Le « magic » tour de passe-passe des CFF

A l’heure où Greta Thunberg a provoqué une prise de conscience mondiale sur l’importance de la transition écologique. Alors qu’une large tendance se dessine, que ce soit au niveau communal, cantonal ou fédéral, pour favoriser la mobilité douce et les transports publics. Alors que les axes autoroutiers sont systématiquement bouchés aux heures de pointe (regardez Genève-Lausanne ou le contournement autoroutier de Genève). Eh bien à ce moment crucial, les CFF voient leur échapper une étude digne d’un « magic » tour de passe-passe…

Révélée suite à une fuite, cette étude laisse entendre que les CFF veulent augmenter le prix de l’abonnement général, le jugeant « pas assez rentables »… Faut-il rappeler que l’abonnement général 2ème classe annuel coûte tout de même 3860.-, ce qui implique déjà de beaucoup prendre le train.

On peut se poser plusieurs questions face à cette annonce de hausse de 10% du prix de l’AG et même de 45% (!!!) pour l’AG junior.

La première interrogation est de constater que si les CFF sont maintenant une entreprise, ils restent une entreprise en mains publiques, avec une mission de service public : permettre à la population de se déplacer et le faire en respectant l’environnement, car le train rejette beaucoup moins de CO2 que le transport routier. Sauf erreur, ce but de protection de l’environnement n’est pas remis en question par le Conseil fédéral ou par la majorité des Chambres fédérales.

La seconde consiste à regarder l’actualité : un nouveau modèle fait maintenant fureur au niveau des stations de ski, le « magic pass ». Celui-ci correspond à une baisse massive de prix en lien avec un achat précoce d’un forfait annuel global pour l’ensemble des stations. On constate, après 3 exercices, que le nombre de journées/skieurs a massivement augmenté et que l’opération est globalement rentable, notamment avec les retombées indirectes. Pourquoi les CFF s’ingénient-ils donc à vouloir proposer des solutions d’un autre temps, basées sur un calcul de rentabilité simplet pour chaque proposition tarifaire, et pas sur du « mobility pricing » intelligent et qui facilite la mobilité douce ?

A l’heure où la qualité des prestations des CFF peinent à suivre (il suffit de prendre régulièrement l’axe Genève-Lausanne-Berne-Zurich pour le constater) et où le train a le vent en poupe, c’est au contraire un abonnement annuel beaucoup moins cher, et en particulier pour les jeunes, qui devrait être proposé. Un sésame que chacune et chacun aurait en poche, sans trop se demander si aller 3 fois par semaines à Lausanne suffit à rentabiliser un AG (ce n’est actuellement pas le cas).

Bref, les CFF nous sortent un « magic » tour de passe-passe, qui montre qu’ils n’ont pas bien pris la mesure de la transition écologique, ni des solutions dynamiques à mettre en place. Mais ce n’est qu’une étude. Tout n’est sans doute pas perdu…

 

Sami Kanaan

Sami Kanaan

Sami Kanaan est Maire de Genève 2014-2015 et 2018-2019, Conseiller administratif en charge du Département de la culture et du sport, Président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, Vice-président de l'Union des villes suisses et de l'Union des villes genevoises.

5 réponses à “Le « magic » tour de passe-passe des CFF

  1. Commenter les intentions des CFF simplement en demandant des abonnements meilleur marché, sinon gratuits, c’est du populisme. On aurait pu développer aussi d’autres thèmes, par exemple: les CFF doivent investir pour développer des transports publics sûrs, performants et confortables; et puis les AG ne conduisent-ils pas à certains excès, par exemple aller boire son café à Zermath et encombrer les train au momment ou les pendulaire vont autravail; le train c’est mieux que l’avion ou la voiture, mais l’impact écologique n’est pas nul, c’est encore mieux d’enfourcher sa bicyclette ou de s’aérer par une bonne promenade autour de chez soi.
    Un détenteur d’un AG depuis de nombreuses années.

    1. Mais qui vous dit qu’on irait boire un café à Zermatt si les AG étaient moins chers ? Et si on essayait plutôt que de sans cesse analyser et penser au pire, quitte à revenir en arrière ou trouver une autre solution si ça ne marchait pas ? Cette peur du débordement typiquement suisse me dépasse !

  2. Les CFF n’ont jamais cherché à optimiser le coût du rail dans l’intérêt des consommateurs. Les investissements sur les infrastructures sont depuis longtemps amortis, mais les coûts ne baissent pas. Faute de concurrence et grâce aux subventions massives de l’Etat les CFF vivent en fait confortablement d’une rente de situation. Il n’y a aucune réflexion aux CFF comment baisser drastiquement les coûts, comme l’aviation a dû le faire avec l’arrivée des low costs. La léthargie des CFF vis-à-vis du progrès technologique est immense, pensons simplement aux décennies qu’il a fallut pour qu’un conducteur de train dispose d’un simple téléphone, ou à leur opposition farouche à Swissmetro, projet nivatwur menaçant de leur faire concurrence.
    Comme citoyen suisse en fait j’ai honte des CFF, symbole d’immobilisme et d’inefficience. L’argent coule à flots, pourquoi changer quoique ce soi?

  3. Les impératifs de performance et de confort justifient donc une hausse des prix au détriment de solutions écologiques accessibles au plus grand nombre…

    Je vous propose, pour votre confort, de rester dans votre sofa, vous n’encombrez pas ainsi les trains aux heures de pointe.

    Cet alibi de la performance et du confort surtout en Suisse, sont obscènes.

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