OSTRAL : la réponse à une pénurie d’électricité

Sur ordre de la Confédération, l’organisation OSTRAL est activée en cas de pénurie d’électricité de longue durée. Mais quelle est cette organisation et comment fonctionne-t-elle ? Comment se préparer à un plan d’urgence et quelles en seraient les conséquences pour la population et les gros consommateurs ?

Si la question de notre approvisionnement énergétique était déjà bien présente à Berne l’hiver passé, l’invasion russe en Ukraine a pour conséquence – entre autres – des prix de l’énergie susceptibles d’évoluer « dramatiquement d’un jour à l’autre », selon les mots de Simonetta Sommaruga. « L’hiver dernier déjà, juste avant Noël, nous avions assisté à de fortes fluctuations », explique la conseillère fédérale en charge du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication dans une interview donnée au Temps en avril 2022. « Depuis l’éclatement de la guerre, la situation s’est encore aggravée, comme jamais dans l’histoire. » Bien que la dépendance énergétique de la Suisse vis-à-vis de l’Ukraine soit minime et que l’approvisionnement du pays soit actuellement assuré, le conflit actuel peut provoquer des goulots d’étranglement et des pénuries dans de nombreux domaines, notamment s’il déclenche des réactions en chaîne. Ainsi, à Berne, on n’exclut pas de devoir activer le plan OSTRAL dans un avenir plus ou moins proche, même si on fait tout pour l’éviter. Mais quelle est cette organisation et que se passerait-il pour la population et les communes en cas de crise ?

OSTRAL, c’est quoi ?

Née de la situation de détresse de la Seconde Guerre mondiale, l’actuelle OSTRAL s’appelait autrefois « Organisation de guerre des usines électriques ». Elle est une commission de l’Association des entreprises électriques suisses (AES), placée sous la surveillance de l’Approvisionnement économique du pays (AEP), c’est-à-dire de la Confédération. En cas de pénurie d’électricité de longue durée, OSTRAL met ainsi à exécution les mesures ordonnées par le Conseil fédéral dans les domaines du « pilotage de la production d’électricité » (gestion de l’offre) et du « pilotage de la demande d’électricité » (gestion de la demande). Depuis plus de trente ans, l’AES procède aux préparatifs nécessaires pour surmonter une situation de pénurie d’électricité. Il est à préciser que si OSTRAL intervient comme organisation de crise en cas de pénurie, elle ne gère pas les situations de black-out.

Différencier black-out et pénurie

OSTRAL est donc activée lors d’une pénurie d’électricité de longue durée et non en cas de black-out. Voici quelques précisions à ce sujet.

Black-out (ou panne électrique) : il s’agit d’une coupure inopinée de l’alimentation électrique. Elle est imprévisible et peut survenir à la suite d’une panne technique ou de dégâts touchant les infrastructures de distribution, en raison d’une surcharge du réseau ou encore à cause de défaillances techniques.

Pénurie d’électricité : une pénurie est prévisible. Une pénurie d’électricité représente, au sens de l’article 2 de la loi sur l’approvisionnement du pays (LAP), une pénurie grave que l’économie ne peut surmonter seule. Pendant plusieurs jours, semaines voire mois, l’offre et la demande d’électricité sont en inadéquation, en raison d’une limitation des capacités de production, de transport ou d’importation. Elle peut survenir à la suite de nombreux scénarios (tempête qui endommagerait durablement le réseau de transport, problèmes techniques, cyberattaques, manque d’eau dans les lacs de retenue de barrages et rivières, production indigène et importation insuffisantes, etc.). L’AES avertit que « la pénurie représente un danger réaliste » et qu’il s’agit d’ailleurs « du plus grand risque identifié (la pandémie étant au deuxième rang) en Suisse par l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP) dans son rapport sur l’analyse nationale des risques publié en 2020. »

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(Source: AES)

Les différents niveaux avant l’urgence

Niveau de préparation 1 : surveillance de l’approvisionnement

Lorsque le marché de l’électricité est fonctionnel, l’Association des entreprises électriques suisses (AES) procède à la surveillance de l’état d’approvisionnement, alors que l’organisation OSTRAL optimise et actualise les processus, instruit les gestionnaires du réseau de distribution d’énergie (GRD) et sensibilise les gros consommateurs. Il est à noter que la Suisse n’a encore jamais dépassé ce premier niveau, mais que la situation pourrait rapidement changer.

Niveau de préparation 2 : appel aux économies

Dès qu’une crise se dessine, l’AEP met en alerte OSTRAL. La Confédération appelle alors la population et les entreprises à réduire volontairement leur consommation d’électricité par le biais de messages ciblés.

Niveau de préparation 3 : activation des OGE (ordonnances sur la gestion de l’électricité)

Si les mesures précédentes ne suffisent pas à équilibrer la production et la consommation, la Confédération peut mettre en vigueur des parties de la Loi sur l’approvisionnement en électricité, via des ordonnances sur la gestion de l’électricité (OGE). Ces dernières règlent les interdictions de certains appareils, le pilotage centralisé des centrales électriques, ainsi que les restrictions sur les exportations et le transit de l’énergie.

Niveau de préparation 4 : mise en œuvre des OGE

Nous sommes en situation de crise. À ce dernier niveau, le Conseil fédéral déclenche la mise en vigueur des OGE, avec pour conséquence une organisation OSTRAL qui procède à la gestion de l’offre et de la demande. L’interdiction d’utiliser certains appareils entre en vigueur, tout comme le contingentement de l’électricité et, en dernier recours, des délestages.

Concrètement, quelles sont les mesures envisagées au niveau 4 ?

– Interdictions et restrictions d’utilisation d’appareils gourmands en énergie et non nécessaires. Il peut s’agir notamment de saunas, piscines, installations de climatisation, escalators et ascenseurs, téléskis et canons à neige ou encore éclairages des vitrines et enseignes lumineuses. « Bien que cette mesure ne permette d’économiser qu’un faible pourcentage d’électricité, explique l’OFAE, elle a une importance capitale sur le plan psychologique pour préparer la population à la discipline requise. Ainsi, tout un chacun comprend que le pays affronte une situation exceptionnelle. »

– les mesures de contingentement sont des mesures d’économies dites douces qui visent à « inciter les gros clients à réduire leur consommation d’électricité jusqu’à ce que l’équilibre entre l’offre et la demande soit rétabli. Pendant une certaine période, les clients ne disposeront que d’une quantité réduite de courant par rapport à la normale. Ils doivent eux-mêmes prendre des mesures pour réduire leur consommation. » Les acteurs dont la consommation annuelle dépasse 100 000 kWh doivent alors économiser au maximum l’énergie afin d’éviter, dans la mesure du possible, des délestages.

– des délestages périodiques (soit des coupures d’électricité) allant jusqu’à plusieurs heures pour certains secteurs. La mesure prise en dernier ressort vise à éviter un effondrement des réseaux. Même si elle est efficace pour gérer la demande, elle a des conséquences considérables pour l’économie et la population. La devise d’OSTRAL : « Économiser suffisamment ensemble, solidairement, afin d’éviter à tout prix les délestages. »

Particuliers et entreprises : comment se préparer à une pénurie ?

Pour la population :

Pour réagir rapidement et correctement aux perturbations, il s’agit d’être bien préparé. Par des mesures simples et un comportement adéquat, chacune et chacun peut amoindrir les répercussions d’une pénurie d’électricité. L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) donne de nombreuses informations sur la manière de se préparer et le comportement à adopter durant une coupure de courant. Toutes les informations sont disponibles via ce lien.

Nous vous conseillons également le site www.alert.swiss qui vous informera sur les moyens de se préparer aux situations d’urgence et le comportement à adopter.

Pour les gros consommateurs :

Les gros consommateurs ont tout avantage à se préparer à une pénurie et à planifier en amont les mesures internes à l’entreprise, afin d’entraver le moins possible leurs activités. « Le risque de survenance d’une pénurie d’électricité est élevé, tout comme le potentiel de dommages que celle-ci entraînerait pour la Suisse. Il est donc d’autant plus important que les entreprises anticipent et mettent en place des réflexions sur la manière dont elles géreraient une pénurie d’électricité et sur les mesures qu’elles peuvent prendre à titre préventif », prévient l’AES.

Déjà prévenus…
Sur mandat de l’Approvisionnement économique du pays, l’OSTRAL a mené, entre fin septembre 2021 et février 2022, une campagne d’information auprès de quelque 33 000 gros consommateurs. Il s’agissait de les informer sur les démarches à effectuer en vue d’être parés à un scénario de pénurie d’électricité. Ces acteurs clés sont désormais appelés à mettre en place des réflexions sur la manière dont ils géreraient une pénurie d’électricité et sur les mesures pouvant être prises à titre préventif, afin d’abaisser la consommation d’électricité en cas de crise, explique l’AES.

Quelques questions sont ainsi à se poser, avant que n’arrive la pénurie. Quelles sont les options pour abaisser la consommation d’électricité et quel volume pourrait-on économiser grâce à cela ? Que peut-on exploiter de manière réduite ou arrêter temporairement ? Quels sont les préparatifs nécessaires pour pouvoir mettre en œuvre les différentes options ? Qu’en est-il de la répartition des responsabilités au sein de l’entreprise ? Autant de questions auxquelles les gros consommateurs se doivent aujourd’hui de trouver une réponse.

Ressources :
Organisation OSTRAL

Informations diverses et « comment se préparer » pour les particuliers et les entreprises ?

Entreprise : comment se comporter avant et pendant une pénurie

Le Guide électricité de l’approvisionnement économique du pays apporte un soutien pour les travaux préparatoires des entreprises

 

Joëlle Loretan

Rédactrice

6 réponses à “OSTRAL : la réponse à une pénurie d’électricité

  1. Vraiment très intéressant, merci pour cette contribution.
    J’ignorais l’existence d’OSTRAL. Il faut désormais espérer que cette organisation soit effectivement dirigée par des personnes avec une bonne connaissances des limites physiques et non pas des “gestionnaires de beau-temps” avec une vision utopique de la gestion et de l’approvisionnement des ressources…
    Comment ces personnes sont-elles choisies ? Ont-elles le bagage technique adéquat ou s’agit-il de politicien biaisé une fois encore par la vision de leur partis?
    D’avance merci pour votre réponse!

    1. OSTRAL est une organisation d’experts mandatée par la Confédération, via l’AES. Il ne s’agit donc pas de “politiciens” mais bien de représentants aguerris des acteurs de la branche. L’organigramme avec les sociétés représentées, ainsi que tout le fonctionnement d’OSTRAL est mis à disposition publiquement sur ce site : http://www.ostral.ch/fr

  2. Voici un paradoxe à signaler tout de même :
    De plus en plus de particuliers ont des installations photovoltaïques (PV) sur leurs toits. Il y a probablement 3 GWc de PV ainsi installés en Suisse. Imaginons une coupure, un black-out, un délestage local dû à une pénurie. Eh bien, presque toutes ces installations PV ne produiront plus rien, même en plein soleil, car la grande majorité ont un onduleur (qui transforme le courant continu issu des cellules PV en courant alternatif utilisable) dont le fonctionnement n’est possible que s’il « voit » un réseau actif. Lorsque le réseau tombe, l’onduleur s’arrête immédiatement (pour des raisons de sécurité évidentes sur le réseau en amont du compteur), même s’il y a du soleil et aussi même s’il y a des batteries chargées.
    Il est temps que l’on promeuve et autorise uniquement des onduleurs pour des installations domestiques pouvant fonctionner en îlotage dont l’onduleur peut continuer à rester actif en se coupant physiquement du réseau devenu inactif. Cette solution indispensable (qui existe) n’est hélas pas assez promue, car plusieurs fournisseurs d’onduleurs ne l’ont pas encore prévue et ne la proposent donc pas, cela sans parler des autorisations supplémentaires, souvent fastidieuses, qui ne sont pas encore généralisées.

    1. J’avais demandé un tel dispositif à mon installateur qui m’a dit que ce n’était effectivement pas réalisable pour le moment: 1/ parce que ce type d’onduleur n’est pas proposé “faute d’une demande suffisante” (!) 2/ parce que la loi ne le permet pas pour des raisons de sécurité.

      1. Les onduleurs capables de gérer une installation PV en ilotage existent: Fronius Symo Gen24 Plus (voir https://www.fronius.com/en/solar-energy/installers-partners/products-solutions/features/backup-power-function), Victron EasySolar-II (voir https://www.victronenergy.com/markets/off-grid/small-residential-home) ,… par contre la batterie reste une nécessité pour lisser les variations de production du PV et donc garantir un courant continu durant un blackout.

        Je ne trouve pas de document formel interdisant l’ilotage en Suisse, d’ailleurs il est fort probable que cela relève des directives de chaque fournisseur électrique plutôt que d’une loi cantonale ou fédérale, par contre une installation de ce type nécessite une certification et un contrôle d’installation conforme, je crois que votre installateur ne savait pas comment gérer cette partie de certification et a préféré jouer l’interdiction plutôt que chercher à s’informer.

        Le principe des onduleurs fournissant un backup est de créer un réseau domestique parallèle à celui alimenté par le réseau: l’onduleur coupe donc la liaison entre l’installation PV et le réseau comme demandé par les régulations, mais peut alimenter un réseau indépendant connecté à l’installation PV.

  3. Bonne Remarque!

    Il est des questions trop sérieuses pour être confiées aux seuls politiciens ou autres verdâtres idéologues et assimilés. Seuls des ingénieurs / ingénieures diplômées devraient avoir droit au chapitre.

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