Le petit virus qui change le monde…

Pendant des années, on s’est gaussé de la faiblesse des Etats, du manque de réactivité des pouvoir publics, de la passivité de nombre d’élu.e.s devant la croissance des inégalités, une globalisation très mal régulée, les menaces écologiques, et bien d’autres choses encore. A juste titre, il faut le dire.

Voilà qu’un petit virus change radicalement la perspective. En quelques jours, pleins pouvoirs aux présidents, aux gouvernants. L’urgence coronavirienne est déclarée. Les frontières ferment, tout un continent ou presque est placé sous couvre-feu, les humains sont isolés les uns des autres, de même les générations, la population est consignée à domicile, le télétravail devient la règle. Aucun lobby d’aucune sorte n’a été consulté, même pas pour la forme, aucun passe-droit n’a été accordé. Et ceci non pour quinze jours, mais peut-être pour tout un printemps.

Une capacité d’action qu’on croyait perdue

Un bien supérieur est en jeu, la santé, la vie humaine. Nous sommes prêts à lui subordonner nos habitudes, nos liens, nos rencontres, nos sorties, nos façons de vivre. Ce choix est indiscutablement juste. 50 ans de société de consommation et de loisirs n’auront donc pas réussi à tout réduire à l’économique, à phagocyter le sens du bien commun, à dissoudre le collectif dans un individualisme exclusif.

Un petit doute cependant : on connaît en matière de santé les effets désastreux du sucre, du fast-food, de l’excès de viande, de l’huile de palme, du tabac, de la pollution chimique, mais là, on est encore loin, très loin, de sortir le quart des grands moyens mobilisés contre le petit virus. Pourtant, cette bataille serait bien moins impactante pour nos vies de tous les jours : qui a besoin d’une double dose de sucre ou de viande, d’un trop-plein de lipides saturés, de molécules toxiques dans ses veines ? Pour cela, aucune nécessité de confiner les gens à la maison, il faut juste faire d’autres choix de production et de consommation…

Ces jours, ces semaines, que nous allons passer d’une manière tout à fait inédite, cette situation de guerre sans bombes, sans tranchées ni destructions physiques, va laisser des traces dans nos vies individuelles et collectives. Nous allons apprendre à travailler autrement, à communiquer autrement, à apprécier, quand nous serons à nouveau libres de nos gestes et de nos mouvements, les petites joies de l’existence. Nous allons voir la mondialisation autrement, œuvrer, devant les impressionnantes fragilités de nos fonctionnements économiques et technique, à davantage de résilience locale ; nous aurons également à faire un tri entre les activités que nous nous réjouissons de reprendre – et celles que nous abandonnerons volontiers.

Santé humaine, santé de la Terre vont de pair

Oui l’agitation de nos sociétés avait atteint des niveaux insoutenables. Tourbillon incessant de sollicitations. Aviation au taux annuel de croissance de bientôt 10%. Réunions pléthoriques, avantageusement remplacées par skype, messageries et conférences téléphoniques. Bateaux de croisière destructeurs. PIB gonflé à la surconsommation et au gaspillage. Oui, dans tout cela aussi, il faudra faire un tri – salutaire, nécessaire, pour ne pas retomber dans la frénésie d’avant. Notre relation à l’espace et au temps devra durablement changer.

Prendre ce virage sera bon pour notre santé physique et psychique. Mais aussi pour celle de la Terre. Car paradoxalement, le petit virus, s’il fait du mal à l’humanité, a fait du bien à la Terre: ainsi, les émissions de CO2 ont nettement reculé. Administrant au passage la preuve des liens directs entre l’activité humaine et les émissions de gaz à effet de serre – en quelques semaines, voilà les climatosceptiques définitivement démasqués. Et si nous poursuivions sur cette trajectoire de réduction, une fois l’attaque virale surmontée?

Ce que nous aurons su faire pour notre santé, il nous faudra le faire avec la même détermination, la même énergie, la même cohérence pour la santé de la Terre. Car notre Terre est malade de notre suractivité, de notre omniprésence, de notre négligence. Alors tournons définitivement le dos au plastique, au pétrole, à la société de l’obsolescence (des objets, suivie très rapidement de celle des humains), à toute cette chimie non maîtrisée qui s’incruste dans chaque interstice du vivant, préservons la biodiversité aussi fort que nous menons la guerre contre le petit virus. La santé de la Terre et notre santé, décidément, vont de pair.

René Longet

René Longet

Licencié en lettres à l’Université de Genève, René Longet a mené en parallèle d’importants engagements, dans le domaine des ONG et du monde institutionnel, pour le vivre-ensemble ainsi qu'un développement durable. Passionné d’histoire et de géographie, il s’interroge sur l’étrange trajectoire de cette Humanité qui, capable du meilleur comme du pire, n’arrive pas encore bien à imaginer son destin commun.

7 réponses à “Le petit virus qui change le monde…

  1. « Nous allons voir la mondialisation autrement, œuvrer (…) à davantage de résilience locale »

    Chine : 1,38 milliards d’individus
    Inde : 1,4 milliards d’individus
    … sans compter tous les autres.

    Tout cela représente des consommateurs potentiels sur des marchés uniquement locaux ou nationaux. Dont certains sous le férule de systèmes politiques qui ont depuis bien longtemps abandonné l’idée de « dissoudre le collectif dans un individualisme exclusif », pour qui la subordination des habitudes, des liens, des rencontres, des sorties et des façons de vivre est avant tout destinée à préserver l’outil de production qui garantira localement la pérennité de la société de consommation et de loisirs.

    Je pense que vous vous réjouissez un peu vite.
    Certaines « résiliences locales » pourraient bien nous surprendre tous.
    Et pas forcément pour le bien de la planète.

  2. Vous utilisez un ordinateur pour écrire ce blog, vous possédez un téléphone portable, vous avez poster ce message qui sera stocké dans un data center….
    Vous avez donc utilisé des terres rares et du plastique (pollution), et énormément d’énergie (réchauffement climatique).
    Donc vous ne pouvez pas donner de leçon d’écologie ! Soyez logique.

    1. Ce n’est pas des leçons d’écologie que M Longet aborde, c’est l’évidence même d’un problème global que nous ne pouvons plus nier.
      Votre commentaire est hors propos.

  3. Il faut remercier le corona virus. Grâce à lui le mensonge du monde sans frontières est apparu en pleine lumière. Çe mensonge qui avait pris des générations à forger pour les élites mondialistes. Tout le monde a compris la vérité, et le mensonge à dû être abandonné. Voila tout.

    Ca a fait comme dans le conte d’Andersen “Les habits neufs de l’empereur”, quand un petit enfant dit: “Mais il est nu! ” D’un seul coup le mensonge a perdu sa puissance. Il a été ridicule. Les yeux se sont descillés.

    C’est exactement ce qui s’est produit.

  4. Face à la marche triomphante du capitalisme habillé en néo libéralisme, à l’arrogance des milieux financiers qui ont pris le pouvoir et aux joies insensées de la consommation, un simple petit virus nous a rappelé que nous sommes aussi des êtres biologiques soumis aux lois et contraintes de la nature

    Peut-être que notre espèce ne supporte pas une telle densité de contacts car nous sommes faits pour vivre en groupe plus petits et moins mobiles

    Ce que nous avons appris est que les virus ont aussi le privilège de jouer la mondialisation et qu’ils y prennent goût: c’est la 3ème ou 4ème alerte en 10-15 ans

    Alors allons-nous changer ou continuer à jouer à la roulette russe avec un barillet qui a de plus de cartouches chargées?

    merci pour la prise de conscience et la remise à niveau de nos valeurs
    Jacques

  5. Il ne fait aucun doute que nous devons notre manière d’agir et de penser vis-à-vis de la nature et des peuples qui souffrent depuis longtemps des rapports déséquilibrés que notre société de consommation leur impose. Je pense notamment aux Peuples Autochtones qui nous alertent depuis longtemps sur les conséquence de nos actes mais que nous n’écoutons pas car nous sommes bien trop prétentieux.ses pour le faire. Le déni est très mauvais conseiller d’autant que s’atteler aux problèmes permet de découvrir de nouvelles perspectives, d’innover et de donner de l’espoir à bien des jeunes qui en ont bien besoin.

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