Stockage de l’énergie: changement d’échelle ?

La transition énergétique et le développement des énergies renouvelables posent de nouveaux défis en matière de stockage de l’énergie. La variabilité de la production solaire et éolienne demande de se pencher attentivement sur les infrastructures de stockage, et ce à différentes échelles. Tour d’horizon des solutions actuelles et des perspectives.

Le stockage : enjeu majeur pour les énergies renouvelables

En Suisse, la composition du mix énergétique (barrages, énergie fossile et nucléaire, etc.) associée aux grandes infrastructures de pompage-turbinage permettait jusqu’à présent une certaine flexibilité de la production et un ajustement aux besoins de consommation électrique.

Avec la stratégie énergétique 2050, l’évolution du mix énergétique vers plus d’énergies renouvelables (solaire et éolien notamment) amène de nouveaux défis sur la question du stockage de l’énergie. En effet, le courant électrique issu des installations photovoltaïques et éoliennes n’est produit que lorsque le soleil brille ou que le vent souffle. Le développement de ce type d’énergie intermittente rend le réseau de plus en plus dépendant des conditions météorologiques, au fil de la journée comme des saisons. L’un des principaux défis de la transition énergétique consiste donc à développer des systèmes de stockage permettant d’emmagasiner les surplus d’énergie (principalement en été) et de les restituer au bon moment.

Un développement jusqu’à l’échelle locale

D’un système de production composé de quelques grandes centrales couvrant la majeure partie des besoins en électricité, on se dirige vers un système comprenant de plus en plus de petites installations éoliennes et surtout photovoltaïques. Les solutions de stockage devraient elles aussi être décentralisées et adaptées à toutes les échelles : au niveau national et régional, à l’échelle de quartiers, et jusqu’aux immeubles eux-mêmes.

Éventail de solutions techniques

Qu’elles soient directes (sur des bobines ou des condensateurs) ou indirectes (sous une autre forme d’énergie), de nombreuses solutions techniques pour le stockage de l’électricité sont disponibles aujourd’hui. Le Manuel de stockage d’énergie du Swiss Competence Center for Energy Research (SCCER) de l’EPFZ en présente un éventail complet et détaillé. Les solutions se différencient entre autres par leur puissance nominale, leur temps de décharge (pour restituer l’énergie stockée), leur rendement et leur coût (voir figure ci-dessous).

  • Le système (de très loin) le plus utilisé dans le monde est le pompage-turbinage. Il permet, au moyen de deux réservoirs à différentes hauteurs reliés par des conduites, de pomper l’eau en amont grâce aux surplus d’énergie et de la renvoyer en aval pour produire de l’électricité lorsqu’il en manque pour combler les besoins (voir l’article du 15 mai 2021).
  • Les batteries (lithium-ion, sodium-ion et à flux circulants), qui stockent l’électricité chimiquement, ont déjà relativement fait leurs preuves. Pourtant, ce mode de stockage indirect de courant reste cher, comparé à ses faibles capacités.
  • Le stockage par air comprimé consiste à utiliser l’énergie électrique excédentaire pour entraîner un moteur relié à un compresseur. Celui-ci aspire l’air ambiant, ce qui fait augmenter la pression et la température de l’air. Cet air comprimé est stocké dans une cavité. Par la suite, il est renvoyé dans l’environnement par l’intermédiaire d’une turbine, qui produit à nouveau de l’énergie électrique. Ce système a été étudié dans le cadre d’un projet du Programme national de recherche PNR 70 (https://www.nfp-energie.ch/fr/dossiers/191/).
  • Les volants d’inertie, connus depuis l’antiquité, permettent de stocker de l’énergie sous forme cinétique en faisant tourner une masse cylindrique.
  • La transformation de l’électricité en hydrogène par électrolyse fait partie des autres technologies possibles. L’hydrogène ainsi stocké peut restituer de l’électricité au moyen d’une pile à combustible. Ce processus est toutefois très fastidieux et offre un faible rendement.
  • Dans un prototype construit au Tessin, la start-up suisse Energy Vault suit le même principe que celui des centrales de pompage-turbinage, mais avec des blocs de béton plutôt que de l’eau. Les surplus d’électricité sont utilisés pour hisser ces blocs les uns sur les autres, afin de former une tour de 120 mètres de haut. Ils sont ensuite lâchés en utilisant la gravité pour produire de l’électricité.

Temps de décharge, puissance et rendement de diverses technologies de stockage. (source : Bulletin AES 2/2018 : Un stockage local et compétitif de l’énergie)

Le pompage-turbinage, à petite échelle aussi

Parmi les différentes solutions disponibles aujourd’hui, le système de pompage-turbinage reste la plus efficace et la plus économique. Avantagée par sa topographie et ses ressources en eau, la Suisse est déjà dotée de plusieurs installations d’envergure, en a encore développé récemment, à l’instar de celle du Nant de Drance, en Valais, qui entrera en service le 1er juillet 2022 et figure parmi les plus puissantes d’Europe. Or, les grandes installations alpines pourraient être complétées par des systèmes régionaux et locaux de petite puissance, offrant ainsi un outil de gestion et de flexibilité pour les réseaux électriques.

Après une première étude pour l’installation et l’intégration d’une Station de transfert d’énergie par pompage-turbinage à petite échelle (STEPPE) sur la commune d’Arbaz (VS), la HES-SO Valais-Wallis a réalisé une étude visant à évaluer le potentiel de ce type d’installations dans les cantons de Vaud et du Valais. Sur 186 sites recensés, 21 présentent un potentiel pour le pompage-turbinage à petite échelle.

L’étude montre tout l’intérêt de ce type d’installations. Par rapport aux grandes installations, celles à petite échelle peuvent se faire à moindre frais et avec un impact beaucoup plus léger sur l’environnement par la réutilisation de bassins et d’infrastructures préexistants (eau potable, irrigation, enneigement artificiel, etc.). Aussi, par rapport aux autres technologies de stockage, une « STEPPE » présente de nombreux avantages : elle dispose d’une longue durée de vie, elle utilise des technologies matures, elle a un rendement de cycle (charge et décharge) comparable à celui des batteries, soit d’environ 70%, et, facteur non négligeable, elle s’inscrit dans un contexte de développement durable.

Les batteries et accumulateurs Power-to-X ont de l’avenir

La diversification des technologies de stockage devrait contribuer à un système énergétique plus robuste et sûr. Selon les experts du SCCER, les batteries et les accumulateurs Power-to-X (conversion d’électricité vers d’autres vecteurs énergétiques : gaz, hydrogène, etc.) ont un rôle déterminant à jouer dans l’équilibre et la stabilité du système énergétique. Alors que les centrales de pompage-turbinage de grande échelle sont conçues pour égaliser les niveaux de tension de réseau moyens à élevés, les batteries sont mieux à même d’équilibrer l’offre et la demande en lien avec les installations éoliennes et solaires, qui fonctionnent sur des niveaux de tension moyens à faibles. Il faut donc s’attendre à une augmentation de la demande en stockage sur batterie, et qu’à terme, celle-ci surpasse même celles des centrales de pompage-turbinage.
Finalement, le développement de la mobilité électrique offre également en lui-même d’importantes possibilités de stockage. En stockant l’énergie lors des pics de production et en la restituant la nuit, ces batteries « embarquées » dans les potentiels millions de véhicules électriques pourraient ainsi jouer un rôle dans la stabilisation du système énergétique.

Un facteur-clé pour l’indépendance énergétique

Comme le rappelle le SCCER dans son Manuel de stockage d’énergie, investir dans des infrastructures de stockage d’énergie est aujourd’hui économiquement rentable. Les technologies de stockage sont soit déjà disponibles sur le marché (encore très largement dominé par le pompage-turbinage), soit commercialisables ou ayant déjà démontré leur viabilité technique et économique. Le développement de la recherche et des applications se poursuit encore pour le traitement rapide des petites quantités d’énergie, en lien avec les énergies renouvelables. Dans cette optique, la Suisse participe au programme de recherche européen Batterie 2030, avec pour but l’amélioration de la longévité et de la densité d’énergie des batteries en lithium-ion classiques afin de réduire l’utilisation de métaux rares.

Comparaison des coûts spécifiques de différentes solutions de stockage d’énergie (source : Bulletin AES 2/2018 : Un stockage local et compétitif de l’énergie)

En Suisse, les dépenses importantes liées à l’importation de pétrole, de gaz et d’uranium, chiffrées actuellement à 12 milliards de francs par an, pourraient ainsi être remplacées, selon les recherches du SCCER de l’EPFZ (Swiss Competence Center for Energy Research). Dans une logique d’économie, de durabilité et d’indépendance énergétique, le développement du stockage d’énergie mérite donc d’être encouragé, et ce à toutes les échelles.

Pour aller plus loin :

 

Mathieu Pochon

Ingénieur environnemental

« L’ère post-pétrolière se profile, et il va falloir réapprendre à faire sans le joker des hydrocarbures »

La transition n’est pas seulement une question de nouvelles filières énergétiques à développer. Pour la concrétiser, il est urgent de (re)créer des emplois et savoir-faire permettant de vivre décemment dans un paradigme qui n’est plus dopé au pétrole et au gaz. L’ingénieur et entrepreneur Marc Muller nous explique comment opérer ce tournant décisif et à quoi pourrait ressembler notre société d’ici quelques années.

Dans l’histoire de l’humanité, le fait de disposer d’une énergie abondante à bas coût – le pétrole et le gaz – ne représente qu’une minuscule fenêtre temporelle. Seulement, dans notre conception des choses, nous avons tendance à prendre cette période et ses avantages comme acquis. Les faits et les données nous ramènent cependant à la réalité, et de manière plutôt brutale. Dans à peine huit ans, en 2030, selon de nombreux rapports, la demande en pétrole devrait dépasser l’offre de 25%. Un point de rupture qui nous précipitera dans un contexte de pénurie énergétique, de troubles économiques et de déséquilibres sociaux. Pour l’éviter, ou du moins pour amortir le choc, il est urgent de former des professionnels compétents dans des domaines clés, et cela dans des proportions massives. On fait le point avec Marc Muller, ingénieur spécialisé dans la transition énergétique.

Questions d’énergie : avant de nous intéresser aux nouveaux métiers sur lesquels repose la transition énergétique, parlez-nous de l’urgence du contexte actuel.

Marc Muller : Nous sommes en réalité sur la courbe descendante de l’ère pétrolière, dont le pic se situait aux alentours de 2005. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a bientôt plus de pétrole, mais qu’il devient de plus en plus couteux financièrement et énergétiquement parlant d’aller le chercher. En 2030, les estimations indiquent que la demande sera supérieure de 25% à l’offre. Du jamais vu dans notre histoire récente. Les effets commencent déjà à se faire ressentir ici et maintenant, avec une facture de chauffage multipliée par cinq dans certaines régions de la Suisse. On sait ainsi qu’il ne sera pas possible pour tout le monde de payer ses factures et de se chauffer cet hiver. Et cela indépendamment des pressions exercées sur le marché par le conflit en Ukraine.

Comment qualifier notre dépendance aux hydrocarbures et quels impacts l’ère post-pétrolière aura-t-elle sur nos vies ?

L’impact est énorme. Il faut réaliser une chose fondamentale, le pétrole, et les hydrocarbures, agissent comme une sorte de joker économique. Dans le contexte que nous connaissons, et que nous avons pris pour acquis, tout est facile et peu cher. Se déplacer, transformer la matière, consommer des biens ou encore chauffer son logement, tout cela repose sur le pétrole qui, en coulisses, accomplit en fait le travail de très nombreuses filières et personnes. Sans pétrole, tout ce travail ne pourra pas être simplement remplacé par d’autres énergies. Prenons le secteur de la construction comme exemple. Il ne suffira plus de simplement remplacer sa vieille chaudière par une neuve, mais il va falloir rénover le bâtiment, refaire son isolation, installer des panneaux photovoltaïques et/ou thermiques, voire des pompes à chaleur, et entretenir le tout. Des tâches qui nécessitent des savoir-faire et des professionnels compétents qui, aujourd’hui, ne sont de loin pas disponibles en nombre suffisant.

La transition énergétique repose donc aussi et surtout sur de nouveaux métiers qui n’existent pas encore, ou qui ne sont pas exercés par suffisamment de personnes ?

Exactement. Rien que dans le domaine du bâtiment, l’ère post-pétrolière implique de disposer de 200 fois plus de main d’œuvre qu’aujourd’hui pour assainir un bâtiment. C’est un secteur clé dans lequel nous avons malheureusement pris un énorme retard, en ne faisant quasiment rien depuis la construction du parc bâti que nous habitons, construit majoritairement dans les années 1970. Mais les besoins s’avèrent également massifs dans les autres secteurs d’activité, comme l’agriculture par exemple. Une filière qui, comme l’ensemble de notre système mondialisé, fonctionne sous perfusion des hydrocarbures. Le déséquilibre provoqué dans notre production alimentaire est clair : il faut sept calories de pétrole pour produire une calorie mangeable. Là aussi, il est urgent de pouvoir retrouver des bonnes pratiques et des savoir-faire basés sur la connaissance du sol, les boucles fermées des engrais ou encore l’agroforesterie.

Pour faire le point, quelles familles de métiers pouvons-nous identifier comme étant nécessaires au succès de la transition énergétique ?

Comme mentionné, le secteur de la construction est central, avec notamment un besoin important concernant la fabrication des matériaux. Il faut réapprendre à produire des matériaux en utilisant des ressources locales et renouvelables telles que le bois par exemple. La production de l’énergie est tout aussi essentielle, avec un paradigme de production décentralisée. Panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, mobilité électrique, bornes de recharge, pompes à chaleur, réseaux de chauffage à distance, toutes ces infrastructures doivent être étendues massivement, ce qui nécessite de très nombreux professionnels disponibles et formés dans ces domaines. Enfin, l’agriculture a besoin de main-d’œuvre, et surtout d’une refonte complète de son positionnement.
En outre, pour substituer les transports au long court, il s’agira aussi de rouvrir des mines en Europe, de fabriquer nos habits, etc.

Autant de métiers pratiques qui, pour certains, ne figurent clairement pas dans les préférences des jeunes aujourd’hui…

C’est vrai. Et c’est bien dommage. Après l’école obligatoire, le parcours classique consiste en effet pour la majorité à se diriger vers le Gymnase, puis à faire des études dans des filières liées au secteur tertiaire. Mails ne faut pas se leurrer, le monde de demain nécessite de savoir faire des choses pratiques et concrètes. Construire des maisons intelligemment, les isoler puis les entretenir, produire de l’énergie de manière décentralisée, cultiver notre sol différemment. Ce n’est pas en étudiant jusqu’à 25 ans dans le cocon académique que nous parviendrons à opérer notre transition énergétique.

Une société ne peut pas vivre avec 30% de cols blancs. Cela a été possible puisque la production de nos biens de consommation a été délocalisée à grands coûts énergétiques et climatiques. Ramener cette production en Europe et réussir notre transition signifie également retourner à des taux d’universitaires aux alentours de 10% probablement.

En même temps, les besoins technologiques liés à la transition sont importants, ce qui demande une force de travail décisive dans la recherche et le développement.

Oui. Mais cela n’annule en rien les besoins dans les filières pratiques, accessibles notamment via l’apprentissage. En Suisse, les estimations indiquent que pour réussir la transition énergétique sans trop léser notre société, il nous faudrait disposer de plus d’un million de professionnels opérationnels à 100% durant les 30 prochaines années dans les métiers dont nous venons de parler. En parallèle, il s’agira de monter le niveau de compétences des filières d’apprentissage car les métiers de la transition demandent beaucoup de connaissances.

Concernant les nouvelles technologies à développer, comment imaginer le monde de demain ? On nous vend souvent deux visions qui semblent parfois opposées, entre un monde plus simple, basé sur le bon sens et le retour à un style de vie un peu plus austère, et un monde hyper technologique, dans lequel l’innovation nous sauvera. Quel est votre sentiment ?

C’est simple, nous aurons besoin des deux. Concernant les technologies, il est essentiel de pouvoir les pousser et les étendre au maximum. Il nous faut du photovoltaïque hyper efficient partout, même en façade. Il nous faut une mobilité décarbonée, électrique et tendant plus vers un partage des infrastructures, donc une mobilité majoritairement publique, et non plus individuelle. Et en même temps, dans cette société technologiquement très efficiente, il nous faudra vivre simplement. Fini les vols low-cost tous les weekends par exemple. Sans hydrocarbures, un certain retour en arrière, dans le sens d’un ré-apprentissage des modes de production et de consommation plus locaux, est nécessaire.

Pour revenir sur la question des métiers de la transition, comment motiver les jeunes à s’orienter davantage dans des domaines qui, pour certains, sont aussi plus éprouvants, voire plus pénibles, que les métiers de services ?

Nous vivons dans une forme de déni professionnel en imaginant que l’effort physique et la pénibilité au travail pourraient avoir disparu. Or, les métiers de la transition nécessiteront plus de travail manuel. Il faut prendre conscience que pour nous passer du pétrole il faudra accélérer des secteurs pratiques qui sont rudes physiquement. Il n’est pas impossible que face à la pénurie de main-d’œuvre, demain, le maçon gagnera peut-être plus que l’avocat. C’est déjà le cas aujourd’hui dans plusieurs métiers de la construction, où les salaires mensuels peuvent avoisiner les 7000 francs, voire davantage. Dans les métiers de services, tous ne gagnent pas autant.

Encore un mot sur le volet énergétique. Alors que les producteurs mondiaux de pétrole ne peuvent pas augmenter la cadence, le nucléaire revient sur le devant de la scène. Sans pétrole, mais en réactivant la filière de l’atome, est-on toujours confronté aux mêmes défis et risques que vous mentionnez ?

Bien sûr. Le nucléaire pose toujours les mêmes problèmes de sécurité, notamment concernant les déchets. Mais également concernant la demande énergétique. Le nucléaire n’a de loin pas la capacité de remplacer les hydrocarbures. Pour ce faire, il nous faudrait, je crois, quelque chose comme 22’000 centrales en fonction dans le monde.
En France, la détresse énergétique est considérable car ils ne disposent pas des branches professionnelles permettant de réussir la transition de façon décentralisée. Ils sont lents en solaire et en efficacité énergétique. Dans ce contexte, le gouvernement – face au mur – relance la filière nucléaire, ça se comprend. Et on parle de construire six centrales de grande puissance. Outre les problèmes d’approvisionnement en uranium, il faut aussi savoir que la relance d’une centrale prend énormément de temps, en s’étalant sur 20 ans. On verra leur capacité à remonter la pente, mais ce sera long.

Dans ce sens, et si on en accepte les risques, le nucléaire pourrait plutôt être vu comme un amortisseur de décroissance – la formule n’est pas de moi – ! Cela permettra à certains pays de ne pas sombrer dans l’effondrement du système économique et de ralentir le rythme avec plus de contrôle.

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation

Management durable, et si on changeait le monde ?

Si les problématiques durables semblent souvent décrites et abordées du point de vue du grand public et des autorités, les entreprises sont évidemment concernées. Outre leur domaine d’activité et leurs répercussions environnementales, c’est aussi et surtout par l’adoption d’une philosophie de management responsable qu’elles peuvent changer la donne. Explications.

Lorsque l’on s’intéresse à la vaste thématique du développement durable, force est de constater que les questions managériales semblent, de prime abord, plutôt mises de côté. L’implication des entreprises est souvent abordée, notamment en matière de production de biens et d’impacts sur l’environnement, en revanche la manière dont elles gèrent leurs ressources et leurs projets reste étudiée de manière marginale. Le management durable a pourtant fait du chemin et constitue même une discipline socio-économique à part entière. On l’étudie, on le développe et les employés le recherchent de plus en plus activement. Mais de quoi s’agit-il ?

À priori, rien de bien compliqué si l’on considère sa définition purement théorique. Pour faire simple : le management durable est une forme de management qui consiste à tenir compte de la notion de développement durable au sein de l’entreprise. Si le concept peut faire sourire certains sceptiques, il faut s’intéresser de près à sa plus-value économique. Car si le fait de gérer son entreprise d’une façon durable s’avère vertueux, il s’agit aussi de générer de la valeur. Plus que cela, on gardera à l’esprit le point fondamental de ce style de management. On ne s’efforce pas de limiter son empreinte écologique en tant qu’entreprise. Mais on fait en sorte que la mise en place d’une politique de développement durable agisse en tant que moteur économique. C’est donc par le management durable que l’entreprise doit parvenir à réaliser ses objectifs économiques.

Renouer avec les racines de l’entrepreneuriat

Présenté comme étant une tendance plutôt nouvelle, le management durable doit en fait être vu comme étant un retour aux sources, voire au bon sens. C’est en tous cas la vision que prône l’entrepreneur, économiste et écrivain Gunter Pauli, à qui l’on doit notamment le concept d’économie bleue, un modèle dans lequel l’activité économique s’inspire de la nature pour créer de la valeur et des emplois tout en régénérant notre planète.

« En considérant notre histoire, on s’aperçoit que les activités des entreprises se sont toujours inscrites dans un cadre économique altruiste. Une entreprise n’a en fait pas de raison d’être si son activité ne permet pas d’engendrer une plus-value bénéfique au contexte et à l’ensemble dans lesquels elle se positionne. L’activité économique entreprise dans le seul but de générer du profit est en réalité un fait relativement récent. Dans ce sens, j’aime rappeler que le paradigme actuel, notamment marqué par des sociétés dont l’objectif consiste uniquement à générer de la richesse financière, est à la fois nouveau et minoritaire dans notre histoire. Il est évident qu’une entreprise doit aussi et surtout servir à améliorer le bien commun. ».

Considération plus large

Pour être durable, le management ne peut pas se limiter aux aspects purement énergétiques, ou encore environnementaux. Ces points représentent bien sûr des fondamentaux, mais il s’agit de définir une stratégie plus large. C’est d’ailleurs pour cette raison que le management durable constitue un des leviers de ce que l’on appelle aujourd’hui la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Durabilité, justice sociale, écologie ou encore engagement sociétal forment ainsi un terrain d’action global au sein duquel l’entreprise doit se (re)positionner.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Pour une entreprise, d’un point de vue managérial, cette philosophie durable peut par exemple se traduire par un engagement visant à supprimer les inégalités salariales entre hommes et femmes, à combattre les discriminations ou encore à veiller au bien-être des employés. Les modèles hiérarchiques classiques ne sont donc plus adaptés à la donne actuelle (l’étaient-ils réellement auparavant ?) et une entreprise, pour continuer à attirer des talents, doit repenser et réaffirmer ses valeurs. Ce qui peut aussi impliquer des changements radicaux par rapport à la conception même du paradigme économique que l’on a toujours connu. Si l’innovation disruptive fait avancer la technologie, il en va de même en management. À Genève, le géant Japan Tobacco International a par exemple annoncé une nouvelle qui a fait grand bruit : la multinationale prévoit d’essayer cette année la semaine de quatre jours. Sans résoudre les problématiques durables de l’industrie du tabac, le groupe s’inscrit cependant dans une approche durable novatrice, dont les bienfaits en termes de bien-être des employés et de réduction des impacts environnementaux dus à l’activité de l’entreprise ne peuvent être que bénéfiques.

Nouvelle demande, nouvelle offre

Les acteurs économiques se sont longtemps concentrés sur leurs seules performances, mais il leur faut désormais composer avec une nouvelle donne au sein de laquelle leur rôle devient plus complet. Outre les affaires, il s’agit aujourd’hui de générer des effets dont les répercussions bénéfiques doivent s’étendre à leur environnement naturel, social et économique, voire de centrer leur activité sur cet objectif. La recherche du profit n’est évidemment pas à blâmer. Seulement, dans le contexte actuel, il devient essentiel de favoriser des approches économiques et entrepreneuriales qui visent aussi à améliorer le sort commun. Pour les entrepreneurs qui ne seraient pas convaincus, il faut savoir que la démarche n’est pas seulement louable. Elle est également stratégique. Car les consommateurs affirment désormais un désir commun d’accéder à des produits et services responsables. Pour tout acteur économique, le fait de s’engager dans une voie plus durable, juste ou éthique peut ainsi permettre de répondre à cette nouvelle demande. En particulier dans un marché caractérisé par un haut degré d’information et un réel engouement pour la plus-value altruiste de ce qui s’y produit et consomme.

Cet engouement des consommateurs pour des produits et services responsables contribue aussi à faire évoluer les activités B to B (business to business) de manière positive. Pour suivre les souhaits de clients conscients et informés, les acteurs économiques ont ainsi intérêt à se tourner vers des fournisseurs engagés dans la même démarche. En influençant les commerces ou les fournisseurs de services orientés grand public, la pression populaire motive donc ces entreprises à contrôler leurs filières pour sélectionner les partenaires les plus éthiques et respectueux de l’environnement.

Réintégrer les consommateurs dans l’équation

Fait encourageant : les consommateurs sont de plus en plus impliqués dans les transformations de notre système économique. Le secteur de l’énergie en est un bon exemple. Durant ces dernières années, l’essor des nouvelles technologies renouvelables a permis aux particuliers d’équiper leurs logements avec des infrastructures de production, comme les panneaux photovoltaïques par exemple. Au sein d’un modèle de production énergétique décentralisé, les consommateurs deviennent également producteurs, et les grands groupes et services industriels ont dû se rapprocher de la population.

Pour s’adapter à un marché bousculé, les principaux fournisseurs d’énergie et gestionnaires de réseaux ont donc élargi leurs offres et prestations pour accompagner les particuliers et les entreprises dans l’installation de leurs infrastructures et racheter le surplus de courant qu’elles produisent. Un pivot industriel aussi intéressant qu’encourageant, notamment parce qu’il démontre la possibilité de faire évoluer des paradigmes économiques importants, et cela même lorsqu’ils semblent figés et soumis à l’hégémonie de grands groupes.

Un enthousiasme que partage Gunter Pauli, en voyant dans la génération d’entrepreneurs actuelle une vraie prise de conscience et une volonté de faire avancer les choses.

« Les jeunes générations entrepreneuriales semblent en effet faire preuve d’une solide ambition en la matière. Bien sûr, ce virage entrepreneurial vertueux prend du temps. Pour l’instant, je constate que l’entrepreneuriat est encore trop porté sur des aspects purement économiques, pour ne pas dire mathématiques. On passe des MBA, on réalise des business plans et des prévisions, on se focalise sur les chiffres et les rendements. Mais à la base, l’entrepreneur n’est-il pas un rêveur ? Comme un enfant, il rêve de projets concrets et veut combattre l’injustice en changeant les choses. À mes yeux, les entrepreneurs ont perdu leur âme d’enfant. Il s’agit donc de réveiller cette ambition un peu folle qui ne se pose pas de limites. En somme, il faut garder à l’esprit que tout est possible et ne pas trop écouter les avis réducteurs ni les mises en garde inutiles et infondées. ».

 

Thomas Pfefferlé

Journaliste innovation

Entreprises: 7 bonnes raisons de valoriser vos toitures

De nombreuses entreprises disposent de grandes toitures en bon état. Alors que les coûts de l’énergie s’envolent, que les possibilités d’approvisionnement s’amenuisent et que les besoins augmentent, ces infrastructures à disposition des entreprises représentent autant d’opportunités à saisir.

Pour une entreprise, avoir son bâtiment accueillant une installation photovoltaïque recouvre de nombreux avantages. Cela permet entre autres de :

  • Consommer une énergie locale et renouvelable
  • Valoriser ses infrastructures
  • Réduire sa facture énergétique
  • Répondre aux normes légales de construction
  • Augmenter son autonomie énergétique
  • Réduire ses émissions de CO2
  • Bénéficier d’une bonne image de marque

Consommer local

L’énergie solaire permet de produire une énergie locale, renouvelable et faiblement émettrice de CO2. De plus, l’énergie produite sur le lieu de consommation contribue à couvrir une partie de ses besoins énergétiques en déchargeant quelque peu le réseau. L’un des avantages est de consommer la production de l’installation photovoltaïque sous le modèle de l’autoconsommation, en fonction de ses besoins. Le surplus étant automatiquement réinjecté sur le réseau (refoulement).

Valoriser ses infrastructures

Les toitures ainsi que les façades de bureaux ou de dépôts, mais également les abris des parkings et les couverts d’installations techniques, sont des surfaces rarement utilisées ; les couvrir d’installations solaires permet de les valoriser. De plus, cela peut représenter des superficies importantes et donc des productions potentiellement très significatives. Une installation modeste aura des coûts de mise en place moins importants, mais une installation ambitieuse et importante permettra de faire davantage d’économies car les quantités d’énergies produites seront plus conséquentes.

Faire baisser sa facture énergétique

En tant qu’entreprise, deux principaux modèles de financement existent : le financement propre et le contracting solaire.

Le financement propre signifie que l’entreprise fait réaliser une installation photovoltaïque par un installateur, la finance lui-même et prend en charge les coûts d’exploitation ainsi que de maintenance. Avec cette solution, l’entreprise consomme sa propre énergie et gère elle-même la valorisation du surplus de production revendu au gestionnaire de réseau de distribution (GRD). Cette solution valorise l’autoconsommation et l’accès à de l’énergie « gratuite ». La rentabilité de l’investissement dans l’installation est estimée entre 10 et 15 ans selon le type de consommation de l’entreprise (une installation sur le toit d’une école, qui ne consommera quasi rien pendant la période estivale, ne sera pas rentabilisée aussi vite qu’une installation sur le toit d’une usine fonctionnant en trois-huit toute l’année). Cette solution est adaptée aux entreprises qui disposent de fonds propres suffisants, qui veulent être propriétaires de leur installation, se sentent à l’aise dans un projet de construction et de gestion d’une centrale photovoltaïque.

Le contracting solaire signifie que l’entreprise souhaitant équiper ses toitures d’installations solaires passe un accord avec un producteur tiers, qui va lui-même gérer la mise en place de l’installation photovoltaïque, la financer et s’occuper de son exploitation ainsi que de son entretien. Un contrat est établi pour une durée de plusieurs années (généralement de 25 ans) entre le propriétaire du bâtiment et le producteur tiers dans lequel est stipulé la mise à disposition de la toiture et le prix de fourniture de l’électricité solaire produite sur site et autoconsommée par l’entreprise. Celui-ci s’engage à fournir une électricité à prix compétitif pour l’entreprise avec une garantie sur le tarif de l’énergie solaire autoconsommée sur la durée du contrat.

L’arrangement peut également comprendre le versement d’un loyer annuel ou forfaitaire couvrant l’usage des surfaces pour l’exploitation de l’installation photovoltaïque. Cette solution s’adresse aux entreprises qui préfèrent utiliser leur trésorerie pour investir dans leur outil de production, ne pas engager leurs collaborateurs sur des thématiques hors de leurs activités et qui souhaitent bénéficier d’un gain économique garanti sur le long terme de leur approvisionnement en énergie.

Répondre aux normes légales de construction

Dans le cas de nouvelles constructions, la Loi vaudoise sur l’énergie (LVLEne) stipule qu’il est nécessaire de couvrir une partie des besoins énergétiques avec de l’énergie produite sur site, respectivement 30% de l’eau chaude sanitaire (ECS) et 20% de l’électricité (LVLEne, 730.01, articles 28a et 28b). Lors de rénovations d’infrastructures, équiper ou faire équiper son toit d’une installation de production d’énergie solaire représente une réelle opportunité à saisir.

Augmenter son autonomie énergétique

En profitant d’une électricité produite sur ses toitures, une entreprise réduit les incertitudes contextuelles pouvant impacter les prix ainsi que la disponibilité de l’énergie. Couplé à une solution de stockage, cela permet d’augmenter son autonomie énergétique.

Réduire son empreinte carbone

Afin de limiter notre impact sur la planète et de réduire les externalités négatives pour l’être humain, baisser les émissions de CO2 devient l’affaire de toutes et tous. Les entreprises, par leur consommation souvent importante, ont un rôle fondamental à jouer pour limiter non seulement leur consommation, mais également leur impact écologique. Consommer de l’électricité solaire produite sur ces toitures donne l’assurance aux entreprises d’être approvisionnées par une énergie produite localement et peu polluante.

Bénéficier d’une bonne image de marque

Une entreprise dont les sites accueillent des installati

ons de production d’énergie permet de faire sa part dans la transition énergétique. Cela représente une occasion de sensibiliser ses propres employés aux problématiques énergétiques, mais également une bonne opportunité pour communiquer ses actions au grand public et d’exprimer plus largement les engagements environnementaux de l’entreprise, ce qui générera un bénéfice d’image parfois important.

Estimez votre potentiel

Pour estimer le potentiel de votre toiture ou de votre façade, rendez-vous sur la plateforme de Romande Energie ou po

sez la question à un spécialiste en écrivant à [email protected]

Impact positif pour l’environnement et sur vos finances, augmentation de l’indépendance énergétique et bénéfices d’image sont parmi les nombreux avantages apportés par une installation de production d’énergie. Dès lors, n’hésitez plus et contacter un spécialiste afin de vous lancer dans la transition énergétique !

 

Laurent Mineau

Responsable des Marchés – Romande Energie

Pénurie: interview de Jacques Audergon (EPFL) – Partie 2

Jacques Audergon est ingénieur en génie-civil EPFL, diplômé en 1968 et a commencé sa carrière dans le domaine des barrages. Au travers de ses nombreuses expériences professionnelles, il a notamment travaillé dans les domaines de l’approvisionnement et distribution d’eau potable et de gaz, de réalisation de chauffages à distance et d’installations énergétiques. Pendant plus de 20 ans, il a travaillé pour les cantons romands en réalisant des analyses de risques de catastrophes et de situations d’urgence. Membre de plusieurs conseils d’administration (notamment d’entreprises qu’il a créées) et président de la commission Energie du Club environnement Energie Sécurité (CEES), il intervient régulièrement sur les questions de risques de pénuries électriques et black-out électrique.

En Suisse et globalement en Europe les ménages et les entreprises ont été habitués à une sécurité électrique exemplaire à tel point que peu de personnes se souviennent du black-out de septembre 2003 qui a touché une bonne partie de l’Italie ou encore plus ancien celui de décembre 1978 qui avait plongé une bonne partie de la France dans le noir. Des études récentes, notamment celles de l’OFEN ont toutefois mis en évidence une dépendance de plus en forte de la Suisse aux importations d’électricité en hiver, dépendance accrue qui arrive dans un contexte où les capacités de production pilotables en Europe sont en baisse et où la crise russo-ukrainienne fait peser un gros risque sur l’approvisionnement en gaz, combustible essentiel pour faire tourner les centrales thermiques pendant les pointes de demande en hiver.

Il existe donc de fortes probabilités que des épisodes de périodes froides anticycloniques centrées sur la Scandinavie, donc accompagnées de peu de vent, entrainent dans un avenir proche sur toute l’Europe et donc en Suisse des pointes de demandes et par conséquent un risque accru de pénurie. En 2014, la Suisse a réalisé un exercice pour tester sa capacité à faire face à une pénurie d’électricité. La situation actuelle appelle à renforcer notre préparation.

Cet entretien en deux parties explore la thématique de la pénurie d’approvisionnement en électricité. La première partie de cet entretien se focalisait sur le rôle des fournisseurs d’énergie et des gestionnaires de réseau ainsi que sur les questions de sensibilisation au risque ; cette seconde partie porte sur les notions de pénurie, de black-out et de productions énergétiques ainsi que sur la gestion du risque.

Afin que le lecteur s’y retrouve, pourriez-vous définir les notions de pénurie et de black-out ?

JA : Ce sont deux notions bien différentes mais toutefois complémentaires. La pénurie d’électricité est un manque résultant d’une offre (production propre + importation) inférieure à la demande ; c’est donc un déséquilibre car on fournit moins que ce que l’on consomme. L’importance d’une pénurie dépend de son ampleur et de sa durée.

Le black-out est une panne d’électricité à grande échelle. Lorsqu’à Lausanne s’était produite une panne mémorable de 2 heures, le 22 février 2010 de 20h30 à 22h30, le terme black-out avait été utilisé ; c’était peut-être un peu exagéré car il faut que ce soit une panne à très grande échelle, au minimum d’échelle régionale comme la Suisse romande voire le pays vu l’échelle de la Suisse. Il faut aussi que cela concerne une certaine durée même si 2 heures c’est déjà considérable puisque nous ne sommes pas du tout habitués à des pannes d’une si grande durée. Mais le vrai black-out c’est 24 heures à plusieurs jours, sachant qu’il y a ensuite une phase ressemblant à la pénurie lors de période de redémarrage du système, jusqu’à ce que qu’il revienne à l’ordinaire.

Et ces phases sont organisées selon une logique de priorisation ?

En ce qui concerne l’électricité, la Confédération a prévu des mesures, en cas de pénurie, prises graduellement tout d’abord en appelant aux économies, puis en restreignant les exportations, ensuite en imposant des restrictions de certains usages. Si ces mesures ne suffisent pas, est alors appliqué le Plan OSTRAL (Organisation für STRomversorgung in Ausserdentlichen Lagen soit en français : organisation pour l’approvisionnement électrique lors de situations extraordinaires), qui permet de faire face à une pénurie d’électricité sévère (33 % à 50 % de manque) par des mesures planifiées de contingentement et de délestage. Les mesures de contingentement s’appliquent, en principe, aux gros consommateurs (limitation de la consommation par le concerné lui-même) et les mesures de délestage concernent tous les consommateurs. Le délestage se réalise par secteur d’alimentation avec successivement une séquence de consommation suivi d’une séquence sans alimentation. Par exemple, pour le cas 50%, il est prévu, en principe, une séquence de 4 heures d’alimentation puis une séquence de 4 heures sans alimentation, alors que par exemple, le secteur voisin a une séquence sans alimentation de 4 heures, suivi de la séquence avec alimentation de 4 heures. C’est avec ce procédé que l’on est censé limiter la consommation des usagers à 50% de la consommation habituelle. Un des problèmes de cette succession de séquences est le fait que la plupart des usagers risquent de laisser branchés et allumés la plupart de leurs appareils, amenant alors le risque au réenclenchement, après la séquence sans alimentation, d’un appel de puissance trop élevé pouvant entraîner un effondrement de l’alimentation.

L’échelle d’aléa a été modifiée, l’exposition au risque a augmenté. Auparavant on parlait de « risques non négligeables » mais l’échelle de risque a-t-elle changé ?

Il y a deux facteurs : le facteur de la perception des choses, de la sensibilité au(x) problème(s), qui est généralement consécutif à une crise ou à un évènement ; puis il y a le vrai risque, c’est-à-dire des éléments qui rendent plus probable un tel événement. Si je prends les aspects techniques, il y a évidemment l’évolution de la consommation électrique par rapport à la production. C’est relativement stable mais la production a ses limites ; on doit importer du courant à certaines périodes. Il y a aussi d’autres phénomènes, notamment la non-appartenance au réseau européen. Nous n’avons maintenant plus d’accord avec l’Europe, ce qui nous met dans une situation de fragilité. Il y a le fait que les flux deviennent de plus en plus aléatoires ; depuis 2018 et l’ouverture du marché européen, les traders sont très actifs. On achète des quantités ici et là et on les fait voyager et cela expose tout le système, qui est pourtant dans un équilibre magnifiquement géré. Tout cela concourt à l’idée que l’on pourrait avoir d’un coup des problèmes de pénuries, dû au fait notamment que 24 centrales nucléaires sont à l’arrêt en France, que la France doive donc importer du courant et que face à ces priorités européennes nous n’avons absolument pas de certitude que l’hiver prochain on nous donnera le courant dont on a besoin chez nous. En parallèle, avec ces flux qui voyagent dans tous les sens, il y a aussi le risque d’une panne de réseau, mais à grande échelle et qui pourrait durer et qui amènerait un black-out.

Et ces échanges intenses et à grande échelle sollicitent les réseaux de manière plus importante ?

Oui, cela les fragilise. Ajouté à cela le fonctionnement aléatoire des énergies renouvelables. Même si on peut faire des statistiques et des prévisions, ce n’est pas programmable et le réseau devient fragile. La suppression de certaines centrales nucléaires joue un rôle car elles fournissaient le ruban pour la consommation ordinaire et les barrages venaient couvrir plus ou moins le reste. Mais si on supprime les centrales nucléaires, nous aurions là un sacré problème. Et on les supprimera en principe.

Est-ce que la Suisse s’est trop reposée sur sa production hydroélectrique avec ses barrages, notamment pour des questions de revenus financiers avec l’étranger ?

C’est vrai que les barrages représentent un certain confort car il y a aussi la possibilité de jouer avec les revenus puisque l’on peut stocker et vendre aux meilleures heures. L’hydroélectrique jouit d’une grande souplesse, c’est instantané, on ouvre une vanne pour turbiner. Ainsi, la nouvelle centrale de pompage-turbinage de Nant de Drance pourra délivrer 900 MW à pleine puissance, au réseau électrique. Plus généralement, il y a la question de l’hydraulicité qui peut se poser, même si maintenant il n’y a pas trop de problème. On risque d’avoir moins de neige, peut-être assez de pluie. À terme, il y a un risque de déphasage entre les systèmes et on n’a pas de certitude de pouvoir toujours bénéficier des mêmes conditions en termes de stockage. Pour l’instant, malheureusement et pour des questions purement financières, on turbine beaucoup à l’orée de l’hiver ce qui fait qu’au mois de février-mars les réservoirs sont assez vides et il faut attendre mai-juin pour qu’ils soient à nouveau remplis. Soulignons que le système de pompage turbinage tel qu’il est mis en place à Nant de Drance, qui est un gros système, permet certes d’apporter de la puissance électrique au bon moment, mais ne produit pas plus d’électricité. Le bilan est même négatif compte tenu des pertes au repompage. Par contre cela permet de stocker et de livrer de manière déphasée de la puissance électrique.

Que pouvez-vous dire sur la dépendance énergétique de la Suisse (cf. graphique ci-dessous) ?

On voit bien le problème des courbes de la demande et de la production qui sont opposées pour l’instant, même si cela va probablement évoluer avec l’augmentation future des besoins en froid. Donc cela devrait tendre à un meilleur équilibre tout en augmentant la consommation totale bien évidemment.

De manière générale, il y a un déficit en hiver, et donc un décalage. Il est indispensable de mettre au point des systèmes de stockage de l’électricité. Cela existe déjà ! Évidemment que l’on ne peut pas stocker directement de l’électricité, mais avec de nombreuses techniques, notamment la création d’hydrogène par exemple, on sait tout à fait stocker et déphaser puis utiliser six mois plus tard. C’est bien là un enjeu de notre système électrique en Suisse : être capable de stocker à grande échelle et de restituer quand on en a besoin. C’est dommage de produire plus que ce que l’on consomme alors que l’on doit importer à d’autres moments. Le stockage de l’électricité en été pour la mettre à disposition en hiver est évidemment une très bonne solution. Il faut cependant ne pas perdre de vue que cette opération se réalise avec des pertes énergétiques non négligeables. Par contre, cela diminue à coup sûr notre dépendance vis-à-vis de l’étranger du point de vue de l’électricité. En renforçant l’effort de stockage, il devrait être possible théoriquement, à terme, de couvrir pratiquement tous nos besoins électriques connus à ce jour. Il n’en va pas de même pour les autres besoins énergétiques figurant dans le bilan énergétique général. Il y a tout de même de bons espoirs de développer de nouveaux gaz et carburants renouvelables permettant d’assurer petit à petit une relève même partielle des gaz et carburants non renouvelables.

Avec des technologies que l’on maîtrise actuellement ?

Avec les potentiels actuels et envisagés ainsi que les technologies que l’on maîtrise et celles à venir. Il y a actuellement de nombreux développements qui se font pour le stockage de l’hydrogène sous différentes formes, mais il faut encore quelques années pour que l’on arrive à une échelle suffisante. On sait que les techniques sont là. La crise ukrainienne fait prendre conscience que l’on pourrait ne pas avoir assez de gaz. Cela accélère le processus. Les crises, ce n’est jamais bon mais cela a un avantage : elles font bouger les choses. De mon point de vue, la thématique du stockage est actuellement en train d’évoluer. À la place de prendre 10 ou 12 ans, cela va peut-être prendre 5 ans pour commencer à mettre en place des stocks qui seront suffisamment significatifs.

Est-ce que la mobilité électrique aurait un rôle à jouer pour le stockage ?

Oui si l’on considère une voiture équipée d’un système dialoguant. D’ici quelques années, nous aurons sur le marché certains véhicules qui, une fois branchés, seront non seulement capables de se charger mais aussi de livrer de l’électricité lorsque la voiture est stationnée dans son garage ou sur sa place de parc. On passe de 10 ou 12 kWh à environ 70 kWh disponibles. En été avec 12 kWh je peux passer la journée et en hiver ce n’est à mon avis pas suffisant avec les consommations actuelles mais c’est envisageable. De manière personnelle je produis 15’000 kWh par année et j’en consomme 12’000 donc si j’accrois ma capacité de stockage, je pourrais viser à l’autonomie. Dans ce cas, la voiture électrique couplée à une bonne gestion des systèmes, avec une batterie complémentaire, c’est l’assurance d’une certaine autonomie. Par contre, et cela est malheureusement méconnu du grand public, il y a des systèmes qui peuvent vous rendre indépendant du réseau en cas de panne. En effet, dans la plupart des cas, lorsqu’une panne de réseau se produit, vos cellules photovoltaïques exposées en plein soleil sur votre toit ne produiront rien car l’onduleur ne sera pas capable de travailler sans l’information du réseau. Il existe des systèmes qui simulent cela et j‘en suis équipé. Cela fonctionne très bien. Ce point-là est fortement sous-estimé.

Est-ce que les installateurs proposent ces dispositifs ?

Certains ne sont même pas au courant de son existence : c’est un système coûteux et non subventionné. Si on discutait de manière globale au niveau suisse de trouver des techniques capables d’atténuer les effets d’une pénurie ou d’un black-out, il me semble que subventionner le photovoltaïque c’est très bien mais il faudrait aussi subventionner les dispositifs qui permettent de fonctionner de manière autonome. J’ai payé 27’000 CHF de plus pour mon dispositif complet, batterie de 12 kW inclue. Si on n’y croit pas, si on ne s’y prépare pas, personne ne va investir pour le plaisir de dire « si une fois ça se produit ». Comme un tel événement ne s’est encore jamais produit en Suisse, nous avons évidemment de la peine à y croire. Mais ce n’est pas parce que l’on y a échappé de peu qu’il ne se produira jamais.

Vous dites que l’on y a échappé de peu ?

En 2018, nous avons frisé le code. Il s’en est fallu de peu pour que l’on connaisse un effondrement du système, puisque nous sommes tous reliés. C’était en novembre ; cela a commencé en France, puis en Allemagne, puis chez nous alors que l’on était demandeur. On y a échappé donc il n’y a aucun problème… Il ne faut pas être alarmiste mais il faut que les gens prennent conscience que cela peut arriver et c’est là toute la difficulté. Et il y aura de plus en plus de risques que cela se produise.

Donc l’indépendance électrique de la Suisse est théoriquement faisable ?

Techniquement c’est faisable ; le problème est d’ordre financier. Je lisais récemment un article du Blick où étaient interrogés deux professeurs de l’EPFL. Ils exposaient les façons d’y arriver : en produisant en plus de l’électricité d’origine hydraulique de l’électricité photovoltaïque et en la stockant. Le problème est de produire cette électricité à 40 ct./kWh lorsqu’elle peut être produite à 12 ct./kWh dans le Sahara ou en Australie. On peut devenir indépendant pour la partie électrique, mais on y mettra le temps, ce qui est un autre problème. Si on a l’ambition de remplacer la totalité de la consommation énergétique ¬– y compris les carburants – par des carburants synthétiques, tout en produisant l’électricité dont on a besoin, c’est une tout autre ambition. Pour l’électricité c’est théoriquement possible mais le problème, c’est le prix, comme évalué par les deux professeurs de l’EPFL. D’autres problématiques viendraient ensuite s’ajouter telles que le transport, la fiabilité du pays également puisque l’on remplacerait un fournisseur ou plutôt un propriétaire de terrain par un autre. En termes d’ensoleillement, c’est bien plus efficace de construire des centrales photovoltaïques de grande taille dans le Sahara plutôt que de les développer chez nous à des prix exorbitants. Mais on voit bien qu’avec le stockage, l’hydroélectricité, que l’on peut encore développer un peu, la géothermie ainsi que les biogaz qui permettent eux aussi de produire de l’électricité à petite échelle avec des couplage chaleur-force, probablement que l’on arriverait à couvrir nos besoins tels qu’ils le sont maintenant. Il faudrait, par contre, compenser la perte de rendement sur le stockage lors de la réutilisation de ce courant par transfert pour couvrir nos besoins actuels. Donc oui, à mon avis c’est possible, la question est d’ordre économique et temporelle.

Et la question de la main d’œuvre ?

C’est un vrai problème, car on manque cruellement de main d’œuvre chez nous, notamment pour mettre en place les installations photovoltaïques. Compenser ce manque nous fait courir le risque d’avoir des niveaux de qualité en baisse car la formation devra être accélérée, ce qui augmente les risques de défaillance.

 

Corentin Neuffer

Rédacteur

Pénurie: interview de Jacques Audergon (EPFL) – Partie 1

Jacques Audergon est ingénieur en génie-civil EPFL, diplômé en 1968 et a commencé sa carrière dans le domaine des barrages. Au travers de ses nombreuses expériences professionnelles, il a notamment travaillé dans les domaines de l’approvisionnement et distribution d’eau potable et de gaz, de réalisation de chauffages à distance et d’installations énergétiques. Pendant plus de 20 ans, il a travaillé pour les cantons romands en réalisant des analyses de risques de catastrophes et de situations d’urgence. Membre de plusieurs conseils d’administration et président de la commission Energie du Club Environnement Energie Sécurité (CEES), il intervient régulièrement sur les questions de risques de pénuries électriques et black-out électrique.

En Suisse et globalement en Europe les ménages et les entreprises ont été habitués à une sécurité électrique exemplaire à tel point que peu de personnes se souviennent du black-out de septembre 2003 qui a touché une bonne partie de l’Italie ou encore plus ancien celui de décembre 1978 qui avait plongé une bonne partie de la France dans le noir. Des études récentes, notamment celles de l’OFEN ont toutefois mis en évidence une dépendance de plus en forte de la Suisse aux importations d’électricité en hiver, dépendance accrue qui arrive dans un contexte où les capacités de production pilotables en Europe sont en baisse et où la crise russo-ukrainienne fait peser un gros risque sur l’approvisionnement en gaz, combustible essentiel pour faire tourner les centrales thermiques pendant les pointes de demande en hiver.

Il existe donc de fortes probabilités que des épisodes de périodes froides anticycloniques centrées sur la Scandinavie, donc accompagnées de peu de vent, entrainent dans un avenir proche sur toute l’Europe et donc en Suisse des pointes de demandes et par conséquent un risque accru de pénurie. En 2014, la Suisse a réalisé un exercice pour tester sa capacité à faire face à une pénurie d’électricité. La situation actuelle appelle à renforcer notre préparation.

Cet entretien en deux parties explore la thématique de la pénurie d’approvisionnement en électricité. Cette première partie de cet entretien se focalise sur le rôle des fournisseurs d’énergie et des gestionnaires de réseau ainsi que sur les questions de sensibilisation au risque ; la seconde partie portera sur les notions de pénurie, de black-out et de productions énergétiques ainsi que sur la gestion du risque.

Afin que le lecteur s’y retrouve, pourriez-vous définir les notions de pénurie et de black-out ?

JA : Ce sont deux notions bien différentes mais toutefois complémentaires. La pénurie d’électricité est un manque résultant d’une offre (production propre + importation) inférieure à la demande ; c’est donc un déséquilibre car on fournit moins que ce que l’on consomme. L’importance d’une pénurie dépend de son ampleur et de sa durée.

Le black-out est une panne d’électricité à grande échelle. Lorsqu’à Lausanne s’était produite une panne mémorable de 2 heures, le 22 février 2010 de 20h30 à 22h30, le terme black-out avait été utilisé ; c’était peut-être un peu exagéré car il faut que ce soit une panne à très grande échelle, au minimum d’échelle régionale comme la Suisse romande voire le pays vu l’échelle de la Suisse. Il faut aussi que cela concerne une certaine durée même si 2 heures c’est déjà considérable puisque nous ne sommes pas du tout habitués à des pannes d’une si grande durée. Mais le vrai black-out c’est 24 heures à plusieurs jours, sachant qu’il y a ensuite une phase ressemblant à la pénurie lors de période de redémarrage du système, jusqu’à ce que qu’il revienne à l’ordinaire.

Qu’est-ce que les entreprises ainsi que les fournisseurs d’énergie et gestionnaires de réseau peuvent faire pour se préparer et quel est leur rôle face à ces problématiques ? Que peuvent-ils proposer ?

JA : Il faut d’abord rappeler que les fournisseurs d’énergie ont des responsabilités : fournir du courant et, en cas de crise, prendre les mesures nécessaires pour atténuer les effets et augmenter la résilience en tant que responsable de l’approvisionnement. S’ils ont moins de courant disponible, ils ne pourront pas faire autrement que de limiter la distribution, sauf s’ils sont préparés avec des installations d’autoproduction. Beaucoup de fournisseurs ont des centrales hydrauliques ou au fil de l’eau. Ces installations sont bien entretenues, mais cela ne suffira pas. Il faudra essayer d’augmenter encore la production, voire de construire de nouvelles installations. Voilà pour la production traditionnelle. Maintenant il faut explorer les possibilités avec la géothermie profonde, qui offre des possibilités très intéressantes lorsque l’on est dans des températures au-delà de 100 C° car on peut produire de l’électricité. C’est donc une ressource qu’il ne faudrait pas négliger, même si c’est une ressource qui n’est applicable qu’à certains endroits.

Les fournisseurs doivent-ils proposer de nouvelles prestations ?

Oui. D’ailleurs la plupart des fournisseurs cherchent à améliorer leur offre dans leur périmètre d’action ! Pour ce qui concerne les énergies renouvelables, le biogaz ou le bois offrent des possibilités intéressantes. A titre d’exemple, Romande Energie a réalisé et continue de projeter des installations de gazéification du bois permettant de produire simultanément de l’électricité et de la chaleur, certes en quantité encore limitée et avec de conditions d’exploitation requérant la plus grande attention, mais ouvrant la voie à des réalisations plus importantes. Ces productions enrichissent le mix du distributeur, même en petites quantités, indépendamment des grandes ressources que l’on a avec nos barrages. On peut espérer également, à l’avenir, le développement de gaz renouvelable (biogaz ou gaz synthétique) alimentant des couplages chaleur-force.

Il faut donc économiser, valoriser chaque ressource et optimiser chaque infrastructure ?

Nous étions jusqu’à maintenant uniquement sur le versant « production » mais il y a également tout le versant des économies d’énergies et d’une meilleure gestion. Là, le rôle du distributeur est d’informer et d’inciter et il n’est pas seul à remplir ce rôle. C’est surtout le rôle de la Confédération et des cantons. Mais lui-même, en tant qu’interlocuteur pour la partie électrique, doit attirer l’attention, sensibiliser, informer, inciter, quitte à donner des subventions à ses clients pour les conserver. Il faut proposer aux clients des partenariats pour notamment l’amélioration des processus. On sait que les grands industriels ont, en général, déjà fait cela depuis longtemps mais on se rend compte qu’il y a toujours ce fameux « petit bout » auquel on n’a pas encore pensé et qui est souvent utile pour faire des économies. Et il reste ceux qui n’ont pas fait ce travail d’économie, ou trop peu. Les distributeurs ont, à mon avis, le rôle d’attirer l’attention. Cela complète ce que font les cantons avec leur service de l’énergie. Le fournisseur d’électricité est un interlocuteur direct avec une relation commerciale. Il a intérêt à garder ses clients. Une bonne méthode est de les aider, par exemple en offrant des prestations de gestion globale (CECB, lumières, gaz comprimé, etc.). Rien que cette interface-là permettrait d’améliorer l’efficacité énergétique des nombreuses industries, même chez des gens très expérimentés. Ils pourraient bénéficier de ce genre d’expérience et économiser quelques pourcents sur leur consommation, c’est déjà pas mal.

Les distributeurs ont également une autre fonction, celle d’appliquer le Plan OSTRAL. Ils sont responsables de l’application des règles dans leur secteur de distribution.

En sont-ils capables ?

Pour les grands distributeurs, il n’y pas de problème. Mais concernant les petits gestionnaires de réseau de distribution, ou certaines communes qui gèrent elles-mêmes leur réseau, c’est une autre question. Je ne sais pas comment se gère la responsabilité dans ces cas-là, mais c’est clair que c’est plus problématique. Les distributeurs attribuent des tranches horaires lors desquelles vous pouvez consommer ou pas. Quand on parle avec les spécialistes, on se rend compte que le problème principal survient lors du réenclenchement : ce qui menace ce plan, c’est la phase de redémarrage car si tout le monde a laissé les interrupteurs enclenchés, l’appel est beaucoup trop fort et il y a de fortes chances que le réseau s’effondre. Les gens doivent prendre conscience qu’il faut éteindre et avoir cette discipline lors d’une pénurie.

Donc la population en tant qu’utilisatrice du réseau a aussi un rôle à jouer lors de tels événements ?

Oui, par exemple avoir des interrupteurs qui permettent de tout éteindre ou allumer est une solution simple, ou pour des plus grandes structures d’avoir des systèmes qui permettent de verrouiller des étages : ce sont des questions d’organisation. Ce n’est pas une personne ou une organisation qui va changer les choses mais si tout le monde pense à ces gestes-là, ça fait une différence et ça représente une certaine puissance.

Donc le fait que les individus prennent conscience de leur consommation pourrait atténuer les problèmes de pénurie ?

Bien sûr, eux aussi sont concernés par les mesures d’économies, indépendamment des questions de risques. Cela a un impact sur les émissions de CO2 et l’environnement de manière générale. Les mesures de sobriété sont nécessaires partout ! Le particulier peut déjà opter pour des mesures d’économies, liées à ses habitudes de consommation, par exemple en optant pour des appareils moins gourmands lorsqu’il les change. Les ménages représentent tout de même 1/3 de la consommation donc ils ont un rôle à jouer ! Je pense aussi que les gens comprennent mieux de quoi on parle maintenant, notamment et surtout les jeunes sur les questions de CO2. Ce sont souvent des problèmes d’information et de motivation.

Est-ce aussi le rôle des distributeurs de sensibiliser sur ces questions-là ?

C’est un complément car c’est aussi politique : les cantons ainsi que la Confédération ont un rôle à jouer. C’est à ce niveau que ça doit se passer, dans les écoles et les institutions ; il faut faire descendre l’information jusqu’à ce qu’elle soit ancrée et après ce sera plus facile de parler du reste.

Vous avez travaillé avec les cantons et notamment la Direction de l’énergie du Canton de Vaud (DIREN) afin de mettre en place des recommandations. Quelles ont été les mesures prises ?

De nombreux thèmes sont ressortis suite aux analyses de risques que j’avais réalisées pour les cantons mais deux sont ressorties fortement lors des différentes discussions que nous avions eues dans le Canton de Vaud en 2008 : les pénuries et les pandémies. En 2004, les questions de pénuries et de black-out n’étaient pas du tout prises au sérieux. Les personnes en charge de la planification ainsi que de la distribution étaient toutes persuadées que j’exagérais fortement. En 2008, ces questions-là n’étaient plus éludées mais leur probabilité d’occurrence toujours fortement minimisées ; 2012-2013 je travaillais pour le Canton de Neuchâtel. Les questions de pénurie d’électricité et de black-out étaient de plus en plus prises au sérieux. Maintenant on voit des articles et des discussions sérieuses sur ces thématiques.

La DGE-Diren a décidé en automne 2015 de former un groupe de travail constitué de membres de la DIREN et du Service de la sécurité civile et militaire (SSCM) pour étudier les effets et mesures à prendre en cas de black-out électrique. J’ai eu le privilège de faire partie de ce groupe. Nous avons choisi quelques thèmes hautement prioritaires :

  • La sécurité, la conduite et la communication pour les autorités jusqu’au niveau des communes. Cela comprend la possibilité pour les autorités de joindre les numéros d’urgence ; s’il y a un black-out électrique, il n’y a plus de possibilité de communication au bout de quelques heures et cela vaut aussi pour les radios dont les antennes ne fonctionneraient plus ;
  • L’approvisionnement en eau ; dans 80% des cas, s’il n’y a plus d’électricité, vous n’avez plus d’eau. De nombreux systèmes gravitaires sont repompés et la plupart des réseaux fonctionne avec des systèmes de pompage. Les questions de traitement des eaux sont moins critiques car de nombreuses sources naturelles peuvent être exploitées sans traitement mais l’approvisionnement en eau est un gros enjeu et le simple fonctionnement du système d’approvisionnement nécessite de l’électricité ;
  • Les hôpitaux et les EMS étaient le troisième thème prioritaire.

Cette première phase d’études s’est clôturée en 2017 par un plan directeur (septembre 2017) proposé au Conseil d’État. Bien que n’ayant pas été intégré directement au programme de législature du Conseil d’État pour la période 2017-2022, une suite a été donnée à ce projet. En effet, dans une nouvelle phase, le Groupe de projet a été complété par des représentants de la Santé Publique et de l’Office responsable de l’approvisionnement en eau pour définir les tenants et aboutissants de projets concrets concernant aussi bien la Conduite (POLYCOM, centrales, communication canton-communes, approvisionnement en carburant), que l’approvisionnement en eau (réseau moyen et réseau de petite taille) ainsi que les problèmes de la chaîne hospitalière (hôpitaux et EMS). Une fois la conception et le cahier des charges établis, des projets pilotes ont été lancés. Le COVID-19 a interrompu la démarche qui va probablement reprendre dès que possible.

Le Canton de Fribourg, se basant sur l’analyse des risques, a mis en place dès 2009 des organisations communales (voire inter-communales) en cas de catastrophe, désignées ORCOC, chargées d’assister l’autorité communale pour la gestion de crises et de catastrophes. Ces ORCOC ont mis au point des plans pour répondre à ces différents risques, dont celui de pénurie et de black-out électrique. Une des idées qui s’est imposée a été la mise en place de centres fixes et connus d’information (par exemple la salle polyvalente) où le citoyen peut, même en l’absence de toute communication, se tenir informé et poser des questions 2 fois par jour à heure fixe à un représentant de l’autorité communale. Pour des villes telles que Bulle et Fribourg, il a été imaginé de tels centres par quartier. Un des points cruciaux a été la mise en place d’un poste fixe permanent à ce même endroit assurant la liaison par radio POLYCOM (censé fonctionner même en l’absence d’électricité réseau) entre ce point et les autorités cantonales et les numéros d’urgence (114, 117, 1118), complété par un ou plusieurs groupes de secours. Dans le Canton de Vaud, l’organisation est faite par district, s’appuyant sur la protection civile. Cette organisation poursuit les mêmes objectifs. Toutes ces mesures n’enlèvent pas la nécessité pour chacun de faire des réserves d’eau et de nourriture pour être en mesure d’atténuer les effets d’une crise ou d’une catastrophe, en particulier la pénurie d’électricité ou le black-out.

Concernant les industriels, même si la plupart ont conscience des problèmes et qu’ils ont fait des analyses de leur consommation énergétique, ils peuvent tout de même se préparer en se demandant simplement « Qu’est-ce qu’il se passe si on me coupe le courant ou si on m’abaisse la possibilité de consommer tout dont j’ai besoin ? ». Cela s’appelle faire un plan de continuité. Cela permet de faire des choix rapides lors d’une confrontation avec une telle situation : savoir comment gérer mes processus, le chauffage, la lumière et la ventilation de manière diminuée. Ce n’est pas compliqué mais ces réflexions doivent avoir été faites en amont de l’évènement.

 

Corentin Neuffer

Rédacteur

Cinq questions que vous vous posez sur les batteries de voitures électriques

Des batteries, il en existe de toutes sortes et de toutes tailles. On en retrouve partout, dans nos téléphones, nos ordinateurs, nos montres et nos écouteurs… et maintenant également dans nos maisons, par exemple reliées à nos panneaux solaires, ou dans nos voitures. C’est à cette dernière catégorie de batterie que nous allons nous intéresser aujourd’hui, même si nombre des considérations qui vont être abordées ici concernent également les petites batteries telles celles de nos smartphones.

Dans cet article nous allons vérifier différentes affirmations souvent entendues au sujet des batteries électriques et plus particulièrement pour les batteries lithium-ion qui équipent aujourd’hui la plupart des véhicules électriques.

Les batteries contiennent des terres rares qui polluent et ne sont pas infinies.
FAUX !

Les détracteurs des batteries avancent souvent l’argument de la rareté et de la pollution des terres rares supposément présentes dans les batteries pour décrédibiliser l’usage de ces dernières.

Tout d’abord, il faut préciser que les terres rares ne sont en réalité pas des terres, mais des métaux, regroupant 17 éléments chimiques du tableau de Mendeleïev. Par ailleurs, et malgré leur nom, les terres rares ne sont pas rares. L’abondance des terres rares dans l’écorce terrestre est bien plus grande que celle de nombreux autres métaux d’usage courant et les réserves exploitables de terres rares sont bien moins critiques que celles de nombreux autres métaux stratégiques. Leur exploitation est cependant plus difficile car il s’agit le plus souvent de séparer ces métaux du minerai dans le lequel ils se trouvent. Comme pour d’autres types de métaux, l’exploitation des terres rares présentent ainsi des impacts environnementaux et sociaux importants dont nous devons tenir compte.

Mais qu’en est-il du coup pour les batteries de véhicules électriques ? Eh bien, malgré tout ce que l’on peut entendre, il n’y a pas de terres rares dans les batteries lithium-ion. Cette fausse idée vient des premières voitures électriques qui étaient équipées de batterie Nickel-Métal-Hybride, qui contenaient elles plusieurs kilos de ces métaux (lanthane). Il est en revanche possible de retrouver, parfois, des terres rares dans les moteurs des voitures électriques, tout comme dans les voitures thermiques (pots catalytiques). C’est également le cas dans nos ordinateurs, smartphones, frigos, aspirateurs, lave-linge, lave-vaisselle et autres appareils électroménagers.

Les batteries lithium-ion ne sont donc pas concernées par l’utilisation des terres rares. Cela ne diminue cependant en rien la pollution et notre dépendance induite par les terres rares pour ses autres usages.

Les métaux nécessaires à la fabrication des batteries de véhicules électriques sont extraits dans des conditions peu respectueuses des droits humains et de l’environnement.
VRAI !

Les batteries lithium-ion contiennent de nombreuses matières premières dont bien sûr du lithium, mais finalement en petite quantité comparé aux autres composants : aluminium, cuivre, nickel, cobalt, manganèse, fer, phosphore, etc. Ces métaux apportent, lors de leur extraction et de leur raffinage, leur lot de désastres environnementaux et sociaux comme toutes les activités minières.

Il nous faudrait un article entier pour décortiquer les impacts de tous les métaux présents dans les batteries, aussi nous allons ici nous concentrer sur deux exemples représentatifs de la problématique.

Premièrement le lithium. Souvent critiqué,il se retrouve dans deux types d’environnements, dans des roches appelées pegmatite d’une part, notamment en Australie, ou dans les déserts de sel d’autre part, majoritairement en Argentine, en Bolivie et au Chili où se trouvent les plus grandes réserves mondiales. Pour extraire le lithium, il faut pomper de l’eau salée en profondeur et laisser les sels de lithium se décanter au soleil durant plusieurs mois dans des « piscines », cela impacte grandement les réserves en eau de la région, une des plus arides au monde. Il faut noter toutefois que les sels de lithium sont en réalité un sous-produit de la production de sels de potassium qui engendre donc dans tous les cas, exploitation de lithium ou pas, les mêmes dégâts environnementaux. Les deux types d’extraction du lithium, ainsi que le raffinage, demandent beaucoup d’énergie, majoritairement issue de sources fossiles qui produisent donc une grande quantité de CO2.

Deuxièmement le cobalt, également présent dans les batteries de véhicules électriques. Lui aussi demande beaucoup d’énergie fossile pour sa production. Mais si ce métal se retrouve souvent sous le feu des projecteurs, c’est surtout en lien avec les conditions de travail dans les mines de République démocratique du Congo (deux tiers de la production mondiale). Dans les mines artisanales qui représentent une petite part de la production, le travail des enfants est répandu et les accidents mortels dans les tunnels étroits fréquents pour les mineurs qui travaillent sans aucun équipement de sécurité. L’extraction, que ce soit dans les mines industrielles ou artisanales, pollue l’air et l’eau, ce qui impacte la santé des riverains et l’environnement, tout comme le raffinage qui se fait désormais en Chine ou le minerai est transporté par cargo.

Ainsi oui, l’extraction du lithium, du cobalt et de tous les autres composants des batteries et plus généralement des voitures électriques, mais aussi des véhicules thermiques, pollue et impacte négativement l’environnement et les hommes. L’augmentation de la demande risque d’amplifier ces problèmes, c’est pour cela que de nombreuses recherches sont faites pour améliorer la composition des batteries au lithium. Par exemple, en dix ans, la quantité de cobalt nécessaire à leur fabrication a été divisé par quatre.

Il reste toutefois encore du chemin pour pouvoir atteindre une production minière « propre » et bénéfique pour l’homme et l’environnement, d’où l’importance également du recyclage pour limiter l’augmentation de l’extraction de ces différents métaux.

Les matières premières utilisées dans les batteries polluent tellement lors de leur extraction qu’il est plus écologique d’acheter une voiture à essence.
FAUX !

Pour répondre à cette affirmation il faut étudier l’analyse du cycle de vie des deux types de véhicules. De par leur batterie, les voitures électriques produisent plus de CO2 et d’effets négatifs pour l’homme et l’environnement lors de leur production que les voitures thermiques, c’est un fait. Cependant, lors de son utilisation, une voiture électrique produit beaucoup moins de CO2, pour autant que l’électricité consommée pour recharger les batteries provienne de sources renouvelables. Et même si dans certains pays l’électricité est produite en partie par des centrales à charbon, une voiture électrique alimentée par cette énergie reste moins polluante qu’une voiture à essence.

En Suisse, le mix électrique est peu émetteur de CO2. En 2020 selon les données de la Confédération, 76% de l’électricité consommée en Suisse provenait de sources renouvelables (principalement hydraulique) à faible impact carbone. Le reste était composé de nucléaire (20%), également peu émetteur de gaz à effet de serre, de sources fossiles (2%) et d’électricité issue de source invérifiable (2%). Grâce à cela, et selon le TCS, une voiture électrique suisse de taille moyenne produit au minimum deux fois moins de CO2 lors de son cycle de vie que son équivalent à essence. La fédération européenne pour le transport et l’environnement (Transport & Environment) a comparé le cycle de vie des voitures à essence et électriques dans différents pays de l’Union européenne, sur la base d’une étude publiée dans la revue scientifique réputée Nature. Il en est ressorti que, sur l’ensemble du cycle de vie, même en Pologne, pays avec le mix électrique le plus fossile de l’Union Européenne, une voiture électrique reste plus avantageuse en termes d’émissions de CO2 qu’une voiture thermique (cf. graphique). La Suisse n’apparaît pas dans ce graphique, mais son mix électrique est assez proche de la Suède, ce qui permet de faire une comparaison avec les autres pays européens.

Les batteries ont une courte durée de vie et ne peuvent pas être réutilisées
FAUX !

Les batteries des véhicules électriques ont une durée de vie estimée à une dizaine d’années en moyenne, après quoi la capacité de la batterie tombe en dessous des 70-80%. Il est alors conseillé de la changer. On peut donc se dire que cette durée de vie est peu élevée. Mais avec encore 70%-80% de capacité de charge, l’heure n’est pas encore au recyclage. Les batteries automobiles peuvent être encore utilisées de nombreuses années comme batteries de stockage pour l’énergie solaire par exemple.

D’ailleurs, les batteries solaires étant en général assez chères, il est en fait plus économique d’utiliser d’anciennes batteries automobiles, même si un tel système reste onéreux. Selon Suisse Énergie le cas de figure le plus rentable est le suivant : « vous habitez une maison individuelle avec une grande installation photovoltaïque existante, une petite batterie de stockage et votre consommation d’électricité est élevée en raison d’une pompe à chaleur et d’une voiture électrique ». Ce modèle est amené à devenir de plus en plus commun, il y a donc une réelle opportunité de réutilisation des batteries automobiles.

Les batteries sont impossibles à recycler
FAUX !

Avec l’essor des voitures électriques, la question du recyclage des batteries devient de plus en plus pressante, les batteries des premières voitures électriques de masse arrivant à la fin de leur durée de vie. Il existe principalement deux techniques de recyclage des batteries lithium-ion. Dans les deux cas, elles sont tout d’abord démontées pour récupérer certains composants, puis ce qui reste est broyé. La première technique est la pyrométallurgie qui porte les matériaux à haute température, ce qui détruit les plastiques et la matière organique tout en conservant les métaux qui sont ensuite séparés chimiquement. La seconde technique, l’hydrométallurgie, sépare les composants en les passant dans différents bains chimiques permettant chaque fois d’extraire un type de métal. En théorie, la revalorisation des éléments d’une batterie électrique peut s’élever à plus de 90%. En pratique, c’est surtout la rentabilité d’un tel système qui détermine le taux de recyclage.

En Suisse, il n’existe pas (encore) de filière de recyclage pour les batteries solaires ou automobiles, ces dernières étant renvoyées au constructeur qui se charge du recyclage. À titre d’exemple, en 2018 en France, les constructeurs automobiles ont atteint un taux de 65% de recyclage pour les matériaux des batteries usagées reçues. Ce n’est certes pas suffisant, mais ce chiffre est en augmentation et dès 2024 une filière Suisse de recyclage devrait voir le jour et permettrait le recyclage d’au moins 90% des matériaux.

Conclusion

Beaucoup de choses sont dites sur les voitures électriques et en particulier sur la problématique des batteries. Il semblerait en lisant certains articles que le remède (la voiture électrique) serait pire que le mal (la voiture thermique). Au travers de cet article et des quelques questions abordées, nous avons vu qu’effectivement la voiture électrique n’est pas neutre en CO2 si l’on s’intéresse à l’ensemble de son cycle de vie et que d’autres impacts environnementaux et sociaux apparaissaient tout au long de ce cycle. Mais nous avons également vu qu’au final la voiture électrique s’en sortait bien mieux que la voiture thermique, et que les critiques qui pouvaient être faites à la voiture électrique peuvent finalement tout autant être adressées aux voitures thermiques. Il paraît donc aujourd’hui évident de privilégier une voiture électrique par rapport à une voiture thermique lorsque l’on décide de remplacer son véhicule.

Pour autant, si la voiture électrique fait bel et bien partie des solutions pour lutter contre les changements climatiques, il paraît illusoire de pouvoir remplacer tous les véhicules thermiques par des véhicules électriques à l’échelle planétaire. Si l’on ne prend que les nouvelles immatriculations, nous arrivons en 2021 à 6,6 millions de véhicules électriques (motorisation hybride comprise) vendus dans le monde, soit 9% des ventes. Imaginons donc ce que cela peut vouloir dire de produire plus de 70 millions de batteries par an pour atteindre le tout électrique, uniquement pour les nouvelles immatriculations ?

Et quand bien même nous aurions la possibilité physique de remplacer tous les véhicules thermiques par des véhicules électriques, nous n’aurions réduit peut-être que de moitié l’impact climatique de la mobilité individuelle, sans avoir régler les problèmes de stationnement, ou de congestion.

Ainsi, en termes de mobilité, il s’agit avant tout de diminuer drastiquement le nombre de kilomètres parcourus puis d’effectuer un report modal vers les transports publics et la mobilité douce. On passera finalement à l’électrique pour les véhicules encore vraiment nécessaires, si possible partagés et en petit format !

 

Nelia Franchina

Spécialiste durabilité

Le vélo électrique: une réelle alternative à la voiture.

Que vous soyez parent, senior, pendulaire ou dirigeante d’entreprise, cet article peut vous concerner. En effet, vous pourriez troquer vos moyens de transports individuels motorisés (ou ceux de votre entreprise) pour un vélo électrique et tous ses avantages. Pour les déplacements quotidiens (loisirs, trajets professionnels, livraisons, etc.), le vélo électrique est un réel concurrent à d’autres moyens de transports plus polluants et plus gourmands en espace et en énergie. Aujourd’hui, la Suisse connaît des records de vente de ces vélos à assistance électrique. Mais comment savoir lequel choisir et qui peut nous accompagner ?

Passer de la voiture au vélo électrique offre de nombreux bénéfices

En 2020, 171’100 vélos électriques ont été vendus en Suisse et les chiffres ne cessent de croître. Le vélo à assistance électrique permet l’accès au vélo pour de nouvelles catégories de personnes (seniors, pendulaires aux trajets longs, familles avec remorques, etc.) et fait concurrence à la seconde voiture, voire à la voiture principale d’un ménage. Évidemment, troquer sa voiture pour un vélo électrique n’est pas possible pour tout le monde. Mais pour celles et ceux qui le peuvent, c’est un moyen de transport en or. Il offre les mêmes avantages que le vélo normal, mais ouvre le champ des possibles, surtout dans un pays pentu comme le nôtre, et permet des distances beaucoup plus longues, surtout pour les moins sportifs d’entre nous.

Rapidité des parcours – Le vélo électrique est le moyen de transport le plus rapide pour les distances de 8 à 12 km. Les pendulaires suisses parcourent en moyenne 14 km pour arriver au travail, et cela signifie moins de bouchon, moins de problèmes de parking.

Economies d’énergie – Le vélo électrique est l’un des moyens de transport dont l’impact environnemental est le plus faible (cf. diagramme ci-dessous).

Economies financières – comparé à la voiture, le vélo électrique coûte peu : pas d’essence, pas de parking, peu de frais d’entretien, peu de frais d’électricité, peu d’assurance.

Santé – Pour celles et ceux qui troquent leur moyen de transport motorisé pour un vélo électrique (et non pour celles et ceux qui troquent leur vélo pour un vélo électrique), cela améliore leur santé. De l’avis des médecins, c’est même une activité modérée particulièrement adaptée pour se maintenir en forme.

Qualité de vie des autres habitants – Bien sûr, le vélo électrique améliore la qualité de vie des habitantes et habitants aux abords des axes de circulation : moins de bruit, moins de pollution.

Quelques retours intéressants d’utilisateurs

L’Office fédéral de l’énergie a réalisé une étude «Diffusion et conséquences des vélos électriques en Suisse» en 2014 dont voici quelques bribes. L’étude nous apprend tout d’abord que l’expérience des utilisateurs du vélo électrique est très appréciée : environ 93% des propriétaires de vélos électriques ont déjà recommandé l’achat d’un vélo électrique à autrui. Pour 80% des propriétaires, le vélo électrique est le principal ou le second moyen de transport en importance dans le cadre de la mobilité quotidienne. Suite à l’achat d’un vélo électrique, les personnes interrogées recourent nettement moins souvent à certains autres moyens de transport, comme la voiture : un peu plus de 60% des personnes possédant une voiture indiquent utiliser ce véhicule «moins souvent», voire «beaucoup moins souvent». Les distances moyennes parcourues par les personnes interrogées sur leur vélo électrique représentent 2600 km par personne et par année. L’analyse des modifications d’utilisation des personnes interrogées montre qu’environ 16% des distances parcourues, soit un peu plus de 400 km, résultent d’un trafic nouveau. Il s’agit en particulier d’excursions à vélo qui n’étaient pas effectuées avant l’achat d’un vélo électrique. Les 84% restants (2200 km) proviennent du transfert d’autres moyens de transport. Les principaux transferts proviennent de la voiture (en moyenne près de 1000 km par personne), des transports publics (570 km) et du vélo conventionnel (420 km).

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Pour faire son choix : définir ses besoins et disposer de critères d’évaluation

Avant tout, il s’agit de définir vos besoins. Est-ce un vélo destiné à des déplacements quotidiens ou à des loisirs ? Quelles sont les distances à parcourir ? Quels types de routes et de revêtements sont pratiqués ? Transporterez-vous des marchandises ? Si oui lesquelles ? Des enfants ? Si oui combien ? Quel est votre budget ? Est-ce pour une utilisation privée ou pour des trajets de votre entreprise ? Voici quelques-unes des questions à vous poser qui guideront vos choix et aideront les spécialistes à vous accompagner dans votre achat. Mais quelques critères vous permettront quand même de faire un choix.

25km/h ou 45km/h – Tout d’abord vous devrez choisir entre un vélo 25km/h ou 45 km/h ? Ce dernier convient surtout aux personnes qui effectuent chaque jour un trajet de plus de 8 à 10 km pour se rendre au travail, en empruntant de grands axes routiers et est surtout conseillé aux cyclistes aguerris. L’Association transport et environnement a rédigé un guide intitulé « La sécurité commence à l’achat : Guide pour l’achat du vélo électrique ». Il donne plusieurs critères à évaluer. Un premier conseil est d’être bien accompagné par un spécialiste pour cet achat, et de bénéficier d’un bon service après-vente.

Le moteur – le moteur central est aujourd’hui pratiquement devenu la norme. Le moteur placé au centre de gravité donne des sensations de conduite qui sont très proches de celles que procure un vélo usuel.

La batterie – la distance pouvant être parcourue avec une seule charge de batterie est difficile à prévoir : elle dépend de la topographie du parcours, du poids du cycliste et du degré d’assistance du moteur, les indications d’autonomie données par le fabricant peuvent facilement varier de 30% suivant l’utilisation. Mais généralement, tous les types de vélo électrique offrent une autonomie de 30 à 50 km. Les batteries au lithium-ion (Li-ion) se sont généralisées, au point qu’aujourd’hui elles sont les plus répandues : elles se déchargent moins rapidement que les accus au plomb ou au nickel.

Les freins – en moyenne, les vélos électriques sont plus rapides et plus lourds que les vélos usuels. Il est donc plus important encore que les freins soient efficaces. Les freins à disques sont plus fiables, notamment en cas de pluie ou de neige, et ils réduisent la distance de freinage.

L’éclairage – les vélos électriques rapides doivent disposer d’un éclairage puissant : trop souvent, ils sont aperçus trop tard par les autres usagers de la route.

Ergonomie – il est essentiel d’essayer le vélo pour sentir si on se sent à l’aise ou pas.

Deux tests pourront guider votre choix

En 2021, A bon entendeur, Bon à savoir et Kassensturz ont fait tester en laboratoire dix modèles de vélos électriques disponibles en grandes surfaces ou sur Internet. Découvrez le résultat.

En 2022, A bon entendeur et le TCS ont testé neuf vélos électriques rapides. Critères du test : puissance du système d’entraînement du moteur, durée de vie de la batterie, construit de manière qualitative, agréable à conduire et facile à utiliser, freins fonctionnent bien, éclairage suffisamment puissant. Découvrez le résultat.

Quelques infos pratiques

  • Découvrez les 80 communes qui offrent une subvention pour l’achat d’un vélo électrique.
  • Participez à des cours de conduite pour exercer des comportements adéquats sur la route.
  • Evaluez si votre ville est cyclophile. C’est en effet un élément central pour la pratique du vélo, car le manque de sécurité routière est un obstacle important à plus de pratique du vélo.

Entretien avec Yohan Barbey, responsable Partenaires mobilité chez Tandem, Lausanne.

Tandem est un magasin de vélo électrique, mais pas seulement. Depuis 2020, parce que les demandes d’entreprises et de collectivités publiques souhaitant troquer certaines voitures de fonction pour des vélos électriques étant en hausse, Tandem a engagé un responsable des partenariats mobilité.

De quoi s’agit-il au juste, quel est votre cahier des charges ?

Les entreprises sont en effet de plus en plus nombreuses à se questionner sur la manière la plus rapide, économique et écologique de permettre le déplacement de leurs employés. Le vélo électrique devient aujourd’hui un moyen de transport réellement attractif et elles ont besoin de personnes qui les accompagnent dans cette transition. Quels vélos choisir pour mes besoins ? Combien en acheter ? Quels aménagements spécifiques pour les parkings à vélos électriques ? etc. Autant de questions qui nécessitent des réponses adaptées à chaque contexte. C’est la raison pour laquelle mon poste a été créé et que des aménagements ont été effectués dans nos locaux.

D’autres acteurs que les entreprises et collectivités publiques font appel à vous pour ces compétences liées au vélo électrique ?

Ces compétences que nous développons aujourd’hui sont utiles à d’autres en effet : des architectes par exemple commencent à nous solliciter pour avoir des conseils sur les aménagements à intégrer dans leurs projets de maison ou d’immeubles et qui sont nécessaires aux vélos électriques. En effet, le vélo électrique ne s’arrête pas à l’objet, de nombreux autres éléments doivent être bien conçus pour que son utilisation soit le plus facile possible.

Quels sont vos retours des employés qui s’y mettent ?

Beaucoup d’entre eux n’ont jamais pratiqué le vélo électrique et appréhendent parfois de s’y mettre. Mais très rapidement, ils prennent plaisir à en faire. Nous observons que certains d’entre eux vont même jusqu’à acheter un vélo électrique pour se rendre au travail. C’est un des bénéfices de ces vélos mis à disposition par l’employeur : cela permet de faire le premier pas, de tester et de prendre goût à cette nouvelle forme de mobilité.

Quels genres d’entreprises font appel à vous ?

Aujourd’hui, nous avons une grande diversité de clients dont les employés doivent se déplacer : des architectes pour leurs visites de chantiers, des médecins qui bougent d’une clinique à une autre, des policiers qui font leurs rondes à vélos, des livreurs, des étudiants qui doivent passer d’un site à un autre, et même des garagistes qui troquent leurs voitures de prêt contre des vélos de prêt !

Monitorez-vous les impacts écologiques et économiques de ce passage de la voiture au vélo électrique pour ces entreprises?

Oui, nous avons par exemple calculé que les 40 vélos électriques mis à disposition des employés de Romande Energie sur leurs différents sites ont parcouru près de 10’000 km en 9 mois de service. Et donc de nombreux km motorisés économisés !

 

Hélène Monod

Rédactrice

OSTRAL : la réponse à une pénurie d’électricité

Sur ordre de la Confédération, l’organisation OSTRAL est activée en cas de pénurie d’électricité de longue durée. Mais quelle est cette organisation et comment fonctionne-t-elle ? Comment se préparer à un plan d’urgence et quelles en seraient les conséquences pour la population et les gros consommateurs ?

Si la question de notre approvisionnement énergétique était déjà bien présente à Berne l’hiver passé, l’invasion russe en Ukraine a pour conséquence – entre autres – des prix de l’énergie susceptibles d’évoluer « dramatiquement d’un jour à l’autre », selon les mots de Simonetta Sommaruga. « L’hiver dernier déjà, juste avant Noël, nous avions assisté à de fortes fluctuations », explique la conseillère fédérale en charge du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication dans une interview donnée au Temps en avril 2022. « Depuis l’éclatement de la guerre, la situation s’est encore aggravée, comme jamais dans l’histoire. » Bien que la dépendance énergétique de la Suisse vis-à-vis de l’Ukraine soit minime et que l’approvisionnement du pays soit actuellement assuré, le conflit actuel peut provoquer des goulots d’étranglement et des pénuries dans de nombreux domaines, notamment s’il déclenche des réactions en chaîne. Ainsi, à Berne, on n’exclut pas de devoir activer le plan OSTRAL dans un avenir plus ou moins proche, même si on fait tout pour l’éviter. Mais quelle est cette organisation et que se passerait-il pour la population et les communes en cas de crise ?

OSTRAL, c’est quoi ?

Née de la situation de détresse de la Seconde Guerre mondiale, l’actuelle OSTRAL s’appelait autrefois « Organisation de guerre des usines électriques ». Elle est une commission de l’Association des entreprises électriques suisses (AES), placée sous la surveillance de l’Approvisionnement économique du pays (AEP), c’est-à-dire de la Confédération. En cas de pénurie d’électricité de longue durée, OSTRAL met ainsi à exécution les mesures ordonnées par le Conseil fédéral dans les domaines du « pilotage de la production d’électricité » (gestion de l’offre) et du « pilotage de la demande d’électricité » (gestion de la demande). Depuis plus de trente ans, l’AES procède aux préparatifs nécessaires pour surmonter une situation de pénurie d’électricité. Il est à préciser que si OSTRAL intervient comme organisation de crise en cas de pénurie, elle ne gère pas les situations de black-out.

Différencier black-out et pénurie

OSTRAL est donc activée lors d’une pénurie d’électricité de longue durée et non en cas de black-out. Voici quelques précisions à ce sujet.

Black-out (ou panne électrique) : il s’agit d’une coupure inopinée de l’alimentation électrique. Elle est imprévisible et peut survenir à la suite d’une panne technique ou de dégâts touchant les infrastructures de distribution, en raison d’une surcharge du réseau ou encore à cause de défaillances techniques.

Pénurie d’électricité : une pénurie est prévisible. Une pénurie d’électricité représente, au sens de l’article 2 de la loi sur l’approvisionnement du pays (LAP), une pénurie grave que l’économie ne peut surmonter seule. Pendant plusieurs jours, semaines voire mois, l’offre et la demande d’électricité sont en inadéquation, en raison d’une limitation des capacités de production, de transport ou d’importation. Elle peut survenir à la suite de nombreux scénarios (tempête qui endommagerait durablement le réseau de transport, problèmes techniques, cyberattaques, manque d’eau dans les lacs de retenue de barrages et rivières, production indigène et importation insuffisantes, etc.). L’AES avertit que « la pénurie représente un danger réaliste » et qu’il s’agit d’ailleurs « du plus grand risque identifié (la pandémie étant au deuxième rang) en Suisse par l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) dans son rapport sur l’analyse nationale des risques publié en 2020. »

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(Source: AES)

Les différents niveaux avant l’urgence

Niveau de préparation 1 : surveillance de l’approvisionnement

Lorsque le marché de l’électricité est fonctionnel, l’Association des entreprises électriques suisses (AES) procède à la surveillance de l’état d’approvisionnement, alors que l’organisation OSTRAL optimise et actualise les processus, instruit les gestionnaires du réseau de distribution d’énergie (GRD) et sensibilise les gros consommateurs. Il est à noter que la Suisse n’a encore jamais dépassé ce premier niveau, mais que la situation pourrait rapidement changer.

Niveau de préparation 2 : appel aux économies

Dès qu’une crise se dessine, l’AEP met en alerte OSTRAL. La Confédération appelle alors la population et les entreprises à réduire volontairement leur consommation d’électricité par le biais de messages ciblés.

Niveau de préparation 3 : activation des OGE (ordonnances sur la gestion de l’électricité)

Si les mesures précédentes ne suffisent pas à équilibrer la production et la consommation, la Confédération peut mettre en vigueur des parties de la Loi sur l’approvisionnement en électricité, via des ordonnances sur la gestion de l’électricité (OGE). Ces dernières règlent les interdictions de certains appareils, le pilotage centralisé des centrales électriques, ainsi que les restrictions sur les exportations et le transit de l’énergie.

Niveau de préparation 4 : mise en œuvre des OGE

Nous sommes en situation de crise. À ce dernier niveau, le Conseil fédéral déclenche la mise en vigueur des OGE, avec pour conséquence une organisation OSTRAL qui procède à la gestion de l’offre et de la demande. L’interdiction d’utiliser certains appareils entre en vigueur, tout comme le contingentement de l’électricité et, en dernier recours, des délestages.

Concrètement, quelles sont les mesures envisagées au niveau 4 ?

– Interdictions et restrictions d’utilisation d’appareils gourmands en énergie et non nécessaires. Il peut s’agir notamment de saunas, piscines, installations de climatisation, escalators et ascenseurs, téléskis et canons à neige ou encore éclairages des vitrines et enseignes lumineuses. « Bien que cette mesure ne permette d’économiser qu’un faible pourcentage d’électricité, explique l’OFAE, elle a une importance capitale sur le plan psychologique pour préparer la population à la discipline requise. Ainsi, tout un chacun comprend que le pays affronte une situation exceptionnelle. »

– les mesures de contingentement sont des mesures d’économies dites douces qui visent à « inciter les gros clients à réduire leur consommation d’électricité jusqu’à ce que l’équilibre entre l’offre et la demande soit rétabli. Pendant une certaine période, les clients ne disposeront que d’une quantité réduite de courant par rapport à la normale. Ils doivent eux-mêmes prendre des mesures pour réduire leur consommation. » Les acteurs dont la consommation annuelle dépasse 100 000 kWh doivent alors économiser au maximum l’énergie afin d’éviter, dans la mesure du possible, des délestages.

– des délestages périodiques (soit des coupures d’électricité) allant jusqu’à plusieurs heures pour certains secteurs. La mesure prise en dernier ressort vise à éviter un effondrement des réseaux. Même si elle est efficace pour gérer la demande, elle a des conséquences considérables pour l’économie et la population. La devise d’OSTRAL : « Économiser suffisamment ensemble, solidairement, afin d’éviter à tout prix les délestages. »

Particuliers et entreprises : comment se préparer à une pénurie ?

Pour la population :

Pour réagir rapidement et correctement aux perturbations, il s’agit d’être bien préparé. Par des mesures simples et un comportement adéquat, chacune et chacun peut amoindrir les répercussions d’une pénurie d’électricité. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) donne de nombreuses informations sur la manière de se préparer et le comportement à adopter durant une coupure de courant. Toutes les informations sont disponibles via ce lien.

Nous vous conseillons également le site www.alert.swiss qui vous informera sur les moyens de se préparer aux situations d’urgence et le comportement à adopter.

Pour les gros consommateurs :

Les gros consommateurs ont tout avantage à se préparer à une pénurie et à planifier en amont les mesures internes à l’entreprise, afin d’entraver le moins possible leurs activités. « Le risque de survenance d’une pénurie d’électricité est élevé, tout comme le potentiel de dommages que celle-ci entraînerait pour la Suisse. Il est donc d’autant plus important que les entreprises anticipent et mettent en place des réflexions sur la manière dont elles géreraient une pénurie d’électricité et sur les mesures qu’elles peuvent prendre à titre préventif », prévient l’AES.

Déjà prévenus…
Sur mandat de l’Approvisionnement économique du pays, l’OSTRAL a mené, entre fin septembre 2021 et février 2022, une campagne d’information auprès de quelque 33 000 gros consommateurs. Il s’agissait de les informer sur les démarches à effectuer en vue d’être parés à un scénario de pénurie d’électricité. Ces acteurs clés sont désormais appelés à mettre en place des réflexions sur la manière dont ils géreraient une pénurie d’électricité et sur les mesures pouvant être prises à titre préventif, afin d’abaisser la consommation d’électricité en cas de crise, explique l’AES.

Quelques questions sont ainsi à se poser, avant que n’arrive la pénurie. Quelles sont les options pour abaisser la consommation d’électricité et quel volume pourrait-on économiser grâce à cela ? Que peut-on exploiter de manière réduite ou arrêter temporairement ? Quels sont les préparatifs nécessaires pour pouvoir mettre en œuvre les différentes options ? Qu’en est-il de la répartition des responsabilités au sein de l’entreprise ? Autant de questions auxquelles les gros consommateurs se doivent aujourd’hui de trouver une réponse.

Ressources :
Organisation OSTRAL

Informations diverses et « comment se préparer » pour les particuliers et les entreprises ?

Entreprise : comment se comporter avant et pendant une pénurie

Le Guide électricité de l’approvisionnement économique du pays apporte un soutien pour les travaux préparatoires des entreprises

 

Joëlle Loretan

Rédactrice

Photovoltaïque: quelles solutions pour les locataires ?

En Suisse, les locataires représentent environ 60% de la population. Ils peuvent ainsi largement influencer le marché énergétique. La Société suisse pour l’énergie solaire (SSES) rappelle ainsi qu’en optant pour du courant solaire, les locataires ne réduisent pas seulement leur empreinte écologique, mais influencent également le mix électrique à l’échelle nationale. En stimulant la demande de courant écologique, ils favorisent par ailleurs la sécurité des investissements. Mais comment produire de l’énergie solaire sans disposer de toits, ni de façades ?

Les pistes solaires de la SSES

La SSES a publié la fiche d’information « Courant solaire pour les locataires », à la demande de SuisseEnergie. Le document présente les options à disposition de celles et ceux qui souhaitent acquérir des installations solaires, voire investir dans la production de courant solaire. Car si les propriétaires sont libres dans le choix de leur source d’approvisionnement électrique, les locataires ont eux aussi une marge de manœuvre pour participer à la transition actuelle.

« Chaque kilowattheure compte » est une phrase que l’on entend souvent en cette période où la question de notre approvisionnement en énergie est brûlante. Par ailleurs, la SSES nous apprend que « le rayonnement solaire reçu sur toute la superficie de la Suisse équivaut à 200 fois la quantité d’énergie consommée annuellement dans le pays » ou encore que « 100% des toits et des façades recèlent un fort potentiel (…) et qu’ils permettraient de couvrir l’intégralité de la consommation d’électricité annuelle de la Suisse ». On imagine alors aisément ce qu’il serait possible de réaliser si les locataires prenaient les énergies durables en main, dès aujourd’hui.

Tour d’horizon des possibles

Ci-dessous, quelques-unes des actions (liste non exhaustive) proposées dans la fiche « Courant solaire pour les locataires ». Vous trouverez en fin d’article un lien redirigeant vers l’aperçu des offres Modèle énergie solaire pour les locataires, où sont listés les contacts utiles (associations, coopératives, financement participatif, etc.). Le document est mis à jour deux fois par an et, bien que proposé en allemand uniquement, il reste facilement compréhensible et englobe les acteurs issus de toute la Suisse.

Adhérer à une coopérative solaire

Une coopérative solaire a pour but de développer la production, l’acquisition, la distribution et l’utilisation d’énergie photovoltaïque régionale, de manière collective grâce aux parts sociales souscrites par ses membres. En contrepartie, ces derniers obtiennent la plus-value écologique (garanties d’origine) ou un crédit monétaire (rabais sur facture), en fonction de la production et du nombre de parts sociales en leur possession. Le fonctionnement et les rémunérations sont propres à chaque coopérative, ce qui fait également la force de l’approche.

Les résultats du projet national de recherches « Financement collectif des énergies renouvelables » (2019) rappelle que « l’importance des coopératives ne doit pas uniquement se mesurer à l’aune des quantités d’électricité produites. (…) Elles œuvrent également à la compréhension et à l’acceptation de la transition énergétique. » Pour les chercheurs ayant participé à l’étude, les coopératives énergétiques suisses peuvent être un moteur du développement décentralisé des énergies renouvelables. Pour favoriser l’émergence de tels groupements, ils relèvent ainsi que « les communes peuvent mettre à disposition, à titre gracieux ou à un tarif préférentiel, des toitures pour les installations solaires. Elles octroient des prêts aux coopératives, leur achètent le courant au-dessus du prix du marché ou payent le surcoût lié au courant vert en achetant des attestations d’origine. (…) Ancrées localement et à but non lucratif, les coopératives garantissent que les contributions de la commune bénéficieront au final à sa population. »

Adhérer à un financement participatif pour la construction d’installations solaires

C’est dans les grandes communes et les villes que l’on rencontre les principales possibilités d’adhérer à ce type de financement participatif. Comment ça marche ? Les locataires achètent des mètres carrés de panneaux solaires sur les toits d’autres bâtiments de la région. L’argent est utilisé pour financer la construction de centrales solaires et, lorsque l’énergie commence à être produite, les adhérents acquièrent la part d’énergie correspondant à la superficie de panneaux solaires achetée. À la différence d’une coopérative, on achète ici des parts liées directement à un projet. L’argent est alors destiné à une seule réalisation (par exemple, la construction d’une centrale solaire sur le toit de l’école du village) et non à une coopérative, qui va mener plusieurs projets solaires différents.

Installer une mini-centrale électrique

Une mini-installation vous permet de produire vous-même de l’électricité : tables solaires, cabanons de jardin, centrales à fixer sur la balustrade de son balcon, etc. Ces dispositifs appelés « plug and play » s’installent et se branchent facilement sur une prise électrique. Mais au lieu de prendre de l’énergie, ces installations mobiles injectent celle produite dans le circuit électrique existant, alimentant ainsi les appareils utilisés dans la maison. Attention : la puissance de l’installation ne doit toutefois pas dépasser les 600 watts, au risque de surcharger les câbles électriques du bâtiment, avec pour conséquence un risque d’incendie. Certes, la quantité d’électricité produite est limitée, mais elle n’est pas anodine pour autant : dans un ménage de quatre personnes et en fonction de la consommation, environ 10% des besoins en électricité peuvent être couverts par ce type d’installations, précise l’OFENLe site energie-environnement.ch, plateforme d’information des services de l’énergie et de l’environnement des cantons de Berne, de Fribourg, de Genève, du Jura, de Neuchâtel, du Valais et de Vaud, note également que les panneaux solaires peuvent être optimisés au fil des saisons, afin de profiter d’un maximum d’ensoleillement : « On peut déplacer les panneaux solaires au cours de l’année. Durant l’été, si on a deux panneaux munis chacun de son micro-onduleur, on peut les disposer « en circonflexe » face au sud, pour profiter du soleil levant et du soleil couchant : les panneaux produiront moins d’électricité autour de midi, mais leur durée de production solaire sera plus étendue sur la journée. Et si on a acquis une table solaire, on n’oubliera pas de la débarrasser de tout ce qui l’encombre : si une seule cellule d’un panneau solaire reçoit moins de soleil, c’est la performance énergétique de l’ensemble des cellules du panneau qui baisse.»

Consommer l’électricité produite par son immeuble

La consommation propre désigne le fait de consommer sur place et sans détour par le réseau électrique, le courant solaire produit sur son toit ou sa façade. Une communauté d’autoconsommation (CA), ou bien un Regroupement pour la Consommation Propre (RCP), partage ainsi une installation photovoltaïque installée sur un bâtiment. En tant que locataire, vous pouvez devenir vous-même actif : en demandant à votre propriétaire de rendre votre immeuble producteur d’électricité puis en consommant l’électricité produite, ce qui permet à votre propriétaire de rentabiliser la centrale solaire (ce qui le pousse à la réaliser).

Ce droit à la consommation propre est ancré dans la loi sur l’énergie. La réglementation permet ainsi aux exploitants d’installations de s’accorder avec leur gestionnaire de réseau, de telle sorte que seule l’électricité non consommée sur place soit injectée dans le réseau, et non la totalité produite.

Acquérir des vignettes solaires

Une vignette solaire se présente généralement sous la forme d’un petit autocollant et marque un certain montant d’achat annuel d’électricité solaire. Avec chaque vignette achetée, vous obtenez la quantité de courant correspondant à la consommation moyenne annuelle de votre appareil, via une « part » de panneau solaire correspond à la puissance requise : « 10 cm2 pour un portable, 100 cm2 pour un ordinateur, 150 cm2 pour un vélo électrique, 400 cm2 pour un réfrigérateur ou encore 4000 cm2 pour une voiture électrique », précise Solarfrica, fournisseur de vignettes solaires. Le courant produit par des « parts » d’installations solaires peut-être injecté dans le réseau électrique public (avec des producteurs rétribués en conséquence). Mais il est également possible d’investir les bénéfices supplémentaires réalisés dans la construction d’autres installations. À noter que certaines vignettes attestent simplement les garanties d’origine pour le courant consommé.

En faire la demande

Auprès de votre fournisseur électrique ou auprès de votre propriétaire…
… parce que la solution la plus simple est parfois la meilleure.

 

Ressources :
Fichier Excel à télécharger : Aperçu des offres Modèles énergie solaire pour les locataires
Fiche informative : Courant solaire pour les locataires

 

Joëlle Loretan

Rédactrice