Le monde de demain se prépare aujourd’hui, ensemble

Début avril, la commission des transports du Conseil des Etats refusait à une nette majorité l’initiative parlementaire de l’élu UDC zurichois Gregor Rutz visant à limiter drastiquement la capacité des communes à introduire des mesures de limitation du trafic sur des axes principaux en milieu urbain, notamment des zones à 30 km/h.

Ce signal, résultant entre autre d’un lobbying très actif de l’Union des Villes Suisses, alliée aux associations spécialisées, est fort réjouissant. En effet, cela signifie que la Chambre haute réaffirme l’importance de l’autonomie communale et surtout l’impérieux besoin de mesures efficaces contre les nuisances du trafic, dans ce cas surtout en matière de bruit. Mais il faut aller beaucoup plus loin !

Selon une information rappelée ce lundi par la RTS, environ un million de Suisses sont atteints par le bruit de façon excessive. La Confédération estime que ce problème engendre 2,6 milliards de francs de coûts pour la santé, induits par le bruit du trafic. Et comme le rappelait le Temps ce matin, « La Suisse sous-estime la pollution de l’air », les autorités cantonales retardant systématiquement la prise des mesures nécessaires en cas de pics de pollution.

Source reconnue de nuisances

Plus largement, que ce soit en termes de bruit (une nuisance particulièrement néfaste), de particules fines, d’émission de CO2 qui renforce l’effet de serre, d’occupation d’espaces publics au détriment de la qualité de vie, de consommation excessive de ressources publiques et privées, d’agressivité accrue en raison de la surcharge de trafic, de dangers pour la sécurité des personnes, force est d’admettre que le trafic motorisé individuel en milieu urbain doit être aujourd’hui définitivement reconnu comme une source majeure et inacceptable de nuisances, qui dépassent de très loin les avantages réels ou supposés. Et il ne s’agit pas ici seulement de climat, de santé ou de sécurité mais aussi de cohésion sociale. Ces nuisances touchent principalement les gens les moins favorisés, que ce soient les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées, les personnes atteintes dans leur santé, et plus largement toutes celles et tous ceux qui n’ont pas la possibilité d’échapper facilement à ces nuisances, ou d’en corriger les effets les plus pervers. Même sous l’angle économique, la forte surcharge du trafic à Genève devient un problème sérieux dont les effets mériteraient aussi d’être étudiés sous cet angle.

La Constitution instaure déjà une priorité à la mobilité douce

Récemment aussi, les médias se faisaient l’écho d’une étude qui démontrait à quel point les cyclistes étaient mal lotis à Genève, malgré tous les efforts déjà fournis, car leur intégration dans le trafic reste hautement problématique : lacunes et points noirs dans le réseau existant de pistes et bandes cyclables, bandes cyclables souvent trop exposées au trafic automobile, stationnement sauvage fréquent sur les bandes cyclables, manque général de respect à leur égard, etc. Et certainement qu’une étude similaire pour les piétons donnerait des résultats au moins aussi désastreux. Même si des progrès ont été faits et que la Constitution genevoise instaure une priorité à la mobilité douce, même si le Conseil d’Etat entré en fonction en juin 2018 semble vouloir accorder une réelle priorité à cet enjeu, la domination massive des véhicules motorisés dans l’espace public et l’augmentation substantielle de leur nombre constituent des freins rédhibitoires pour que la situation s’améliore vraiment. En Ville de Genève, le nombre de ménages qui ont renoncé à avoir leur propre voiture a plus que doublé en 20 ans, de 20% à près de 45%. Mais cette baisse est plus que largement compensée par l’augmentation massive du trafic dans l’agglomération et sur le plan régional, ainsi que par l’augmentation du nombre de grosses cylindrées. Je rappelle pour mémoire que, selon les statistiques officielles du Canton de Genève, près d’un tiers des déplacements constatés dans l’agglomération genevoise en véhicule motorisé s’effectuent sur des distances de moins de 3km, où tout autre mode de transport serait préférable, à tous points de vue, sauf exceptions. Et d’autres évaluations plus informelles indiquent que, pendant les vacances scolaires, on compte environ 7 à 10% de déplacements en moins, avec un effet significatif sur le trafic, ce qui montre qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour améliorer rapidement et durablement la situation, et créer les espaces nécessaires aux modes alternatifs. On constate que, si des alternatives crédibles comme la Voie verte sont proposées, les gens changent volontiers de mode de transport. La Loi pour une mobilité cohérente et équilibrée, entrée en vigueur en juillet 2016, représente un réel progrès, mais insuffisant ; on continue en partie à faire croire aux Genevoises et Genevois que tous les modes de transports seront toujours possibles sans restrictions, par exemple de créer des pistes cyclables sans concessions du côté du trafic automobile.

Par ailleurs, on constate aussi la diversification rapide des habitudes et moyens de transport, avec par exemple la multiplication des trottinettes électriques, ou des formes commercialisées d’auto-partage et d’usage non-propriétaire de véhicules (Uber, Catch-a-car, etc.)

Ne pas confondre compromis et compromission

Moi-même membre de la Délégation à l’aménagement du Conseil administratif, je peux témoigner à quel point chaque mesure concrète fait l’objet de batailles ardues, d’études interminables, de blocages, d’oppositions, d’arguties, sachant que la moindre mesure doit être validée par le Canton et peut faire l’objet d’oppositions, dont le traitement peut prendre des années. Et pour obtenir de temps à autre tout de même un progrès mesurable, il faut souvent faire des concessions fort regrettables, comme par exemple l’élargissement de la capacité du Quai Gustave Ador pour le trafic motorisé en échange de la piste cyclable bidirectionnelle qui vient d’être mise en service, en soi bienvenue. Ce n’est parfois plus du compromis, mais de la compromission. Et je le vis concrètement en tant qu’habitant des Eaux-Vives depuis bientôt 30 ans, où des mesures pertinentes sont empêchées depuis des lustres.

Evolution vers la mobilité de demain !

Aujourd’hui, il faut rapidement et massivement changer d’échelle dans l’action publique dans ce domaine. Les communes en général et donc aussi la Ville n’ayant pas le pouvoir décisionnel, elles doivent à la fois accélérer et intensifier le dépôt de propositions concrètes (pistes cyclables, chemins piétonniers, zones 30, zones de rencontre, zones piétonnes, etc.), accompagnées de projets pilote et de mesures incitatives. La mobilité douce et les transports collectifs doivent être réellement prioritaires en milieu urbain, et les voitures laisser leur place pour se limiter à des besoins réels. En plus il faut se préparer à l’évolution des formes de la mobilité, aussi bien sur le plan technologique que ceux des habitudes ou de l’organisation du monde du travail et des loisirs. Et là où les échelons supérieurs bloqueraient, notamment en raison de recours des lobbies pro-automobilistes, il ne faudra peut-être plus hésiter à porter les dossiers devant les tribunaux, dont la jurisprudence évolue (lentement) dans le bon sens. Les jeunes générations nous montrent la voie et les manifestations régulières autour de l’urgence climatique nous y encouragent fortement !

ONET : solution fragile mais nécessaire

Le Conseil municipal a approuvé ce mercredi 17 avril  la proposition que j’ai faite au nom du Conseil administratif, afin de répondre à la précarité dans laquelle se trouvaient les employé-e-s de l’entreprise ONET, mandatée par la Ville pour assurer le nettoyage de toilettes publiques.

Alerté mi-février par les syndicats, le Conseil administratif se trouvait face à une solution relativement insoluble : l’entreprise ONET, mandatée notamment pour le nettoyage des toilettes publiques, respectait les conventions collectives en vigueur dans le domaine sur le plan des salaires horaires, mais employait ses nettoyeurs et nettoyeuses à temps partiel, avec comme conséquence des salaires nets très bas qui les maintenaient dans la précarité.

Des limites de la liberté économique

A la question des salaires s’ajoutait un certain nombre d’autres reproches des grévistes à l’encontre de l’entreprise. Cette situation était particulièrement complexe car l’entreprise concrétise la prestation contractuelle de manière adéquate et paie les salaires requis par la Convention collective de travail de la branche. Malheureusement, les règles d’attribution des marchés publics offrent très peu de marge de manœuvre par rapport au choix des entreprises, notamment pour favoriser des salaires plus adaptés à la pénibilité de la tâche et à la réalité des coûts de la vie à Genève.

Ma collègue Sandrine Salerno avait d’ailleurs mené une bataille épique il y a quelques années pour obtenir des salaires minimaux dans la branche, au moins pour les entreprises mandatées par la Ville. Mais cette position politiquement courageuse et éthiquement totalement justifiée a été malheureusement annulée par le Tribunal fédéral au nom de la liberté économique.

Rétablir le dialogue et proposer une solution concrète

Face à ce conflit social douloureux, j’ai donc entrepris au nom du Conseil administratif des démarches afin de rétablir dans un premier temps le dialogue entre les parties, ce qui a permis d’initier une négociation et poser les bases d’un accord.

J’ai proposé au Conseil municipal le vote d’un budget complémentaire destiné à augmenter le temps travaillé, afin d’étoffer la prestation par le biais d’un complément au contrat en vigueur. Cette proposition a facilité la conclusion d’un accord de sortie de crise entre les grévistes et l’entreprise. Ce crédit a été accepté à une large majorité du parlement municipal, que je remercie. Cette solution, mise sur pied rapidement, a ainsi permis de mettre fin à un conflit social et de contribuer à améliorer très concrètement la situation de salariés précaires.

Lutter pour de meilleures conditions pour tous les travailleurs et travailleuses

Mais c’est évident que ce n’est pas une solution idéale. Malgré les fortes contraintes déjà citées dans le domaine des marchés publics, nous devons plus que jamais évaluer nos possibilités d’influencer la situation sur le marché du travail, notamment dans des domaines notoirement précaires comme le nettoyage. La Ville s’est montrée à plusieurs reprises pionnière dans ce domaine, par exemple en matière de surveillance des chantiers de construction ou d’autres prestations accomplies par des entreprises privées pour éviter le dumping salarial, le travail au noir ou d’autres abus. La Ville a mis en place un fonds solidaire avec les partenaires sociaux afin de lutter contre la sous-traitance abusive et d’autres abus. Quant au débat sur  l’internalisation, il est important et doit avoir lieu. Mais ce n’est pas non plus une panacée. Il ne fait aucun sens de vouloir internaliser systématiquement dans la fonction publique toute personne employée par un tiers et qui serait mal payée, jusqu’à où aller dans ce cas ? Ceci n’apporterait rien aux autres travailleuses et travailleurs du secteur privé qui seraient en situation difficile, et leur nombre est malheureusement élevé.  Mon engagement politique n’est pas seulement de préserver un service public fort et doté d’un statut digne de ce nom, mais aussi d’améliorer les conditions de travail pour tou-te-s les salarié-e-s et donc en particulier aussi pour ceux des secteurs privés.

Un travail certainement moins aisé et moins fructueux politiquement, mais qui doit continuer à être mené, aux côtés de partenaires syndicaux et associatifs, au niveau local comme international, afin de s’opposer au dumping salarial, à l’exploitation parfois éhontée de main-d’œuvre fragilisée par la concurrence sur le marché de l’emploi et aux tentatives de mettre en place des accords internationaux comme TISA qui consacrent la primauté des multinationales sur le service public.

 

 

Révolution numérique? Pas sans les enfants et les jeunes!

Le nouveau rapport « Grandir à l’ère du numérique » de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), publié cette semaine, se focalise sur les compétences dont les enfants et les jeunes ont besoin pour grandir, se former, travailler et participer à un monde numérisé.

Le rapport s’articule autour de trois messages centraux. Le premier consiste à rappeler que nous avons à avancer ensemble avec les enfants et les jeunes, mais en aucun cas à leur place. Le second affirme, alors que valoriser l’apprentissage du code et autres, que les compétences sociales, personnelles et créatives sont aussi importantes que les compétences techniques. Voir plus. Le troisième instaure un objectif clair pour la numérisation. Celle-ci doit favoriser l’égalité des chances et ne pas renforcer les fractures et les frontières socioéconomiques, de genre ou socioculturelles.

Aborder le débat de la numérisation avec les jeunes et les enfants

Que doit-on apprendre pour avoir toutes ses chances dans le monde du travail de demain ? Quel métier choisir ? Quel est le rôle de l’école et le potentiel des activités extrascolaires ? Comment bien gérer la connexion permanente ? Pour répondre à ces questions, le rapport « Grandir à l’ère du numérique » réunit des analyses d’expert-e-s du monde économique, de la formation, de l’encouragement précoce et des activités extrascolaires. Il présente aussi différents projets du terrain qui donnent la parole aux enfants et aux jeunes et qui montrent comment aborder les défis de la numérisation avec eux. Car le débat sur la numérisation ne peut pas se faire sans eux. Les enfants et les jeunes doivent avoir leur mot à dire et contribuer à façonner le monde numérique

Des outils pour que la numérisation soit favorable à la nouvelle génération

Les enfants et les jeunes doivent disposer des outils et des connaissances pour appréhender la numérisation. Cela va du débat sur les smartphones à l’école à la stratégie « Suisse numérique » en passant par les règles relatives au temps consacré aux écrans à la maison et à la prévention de l’addiction ou du cyber-harcèlement. Avec ses recommandations, la CFEJ s’engage ainsi pour que la numérisation soit favorable aux enfants et aux jeunes.

Valoriser la résolution de problèmes, l’empathie et la créativité

Une analyse inédite des compétences recherchées par le monde du travail met en relief l’importance de la capacité à résoudre des problèmes et à communiquer, de la créativité ou encore de l’empathie. Pour acquérir ces aptitudes, l’école joue un rôle important, mais ne peut pas tout. Il convient d’exploiter le potentiel des activités extrascolaires et de l’encouragement précoce. Les recommandations de la CFEJ donnent des pistes pour mieux tenir compte de leurs besoins et perspectives.

Sur mandat de la CFEJ, Sarah Genner, chercheuse en psychologie des médias et experte en numérisation du monde du travail, a analysé et pondéré 26 modèles et listes des compétences ou forces de caractère recherchées au 21e siècle. Les résultats sont présentés dans un modèle qui visualise les compétences les plus fréquemment citées : la communication, la créativité, l’autogestion, la capacité à résoudre des problèmes, l’empathie ou encore la pensée analytique y figurent en bonne place. Et un tableau offre une vue d’ensemble systématisée des compétences et valeurs recherchées. Sarah Genner constate que « Les travailleurs devront pouvoir faire ce dont les machines sont incapables, donc ce qui ne peut pas être numérisé: tout ce qui touche à la créativité, à la résolution de problèmes et aux compétences sociales ».

L’école joue un rôle de premier ordre, mais les activités extrascolaires doivent être mieux reconnues

La place plus importante accordée aux technologies de l’information et de la communication dans les plans d’étude est à saluer, mais l’école est face à l’enjeu d’instaurer une culture du numérique permettant d’utiliser les outils numériques de manière transversale. Ceci implique la formation et le perfectionnement du corps enseignant tout comme une infrastructure moderne préservant la santé et garantissant la protection des données.

Caractérisées par la libre adhésion et la participation, les activités de jeunesse extrascolaires (animation socioculturelle, associations, espaces de quartier,  etc.) offrent un cadre propice au développement de compétences sociales, personnelles et médiatiques. Il est temps de reconnaître et de mieux exploiter ce potentiel en favorisant la formation et en octroyant les ressources nécessaires.

Conclure en accordant une réelle place aux enfants et aux jeunes.

Pour conclure, on peut se rendre compte lors des contacts avec les enfants et les jeunes qu’ils sont très conscients à la fois des opportunités et des défis du monde numérique, et qu’ils souhaitent être pleinement intégrés dans les débats et les décisions à ce sujet.

Aujourd’hui, le débat sur le numérique au sein des instances fédérales se focalise principalement sur les aspects technologiques et économiques, et marginalement sur les aspects liés à la formation ou aux enjeux de société (éthique, transparence, démocratisation du numérique, etc.). Les aspects spécifiques pour les enfants et les jeunes sont très peu présents, voire pas du tout. Aussi bien sous l’angle de leur épanouissement que de leur place future dans la société, accorder une réelle priorité aux enfants et aux jeunes ne peut pas se résumer à en rester à un vœu pieux, c’est totalement légitime et donc incontournable.

> télécharger le rapport “Grandir à l’ère du numérique” en PDF

> télécharger les thèses de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse concernant l’impact de la numérisation sur les enfants et les jeunes

Du droit au changement de vie (professionnelle)

Il y a un peu plus d’une année, j’initiais au sein du Parti socialiste genevois un groupe de travail ouvert et foisonnant d’idées, pour réfléchir aux enjeux que pose la numérisation sur l’emploi, et notamment l’enjeu de la reconversion (souhaitée ou contrainte) des personnes dont l’emploi, voire le métier, ne correspondent plus à la réalité du marché du travail et/ou à leurs aspirations personnelles.

Nourri de discussions passionnées, ce groupe – que ce blog me donne l’occasion de remercier chaleureusement–, a ainsi exploré plusieurs pistes en parallèle pour trouver des réponses adéquates face à ce défi urgent. Ce dernier ne subit pas seulement les effets de plus en plus massifs et rapides de la numérisation, mais plus largement de la globalisation et de la précarisation des conditions de travail (« uberisation »), de la financiarisation de larges pans de l’économie, et de l’instabilité croissante des grandes structures économiques.

Près de la moitié des emplois actuels menacés

En ce qui concerne la numérisation, certaines études prévoient la disparition de près de la moitié des emplois actuels en raison de la transformation des métiers et des processus de production et de diffusion. Si ces enjeux ne peuvent être entièrement maîtrisés sur le plan local, il est toutefois essentiel et urgent d’agir sur les leviers dont nous disposons et de faire évoluer le débat. D’une grande initiative programmatique qui aurait eu l’ambition de repenser entièrement le dispositif actuel encadrant l’emploi et la formation, à des projets très ciblés pour les personnes sans formation initiale, en passant par un compte « épargne-formation » à vie ou un contrat garanti de formation.

Accompagner la diversité des trajectoires de vie

La démarche s’est concentrée dans un premier temps sur la reconversion professionnelle et a abouti très concrètement au dépôt de trois projets de loi, dont un en particulier est issu du groupe. Il vise à modifier de manière pragmatique le dispositif existant des bourses et prêts d’étude (« Loi sur les Prêts et Bourses d’études » – LBPE), afin de pouvoir obtenir des effets utiles et concrets à brève échéance, s’il était adopté. Celui-ci fonctionne en effet de manière éprouvée depuis de nombreuses années, pour les trajectoires de vie « standards », durant lesquelles on entreprenait des études au début de sa vie adulte pour ensuite commencer un métier et s’y développer jusqu’à la retraite.

Pourtant, comme le souligne d’ailleurs la Cour des comptes qui a audité le dispositif, les trajectoires de vie sont de moins en moins « standard ». Les aléas divers, familiaux, professionnels ou personnels divers rendent ces trajectoires rectilignes de moins en moins habituelles. Et au-delà, les enjeux de la 4ème Révolution industrielle – numérique -, nous obligent à repenser la formation initiale, la formation continue et la reconversion professionnelle.

Offrir la possibilité de changer de voie professionnelle

On doit bien sûr penser à la manière dont sont imposés les profits, et je pense en particulier à la taxe sur les robots évoquée notamment par M. Xavier Oberson, mais aussi le projet de loi socialiste qui visait à taxer spécifiquement les caisses automatiques remplaçant l’humain dans nos supermarchés. Mais on doit aussi et peut-être surtout, donner la possibilité à chacun et chacune de se (re)former professionnellement. La possibilité de changer de voie et de s’épanouir dans une nouvelle profession.

Le premier projet de loi déposé va dans ce sens et modifie de manière ciblée la LBPE pour l’ouvrir aux personnes de plus de 30 ans, dans les cas justifiés par la conjoncture professionnelle en particulier. Il est pour moi important de pouvoir ainsi se former, entreprendre de nouvelles études, sans attendre d’être au chômage, et ainsi devancer les aléas de la vie.

Continuer une réflexion large sur l’emploi et la formation

Ce projet est accompagné de deux autres qui entendent instaurer une allocation cantonale de formation, destinée cette fois aux personnes au chômage. Car là aussi, l’obligation d’être « employable » en tout temps pose de sérieux problèmes à celles et ceux qui n’ont pas les compétences requises, par exemple.

Au-delà des trois projets de loi déposés et renvoyés jeudi en commission du Grand conseil pour traitement, j’aimerais que le groupe à la base de ceux-ci puisse continuer à vivre sa vie, faire d’autres propositions, s’assurer qu’elles ne s’enlisent pas au fin fond d’une commission, mais se matérialisent en actes concrets, pour la population genevoise !

2019 sera égalitaire ou ne sera pas

Longtemps considéré comme une zone de non-droit, l’espace numérique est aujourd’hui, sans équivoque, un espace social comme un autre, régit par des lois nationales et internationales. Un espace social comme un autre, au sein duquel s’exprime les mêmes considérations que dans la vie AFK (« away from keyboard »).

Dès lors, comment pourrions accepter dans l’espace numérique ce que nous condamnons dans l’espace public ou dans la sphère privée ? Comment pourrions-nous accepter, en tant que collectivité publique attentive à la place de chacune et chacun, dans l’espace virtuel une domination machiste et rétrograde ? A titre d’exemple, le récent scandale de la ligue du LOL rappelle à notre mauvais souvenir ce qui peut se produire, en l’absence d’une sensibilisation adéquate sur ces questions, même dans des milieux que l’on pourrait considérer comme raisonnables et respectueux.

La Ville de Genève s’empare de l’enjeu

Pour autant, il ne s’agit pas là d’une mince affaire. J’estime que le rôle d’une collectivité publique de proximité comme celle de la Ville de Genève est de porter des réflexions concernant ces questions sur la place publique et de contribuer à ce que les habitant-e-s de la municipalité puissent évoluer en toute confiance dans cet espace, en combinat sensibilisation et prévention.

Cet enjeu de société, c’est justement l’objet de la Semaine de l’égalité qui a débuté vendredi 1er mars. Cette semaine est organisée depuis plusieurs années conjointement entre le Service Agenda 21 au Département des finances et du logement de la  Ville de Genève, sous l’égide de ma collègue Sandrine Salerno, et des Bibliothèques municipales dans le Département de la culture et du sport que je dirige. Chaque édition aborde une question particulière touchant à la thématique de l’égalité entre femmes et hommes, complétée par une bibliographie très complète. Je vous invite à consulter le programme de l’édition 2019 qui met en valeur, notamment, le précieux travail de nos bibliothécaires.

L’égalité tous les jours

Il est vrai que les journées mondiales font foison dans le calendrier et il ne s’agit pas de nous réveiller une fois l’an pour nous donner bonne conscience. En ce sens, je me félicite que le Conseil municipal de la Ville de Genève ait voté tout récemment le crédit de 193’000 francs voulu par ma collègue Sandrine Salerno pour déployer la première tranche du plan d’action contre le sexisme et le harcèlement de rue. Il est nécessaire d’avoir les moyens de lutter contre les discriminations et de sensibiliser à l’égalité sur le long cours. Comme la Vice-présidente du Conseil administratif l’a rappelé en plénière « il s’agit d’un enjeu sociétal fondamental pour les Genevoises et les Genevois». Un message collectif fort à quelques jours du 8 mars. Par ailleurs, la Ville sera certainement aux premières loges pour appuyer la Grève des femmes prévue le 14 juin 2019, pour rappeler que depuis la première grève des femmes le 14 juin 1991 la nécessité d’un engagement fort et partagé contre les inégalités et les discriminations reste entière.

Inscrire la culture et le sport comme vecteurs de diversité et d’inclusion

Dans les dossiers que je porte en tant que magistrat en charge de la culture et du sport de la Ville de Genève, je me suis toujours fait un point d’honneur de développer des politiques inclusives et durables. Dès 2014 j’ai engagé avec mon département une réflexion sur les stéréotypes et discrimination de genre dans le domaine du sport et des loisirs sportifs. Puis, ensemble avec mes collègues Esther Alder et Sandrine Salerno, nous avons initié programme Genre et Sport, dans le cadre duquel nous avons conduit une enquête sur les pratiques sportives des femmes à Genève. En sont ressorties 10 recommandations et 5 axes d’actions prioritaires.

Dans le domaine culturel, j’ai tenu à ce que nous saisissions le renouvellement des conventions pour préciser ce que nous attentions en tant que collectivité publique des projets artistiques que nous soutenons. Aujourd’hui, toute personne, association, organisation conventionnée se doit d’être « attentive à une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans la programmation ».

Afin de prolonger cette volonté, un partenariat est également en cours avec l’Agenda 21 et deux associations pour établir un état des lieux de cette question au sein des théâtres subventionnés dans le périmètre du Canton de Genève et produire des recommandations.

2019 : année des égalités !

L’année 2019 sera une année chargée pour les questions d’égalité. Au mois de juin, c’est donc  la grève des femmes qui aura lieu.  Cet été, Genève accueillera également la Pride romande en prélude au mariage pour tous qui pourrait être voté aux chambres début 2020. Deux occasions de réitérer notre engagement pour un monde plus juste, et qui ne laisse personne sur le bord du chemin à cause de son sexe ou de son genre.

L’inclusion ne devrait plus être sujette à débat. Si en politique, il y a des thématiques qui se discutent quant aux externalités positives ou négatives qu’elles provoquent, la question de l’égalité devrait pour sa part fédérer l’entier des partis et être un des ciments de notre démocratie. 2019 sera égalitaire ou ne sera pas.

Genève porte l’idéal commun des droits humains

Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme était acceptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Une déclaration que nous devons plus que jamais rappeler, alors que les populismes et le relativisme semblent s’imposer avec l’avènement de la « post-vérité ». 70 ans après la reconnaissance de cette déclaration, je souhaite également rappeler l’importance pour Genève, de son engagement réciproque vis-à-vis de la Genève internationale et des droits humains.

Ce 10 décembre, nous célébrons les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont une grande partie de la préparation a été menée par Eleanor Roosevelt dans notre ville.Notre cité a par la suite accueilli la Commission des droits de l’homme  de 1946 à 2006 puis, dès cette date, le Conseil des droits de l’homme.

Genève, terre de rencontre et d’échanges
Et il ne s’agit ici que des agences onusiennes actives directement sur ces questions. Or les droits humains dépendent de bon nombre d’autres champs du politique comme la santé, l’environnement ou encore l’éducation. Autant de sujets pour lesquels les arbitrages se font également à Genève. Sans oublier l’inestimables travail des ONG qui œuvrent elles aussi pour le respect des droits inaliénables de tous et toutes et qui pilotent leurs opérations depuis le bout du Léman.
Mais, et il est utile de le rappeler, si Genève cultive une longue et fructueuse tradition d’accueil d’organisations internationales, la concurrence des villes au statut international est aujourd’hui bien réelle. Nairobi, Vienne, Cologne, Copenhague – pour ne cite qu’elles – sont prêtes à accueillir et accueillent déjà, bon nombre d’organisations émanant ou gravitant autour des Nations unies.

Faire exister Genève
C’est pour défendre l’histoire et la position de  notre ville sur le plan internatioanle et parce que je crois fermement à l’idéal de la discussion multilatérale plutôt que de la force, que je me suis fixé comme objectif de soutenir la place de Genève au niveau international. Cela passe par les conditions d’accueil des organisations internationales et ONG, mais aussi par un positionnement cohérent dans le tissu des réseaux de villes. Je le crois fermement, le rôle des villes est d’une importance cruciale. Les municipalités représente la structure institutionnelle la plus près des administré-e-s, la plus près des préoccupations des habitantes et des habitants des territoires. J’avais rappelé au début de ma mairie la citation du politologue Benjamin Barber : «Si les maires gouvernaient le monde, le monde irait mieux ». Elle rappelle le fait que les ville ont un lien concret avec les problématiques quotidiennes de la population, mais aussi une forme de pragmatisme «de terrain» souvent plus efficace pour trouver des solutions concrètes que ce que peuvent faire les états-nations. Or, si positionner Genève sur la scène internationale lorsqu’il s’agit de droits humains est un acte nécessaire, il doit cependant être complété par leur promotion au sein même de notre cité.

Des actions concrètes pour se démarquer
Une des actions proposées a été l’organisation par mes services du premier Relais de l’Escalade. Proposé durant la Course de l’Escalade, ce Relais a rassemblé plus d’une centaine de participant-e-s de tous horizons qui ont choisi de courir pour cet idéal commun, celui des droits humains. Faire exister la Genève internationale dans l’événement sportif le plus populaire dans le calendrier n’était pas forcément évident. Mais je crois pouvoir dire que l’opération a été réussie.

Genève, refuge des droits humains
Une des forces que nous avons également pour nous affirmer comme ville internationale est celle de l’accueil. Car la Ville de Genève a formalisé une politique de la diversité ambitieuse qui considère chacun et chacune avec ses identités, ses origines et ses préférences. Nous avons également œuvré pour que les requérants mineurs non-accompagnés puissent bénéficier d’un accompagnement adéquat. Le sport et la culture y ont participé car ils représentent des opportunités fantastiques pour s’intégrer et mieux se comprendre.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai proposé au Conseil municipal de marquer symboliquement ces célébrations. Lors de sa séance du 4 décembre, le délibératif a voté, à l’unanimité, un texte qui réaffirme symboliquement notre engagement pour les valeurs défendues par la déclaration. Le 5 décembre, nous avons accueilli Mme Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. Un événement quasi historique puisque, de mémoire, aucun ex-chef d’Etat n’a été reçu lors dune plénière de notre Conseil municipal. Ce moment, très chargé en émotion, a été l’occasion de souhaiter très sincèrement la bienvenue à l’ancienne présidente du Chili – et première présidente d’Amérique du Sud élue au suffrage universel. Une femme au parcours extraordinaire qui sait mieux que personne ce que signifient les droits humains, pour avoir vécu très concrètement leurs violations en tant que détenue politique pendant la dictature militaire d’Augusto Pinochet.

Ce moment symbolique nous a permis de dire à la Genève internationale que notre Ville apportera toujours son soutien à toutes les actions qui pourront contribuer à réveiller les consciences afin de parvenir enfin à une société plus respectueuse des droits et des libertés de chacune et de chacun. C’est un des axes de mon action au service de Genève. Faire exister nos atouts sur la scène internationales afin qu’ils puissent servir un monde que nous souhaitons meilleur.

La CFEJ a 40 ans !

Discours à l’occasion des 40 ans de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), le 29 novembre 2018, à Berne

(seul le prononcé fait foi)


 

Monsieur le Président de la Confédération, Mesdames et Messieurs les élus fédéraux et locaux, Monsieur le Directeur de l’Office fédéral des assurances sociales, les représentants des administrations fédérales, cantonales et communales, des grandes associations faîtières et autres représentants associatifs,

Chères et chers amis, liebe Freundinnen und Freunde, cari amiche e amici

 

Tout d’abord, sincèrement, en mon nom et celui des membres de la Commission, un très grand merci, du fond du cœur, d’être avec nous aujourd’hui, nombreuses et nombreux, d’horizons les plus divers, avec en commun un engagement décidé en faveur des enfants et des jeunes de ce pays.

40 ans, ça se fête, et ça se fête avec les amis et les proches ! C’est aussi une excellente occasion de porter un regard rétrospectif, de lever le nez du guidon de l’actualité immédiate, de prendre conscience du chemin parcouru, ses embûches, ses succès, mais aussi d’envisager l’avenir.

La CFEJ a pour mission légale de s’engager en faveur des enfants et des jeunes de ce pays, par le biais d’un travail de réflexion, d’analyse, de dialogue et de positionnement. La Suisse, pays démocratique, moderne et riche, a-t-elle encore besoin de la CFEJ après 40 ans d’action ? Lorsque je mentionnais le fait d’un regard rétrospectif, pour mesurer le chemin parcouru, je peux citer ma propre expérience. En 1981, à l’époque où la CFEJ était encore la Commission fédérale pour la jeunesse, elle a publié des thèses sur la jeunesse, en lien avec le mouvement de rébellion d’une partie de la jeunesse, dans les villes suisses, comme Züri brännt ou Lôzane bouge. En son temps, la Suisse officielle, la Suisse bourgeoise, la Suisse des adultes, a pris peur, et la réponse institutionnelle fut tout d’abord très dure, axée sur la répression. La CFJ, déjà sous la houlette d’un genevois, Guy-Olivier Segond, a décidé de publier des thèses qui appelaient, au contraire, aux notions de dialogue, d’écoute, de participation, des notions qui restent au cœur du mandat et de la philosophie de la CFEJ aujourd’hui, et le resteront toujours. En tant qu’élève au gymnase, peu avant mes examens de maturité, j’ai eu la tâche passionnante et difficile d’organiser , avec d’autres élèves de mon école, un travail d’analyse, puis de débat public, autour de ces thèses et des antithèses publiées par la célèbre professeure de philosophie Jeanne Hersch, elle aussi une genevoise, qui plaidait pour une réaction très conservatrice, basée sur autorité et discipline. Vous imaginez dans quel sens a penché mon cœur et ma raison, ainsi que ceux des autres membres du groupe. Mais ce travail fut hautement formateur et a probablement constitué un des actes fondateurs de ma prise de conscience politique au sens large, et de mon engagement ultérieur.

Dans cet engagement, encore aujourd’hui, la notion de participation joue un rôle absolument essentiel. Et si je devais résumer, à travers toutes ces années, le fil rouge de la réflexion et de l’action de la CFEJ, c’est bien la participation des enfants et des jeunes aux débats qui les concernent, voire aux débats qui concernent la société toute entière dont ils et elles font partie. Considérer l’enfant comme un acteur de sa situation, de son évolution, de son destin, individuel et collectif, représentait à l’époque une révolution … et le représente encore aujourd’hui, tellement ce n’est pas évident. On continue à sous-estimer à quel point l’enfant peut et doit être reconnu comme co-expert de sa situation d’aujourd’hui, et pas seulement sur un plan abstrait pour un futur lointain ; c’est d’ailleurs ancré dans l’article 12 de la Convention internationale sur les droits de l’enfant, que la Suisse a ratifié. Cette notion de participation revêt plus que jamais comme une dimension fondamentale de notre société, alors que justement les repères classiques semblent être remis en question ou dilués. Elle est d’ailleurs clairement ressortie dans l’étude très complète que la CFEJ a publiée en 2015, « Ma Suisse et moi » sur les opinions et perceptions des jeunes de 17 ans, donc ceux et celles qui ont pu donc voter pour la première fois aux élections fédérales cette année-là.

Entre-temps, reconnaissons-le, la politique de l’enfance et de la jeunesse a fortement évolué dans ce pays, et a acquis un véritable statut dans la sphère publique, avec des politiques publiques affirmées dans les villes, les cantons, et sur le plan fédéral. Si l’on considère le chemin parcouru jusqu’à l’actuelle Loi sur l’encouragement de l’enfance et la jeunesse (LEEJ), qui fonde à la fois le soutien aux organisations dédiées à l’enfance et la jeunesse dans le pays mais aussi le soutien fédéral à la mise en place de politiques cantonales de la jeunesse, formalisées et concrétisées, et bien sûr le mandat de l’actuelle CFEJ, on se dit que, oui, un travail important a été accompli, avec de réels résultats. Je ne ferai pas ici la liste de tous les dossiers que la CFEJ a traité tout au long de ces années, nombreux, passionnants, parfois difficiles, depuis les enjeux de consommation et d’endettement, jusqu’au droit d’être entendu, en passant par le service civil, la sexualité ou la gestion du temps libre. On peut d’ailleurs relever que les crédits que permet la LEEJ sont de plus en plus sollicités, d’où la nécessité de maintenir les ressources disponibles !

Mais, en même temps, on se rend aussi compte à quel point ces acquis sont fragiles et peuvent être remis en question, au gré des difficultés budgétaire par exemple, ou du durcissement incontestable du climat politique et économique. Ainsi, pour parler jeunesse, le taux de tentatives de suicide et de suicides effectifs est malheureusement remonté en Suisse, après des années de baisse. Il y a très peu d’études approfondies à ce sujet, hors statistiques de base. On peut citer le cas du Canton de Neuchâtel, où le taux de tentatives de suicide est passé de 5.9% en 2010 à 11.2% en 2015, ce qui est terrible. Cela reste la première cause de mortalité chez les jeunes, adolescents ou jeunes adultes, et c’est un réel enjeu de société. Et on sait aussi que les phénomènes concrets de stress ont nettement augmenté chez les enfants et les jeunes. Que dire face à une réalité où un tiers des enfants de onze ans sont en situation de stress sérieux et durable, selon des chiffres donnés par Pro Juventute ? Ces résultats sont non seulement inquiétants, mais tout simplement inacceptables. Comme le disait Albert Einstein, « Le mot progrès n’aura aucun sens tant qu’il y aura des enfants malheureux ».

On peut aussi se sentir découragés lorsque, une fois de plus, le lobby très puissant de l’industrie du tabac fait échouer une réforme pourtant timide de la législation en la matière, visant simplement à restreindre la publicité directe et indirecte pour le tabac, en particulier lorsqu’elles visent les enfants et les jeunes.

C’est un fait que les enfants et les jeunes sont encore aujourd’hui les grands absents de la plupart des politiques publiques, lorsque les « experts » et les « politiques » pensent qu’ils ne sont pas directement concernés, par exemple en matière de santé publique, d’aménagement de l’espace public, d’aide sociale, etc. Et pourtant ce sont souvent les premières victimes. Lorsqu’on mesure la pauvreté en Suisse, malheureusement croissante malgré notre richesse, les enfants en sont les victimes directes et pourtant on ne les écoute pas. Après des années de baisse, le nombre d’enfants directement touchés par la pauvreté remonte, 763’000 en 2014 d’après l’OFS. Un enfant sur 5 vit dans la pauvreté en Suisse et 1 sur 6 est exposé à un risque de pauvreté !

Il y a bien sûr des mécanismes de type « Parlement des jeunes », très utiles, et certains outils de consultation des enfants, qui sont bienvenus. Mais cela ne suffit pas, surtout lorsqu’il s’agit d’influencer réellement les instances politiques. Il suffit pour ceci de constater la moyenne d’âge des parlementaires fédéraux, voire du Conseil fédéral ! Je relève d’ailleurs que notre Président actuel est de loin le plus jeune membre du Conseil fédéral, ouf !

Parmi les domaines où ce sont les enfants qui peuvent apprendre quelque chose aux adultes, et pas l’inverse, c’est le monde numérique, au vu de son évolution extrêmement rapide et exponentielle. Bien évidemment, un enfant n’est pas forcément en mesure d’appréhender toutes les facettes complexes des enjeux du numérique, en termes de sécurité, d’éthique, de transparence, d’abus, etc. Mais combien d’adultes se sentent largués face à leurs enfants lorsqu’il s’agit de smartphones, de tablettes, d’applications, de réseaux sociaux, de jeux on-line, etc. Ou encore pire, lorsqu’il s’agit de répondre aux préoccupations des enfants sur leur avenir, sur le choix de la bonne filière de formation, face aux études qui prédisent une automatisation de nombreux métiers et des emplois à un horizon proche ? Je cite ici un résultat de l’étude Juvenir 2018 de la Jacobs Foundation, très active dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse : 44% des jeunes se disent inquiets pour leur avenir professionnel.

La CFEJ a décidé de faire de la numérisation le thème principal de législature fédérale actuelle. Quels impacts de cette évolution pour le temps libre, la formation et l’emploi ? Nous ne nous sommes pas facilités la vie, en choisissant ce sujet passionnant mais très difficile à cerner et appréhender, surtout si nous voulons aboutir à des recommandations ayant une certaine portée.

En effet, l’analyse de cette évolution donne des résultats divergents sur de nombreux points mais qui convergent sur un point essentiel : nous sommes à la veille d’une révolution profonde et totale de notre société, qui impactera fortement et durablement tous ses aspects, dont aussi la formation et l’emploi, mais aussi l’organisation sociétale, le fonctionnement des institutions, les assurances sociales, les flux économiques. Certaines études parlent de plus de la moitié des emplois qui vont être automatisés, d’autres de seulement 10 à 15%, et d’autres encore divergent sur le nombre de nouveaux emplois créés. Mais personne n’ose prétendre qu’il n’y aura pas d’impact. La numérisation offre des opportunités et présente des risques ; le défi est de réussir à les appréhender et les maîtriser, alors que cela évolue vite, beaucoup plus vite que ce que notre système institutionnel, politique, social, est capable de digérer. Comme le dit le penseur bien connu, Bernard Stiegler, spécialiste des mutations numériques et de leur impact sociétal, « Ce n’est pas la technique qui est toxique en soi, c’est notre incapacité à la socialiser correctement. »

La CFEJ ne prétend pas offrir des réponses toutes faites face aux défis majeurs que ose cette évolution mais tient à une exprimer une très vive inquiétude face à l’impréparation de tout notre système dans ce débat. Nous constatons un certain aveuglement face à l’ampleur de ce défi et surtout l’absence presque compète de prise en compte des enfants et des jeunes, non pas comme sujets abstraits d’un avenir plus ou moins prévisible et maîtrisable, mais comme acteurs reconnus de ce débat, qui peuvent avoir un avis, une expérience, une sensibilité, alors qu’ils sont aux premières loges. Un des grands pièges récurrents de la politique face aux enfants et aux jeunes est de les voir uniquement sous l’angle de leur futur rôle productif dans la société, une fois qu’ils sont adultes. Or ils ont droit non seulement à une vie pleinement épanouie d’enfant et de jeune mais, en plus, les principes qui guident cette approche « productiviste » sont ceux de hier, même pas d’aujourd’hui.

Il serait bien trop long de vous présenter en détails le riche travail de la CFEJ sur ce thème essentiel ; je vous invite à visiter notre site web et à découvrir le rapport qui sera publié en février, puis à participer à la conférence qui aura lieu courant 2019.

Au-delà cet anniversaire aujourd’hui, qui permet de réaffirmer des valeurs, des besoins et des convictions, nous aurons toutes et tous une très belle opportunité d’aller encore plus loin dans la promotion des droits de l’enfance en Suisse l’année prochaine, avec les 30 ans de la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies, signée en 1989. La tâche à mener est immense, lorsqu’on constate qu’il y a 50 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, et qu’il y a au moins 150’000 enfants-soldats. Même la Suisse, souvent enfant modèle du droit international, ne la met pas encore pleinement en application ! Il y a donc encore beaucoup à faire, et la CFEJ peut donc se préparer à quelques autres années d’engagement intensif !

Pour terminer j’aimerais insister sur ce qui fait la force de la Commission. Ce serait évidemment une erreur de considérer les enfants et les jeunes comme un groupe homogène, aux intérêts et besoins complètement convergents. La diversité n’est pas seulement une réalité mais aussi un droit légitime. On ne demande pas non plus aux adultes d’être homogènes ! Et la CFEJ représente bien cette grande pluralité de profils et d’opinions, de par la composition très diversifiée de ses 20 membres, en termes de parcours professionnels, politiques, associatifs, et personnels, originaires des 4 coins de la Suisse, et même d’ailleurs. Le Président qui vous parle en est un bon exemple, en tant que genevois demi-alémanique et demi-libanais. Cette pluralité en représente l’un des éléments constitutifs, et certainement un atout majeur, combiné à un engagement très fort des membres au service de cette cause. C’est ainsi que la Commission a pu marquer son existence et sa crédibilité, en apportant des contributions à la fois indépendantes, réfléchies, pertinentes, offensives, depuis 40 ans ! Je tiens donc à remercier sincèrement ses membres passés  et actuels, avec en particulier mes prédécesseurs présents dans la salle, et nombre de nos vice-présidentes et vice-présidents, mais aussi exprimer une pensée émue en souvenir de l’un de ses membres les plus éminents qui a choisi de partir en mai 2017, Olivier Guéniat de Neuchâtel. Et, enfin, dire que tout ceci ne serait pas possible sans la très précieuse et efficace contribution de notre secrétariat scientifique, Marion et Claudia, à qui nous devons beaucoup, y compris l’organisation de cette journée !

Pour conclure, une citation de la romancière Lya Luft, qui a dit « “L’enfance est le sol sur lequel nous marcherons toute notre vie”.

Je suis très fier de travailler pour cette institution qu’est la CFEJ, qui, depuis 40 ans, œuvre pour défendre, construire et renforcer ce sol. Je formule également l’espoir, à un moment de l’histoire humaine où le sol semble parfois se craqueler sous nos pieds, que la CFEJ sache conserver son pouvoir d’action et continuer ses indispensables missions.

Joyeux anniversaire à la Commission et longue vie à elle !

Genève doit jouer la carte des villes

Lors de la cérémonie marquant mon investiture comme Maire de la Ville de Genève, le mercredi 6 juin 2018, j’avais cité le professeur Benjamin Barber, célèbre écrivain et essayiste américain, décédé en avril 2017, qui avait eu ce mot célèbre : « Si les maires gouvernaient le monde, le monde irait mieux ». Barber a choisi cette formule quelque peu provocante pour mettre en avant l’importance de cette fonction et de son pouvoir d’action grâce à sa proximité avec la population et à la responsabilité très concrète d’assurer les meilleures conditions de vie possibles, pour toutes et tous, au quotidien.

Le 18 octobre 2018, Olivier Bot, rédacteur en chef adjoint de la Tribune de Genève, publiait un texte intitulé « Genève doit jouer la carte des villes », en plaidant pour une diplomatie renforcée des villes tout en regrettant que Genève n’y soit pas assez active. Je ne peux que souscrire à la montée en puissance de la diplomatie des villes, et de son importance, tout en confirmant que Genève en fait une réelle priorité, même si elle n’est pas encore assez valorisée.

Les villes : en première ligne

En effet, l’enjeu des villes est d’ailleurs crucial, à Genève, comme ailleurs en Suisse ou dans le monde. La population vivant dans des centres urbains est de plus en plus nombreuse. Ces centres regroupent déjà actuellement plus de la moitié de la population mondiale, et bientôt même 70%, selon les experts des Nations Unies. Le poids économique, culturel et social des villes est considérable ; il doit impérativement être mieux pris en compte sur les plans institutionnel et politique.

Les villes sont en première ligne, à travers le monde entier, pour prendre la mesure des défis actuels que sont les inégalités sociales, les migrations, le vieillissement, les discriminations, ou la pollution. Mais c’est aussi dans les villes que se trouve un formidable potentiel de créativité et d’innovation pour aborder ces défis, un potentiel ancré dans une envie de faire évoluer positivement le monde, tout en tenant compte des réalités de terrain. Les villes sont souvent aussi celles qui se mobilisent ensemble contre les dérives croissantes de nombreux Etats en matière de droits humains, de prévention des conflits, de gestion du changement climatique, et ainsi de suite.

Lors de la COP21 à Paris en décembre 2015, Anne Hidalgo, Maire de Paris, avait invité près d’un millier ( !) de maires de grandes villes du monde, dont Genève, pour adresser un message très fort aux chefs d’Etat réunis à cette occasion.

Aux Etats-Unis, les villes, y compris avec des maires républicains, sont en tête de file depuis 2016 pour contrer les dérives réactionnaires du gouvernement américain sous l’égide de Donald Trump, que ce soit en matière de gestion des flux migratoires ou de lutte contre le changement climatique.

Très concrètement, ce sont des maires italiens qui essaient de maintenir un semblant d’humanité et décence dans la gestion de la question migratoire sur les côtes italiennes, face aux dérives fascisantes du gouvernement italien, parfois au péril de leur fonction, comme en témoigne l’action inlassable du maire de Palerme, Leoluca Orlando.

Fin octobre, en Argentine, pays qui va accueillir le prochain sommet des puissances du G20, les Maires de Paris et de Buenos Aires ont rassemblé une belle brochette de maires des grandes villes du G20 pour adresser une déclaration ambitieuse et offensive aux Etats, exigeant enfin des démarches fortes et efficaces face aux grands défis de notre monde, démarche à laquelle plusieurs villes importantes hors G20, dont la Ville de Genève, ont été pleinement associées.

Au mois de décembre 2018, lorsqu’auront lieu à travers le monde des manifestations majeures pour marquer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme ratifiée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1948, en bonne partie rédigée à Genève, les villes seront aux premières loges pour en rappeler l’importance vitale.

Genève : une ouverture internationale pour les collaborations locales

La forte croissance des réseaux de villes témoigne de cette dynamique, croissance qui crée de belles opportunités mais aussi un risque de confusion, d’où la nécessité d’établir une stratégie proactive, pragmatique et lucide. Comment se situe Genève dans ce contexte ?

Lorsqu’on parle de diplomatie des villes, il ne s’agit pas d’une diplomatie abstraite et protocolaire, encombrée de contingences de luttes de pouvoir et corsetée par le poids parfois lourd de l’histoire, mais d’une diplomatie concrète, à la fois ambitieuse et concrète, avec une légitimité basée sur l’expérience de la proximité. Avec mes homologues à Genève (Union des Villes Genevoises), en Suisse (Union des Villes Suisses) et dans le monde, je me rends compte à quel point nous avons intérêt à collaborer, à mettre en commun les bonnes pratiques et à faire entendre notre voix auprès des instances nationales et internationales. Genève a un rôle particulier à jouer dans cette diplomatie des villes, ce que dit Olivier Bot à juste titre, et le fait, de manière de plus en plus active.

Genève est une ville dont le nom résonne très fort sur la scène internationale. Ses atouts et ses richesses sont reconnus dans le monde entier, dans des domaines les plus divers comme la diplomatie internationale, le siècle des Lumières, la défense de la biodiversité, la vitalité de notre monde scientifique, la promotion des droits humains, la grande diversité culturelle de sa population… Il est donc vital d’ajouter cette composante « urbaine » au spectre déjà riche de la Genève internationale, l’espace dans lequel on parle de thèmes concrets pour le quotidien de nos concitoyens et concitoyennes ! Ce poids de Genève, à la fois symbolique et réel, constitue surtout une responsabilité qui nous oblige à nous intéresser aux enjeux du monde, sans perdre de vue les intérêts et besoins de nos habitantes et habitants.

 

Donner une voix à la Genève internationale

Dans ce contexte, force est toutefois de constater que notre système de rotation annuelle de la

fonction de maire au sein de l’exécutif de la Ville de Genève doit changer, car il est totalement illisible sur le plan suisse et international, Genève étant, à ma connaissance avec Dublin, la seule ville importante au monde à connaître ce système. Le folklore peut parfois avoir son charme, mais pas dans ce domaine.

 

Investir les réseaux de villes

Malgré cette restriction, Genève est membre actif dans un certain nombre de réseaux de référence, généralistes ou spécialisés. La principale organisation regroupant le plus grand nombre de villes sur la planète est CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis), dont le siège est à Barcelone, et qui est devenue le principal interlocuteur des Nations Unies lorsqu’il s’agit de prendre l’avis des villes. La Ville de Genève y préside la Task Force sur la résilience des villes, qui examine de près la capacité des villes à gérer dans la durée des crises majeures et à passer d’un mode réactif à une mode proactif et durable. Cette Task Force est elle-même un des piliers de la « Global Alliance on Urban Crises » (GAUC), qui regroupe de très nombreuses organisations internationales dans le domaine de l’urbanisme et de la gestion et prévention des crises, mais aussi de grandes organisations autonomes et non-gouvernementales, et des réseaux de villes. La GAUC s’est d’ailleurs réunie récemment à Genève, avec l’appui de la Ville de Genève. Et la Ville de Genève sera l’un des partenaires essentiels, avec d’autres villes de la grande réunion de la Plateforme internationale sur la réduction des risques de catastrophes (qu’elles soient socio-économiques, migratoires, climatiques…), sous l’égide de l’agence onusienne UNISDIR, au mois de mai 2019.

La Ville de Genève est également membre actif du Bureau de l’AIMF (Association internationale des maires francophones), dont l’Assemblée générale s’est tenue à Lille début novembre, et qui permet en particulier des liens forts entre des villes européennes, nord-américaines et africaines, avec de nombreux projets concrets de collaboration. Genève est également présente dans de nombreux réseaux spécialisées, comme le programme Cités interculturelles du Conseil de l’Europe (diversité culturelle), Mayors for Peace (lutte pour contre la course aux armements, notamment nucléaires), Rainbow Cities (engagement pour les droits des personnes LGBT), les réseaux émergents en matière de soutien à la finance durable, etc. Elle développe aussi depuis deux ans sa présence dans les réseaux liées  la transition numérique et la gestion urbaines, comme « Open and Agile Smart Cities ».

Porter les promesses du futur : du local au global

Cette composante essentielle de la diplomatie des villes, qui doit prendre sa place dans la Genève internationale, fait l’objet de contacts pour la mise en place d’une coordination efficace avec la Confédération suisse et sa représentation à Genève, ainsi qu’avec l’Office des Nations Unies à Genève. Le Canton a tout intérêt à également appuyer cette démarche, dans la mesure où elle renforce très clairement l’écosystème de la Genève internationale, et qu’elle évite que d’autres centres internationaux ne s’en emparent.

Comme le disait Victor Hugo, « Les villes portent les stigmates des passages du temps, et occasionnellement les promesses d’époques futures.» A nous de nous engager pour que ces promesses existent et soient suivies d’effets, pour toutes et tous.

Frais professionnels : de quoi parle-t-on ?

Le Conseil administratif (Exécutif) de la Ville de Genève a publié jeudi 8 novembre les montants des dépenses des frais professionnels des membres du Conseil pour ces 10 dernières années, par analogie avec le tableau publié par la Cour des comptes pour l’année 2017 dans son rapport. Dès la publication de ce rapport, j’ai insisté pour cette transparence car j’estime qu’elle est nécessaire. C’est une question de principe pour restaurer la confiance, mais aussi l’occasion de comprendre de quoi il s’agit. Me concernant, ce sont des dépenses justifiées, liées à des projets de la Ville ou à ma fonction ; la Cour des comptes n’a d’ailleurs pas relevé d’éléments problématiques à mon sujet. J’ai donc décidé d’apporter un éclairage beaucoup plus détaillé concernant mes dépenses, qui se composent surtout de voyages. Entre-temps, le dispositif de gestion des frais a été complètement réformé, avec notamment un système de contrôle adéquat, qui permettra d’éviter des dérives objectivement inacceptables. Des modifications supplémentaires y seront encore apportées afin d’atteindre le bon équilibre en matière de transparence.

Les facettes d’une fonction de membre de l’exécutif de la deuxième ville de Suisse et d’une ville internationale sont multiples, avec un ancrage dans l’activité du département dont on a la charge et une participation au collège exécutif pour l’ensemble des enjeux de la Cité. La responsabilité et l’ambition de contribuer au rayonnement et à la promotion de Genève, afin d’assurer sa place sur le plan fédéral et international, font clairement partie des attributions du mandat, surtout lorsqu’on s’occupe de culture et de sport. J’ai toujours exprimé ma volonté d’y œuvrer très activement. Par ailleurs, dans le cadre de la répartition des tâches au sein du Conseil administratif, j’assure une présence régulière de Genève dans des réseaux institutionnels sur le plan national ou international, ou lors de rencontres ad hoc.

Genève sur la carte Suisse
En Suisse, Genève a longtemps eu la réputation de snober ses partenaires au niveau fédéral. J’ai tenu à faire partie de celles et ceux qui estiment que cela devait changer concrètement, et c’est un engagement qui fait sens et qui produit des résultats ! Genève est entre-temps nettement mieux reconnue sur le plan fédéral dans le domaine culturel (festivals de cinéma, musées, …). Elle a renforcé sa présence dans le domaine du sport, si on pense aux manches accueillies de la Coupe Davis, au Geneva Open ou à la prochaine Laver Cup en 2019.
En tant qu’élu délégué par l’exécutif de la Ville au Comité de l’Union des villes suisses (organe officiel qui porte la voix des villes au niveau national, et dont je suis vice-président), je participe à un certain nombre de séances par année à Berne, ainsi qu’à la Journée annuelle des villes suisses. Je participe également en tant que responsable de la délégation des villes au sein du Dialogue culturel national mis en place par le Conseil fédéral, ou à la Conférence tripartie du territoire. De même, je me rends régulièrement au Festival de Locarno pour son volet institutionnel et politique ; la Ville de Genève est, par exemple, co-organisatrice avec le Canton de Genève et la Ville de Zurich des Quartz, les Prix du cinéma suisse.

Genève internationale
Par ailleurs, notre ville ne serait pas ce qu’elle est sans la Genève internationale. J’estime qu’il est nécessaire de renforcer le rôle des villes au sein des institutions onusiennes à Genève, d’attirer des réseaux de villes et d’affirmer la place des organisations internationales déjà présentes dans notre ville. Dans un billet paru dans la Tribune de Genève le 18 octobre 2018 et intitulé « Genève doit jouer la carte des villes », Olivier Bot, rédacteur en chef adjoint, relevait d’ailleurs l’importance de cette nouvelle composante des relations internationales. Cette ambition pour Genève implique forcément des déplacements, en Suisse à l’étranger, et donc des frais (train, avion, hôtels, etc.).

Sur le plan international, je représente également la Ville au sein de l’Association internationale des maires francophones (AIMF, l’association de référence des villes au sein de la francophonie). A cet effet, je suis par exemple allé en 2017 à Montréal où se tenait son Assemblée générale annuelle (le syndic de Lausanne y était d’ailleurs également). Les années précédentes l’AIMF s’était réunie à Yerevan, Bruxelles, Beyrouth, Abidjan, Lafayette (USA), Paris ou Tunis. J’y rencontre d’ailleurs des représentant-e-s d’autres villes romandes, comme Lausanne, Montreux ou Vernier. Il m’arrive aussi de devoir renoncer à y aller, bien sûr, lorsque ce n’est pas compatible avec mes obligations et engagements locaux.
En 2018 j’étais à Strasbourg pour la session du Comité mondial et au Bureau Exécutif de CGLU, la plus grande association faîtière de villes, afin de négocier très concrètement le renforcement de la présence de ces réseaux à Genève. L’importance de mener ces démarches est confirmée par de nombreuses études de la Genève internationale qui démontrent de manière tangible l’apport à la prospérité de notre région.

Culture et sport
Mes responsabilités en tant que magistrat en charge du Département de la culture et du sport expliquent également ces dépenses. Des succès comme la venue des Géants (de Nantes), l’accueil de la Laver Cup (l’an prochain) ou des demi-finales de la Coupe Davis ; la participation active de Genève à l’exposition universelle de Milan en 2015 aux côtés de Bâle et Zurich dans le cadre du Pavillon suisse, ou les partenariats de promotions des artistes et acteurs culturels de Genève aux Rencontres photographiques d’Arles (avec le Canton et Présence Suisse) ou au Festival d’Avignon ont nécessité de se déplacer, d’aller rencontrer, créer un lien, convaincre, pour que Genève existe sur la carte culturelle et sportive.
Ainsi les montants qui me concernent correspondent à mon action comme magistrat pour Genève : une ville internationale, dynamique, qui tisse des partenariats, trouve des soutiens et attire des ressources et des talents.
Vous trouverez dans le document ci-joint des explications plus précises pour chaque poste du tableau publié par le Conseil administratif.

Dans d’autres villes, qui disposent d’un-e maire pour toute la durée de la législature, celle-ci ou celui- ci dispose a priori de revenus plus élevés et de moyens plus conséquents par rapport à ses collègues. Pour cette raison et surtout pour assurer une clarification des rôles et une plus grande continuité et efficacité dans le travail de représentation, il serait enfin temps de changer le système dépassé que nous avons à Genève, en instaurant une véritable mairie.

Changement des règles
La revendication de transparence et de rigueur est tout à fait légitime, et je souhaite que, dorénavant, le Conseil administratif publie annuellement des informations concernant ses déplacements et autres frais professionnels, sous une forme adéquate. Ces publications ne pourront néanmoins pas simplement se faire sous forme brute ; elles devront être expliquées car les chiffres bruts ne signifient rien.
Parmi les règles qui ont déjà changé, outre l’introduction d’un contrôle systématique du bien-fondé de ces dépenses, figurent (sur ma proposition) des règles plus strictes en matière de voyages (validation préalable, reporting par la suite, etc.), ainsi que la suppression des forfaits journaliers en déplacement (prise en charge uniquement de frais effectifs sur présentation de justificatifs adéquats), l’arrêt de la prise en charge de toute dépense en deçà de 30 francs, etc. Ces différentes mesures entraîneront d’ores et déjà des économies nettes de quelques dizaines de milliers de francs par année. La prise en charge des taxis sur le territoire municipal devrait être supprimée selon moi, une prise en charge qui ne me paraît pas adéquate, sauf exceptions justifiées.

La suppression de l’indemnité forfaitaire est également en discussion, ce qui entraînera dans les faits une diminution nette de salaire. On peut aussi imaginer un maintien, mais à condition qu’elle couvre beaucoup plus de dépenses courantes sur le territoire genevois qu’auparavant, par analogie avec la plupart des autres villes suisses. J’ai d’ailleurs contacté mes collègues des autres grandes villes suisses au sein de l’UVS afin d’avoir des informations directes et fiables sur leurs règles et pratiques, en particulier sur la manière dont elles traitent et imputent comptablement leurs dépenses. En effet, nos homologues des grandes villes comme Lausanne, Bâle ou Zurich se déplacent également en Suisse à et à l’étranger, y compris sur des distances lointaines, élément qui ne semble pas figurer pas dans les comparaisons publiées.

Plus de transparence
Cette transparence vise à restaurer une nécessaire confiance. J’envisage également de trouver un moyen de rendre public mon agenda, sous réserve des éléments objectivement internes ou confidentiels. Depuis plusieurs années, mes déplacements officiels font déjà l’objet d’une communication dans le cadre de la newsletter interne aux collaborateurs et collaboratrices de mon département. J’ai par ailleurs fait élaborer et adopter par mon Département cette année une directive pour gérer et cadrer les conflits d’intérêt, qui sera bientôt généralisée à l’ensemble de l’administration municipale.

Ce débat sur la transparence dans l’action publique, et ce qu’on entend par celle-ci, ne fait que commencer, à mon avis, de même que celui sur la gestion des conflits d’intérêt. Débat passionnant et essentiel, que, j’espère, nous pourrons mener de manière sereine et équilibrée !

 

Annexe 1: détails des frais et précisions

 

Déclaration liminaire devant le Conseil municipal

Je souhaite rendre disponible par écrit la Déclaration liminaire faite en tant que maire de Genève au nom du Conseil administratif en ouverture de la séance du Conseil municipal de la Ville de Genève du 13 novembre 2018 (seul le prononcé fait foi).

_________________________________________

Monsieur le Président du Conseil municipal,

Mesdames les Conseillères municipales, Messieurs les Conseillers municipaux,

En tant que Maire, je souhaite intervenir avec une Déclaration liminaire précisant un certain nombre d’éléments essentiels relatif à cet audit, et qui faciliteront la tâche aux membres de ce Conseil pour poser les questions orales, ainsi que pour traiter les nombreux textes déposés.

La Cour des comptes a donc publié son audit relatif aux frais professionnels des membres du Conseil administratif et de la direction. Ce faisant, cet audit a questionné un système qui a toujours existé, un système qui reposait sur la responsabilité individuelle et sur la confiance réciproque. Dans les faits, ce dispositif relève donc pour large partie d’un droit coutumier.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire au nom du Conseil administratif, le rapport de la Cour est utile et pertinent. Il a permis de constater les faiblesses et lacunes de ce dispositif, qui ne correspond plus aux attentes et pratiques d’aujourd’hui. En mettant en exergue des pratiques très différentes selon les magistrats, en dévoilant aussi quelques cas de dérives injustifiables, ce rapport sonne la fin du système qui prévalait. Par rapport à la Cour des comptes, je précise d’ores et déjà que le Conseil administratif a accordé un accès illimité à la Cour pour le progiciel de gestion financière de la Ville, SAP, accès effectif dès cette semaine pour assurer le suivi de l’audit, et ce conformément à la requête de la Cour.

Désormais, de nouveaux outils de gestion permettront un contrôle rigoureux du bien fondé de chaque dépense, avec un pouvoir accru à la Magistrate en charge des finances qui n’existait pas jusqu’à présent. Les cas d’abus ne pourront plus se reproduire.

 

Pour mémoire les principaux points de ce nouveau dispositif :

·         Le Conseil a adopté récemment un nouveau Règlement sur la prise en charge des frais effectifs, en remplacement des dispositions existantes, notamment le modèle de la Fédération des Entreprises Romandes (FER) utilisé depuis 2006. Dans le cadre de ce règlement, le Conseil administratif a défini les frais effectifs et les règles de remboursement de ceux-ci.

·         Le Conseil a modifié la gestion des cartes de crédit professionnelles. Celles-ci seront dorénavant à la charge des comptes personnels des titulaires, qui devront donc payer les frais, puis les présenter sous forme de notes de frais avec tous les justificatifs requis, afin de permettre un meilleur suivi de ces dépenses ainsi qu’un contrôle adéquat avant le remboursement.

·         Dorénavant les voyages hors de Genève doivent être explicitement autorisés, avec documentation de l’objectif, de la destination, de la délégation et du financement, et faire l’objet d’un rapport ensuite.

·         Enfin, le Conseil institue un contrôle croisé des dépenses de ses membres par le/la magistrat-e en charge des finances et, pour lui/elle, par le/la Maire (ou le/la Vice-Présidente si le/la magistrat-e en charge des finances est Maire). Ce système de contrôle de premier niveau ne préjuge pas des niveaux de contrôle ultérieurs, notamment par le Contrôle financier. A noter que les frais de représentation faisaient déjà partie du périmètre du Contrôle financier mais il faudra veiller à ce que soit mieux formalisé et appliqué.

 

Bien sûr, nous avons pris pleinement la mesure du choc créé par ce rapport, et notamment par certains cas spécifiques qui y sont cités. Cette émotion, cette colère, sont légitimes. Devant vous ce soir, je voudrais redire ceci, en tant que Maire, même si cela sonne comme une évidence – certaines évidences doivent parfois être redites – aucun frais privé ne doit jamais être pris en charge par la collectivité. De plus, ces frais doivent être justifiables et justifiés en lien avec notre fonction, et attester d’un emploi judicieux et économe des derniers publics. Un point est cependant central : aussi consternants et condamnables puissent être les quelques exemples mis en exergue par ce rapport, la quasi-totalité des frais mentionnés sont des frais professionnels légitimes. Ils ont été mis au service de la fonction et des projets de la Ville de Genève, et non de la personne. Il s’agit ici d’éviter les amalgames injustifiés. Par ailleurs, vous savez que le Ministère public a ouvert une procédure pénale contre inconnu. Elle permettra de faire toute la lumière sur la situation et de lever tout doute.

Quant au cas spécifique de la téléphonie, il a été entre-temps abondamment commenté et expliqué. De toute manière, les abonnements actuels en vigueur depuis juillet 2018 ne permettraient plus de pareilles dépenses, vu qu’ils sont sous le régime du montant forfaitaire.

La Cour des comptes ne remet d’ailleurs pas en question le principe de l’indemnité forfaitaire ni son montant, ainsi que la prise en charge des frais, à condition que le dispositif soit amélioré et précisé. Dans ce contexte, il convient de rappeler que la fonction de Conseiller administratif ou de Conseillère administrative est une charge qui dépasse le cadre horaire habituel de travail et s’étend très régulièrement aux soirées et week-ends, voire sur les jours fériés. Cette fonction implique une forte activité de représentation dans les situations les plus diverses. La discussion est en cours au sein du Conseil administratif : soit l’indemnité forfaitaire couvre les frais inhérents aux activités de représentations sur le plan local à Genève (comme à Bâle ou à Zurich, par exemple, ou comme cela semble être le cas pour la majorité des membres du Conseil d’Etat), soit elle est supprimée et remplacée uniquement par des remboursements effectifs, avec l’avantage de la transparence détaillée et l’inconvénient d’un travail comptable accru.

Sur le niveau des montants articulés, je souhaite rappeler que les déplacements des magistrats hors de Genève pour raison professionnelle sont inclus dans les chiffres publiés sur 10 ans, et non imputés aux projets concernés comme cela se fait ailleurs. Cela explique les différences de frais d’un Conseiller administratif à l’autre. Parfois, il suffit de deux déplacements dans l’année pour atteindre des montants relativement importants. Ne plus voyager, ne plus recevoir, c’est aussi accepter de ne plus remplir une partie du cahier des charges. Cela ne semble pas souhaitable.

Pour conclure, j’aimerais réitérer la disposition du Conseil administratif à collaborer pleinement avec la commission des finances, qui est notre interlocutrice sur les problématiques dont il est question. Je souhaiterais enfin retenir, que si le rapport de la Cour des comptes n’a pas été des plus agréables pour le Conseil administratif, elle aura eu le mérite de lancer une vague qui ressemble bien à une lame de fond, en matière de transparence publique. Une lame de fond qui dépasse largement Genève et permettra, au final, de renforcer la nécessaire confiance que les habitantes et habitants de notre pays se doivent de pouvoir accorder à leurs autorités.