Du droit au changement de vie (professionnelle)

Il y a un peu plus d’une année, j’initiais au sein du Parti socialiste genevois un groupe de travail ouvert et foisonnant d’idées, pour réfléchir aux enjeux que pose la numérisation sur l’emploi, et notamment l’enjeu de la reconversion (souhaitée ou contrainte) des personnes dont l’emploi, voire le métier, ne correspondent plus à la réalité du marché du travail et/ou à leurs aspirations personnelles.

Nourri de discussions passionnées, ce groupe – que ce blog me donne l’occasion de remercier chaleureusement–, a ainsi exploré plusieurs pistes en parallèle pour trouver des réponses adéquates face à ce défi urgent. Ce dernier ne subit pas seulement les effets de plus en plus massifs et rapides de la numérisation, mais plus largement de la globalisation et de la précarisation des conditions de travail (« uberisation »), de la financiarisation de larges pans de l’économie, et de l’instabilité croissante des grandes structures économiques.

Près de la moitié des emplois actuels menacés

En ce qui concerne la numérisation, certaines études prévoient la disparition de près de la moitié des emplois actuels en raison de la transformation des métiers et des processus de production et de diffusion. Si ces enjeux ne peuvent être entièrement maîtrisés sur le plan local, il est toutefois essentiel et urgent d’agir sur les leviers dont nous disposons et de faire évoluer le débat. D’une grande initiative programmatique qui aurait eu l’ambition de repenser entièrement le dispositif actuel encadrant l’emploi et la formation, à des projets très ciblés pour les personnes sans formation initiale, en passant par un compte « épargne-formation » à vie ou un contrat garanti de formation.

Accompagner la diversité des trajectoires de vie

La démarche s’est concentrée dans un premier temps sur la reconversion professionnelle et a abouti très concrètement au dépôt de trois projets de loi, dont un en particulier est issu du groupe. Il vise à modifier de manière pragmatique le dispositif existant des bourses et prêts d’étude (« Loi sur les Prêts et Bourses d’études » – LBPE), afin de pouvoir obtenir des effets utiles et concrets à brève échéance, s’il était adopté. Celui-ci fonctionne en effet de manière éprouvée depuis de nombreuses années, pour les trajectoires de vie « standards », durant lesquelles on entreprenait des études au début de sa vie adulte pour ensuite commencer un métier et s’y développer jusqu’à la retraite.

Pourtant, comme le souligne d’ailleurs la Cour des comptes qui a audité le dispositif, les trajectoires de vie sont de moins en moins « standard ». Les aléas divers, familiaux, professionnels ou personnels divers rendent ces trajectoires rectilignes de moins en moins habituelles. Et au-delà, les enjeux de la 4ème Révolution industrielle – numérique -, nous obligent à repenser la formation initiale, la formation continue et la reconversion professionnelle.

Offrir la possibilité de changer de voie professionnelle

On doit bien sûr penser à la manière dont sont imposés les profits, et je pense en particulier à la taxe sur les robots évoquée notamment par M. Xavier Oberson, mais aussi le projet de loi socialiste qui visait à taxer spécifiquement les caisses automatiques remplaçant l’humain dans nos supermarchés. Mais on doit aussi et peut-être surtout, donner la possibilité à chacun et chacune de se (re)former professionnellement. La possibilité de changer de voie et de s’épanouir dans une nouvelle profession.

Le premier projet de loi déposé va dans ce sens et modifie de manière ciblée la LBPE pour l’ouvrir aux personnes de plus de 30 ans, dans les cas justifiés par la conjoncture professionnelle en particulier. Il est pour moi important de pouvoir ainsi se former, entreprendre de nouvelles études, sans attendre d’être au chômage, et ainsi devancer les aléas de la vie.

Continuer une réflexion large sur l’emploi et la formation

Ce projet est accompagné de deux autres qui entendent instaurer une allocation cantonale de formation, destinée cette fois aux personnes au chômage. Car là aussi, l’obligation d’être « employable » en tout temps pose de sérieux problèmes à celles et ceux qui n’ont pas les compétences requises, par exemple.

Au-delà des trois projets de loi déposés et renvoyés jeudi en commission du Grand conseil pour traitement, j’aimerais que le groupe à la base de ceux-ci puisse continuer à vivre sa vie, faire d’autres propositions, s’assurer qu’elles ne s’enlisent pas au fin fond d’une commission, mais se matérialisent en actes concrets, pour la population genevoise !

Sami Kanaan

Sami Kanaan

Sami Kanaan est Maire de Genève, en charge du Département de la culture et du sport, Président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, Vice-président de l'Union des villes suisses et de l'Union des villes genevoises.

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