation des enfants.

Les enfants, c’est pour qui ?

Doit-on payer ou soutenir un couple parce qu’il décide d’avoir des enfants ? On pourrait dire que non, puisqu’il s’agit d’une décision libre, comme une sorte de loisir. Avoir des enfants, c’est une somme monstrueuse de travail, et certains diront que ce travail est récompensé par l’existence des enfants. C’est peut-être vrai, mais pas suffisant. En réalité, le travail que les parents investissent dans leurs enfants sert aussi à la société. Avant de créer la richesse de notre monde, nous avons toutes et tous du passer par l’enfance. C’est la première raison pour laquelle il est normal qu’une société reconnaisse ce travail et le soutienne.

Il y a une deuxième raison : la justice. Aujourd’hui, la charge de travail et financière ne rend pas toutes les familles égales devant le fait d’avoir des enfants. Les femmes, évidemment, se retrouvent encore beaucoup discriminées professionnellement à cause du rôle familial qui leur est attribué par certains. A cause des différences salariales, il devient impossible pour certaines familles de travailler à 100% par adulte, et ce sont souvent des femmes qui renoncent, notamment à cause de l’impact financier. Et est-il normal que seules des familles aisées aient vraiment les moyens de s’épanouir tout en élevant des enfants ?

Trouver un modèle de soutien aux familles

C’est donc juste qu’il faut aider les familles, mais il faut encore expliquer comment et pourquoi. Voilà trois mesures qui vont à mon avis dans le sens d’une aide à toutes les familles, avec évidemment l'égalité salariale entre femmes et hommes qui est encore loin d'être atteinte :

  • Les allocations familiales, en elles-mêmes, sont une bonne solution et elles pourraient être augmentées. En effet, elles concernent tous les enfants, sans tenir compte de leurs moyens, plutôt que seulement ceux des familles riches. Cette méthode, ou d’autres aides directes, seront bienvenues pour aider les familles.
  • Les structures d’accueil sont elles aussi une mesure importante à développer. Elles permettent en effet de ne pas discriminer un membre d’une famille par rapport à un autre, et de donner à chacune et chacun la possibilité de s’épanouir tout en fondant une famille.
  • La flexibilisation des conditions de travail est le troisième élément. Ce terme peut vouloir dire beaucoup, mais j’entends ici le temps partiel, le job sharing, les congés parentaux égaux pour femmes et hommes, et tout cela à tous les niveaux de responsabilités.

Mais si un jour le peuple devra se re-prononcer, aucun parti ne doit croire la bataille gagnée d’avance. D’abord le principe d’aider les familles n’est pas encore acquis par toutes et tous, mais aussi il existe de fortes divergences gauche-droite qui peuvent condamner de nombreuses propositions, même si elles sont bien meilleures que celle de l’initiative que nous venons de balayer. C’est toutefois notre travail à toutes et tous et notamment les politiques : penser de meilleures solutions, et convaincre.

WHAT?!? L’Euro à 1fr?

Téléchargez ici l'édition spéciale de L'Hebdo: "Le taux plancher: Krach historique" 

Quoi?? Ils ont fait une erreur en écrivant le communiqué de presse?

La BNS supprime le taux plancher à 1fr 20. Le franc suisse est arrivé quasiment à parité avec l'Euro, le SMI est en chute libre. Personne ne sait si c'est temporaire et ce qui va se passer dans les prochaines heures et les prochains jours… mais on pouvait s'attendre à une réaction violente et inquiète!

Alors là, je dois dire que je n'y crois pas! 

Je peux comprendre que des politiques monétaires doivent être ajustées, mais cette annonce, quelque jour après une annonce complètement contratictoire est choquante. Alors que notre économie est menacée notamment par la faiblesse de nombreuses autres économies, comment peut-on justifier une décision aussi abrupte? Que vont penser les entreprises exportatrices et leurs employés?

Nous n'avons cessé de dire ces derniers temps, notamment dans les débats fiscaux, que la stabilité est une chose importante. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas évoluer, mais qu'il faut faire attention de ne pas brusquer et inquiéter massivement les acteurs économiques. Je me réjouis d'avoir des explications sur ce choix qui me parrait très étonnant à ce jour. Mais une chose est certaine, la façon de faire a rajouté beaucoup d'incertitude et de fébrilité, et cela n'est jamais très bon…

Retour au sommaire: suppression du taux plancher

Mais pourquoi faut-il en finir avec les privilèges fiscaux ?

Cet article a été écrit en collaboration avec Jessica Jaccoud, députée socialiste au Grand Conseil vaudois. 

Le débat autour de la suppression des forfaits fiscaux, ainsi que tous les débats sur l’imposition des très riches ou des grandes entreprises ne cesse de se focaliser sur ce qu’apportent ces personnes à la société, ou encore sur la question des recettes ou des pertes qui résulteraient d’une nouvelle pratique fiscale.

Cela étant, la question la plus importante est sans doute ailleurs : la fiscalité est le seul mécanisme aujourd’hui qui permet un tant soit peu de freiner la progression des inégalités. Pourtant, aujourd’hui, elle ne suffit pas.

 

Dans le monde, les 84 personnes les plus riches détiennent autant de fortune que les 4'000'000'000 les plus pauvres. La Suisse est un pays qui présente des inégalités comparables. En effet, 20% des richesses déclarées en suisse sont détenues par 0.15% de la population. Si l’on y rajoute la fortune non imposée (par exemple à cause des forfaits fiscaux), on peut constater que les 300 plus riches de Suisse détiennent à eux seuls le tiers de la fortune privée de tout le pays ! C’est un niveau d’inégalité impressionnant, et qui ne cesse de croître. En outre, imaginez que cette fortune reste concentrée chez quelques famille par voie d’héritage, et que tout cet argent détenu permet, par des placements, d’en recevoir encore plus. 

 

Le problème, c’est que même l’imposition normale de la fortune ne permet pas de réduire cette inégalité, ni même de la stabiliser. Par exemple, si une personne très riche, qui dispose de 30 milliards de francs suisses de fortune (C'était le cas d'Ingvar Kamprad, qui vient de quitter la Suisse sans que cela n'impact le budget de sa commune), les place simplement dans un indice boursier, il gagne en moyenne (faite sur les 10, ou les 20 dernières années par exemple), 2 milliards de francs par année ! S’il était imposé normalement, il devrait payer 150 millions de francs d’impôt. Mais avec l’imposition à la dépense, il paye 1'000 fois moins que cela. Impossible de donner à chacun sa chance avec cette injustice et cette répartition inégale des richesses. On voit bien, aussi, que même si ces personnes donnent de temps en temps quelques dizaines de millions, ce sont des sommes négligeables par rapport aux impôts qu’ils devraient payer normalement.

Avec « seulement » un milliard de francs, un super riche peut payer le taux NORMAL d’imposition, et malgré tout vivre dans une gigantesque maison de maître et en offrir une à ses 19 plus proches. Il peut manger trois fois par jours, et tous les jours, dans un restaurant gastronomique trois étoiles, et faire un mois de vacances par année dans les chambres les plus chères des hôtels les plus chers du monde. Il peut le faire pendant 100 années, même si sa fortune ne rapportait rien. S’il place sa fortune à 1% (ce qui est bien plus bas que les revenus des capitaux de ces dernières décennies), il peut continuer à ce train de vie tout en augmentant sa fortune ! Est-ce vraiment tolérable que des personnes peuvent avoir autant, alors que des milliards d’autres n’arrivent pas à joindre les deux bouts, tout en travaillant très dur ? Malgré leurs immenses richesses, les 1300 forfaitaires du canton de Vaud ne contribue qu'à hauteur de

110 millions aux finances cantonales. Ce n'est pas beaucoup, sachant qu'ils détiennent la majorité écrasante de la fortune, et que cela ne constitue qu'un peu plus de 1% des 9 milliards de revenus du canton! 

 

On oublie aussi souvent de se poser la question du développement durable. L’initiative Ecopop, par exemple, prétend que c’est la population qui cause les problèmes écologiques. Le vrai problème, ce ne sont pas les gens, mais c’est la surconsommation des ressources limitées. Un exemple de ces ressources limitées, c’est l’espace sur lequel on peut bâtir. En moyenne, par exemple dans le canton de Vaud, la surface en zone à bâtir destinée à l’habitation par habitant est de 216 mètres carrés. Par contre, cinq des forfaitaires pour lesquels nous avons pu nous procurer les données d’utilisation du sol occupent, chacun et en moyenne 34'237 mètres carrés en zone destinée à l’habitation ! Si chaque habitant du Canton de Vaud devait vivre avec ce train de vie, il n’y aurait la place que pour 3’134  habitants au forfait, au lieu des 743'000 qui y habitent actuellement.

On voit d’ailleurs bien à travers cet exemple que réduire l’immigration ne supprimera pas nos problèmes relatifs à la consommation des ressources, mais que nous devons nous assurer que chacune et chacun d’entre nous développe un mode de vie durable. Les inégalités massives que nous vivons ne nous y aident pas, et une imposition normale de tous les contribuables, même les plus riches, est une base de démocratie et d’avenir pour le pays, et le monde. 

Mais pourquoi faut-il en finir avec les privilèges fiscaux ?

Cet article a été écrit en collaboration avec Jessica Jaccoud, députée socialiste au Grand Conseil vaudois. 

Le débat autour de la suppression des forfaits fiscaux, ainsi que tous les débats sur l’imposition des très riches ou des grandes entreprises ne cesse de se focaliser sur ce qu’apportent ces personnes à la société, ou encore sur la question des recettes ou des pertes qui résulteraient d’une nouvelle pratique fiscale.

Cela étant, la question la plus importante est sans doute ailleurs : la fiscalité est le seul mécanisme aujourd’hui qui permet un tant soit peu de freiner la progression des inégalités. Pourtant, aujourd’hui, elle ne suffit pas.

 

Dans le monde, les 84 personnes les plus riches détiennent autant de fortune que les 4'000'000'000 les plus pauvres. La Suisse est un pays qui présente des inégalités comparables. En effet, 20% des richesses déclarées en suisse sont détenues par 0.15% de la population. Si l’on y rajoute la fortune non imposée (par exemple à cause des forfaits fiscaux), on peut constater que les 300 plus riches de Suisse détiennent à eux seuls le tiers de la fortune privée de tout le pays ! C’est un niveau d’inégalité impressionnant, et qui ne cesse de croître. En outre, imaginez que cette fortune reste concentrée chez quelques famille par voie d’héritage, et que tout cet argent détenu permet, par des placements, d’en recevoir encore plus. 

 

Le problème, c’est que même l’imposition normale de la fortune ne permet pas de réduire cette inégalité, ni même de la stabiliser. Par exemple, si une personne très riche, qui dispose de 30 milliards de francs suisses de fortune (C'était le cas d'Ingvar Kamprad, qui vient de quitter la Suisse sans que cela n'impact le budget de sa commune), les place simplement dans un indice boursier, il gagne en moyenne (faite sur les 10, ou les 20 dernières années par exemple), 2 milliards de francs par année ! S’il était imposé normalement, il devrait payer 150 millions de francs d’impôt. Mais avec l’imposition à la dépense, il paye 1'000 fois moins que cela. Impossible de donner à chacun sa chance avec cette injustice et cette répartition inégale des richesses. On voit bien, aussi, que même si ces personnes donnent de temps en temps quelques dizaines de millions, ce sont des sommes négligeables par rapport aux impôts qu’ils devraient payer normalement.

Avec « seulement » un milliard de francs, un super riche peut payer le taux NORMAL d’imposition, et malgré tout vivre dans une gigantesque maison de maître et en offrir une à ses 19 plus proches. Il peut manger trois fois par jours, et tous les jours, dans un restaurant gastronomique trois étoiles, et faire un mois de vacances par année dans les chambres les plus chères des hôtels les plus chers du monde. Il peut le faire pendant 100 années, même si sa fortune ne rapportait rien. S’il place sa fortune à 1% (ce qui est bien plus bas que les revenus des capitaux de ces dernières décennies), il peut continuer à ce train de vie tout en augmentant sa fortune ! Est-ce vraiment tolérable que des personnes peuvent avoir autant, alors que des milliards d’autres n’arrivent pas à joindre les deux bouts, tout en travaillant très dur ? Malgré leurs immenses richesses, les 1300 forfaitaires du canton de Vaud ne contribue qu'à hauteur de

110 millions aux finances cantonales. Ce n'est pas beaucoup, sachant qu'ils détiennent la majorité écrasante de la fortune, et que cela ne constitue qu'un peu plus de 1% des 9 milliards de revenus du canton! 

 

On oublie aussi souvent de se poser la question du développement durable. L’initiative Ecopop, par exemple, prétend que c’est la population qui cause les problèmes écologiques. Le vrai problème, ce ne sont pas les gens, mais c’est la surconsommation des ressources limitées. Un exemple de ces ressources limitées, c’est l’espace sur lequel on peut bâtir. En moyenne, par exemple dans le canton de Vaud, la surface en zone à bâtir destinée à l’habitation par habitant est de 216 mètres carrés. Par contre, cinq des forfaitaires pour lesquels nous avons pu nous procurer les données d’utilisation du sol occupent, chacun et en moyenne 34'237 mètres carrés en zone destinée à l’habitation ! Si chaque habitant du Canton de Vaud devait vivre avec ce train de vie, il n’y aurait la place que pour 3’134  habitants au forfait, au lieu des 743'000 qui y habitent actuellement.

On voit d’ailleurs bien à travers cet exemple que réduire l’immigration ne supprimera pas nos problèmes relatifs à la consommation des ressources, mais que nous devons nous assurer que chacune et chacun d’entre nous développe un mode de vie durable. Les inégalités massives que nous vivons ne nous y aident pas, et une imposition normale de tous les contribuables, même les plus riches, est une base de démocratie et d’avenir pour le pays, et le monde. 

Mais pourquoi faut-il en finir avec les privilèges fiscaux ?

Cet article a été écrit en collaboration avec Jessica Jaccoud, députée socialiste au Grand Conseil vaudois. 

Le débat autour de la suppression des forfaits fiscaux, ainsi que tous les débats sur l’imposition des très riches ou des grandes entreprises ne cesse de se focaliser sur ce qu’apportent ces personnes à la société, ou encore sur la question des recettes ou des pertes qui résulteraient d’une nouvelle pratique fiscale.

Cela étant, la question la plus importante est sans doute ailleurs : la fiscalité est le seul mécanisme aujourd’hui qui permet un tant soit peu de freiner la progression des inégalités. Pourtant, aujourd’hui, elle ne suffit pas.

 

Dans le monde, les 84 personnes les plus riches détiennent autant de fortune que les 4'000'000'000 les plus pauvres. La Suisse est un pays qui présente des inégalités comparables. En effet, 20% des richesses déclarées en suisse sont détenues par 0.15% de la population. Si l’on y rajoute la fortune non imposée (par exemple à cause des forfaits fiscaux), on peut constater que les 300 plus riches de Suisse détiennent à eux seuls le tiers de la fortune privée de tout le pays ! C’est un niveau d’inégalité impressionnant, et qui ne cesse de croître. En outre, imaginez que cette fortune reste concentrée chez quelques famille par voie d’héritage, et que tout cet argent détenu permet, par des placements, d’en recevoir encore plus. 

 

Le problème, c’est que même l’imposition normale de la fortune ne permet pas de réduire cette inégalité, ni même de la stabiliser. Par exemple, si une personne très riche, qui dispose de 30 milliards de francs suisses de fortune (C'était le cas d'Ingvar Kamprad, qui vient de quitter la Suisse sans que cela n'impact le budget de sa commune), les place simplement dans un indice boursier, il gagne en moyenne (faite sur les 10, ou les 20 dernières années par exemple), 2 milliards de francs par année ! S’il était imposé normalement, il devrait payer 150 millions de francs d’impôt. Mais avec l’imposition à la dépense, il paye 1'000 fois moins que cela. Impossible de donner à chacun sa chance avec cette injustice et cette répartition inégale des richesses. On voit bien, aussi, que même si ces personnes donnent de temps en temps quelques dizaines de millions, ce sont des sommes négligeables par rapport aux impôts qu’ils devraient payer normalement.

Avec « seulement » un milliard de francs, un super riche peut payer le taux NORMAL d’imposition, et malgré tout vivre dans une gigantesque maison de maître et en offrir une à ses 19 plus proches. Il peut manger trois fois par jours, et tous les jours, dans un restaurant gastronomique trois étoiles, et faire un mois de vacances par année dans les chambres les plus chères des hôtels les plus chers du monde. Il peut le faire pendant 100 années, même si sa fortune ne rapportait rien. S’il place sa fortune à 1% (ce qui est bien plus bas que les revenus des capitaux de ces dernières décennies), il peut continuer à ce train de vie tout en augmentant sa fortune ! Est-ce vraiment tolérable que des personnes peuvent avoir autant, alors que des milliards d’autres n’arrivent pas à joindre les deux bouts, tout en travaillant très dur ? Malgré leurs immenses richesses, les 1300 forfaitaires du canton de Vaud ne contribue qu'à hauteur de

110 millions aux finances cantonales. Ce n'est pas beaucoup, sachant qu'ils détiennent la majorité écrasante de la fortune, et que cela ne constitue qu'un peu plus de 1% des 9 milliards de revenus du canton! 

 

On oublie aussi souvent de se poser la question du développement durable. L’initiative Ecopop, par exemple, prétend que c’est la population qui cause les problèmes écologiques. Le vrai problème, ce ne sont pas les gens, mais c’est la surconsommation des ressources limitées. Un exemple de ces ressources limitées, c’est l’espace sur lequel on peut bâtir. En moyenne, par exemple dans le canton de Vaud, la surface en zone à bâtir destinée à l’habitation par habitant est de 216 mètres carrés. Par contre, cinq des forfaitaires pour lesquels nous avons pu nous procurer les données d’utilisation du sol occupent, chacun et en moyenne 34'237 mètres carrés en zone destinée à l’habitation ! Si chaque habitant du Canton de Vaud devait vivre avec ce train de vie, il n’y aurait la place que pour 3’134  habitants au forfait, au lieu des 743'000 qui y habitent actuellement.

On voit d’ailleurs bien à travers cet exemple que réduire l’immigration ne supprimera pas nos problèmes relatifs à la consommation des ressources, mais que nous devons nous assurer que chacune et chacun d’entre nous développe un mode de vie durable. Les inégalités massives que nous vivons ne nous y aident pas, et une imposition normale de tous les contribuables, même les plus riches, est une base de démocratie et d’avenir pour le pays, et le monde. 

Wie funktioniert die Risikoselektion?

Übersetzung: Rosi Widmer – Vielen Dank an Samia Hurst für ihre Unterstützung

In diesem Artikel erfahren Sie in sieben Bildern, warum die Risikoselektion und in einem umfassenderen Rahmen das System mit mehreren privaten Krankenversicherern in der Schweiz nicht so gut funktionieren kann wie eine öffentliche Krankenkasse. Dabei ist zu berücksichtigen, dass wir nicht alle das gleiche Krankheitsrisiko aufweisen: 

Obwohl die Verwaltungskosten die Prämien nicht massiv beeinflussen (auch wenn sie für die Versicherer eine beträchtliche Einnahme darstellen), können die Versicherer ihre Risikostruktur ändern. Dies hätte eine sehr grosse Auswirkung: 

Wenn eine Versicherung über mehr Versicherte mit geringen Risiken verfügt und die anderen zur Konkurrenz schickt, kann sie ihren Beitrag an die Gesundheitskosten und somit ihre Prämien senken: 

Dieses einfache Beispiel zeigt auf, dass die „Konkurrenz“ im Krankenkassensystem nichts mit der normalen Konkurrenz zu tun hat. Bei einer Bäckerei sorgt der Bäcker dafür, dass er zu einem vernünftigen Preis das beste Produkt herstellt. Die Versicherer haben aber ein Interesse daran, das schlechteste Produkt zu geben, um die Personen loszuwerden, die am meisten auf ihre Dienstleistungen angewiesen sind. Was das Hauptprodukt – die Versicherung – anbelangt, haben sie nicht das RECHT zu wechseln. Sogar wenn die Verwaltungskosten der Versicherer in Hinblick auf die Gesundheitskosten tief sind, handelt es sich absolut gesehen um riesige Beträge. Diese Gesellschaften teilen sich mehrere hundert Millionen Franken. Zudem steigen die verschiedenen Verwaltungsstrukturen umso mehr, je mehr Kassen es gibt.

 

Die Versicherer würden nicht so viel Geld in die Kampagne gegen eine öffentliche Krankenkasse investieren, wenn sie nicht ein starkes finanzielles Interesse daran hätten, das System zu erhalten. Wenn die Versicherer Geld verdienen, müssen andere für diese Beträge aufkommen. Zur Kasse gebeten werden wir – die Versicherten.

 

Es gibt zahlreiche Wirtschaftsbereiche, in denen Konkurrenz positiv ist und eine Vielfalt ermöglicht. Dies trifft hier nicht zu. Hoffentlich wird sich trotz des starken Einflusses, den die Lobby der Krankenversicherer ausübt, die Mehrheit der Bevölkerung für ein besseres und demokratischeres System aussprechen. 

 

Pour la version en français du texte: cliquez ici

Comment fonctionne la sélection des risques?

 

Voici, en 7 images, pourquoi la sélection des risques, et plus largement le système avec plusieurs assureurs maladies privés, ne peuvent pas fonctionner en Suisse aussi bien qu'une caisse publique. Il faut comprendre que nous ne sommes pas égaux devant le risque de maladie:

(Ce post a été traduit en ALLEMAND par Rosi Widmer grâce au soutien de Samia Hurst, que je remercie beaucoup. Vous pouvez trouver la version allemande ici

Alors que les coûts administratifs ne feront pas varier massivement les primes (même s'ils représentent une juteuse manne pour les assureurs), les assureurs peuvent changer leur structure de risque, et cela aura un très grand impact: 

Avec plus d'assurés peu risqués, et en renvoyant les autres vers la concurrence, une assurance peut baisser sa contribution aux coûts de la santé, et donc ses primes:

Cet exemple simple vise à montrer que la "concurrence" dans le système des caisses maladie n'a rien à voir avec la concurrence normale. Avec les boulangeries, l'artisant tentera de faire le meilleur produit possible à un prix raisonnable. Les assureurs ont intérêt à donner le plus mauvais produit pour faire fuir les personnes qui ont le plus besoin de leurs services. Quant au produit principal, l'assurance, elles n'ont pas le DROIT de le changer. Même si en regard des coûts de la santé les frais administratifs des assureurs sont faibles, il faut se rappeler qu'en montant absolu, ils sont gigantesques. Ce sont des centaines de millions de francs que se partagent ces sociétés. En plus, plus il y a de caisses, plus il faut payer de structures administratives différentes. 

Les assureurs ne mettraient pas autant d'argent dans la campagne contre la caisse publique, s'ils n'avaient pas un fort intérêt financier à maintenir le système. Si les assureurs gagnent de l'argent, c'est que d'autres payent cette somme. Ce sont nous, les assurées et les assurés qui payons. 

Il y a plein de domaines de l'économie ou la concurrence est positive, permet de créer de la diversité. Mais pas celui là. Espérons que malgré la puissante influence du lobby des assureurs maladie, une majorité de la population acceptera d'aller vers un système meilleur et plus démocratique. 

Der Deutche text hier

 

Le monde selon les opposants à Taoua

Il faut arrêter de se moquer des gens. La ville de Lausanne devra prochainement se prononcer sur le projet de réaménagement de Beaulieu, qui inclut (mais n’est pas uniquement constitué de) la construction d’une tour. Voici à quoi ressemble, en gros, le projet selon les autorités:

Comme souvent lorsqu’il y a des projets un peu originaux ou importants, il y a aussi une levée de boucliers. Jamais je ne contesterai le droit de s’opposer, mais je pense qu’une campagne sur ce sujet doit se faire sur des arguments de fond et non d’esthétique pure. Faut-il construire des tours? Faut-il développer des commerces ou des logements dans cette région? Faut-il densifier? Comment? Faut-il des espaces verts? Mais dans cette campagne, les opposants entendent bien cristalliser la colère de la foule sur l’esthétique. Comment? avec des «images de synthèse»… comment dire? … ignobles. Voyez comment les opposants montrent la même tour:

Je me dis que les opposants doivent avoir une terrible vision du monde et je vous montre ici en primeur comment ils doivent du coup percevoir certaines réalisations qui sont pourtant emblématiques. Par exemple, l’opéra de Sydney, qui a lui aussi fâché au moment de sa construction, et qui demeure aujourd’hui un symbole de la ville, du pays et même du patrimoine architectural mondial:

Et vous, auriez-vous accepté ces réalisations, si les opposants à Taoua vous avaient montré leurs images de synthèse? Faites-vous un avis vous-même:

Je me réjouis du débat sur Taoua, mais je trouve que d’utiliser des visuels exagérément affreux pour appeurer, terrifier le citoyen n’est pas une manière juste de faire avancer les choses. Si chaque œuvre architecturale doit plaire à au moins 51% de la population pour être construite, comment développerons-nous de la diversité? Je n’aime, de loin, pas tous les bâtiments de ma ville, mais j’apprécie sa diversité, et suis convaincu que le projet de réaménagement de Beaulieu y contribuera, en apportant au passage des logements et de l’activité.