Break it!

Il y a comme un air de déjà vu ! Une votation au résultat incertain divise un pays en deux. Le résultat penche du côté de cette moitié un peu plus grande que l’autre qui choisit de plonger le reste dans une nouvelle crise, comme si on en avait besoin.

Oups !

Cela vous est peut-être déjà arrivé. Vous vous fâchez contre quelqu’un que vous aimez beaucoup. Peut-être que vous avez même raison. Mais du coup, vous vous emportez et dites des choses, faites des choses que vous regrettez ensuite. En général, tout va bien, on peut admettre à tête reposée qu’on s’est emporté et que nous ne pensions pas ce que nous avions dit. Mais dans le cas du « Brexit », tout comme le 9 février chez nous, pas possible d’annuler son vote si on se rend compte que les conséquences sont plus grave que ce qu’on avait imaginé. La démocratie, c’est le droit de faire des erreurs. Les partisans du « remain » peuvent se rassurer : les pays où l’on fait taire le peuple lorsqu’on est pas d’accord avec vont encore moins bien que n’ira le Royaume-Uni (ou peut-être plus Uni) même dans les plus mauvais scénarios.

Qui saute de joie ?

Tout le monde n’est pas triste aujourd’hui. Evidemment, les extrêmes droites, y compris chez nous, sautent de joie comme elles l’ont fait le 9 février. D’ailleurs, aussi comme le 9 février, elles ne répareront probablement pas elles-mêmes ce qu’elles ont détruit. Mais ces partis populistes, isolationnistes qui montent dans de nombreux pays occidentaux réussissent ou les autres échouent : canaliser la colère légitime d’une partie de la population laissée pour compte par notre système.

Il y a des gens qui ont gagné pas mal d’argent ce soir !

Mais il y aura certainement d’autres personnes qui vont être heureuses. Par exemple les spéculateurs qui se sont donné à cœur joie. Si vous êtes un fond d’investissement ou un spéculateur, il est possible de miser sur des produits dérivés qui fonctionnent un peu différemment des titres boursiers classiques. Vous pouvez créer un instrument financier qui vous fait perdre de l’argent si la Livre reste stable, mais qui vous fait gagner beaucoup d’argent si elle chute ou si elle prend de la valeur. Cette volatilité était prévisible, car la valeur de la livre était probablement quelque part au milieu entre une chute et une reprise de valeur. Avec la volatilité massive de la livre, et du reste de la bourse, beaucoup de gens vont perdre de l’argent, mais beaucoup de spéculateurs vont aussi gagner.

Quels seront les dégâts ?

Evidemment, d’autres financiers, surtout basés à Londres, ne seront pas très contents de ce qu’il vient de se passer, sans parler de l’industrie et de la plupart des milieux économiques. A force de blâmer l’extérieur pour ses erreurs on donne l’impression que si nous étions seuls tout irait mieux. Mais ce n’est pas comme cela que fonctionne l’économie. Le fait de pouvoir librement commercer ou migrer dans une zone plus grande crée énormément de valeur. Le problème, c’est qu’avec arrogance, la plupart de cette valeur a été gardée par une minorité de personnes et la population ne voyait pas la couleur de ce qui a été créé.

Ce qui nous arrive à toutes et tous aujourd’hui devrait aussi servir de leçon. Lorsque nous trouvons des idées pour progresser, il est important de faire bénéficier à tous de ce progrès, car sinon la révolte pousse ceux qui ne voient pas leur avantage à détruire celui des autres.

Le pouvoir glisse

Difficile à dire si finalement le Brexit se passera sans trop d’encombres ou si c’est un séisme annonciateur d’un Tsunami. Une chose est sure : c’est encore un coup de frein au travail ensemble, ce qui est déjà si difficile. Moins les états arrivent à s’allier pour se mettre d’accord, plus d’autres forces, comme des multinationales, seront puissantes pour gouverner nos destins. 

Samuel Bendahan

Samuel Bendahan

Député Socialiste au Grand Conseil Vaudois et Docteur en sciences économiques, Samuel Bendahan enseigne à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), au Collège des humanités et fait de la recherche au sein du Brain Mind Institute. Il est également président de BSC Association, une entreprise organisée sous forme d'association à but non lucratif.

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