Elections en Turquie novembre 2015 (III) – Besoin d’un choix clairvoyant

Peut être que 2015 entrera dans l’histoire comme l’année où la démocratie en Europe et au-delà a été vendue et mortellement blessée par ses avocats et par ses détracteurs pour un calme illusoire. Ou, peut-être, 2015 sera l’année quand le peuple turc aura donné par deux fois une leçon au monde, sachant garder la tête froide au milieu de la tempête qui le secoue.

Dans ce contexte, des analystes turcs soulignent les efforts du parti HDP pour faire en sorte de maintenir un équilibre fragile dans les régions kurdes de la Turquie, actuellement sous grande pression de la part du gouvernement central, qui n’hésite pas à provoquer le PKK (qui riposte à son tour) par des attaques militaires et des accusations ; il faut dire que dans ça il reçoit le soutien d’un vétéran de l’AKP, ancien président Abdullah Gül, qui n’est pas toujours en accord avec l’actuel Président. Les analystes parlent aussi des tactiques électorales de dernière minute de l’AKP, qui change les députés candidats des régions de la même manière dont on faisait jadis dans l’empire des mutations pour s’assurer la fidélité des sujets et de ceux qui les dirigent.

Coups de théâtre et surenchère sécuritaire

Il est probable que dans les deux semaines qui restent avant ces élections d’autres coups de théâtre et changements de dernière minute arrivent, comme par exemple l’annonce d’un méga deal pour la construction d’un troisième aéroport à Istanbul ou l’arrestation « in absentia » de Fetullah Gülen (idéologue qui a soutenu et ensuite renié le Président Erdogan) pour avoir « tenté de renverser le gouvernement et l’empêcher de faire son devoir.» Il y aura encore d’accusations de terrorisme et d’intimidation. Il ne faut pas oublier non plus les forces extrémistes qui ont véritablement des intentions violentes et à qui la surenchère sécuritaire convient très bien comme alibi pour opérér.

Tout cela étant dit, la plus grande partie de responsabilité concernant ces élections reste, désormais, avec le peuple turc. Des sondages de cette semaine montrent qu’il y a une vague de mécontentement à l’encontre du pouvoir quant à son rôle (passif ou actif) dans l’attentat d’Ankara en ce mois d’octobre, d’autant plus qu’on a imposé un embargo à la presse sur le fait de couvrir ces événements.

Les 53.7 millions d’électeurs vont décider s’ils optent de se laisser emporter par la fièvre d’un court terme en proie aux conflits et à la soif de pouvoir d’une vision totalitaire, ou – plus difficile – de dire encore une fois aux dirigeants qu’ils veulent une vraie démocratie dans leur pays, en donnant leur chance à une pluralité de forces politiques au Parlement. Dernière partie à suivre après les élections du 1er Novembre.

Ruxandra Stoicescu

Ruxandra Stoicescu

Ruxandra Stoicescu est analyste et productrice média indépendante. Depuis quatre ans elle tient le blog audio Tales of the World et enseigne les relations internationales dans divers centres universitaires en Suisse romande. Formée à l'étude des relations internationales à la lumière de l'Histoire, elle propose un blog où les questions politiques et sociales contemporaines sont examinées sous l'angle de la longue durée.

2 réponses à “Elections en Turquie novembre 2015 (III) – Besoin d’un choix clairvoyant

  1. Encore ce matin les force de gouvernement et non de l’état sont entré par la force dans les locaux de journal et tv appartenant à Ipek Koza qui est proche de mouvement Gulen. Ils ont interrompu l’émission en direct de tv Kanakturk.
    En ce moment il y a une dictature. Le pouvoir en place ne respecte pas ses propres lois. Il y a une sorte d’orientalisation réactionnaire islamiste. Le pays est gouverné non pas selon les lois mais selon les ordres du président qui se comporte comme le sultan ottoman. Cela il revendique.

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