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Comment rendre la mobilité plus durable au sein d’une entreprise ou d’une commune

La mobilité est le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en Suisse : près d’un tiers des émissions de ces gaz est causé par le transport de marchandises et de personnes (hors trafic aérien), devant l’industrie et les logements. En Suisse, chaque personne parcourt en moyenne 36,8 kilomètres par jour sur le territoire national, dont un quart dans le cadre de ses activités professionnelles. En parallèle, le parc automobile suisse est constitué de véhicules toujours plus gros et puissants. La Suisse se trouve ainsi dans le trio de tête des pays européens ayant le parc automobile le plus polluant. Mais si la mobilité est un secteur ayant un impact important sur l’environnement et les ressources, c’est également un secteur qui renferme un grand potentiel d’économies d’énergie. Les entreprises et les communes doivent être proactives à ce niveau-là. Comment s’y prendre ? Voyons plutôt.

 

Grandes multinationales et petites PME engagées pour la mobilité durable

L’Oréal Suisse a bien compris l’enjeu de taille que représente la mobilité en termes d’impact énergétique et climatique, et bien entendu, sa propre responsabilité en tant qu’entreprise. Début 2020, L’Oréal a ainsi renouvelé l’ensemble de son parc automobile (100 véhicules). Les véhicules de fonction au diesel ont été remplacés par des véhicules au gaz naturel et biogaz ou par des véhicules 100% électriques. Ces mesures permettront à l’entreprise de réduire ses émissions de CO2 de 42% dès 2020. En parallèle, L’Oréal Suisse favorise le train pour les déplacements en Suisse et à l’étranger, et limite fortement le recours à l’avion. L’entreprise prône, par ailleurs, le télétravail et prend en charge une partie des coûts des trajets réalisés en transports publics pour ses collaborateurs n’ayant pas de véhicule de fonction. Un accent est également mis sur la sensibilisation du personnel : l’entreprise a organisé une semaine entière dédiée à la mobilité douce en 2018 et a participé, en 2019, à l’action Bike to Work. Les enjeux de la transition énergétique en matière de mobilité sont ainsi bien communiqués auprès de l’ensemble du personnel.

 

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Employeurs de plus de 11’000 collaborateurs et accueillant de nombreux patients et visiteurs quotidiennement, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) font également face à des enjeux de taille en matière de mobilité et œuvrent pour plus de durabilité. La mobilité douce est encouragée par diverses mesures, comme la présence d’un service de réparation de vélos, un fonds d’encouragement à l’achat de vélos et vélos électriques, des partenariats avec certains magasins de vélos offrant des tarifs préférentiels pour les collaborateurs. Les HUG subventionnent également les abonnements annuels pour tous les transports publics régionaux ainsi que les abonnement P+R et P+B (place de parc pour voiture et vélo, sans transports publics) et limitent les remboursements kilométriques dans le cadre des déplacements professionnels.

 

Mais la mobilité durable n’est pas seulement la tâche des grandes entreprises, chacun, à son échelle, peut amener sa pierre à l’édifice. De nombreuses PME s’engagent aussi vers la voie de la durabilité.

C’est le cas du bureau d’ingénieurs civils Daniel Willi S.A., qui compte un peu moins de 50 collaborateurs répartis dans deux succursales à Montreux et Renens. Le développement durable ayant toujours été une priorité pour cette entreprise, elle a débuté une réflexion sur la mobilité au début des années 2000 déjà. Le premier pas fut de réaliser, en 2004, une étude sur les émissions de CO2 générées par l’activité du bureau. Elle a démontré que près de 80% des émissions provenaient des déplacements domicile-travail. Le bureau lance alors en 2008 une démarche de gestion de la mobilité afin de limiter cet impact, et met en place différentes mesures : l’aménagement d’une cafétéria permet, par exemple, de limiter les déplacements pour les repas de midi ; la flexibilisation des horaires et la pratique du télétravail permettent aux employés de mieux gérer leur temps ; les trajets et déplacements professionnels sont organisés de manière rationnelle afin de limiter les trajets. Grâce à ces mesures, et à d’autres encore, il a été possible de réduire de moitié le nombre de collaborateurs se rendant au bureau en voiture.

 

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Joindre ses forces pour plus de durabilité

Dans la zone industrielle de la Vuarpillière, à Nyon, les entreprises se sont rassemblées sur impulsion de la Ville de Nyon, pour mettre sur pied un plan de mobilité inter-entreprises en 2014. Réunissant 15 entreprises et près de 75% des collaborateurs de la zone industrielle (soit 850 collaborateurs), ce plan a pour objectif d’améliorer l’accessibilité du site et de réduire l’utilisation des transports individuels motorisés. Une centrale mobilité a été créée pour les entreprises partenaires et propose diverses offres, telles que la mise en contact pour du covoiturage, la création de navettes autogérées (pour les collaborateurs habitant sur des axes peu ou pas desservis par les transports en commun) ou encore des « check-up mobilité » qui permettent aux entreprises de faire un état des lieux de leur gestion de la mobilité. En 2018, après 4 ans d’existence de la centrale mobilité, les mesures mises en œuvre ont ainsi permis de libérer 30 places de parc (-4% de voitures individuelles), d’augmenter de 14% le nombre d’employés utilisant les transports publics locaux et d’atteindre 18% de part de covoiturage. Dernièrement, deux navettes autogérées comportant chacune huit utilisateurs ont été créées.

 

Des communes exemplaires

Les communes font face aux mêmes préoccupations que les entreprises en matière de mobilité. La commune de Lutry a voulu montrer l’exemple en termes de mobilité durable : depuis mars 2018, un véhicule électrique Mobility est à disposition des employés de l’administration communale et de la population. C’est la Commune qui a proposé cet emplacement à Mobility, via son offre Mobility Flex qui donne la possibilité aux entreprises ou collectivités de définir l’endroit où elles souhaitent implanter un véhicule Mobility.

 

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La ville de Vevey, quant à elle, propose à ses citoyens d’amener leurs déchets encombrants à la déchetterie à l’aide d’un vélo-cargo électrique. Ces vélos sont mis à disposition des habitants pour un modeste coût de location. Ce service, Carvelo2go, a été initié et est proposé par l’Académie de la mobilité, filiale du TCS. Par ailleurs, il est disponible dans de nombreuses villes de Suisse.

Quant à la ville de Fribourg, elle innove également en termes de mobilité, avec la collecte des sapins de Noël à l’aide de… chevaux de trait ! L’opération a été testée – avec succès – pour la première fois en janvier 2020.

Les alternatives aux transports individuels motorisés sont donc nombreuses. Il suffit d’un peu d’imagination pour les trouver !

 

Des mesures diversifiées pour une mobilité durable

On le voit avec ces exemples, repenser la mobilité en entreprise ou au sein d’une commune ne consiste pas uniquement à remplacer une flotte de véhicules vieillissante par des nouveaux véhicules électriques. Il ne suffit pas non plus de mettre en place une mesure unique pour parvenir à rendre la mobilité plus durable au sein d’une organisation. Au contraire, il est nécessaire de proposer un panel diversifié de mesures, afin d’inciter aux changements de comportement et d’apporter des réponses appropriées à des besoins différents.

 

Mais surtout, et avant toute chose, réduire l’impact de la mobilité sur l’environnement passe par une remise en question de nos besoins. Lorsqu’il s’agit de remplacer un véhicule par exemple, il est important de considérer finement ses besoins réels : la voiture est-elle véritablement nécessaire ou des alternatives pourraient-elles être envisagées ? Si c’est le cas, quelle alternative doit être privilégiée ? Le car-sharing, la mobilité douce, les transports publics, ou une combinaison de ces moyens de transport ? Il est également intéressant de réfléchir aux gains engendrés par un changement de moyen de transport : bénéfices pour la santé, réduction du stress, gain de temps, temps pouvant être investi pour d’autres activités (lecture, travail dans les transports publics, etc.).

 

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Juliette Lerch

Rédactrice

Romande Energie

Energéticien de référence et premier fournisseur d'électricité en Suisse romande, Romande Energie propose de nombreuses solutions durables dans des domaines aussi variés que la distribution d’électricité, la production d’énergies renouvelables, les services énergétiques, l’efficience énergétique, ainsi que la mobilité électrique.

3 réponses à “Comment rendre la mobilité plus durable au sein d’une entreprise ou d’une commune

  1. Vous écrivez : “La Suisse se trouve ainsi dans le trio de tête des pays européens ayant le parc automobile le plus polluant.”
    Cette affirmation demande pourtant à être confirmée quantitativement.
    Selon la “Statistique globale suisse de l’énergie 2020” de l’OFEN, la Suisse a consommé 6,858 millions de tonnes de carburant en 2019 ; selon la statistique d’avril 2021 du CO2 de l’OFEV, ces carburants ont été la cause d’émissions de 15,9 MtCO2 en 2019, et selon l’OFS il y avait environ 8,6 millions d’habitants et environ 4,6 millions de voitures ; cela donne 0,8 tonne de carburant par personne, 1,5 tonne de carburant par véhicule, ainsi que 1,85 tCO2 par habitant et aussi 3,46 tCO2 par véhicule en 2019.
    Pouvez-vous nous indiquer les valeurs auxquelles vous vous référez pour ce trio de tête en Europe ?

    1. Bonjour Monsieur de Reyff,

      Avant tout, merci pour votre commentaire.

      Pour éviter toute confusion, il convient effectivement de distinguer les chiffres relatifs aux nouveaux véhicules de ceux du parc automobile dans son ensemble.

      Voici quelques précisions issues d’une étude de Jato Dynamics, une société spécialisée dans les solutions de veille stratégique pour le secteur automobile qui pourrait vous intéresser :

      https://www.jato.com/new-car-co2-emissions-hit-the-highest-average-in-europe-since-2014/

      Ainsi qu’un graphique issu d’un rapport du DETEC à l’attention des commissions de l’environnement, de l’aménagement, du territoire et de l’énergie (CEATE) du Conseil national et du Conseil des États datant de 2020 :

      https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/60242.pdf

      Meilleures salutations.

  2. Merci beaucoup !
    Je continue à être étonné par la valeur élevée, la pire (!), donnée pour la Suisse.
    Faisons maintenant un petit calcul à l’envers : partant des 137,7 gCO2/km pour la Suisse donnés dans l’étude européenne JATO et des 15,9 MtCO2 déclarés par l’OFEV pour les émissions dues aux carburants en 2019, on arriverait à 115,5 milliards de km parcourus en Suisse. Comme il y a 4,6 millions de voitures, cela ferait aussi une moyenne de 25’102 km par an. Ces nombres de km sont-ils corrects ?
    De fait, on a une statistique en Suisse :
    https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/mobilite-transports/transport-personnes/prestations.html
    qui donne l’ensemble des km parcourus (tous modes compris !) : 138,3 milliards de km en 2019, ce qui donnerait 115 gCO2/km. On serait donc plutôt proche de la valeur pour la Finlande.
    On peut objecter qu’il ne faudrait prendre en compte que le trafic des voitures privées ; mais avec 103,0 milliards de km pour tout le trafic motorisé privé et aussi 97,9 milliards pour les seules voitures privées, on aurait une valeur spécifique encore pire que ces 137,7 gCO2/km !
    Il y a deux explications possibles : la statistique de l’OFS parle de « personnes-km » et donc ce chiffre dépend du taux d’occupation pour avoir les vrais km effectivement parcourus. La comparaison internationale est-elle bien faite sur le même genre de km ? À vérifier !
    Une autre explication probable se trouve à la fin de l’article : on y lit que les émissions spécifiques pour les voitures Mercedes sont de 140,9 gCO2/km, Le nombre élevé de telles voitures dans le parc suisse expliquerait simplement que la moyenne suisse soit ainsi tirée vers le haut !!!

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