De ces certitudes « débaticides »…

Je suivais récemment un débat télévisé lorsque j’ai soudain senti monter en moi un certain désarroi quant à la capacité de l’humain à échanger des idées dans notre société des médias et du divertissement.  Plusieurs invités, a priori des personnes intelligentes, cultivées et saines d’esprit (en tout cas officiellement) débattaient de de la responsabilité écologique de chacun. Un thème actuel, riche d’enjeux et intéressant, mais qui a donné lieu à un discours de sourds, une cacophonie, une empoignade stérile.

Au-delà du sujet lui-même, c’est le déroulement de l’émission qui m’a interpelée. Mal cadrés (à dessein ?) par l’animateur peut-être en quête de sensationnel donc d’audimat, des contradicteurs exaltés se sont exprimé dans cette agora qui n’en était pas une, notamment une fervente féministe-écologiste qui prônait, avec une agressivité certaine, le fait d’avoir choisi consciemment de ne plus faire d’enfants afin ne pas polluer la planète. Ou encore une antispéciste, émule contemporaine de Brigitte Bardot qui défend la cause, tout à fait noble et respectable, des droits des animaux, mais qui pousse ce principe si loin qu’il en devient extrémiste, voire « inhumain » vis-à-vis de l’homme lui-même.

Ce qui m’a frappé, c’est qu’au lieu de participer à l’échange de points de vue auquel ils étaient invités et d’écouter avec un minimum d’ouverture ce que chacun des contradicteurs avait à dire, chacun des participants s’est muré derrière sa propre certitude, se montrant parfaitement incapable de considérer que plusieurs opinions puissent être légitimes voire enrichissantes.

Les jeunes générations répliquant bien naturellement sur les réseaux sociaux les comportements qu’ils observent chez leurs aînés ou dans les médias, pas étonnant que soit apparue la terrifiante notion de point «Godwin»*, désignant le moment où, dans un débat se déroulant sur les réseaux sociaux, l’invective prend le pas sur la discussion et où fatalement on en arrive à traiter l’autre de nazi. On est bien loin de Voltaire et de son « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Vous me direz peut-être : mais voilà qui est excellent du point de vue du développement personnel, avoir des opinions et la possibilité de les affirmer, de les défendre en tout temps et même d’avoir raison contre le plus grand nombre, etc.

Eh bien que nenni, car la clé de la réalisation de soi n’est certainement pas de réduire le monde aux gentils et aux méchants, aux riches et aux pauvres, à j’ai raison et tu as tort. S’il est important d’avoir un avis, c’est de la pure arrogance ou au moins un manque de jugement et d’humilité que de prétendre détenir la vérité et de vouloir l’imposer aux autres, en les jugeant sans connaître leur ressenti, leur vision, leur histoire.

Au final, cette attitude de repli sur nos certitudes sert généralement à cacher nos insécurités et nos revendications personnelles qui, la plupart du temps, ont bien plus à voir avec nos propres manques qu’avec le sujet discuté. En creusant un peu le pourquoi d’une position intransigeante ou excessive, on peut identifier les faiblesses qui y sont liées. L’auteur québécoise Lise Bourbeau décrypte très bien les plus importantes blessures, qui engendrent autant de « masques » que l’on porte pour les compenser. Ainsi le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice peuvent se traduire par autant de comportements fuyants, dépendants, masochistes, contrôlants ou rigides. Il est souvent intéressant de se demander, face à un interlocuteur dont on ne comprend pas le comportement, ou face à notre propre réaction à un argument, quelle motivation plus intime peut être subtilement en jeu.

Cela demande beaucoup de force de caractère que de continuer, une fois que nous nous sommes forgé une conviction, de se donner la chance d’écouter et de tenter de s’ouvrir à d’autres avis. Cette écoute réelle, cette ouverture peut être des plus enrichissantes, sur tous les plans. Nous faisons tous partie d’un seul et même écosystème, en perpétuelle évolution et sujet à débat, c’est la beauté du « vivre-ensemble ». Il y est possible, j’en suis convaincue, d’y démontrer sa pleine personnalité tout en respectant l’autre, en l’écoutant et sans annoncer chaque minute la fin du monde ou avoir besoin de revendiquer l’imposition de mesures extrêmes ou pire d’abattre le supposé ennemi, souvent juste pour se faire mousser ou pour compenser ses propres faiblesses de l’ego.

Sur un ton un peu plus léger, j’ai vu sur Facebook (vous savez, le trombinoscope interplanétaire qui compte plus de 2 milliards d’utilisateurs) une publication qui m’a fait sourire et qui disait en substance « Astuce: peu de gens le savent, mais il est possible de lire un avis différent du sien et de simplement passer à autre chose… »

Qu’on se le dise, mais avec bienveillance…et dans l’écoute !

 

Sabrina Pavone

 

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

Sabrina Pavone

Sabrina Pavone

Passionnée par les relations humaines et le développement du «soi», Sabrina Pavone est coach et maître-praticienne en PNL. Elle a spécialisé son travail sur les «constellations familiales & systémiques» et les rituels, en individuel, en groupe et en entreprise. Elle anime aussi des ateliers à thèmes sur la créativité et la conscience féminine.

2 réponses à “De ces certitudes « débaticides »…

  1. Le jour (qui ne va pas tarder) où la science démontrera qu’une salade, un plan de blé ou un pommier a une vie et des actions, comme un cochon ou une poule, de quoi vont se nourrir les vegans?
    C’est une question qui me turlupine!

  2. Vous avez mille fois raison. Ces soit disant débats d’idées lors d’emissions politiques, comme chaque show télévisuel, est essentiellement conçu pour faire de l’audimat. L’affiche annonce quelques invités choisis, quelques « coqs » du paysage politique confrontés à des plus sages, parfois un philosophe (!), pour animer un combat « démocratique dit on » singulier de 1-2H, absurde, inutile et ennuyeux. L’arbitre est un journaliste connu à qui revient parfois le maintien habile d’un spectacle souhaité par la rédaction, sans plus. Cerise sur le gâteau: à la fin de l’emission on nous révèle l’appreciation de l’émission et des intervenants principaux (convainquant ? en % et par thème), par les téléspectateurs.

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