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L’énergie du futur… est celle qu’on ne consommera pas !

Notre avenir énergétique réside dans les énergies renouvelables, mais un aspect important est souvent délaissé lorsque nous abordons la question de la transition énergétique : la sobriété.

Des innovations toujours plus nombreuses

De nombreux scientifiques se penchent sur la question de la production d’énergie : certains imaginent produire de l’énergie grâce à des centrales solaires en orbite, d’autres souhaitent exploiter le phénomène de l’osmose pour produire de l’énergie dans les zones d’estuaires, ou encore transformer la biomasse des micro-algues en biocarburants. Par ailleurs, de nombreuses recherches se penchent sur le développement de cellules photovoltaïques pouvant être placées sur toutes sortes de surfaces – murs de maison, fenêtre, intégrées dans les tuiles, etc. Nous avons eu l’occasion de découvrir plusieurs de ces innovations au cours de cette quinzaine thématique dédiée aux énergies du futur.

Mais est-ce vraiment tout cela l’énergie de demain ?

Certes, ces recherches sont importantes et nos sociétés en auront besoin pour réaliser leur transition énergétique. Toutefois, à trop vouloir trouver des solutions technologiques, nous oublions parfois qu’une solution simple est à portée de nos mains.

Mieux, autrement et moins

La transition énergétique est basée sur trois piliers :

  • la sobriété énergétique ;
  • l’efficacité énergétique ;
  • la production d’énergie renouvelable.

Nos sociétés mettent souvent beaucoup d’efforts dans l’efficacité énergétique (« mieux ») et la production d’énergie renouvelable (« autrement »), mais nous délaissons souvent la sobriété (« moins »). Or l’énergie la plus écologique et la plus économique c’est celle que l’on ne consomme pas ! Ce premier pilier devrait donc être remis au centre de nos politiques énergétiques.

Un changement de comportement nécessaire

Il n’est pas rare que les gains obtenus grâce à l’efficacité énergétique ou les énergies renouvelables soient contrebalancés par une hausse de la consommation. C’est par exemple le cas d’une personne qui fait l’achat d’un véhicule électrique, et qui – persuadé que son moyen de déplacement est désormais « propre » – fait davantage de kilomètres avec sa nouvelle voiture qu’il n’en faisait avec son ancienne voiture à essence. Il en est de même lorsque nous rénovons un bâtiment et améliorons ainsi son efficacité énergétique, mais en profitons pour augmenter la surface habitable. Ces phénomènes sont appelés « effet rebond ».

Pour limiter ces effets et parvenir aux objectifs de la transition énergétique, il est impératif que le concept de sobriété énergétique soit intégré à nos politiques énergétiques.

La sobriété est un mot qui peut nous effrayer. Il est vrai que ce concept implique un changement dans nos habitudes de consommation. La sobriété, ou encore la frugalité, consiste à prioriser nos besoins énergétiques essentiels, tant dans les usages individuels que collectifs, et à les limiter.

Est-il par exemple pertinent de se servir d’un véhicule de plus d’une tonne pour déplacer une personne de 80 kg sur un trajet de 5 km en pleine ville ? ou ne faudrait-il pas privilégier d’autres modes de transport dans ce cas-là ? Est-il normal de vivre en t-shirt toute l’année dans un appartement chauffé à 23°C ou pouvons-nous consentir à enfiler un pull en période hivernale ?
Les économies d’énergie potentielles sont nombreuses et doivent être prises en compte. Elles sont la clé du succès pour parvenir rapidement à une transition énergétique.

La sobriété ou l’acceptation d’un mode de vie modéré

Plus que le renoncement à un certain standing de vie, la sobriété est davantage l’acceptation d’un mode de vie modéré. La sobriété implique la responsabilité individuelle de tous. Impossible, direz-vous ? Difficile, peut-être. Mais la crise liée au coronavirus nous a forcé à envisager d’autres solutions, à adopter d’autres modes de vie. Ces restrictions, parfois drastiques, mais limitées dans le temps, ont le mérite de démontrer que nos sociétés sont capables d’adaptation.

Alors, prêts pour le défi de la sobriété énergétique ?

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

Romande Energie

Energéticien de référence et premier fournisseur d'électricité en Suisse romande, Romande Energie propose de nombreuses solutions durables dans des domaines aussi variés que la distribution d’électricité, la production d’énergies renouvelables, les services énergétiques, l’efficience énergétique, ainsi que la mobilité électrique.

12 réponses à “L’énergie du futur… est celle qu’on ne consommera pas !

  1. bonjour.Il n existe pas d autres énergies renouvelable que celles utilisés au moyen age.Actuellement ,dans le mix energetique,nous n avons que des énergies non renouvelable.Si l on considére le vent et le soleil comme perrene(ce qui est vrai),Les artéfacts utiliseé,c est a dire panneaux photovoltaique et éolienne,sont fabriqués avec une centaine de métaux différents,donc de l extraction fossiles.Il faut bien sur rajouter les batteries qui rende la production pilotable,encore du fossile.L hydrogene est ,de base,inerte.Il faut donc le créer et l acheminer et donc encore du fossile.La sobriété est un voeu pieux dans des sociétés qui ne doivent leurs éxistence qu au fossiles et donc l activité principale est de gérer des flux.C est un probléme de croyance et de dépendance,voir d addiction.La réalité est évidemment moins sexy puisque nous ne sommes plus dans un monde en croissance mais dans un monde contraint.Voir le graphique de meadows.

  2. Bonjour.
    Sauf que nous ne prenons pas ce chemin. Vous parlez de gestes “individuels de base”. Mais à côté de cela, au nom de l’efficacité énergétique, nous développons les “smart cities”. C’est à dire que nous multiplions les objets consommateurs d’énergie. Les “avantages” par exemple, la régulation du trafic, couvrent-ils les inconvénients (consommation, cybersécurité)? Et surtout les couvrent-ils 24h/24?

    Au niveau individuel, nous utilisons un maximum Internet, qui est fortement consommateur d’énergie. Est-ce toujours un usage raisonné? Par exemple, est-il utile de partager une photo en HD de “la petite dernière”, sachant qu’elle ne sera visualisée que sur écran (donc en basse définition)? Etc…

  3. Bonjour
    Je n’ai pas envie de changer mon mode de vie. Le problème c’est la surpopulation. Toute population exerce une pollution et une destruction de notre environnement. La diminution de nos consommations n’aura aucun effet si la population continue à augmenter. Le problème ce n’est pas notre mode vie mais la quantité de gens qui la pratique. CQFD

    1. Il ne faudrait pas mettre tous les habitants dans le même panier.
      La croissance de la population vient essentiellement de l’afrique. Or ce continent a une consommation d’énergie final par habitant 5x plus faible que nous.
      Même disparité entre 2 suisses.
      Conclusion : si nous changeons nos modes de vie nous pouvons faire baisser drastiquement nos émissions même si on continue à nous reproduire.
      Ce qui sera plus compliqué c’est de gérer l’augmentation du niveau de vie des pays en développement…
      Et se cacher derrière l’argument de la surpopulation est un peu trop simple car il permet de justifier l’inaction.

      1. Et aux Etats-Unis, la consommation par habitant moyenne est plus de 10 fois supérieure à celle de l’Afrique. Interdire aux “Américains” de procréer afin de sauver la planète 🙂 ?!

  4. Je crois que la Suisse est pourtant déjà bien engagée sur la bonne voie depuis longtemps :
    .
    Consommation d’énergie totale de 1990 à 2019 en W/habitant : 4’809 … 4’079, soit -15%
    .
    Consommation d’énergie finale de 1990 à 2019, en W/habitant : 3’753 … 3’085, soit -18%
    .
    Consommation d’électricité de 1990 à 2020, en W/habitant : 792 … 734, soit -7,3%
    .
    Émissions de CO2 de 1990 à 2019, en tCO2/habitant : 6,64 … 4,30, soit -35%
    .
    Émissions des gaz à effet de serre, en tCO2éq/habitant : 8,05 … 5,39, soit -33%
    .
    Cessons donc de nous culpabiliser !

    1. C’est bien ! Mais …..
      Population de la Suisse en 1990 = 6’693’000 habitants
      Population de la Suisse en 2020 = 8’667’000 habitants
      soit une augmentation de 30 % par rapport à 1990.
      Le problème ce n’est donc pas notre mode vie mais la quantité de gens qui la pratique. CQFD
      Vos chiffres en sont la démonstration.

      1. Vous avez tout à fait raison de poser cette question. Oui, on distingue en effet les émissions de GES dues à leur production nationale et celles dues à la consommation de produits importés, tous implicitement chargés d’énergie grise et de CO2 gris. On sait ce qu’il en est, par exemple, des modules photovoltaïques venant de Chine, par exemple.
        Seules les premières émissions sont bien documentées par des mesures officielles faites au plan national et sont, du reste, les seules publiées par l’Office fédéral de l’environnement et les seules pertinentes selon les critères de Kyoto ou de l’Accord de Paris. Les secondes sont des estimations faites en analysant, autant que faire se peut, les flux de produits qui entrent et sortent d’un pays. Selon ces dernières estimations, le chiffre pour la Suisse serait actuellement de 14 tCO2/habitant, ce qui correspondrait aussi à quelque 5’000 W/habitant, des valeurs à prendre avec précaution, car la méthodologie n’est de loin pas unanimement acceptée, ni, probablement, exhaustive, car ces flux deviennent assez vite inextricables. Nous importons des matières premières et exportons des montres ou des machines ou des composantes pour voiture (et importons ces dernières). C’est en quelque sorte un “blanchiment” de ces matières qui est opéré dans le pays du fait, par exemple, que notre électricité est très peu émettrice de CO2 en comparaison européenne. Comme, d’autre part, la Suisse est championne en matière de recyclage, il faudrait aussi tenir comptes des doubles, voir plus, réutilisations qui sont faites, par exemple le verre très énergivore à sa fabrication.
        Donc, actuellement, ces estimations d’émissions grises et d’énergie grise, bien qu’intéressantes à connaître, restent très imprécises du fait que l’inventaire des flux entrants, sortants et ré-entrants n’est de loin pas complet et probablement impossible à faire de façon globale..

        1. M. de Reyff, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. Je comprends bien qu’en important en Suisse un objet produit à l’étranger, on importe en même temps de l’énergie, grise, et du CO2, gris. Mais doit-on attribuer l’entier de cette énergie et du dégagement de CO2 gris à l’année d’importation? Il ne me semble pas. Ne faudrait-il pas procéder à un amortissement sur le nombre d’années de fonctionnement de l’objet?

          1. Vous soulevez justement un des problèmes que j’ai mentionnés. Les flux entrants et sortants, éventuellement sur la même année pour un produit manufacturé en Suisse avec des matières premières importées, produit qui sera exporté, disons comme composant de véhicule, véhicule qui sera à son tour importé et mis en circulation sur plusieurs années en Suisse, puis mis au rebut et la ferraille éventuellement réexportée. On ne peut donc pas imputer correctement cette « consommation » de CO2 gris dans le bilan suisse. Il faut donc s’en tenir aux vrais bilans de production effective dans le pays, comme le fait l’Office fédéral de l’environnement.

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