COP 25 : Paralysie des dirigeants, paradoxe des peuples, gros temps sur la Planète !

La COP 25 de Madrid confirme l’évidence : les décisions politiques ne sont aucunement à la hauteur des potentiels déstructeurs que le changement climatique porte en lui. La volonté politique n’est pas là. Cupidité, stupidité, court-termisme ? Oui, dans le monde, il y a de tout cela, et ces dernières semaines, prenant souvent de très gros risques, de vastes foules sont descendues dans la rue, au Chili, en Irak, à Hong-Kong, en Colombie ou en Iran, au Liban et en Algérie, crier leur ras-le-bol devant la malgouvernance, la confiscation de l’Etat par un petit cercle, son inefficacité.

Mais il y a aussi une sorte de neurotoxique collectif, embrumant les esprits des décideurs politiques et les paralysant. Ce neurotoxique, qui entrave le fonctionnement normal du cerveau, est constitué d’un certain nombre de dogmes :
1) Celui de la main invisible : l’intérêt général se définit par l’addition des intérêts individuels, et tout dessein collectif est rejeté comme étant de l’économie planifiée…
2) Celui de la percolation : plus il y a de riches, moins il y aurait de pauvres, ce qui permet l’économie de toute politique de redistribution !
3) Celui de la maximisation de la possession d’objets et de loisirs comme but de l’activité économique, voire de la société tout entière.
4) Celui de la spécialisation des territoires en fonction de leur prétendus avantages compétitifs, au lieu de valoriser leur potentiel et de développer leur autonomie.
5) Celui du moindre coût, au prix de coûts écologiques et sociaux élevés.
6) Celui que la science finira par trouver les solutions, lui donnant des pouvoirs quasi-magiques.
7) Celui d’ignorer délibérément les limites de la nature à produire des ressources et à absorber nos rejets.

Un modèle qui tourne en rond

Alors on s’en remet au modèle des 30 Glorieuses, qui a permis au milieu du 20e siècle au monde industrialisé de passer du « capitalisme de la pénurie » à celui de la prospérité, puis de l’obsolescence (des biens et bientôt aussi des hommes). Qui a apporté à des centaines de millions de personnes du confort, des facilités, un niveau de vie appréciable et apprécié. Et dans lequel sont entrées depuis une quinzaine d’années les économies dites émergentes.

Alors que Gandhi disait lucidement voici 80 ans qu’«Il faut mettre un terme à cette course délirante qui conduit à vouloir toujours plus d’argent», l’intellectuel et homme politique Burkinabé Joseph Ki-Zerbo (1922-2006) soulignait que «malheureusement, les Africains sont (…) tournés vers la Terre promise de la Modernité, qu’ils interprètent en termes d’avoir et non d’être».

Or, depuis 30 ans ce modèle d’une société de consommation inégalitaire est grippé et tel un disque rayé tourne en rond. Fonctionnant de plus en plus sur des besoins artificiels et non sur l’utilité, il détruit sa base écologique et accroît les disparités sociales. Qu’il s’enraye et c’est la catastrophe sociale, qu’il redémarre, la catastrophe écologique. Mais les gouvernements, ceux parmi d’eux qui ont un quelconque souci de l’intérêt général et de leur rôle, s’entend, n’arrivent pas à concevoir que ce modèle est obsolète. Ils s’obstinent encore et toujours autour du véhicule économique en panne, sans arriver à autre chose que des mots.

Il faut retrouver la légitimité de cadrer l’évolution économique, c’est vital, et déjouer ce sortilège maléfique qui nous endort, nous plombe, alors qu’il nous faut bouger, et vite. Depuis toujours, l’on sait qu’il n’y a pas de marché sans régulation (et pas de régulation sans marché).

Ceux qui agissent ne sont pas les bons

Mais précisément, que font les peuples, prompts à descendre dans la rue, à dénoncer ces dirigeants qui semblent ne plus rien diriger? Ils ne trouvent rien de mieux, dans leur désarroi devant une mondialisation mal régulée, que de se jeter dans les bras de populistes sans scrupules, à des degrés divers menteurs, vantards, affairistes, sectaires, égocentriques, démagogiques : Trump, Orban, Bolsonaro, Salvini, maintenant Boris Johnson. On leur passe tout, car chez eux parole et action sont un, ce qui n’est que rarement le cas chez les élu.e.s traditionnel.le.s. Et contrairement à ces derniers, ils tiennent leurs promesses, pour le meilleur et surtout le pire.

Leur action est, une fois la «nation» glorifiée et portée aux nues, de démanteler les protections environnementales et sociales, de nier ce qui constitue de manière irréversible le monde actuel : la gestion des interdépendances. Et ça va très vite, très fort, on l’a vu avec l’Amazonie. Car ils ne s’intéressent pas le moins du monde aux enjeux environnementaux et accélèrent la course à l’abime. Paradoxe des peuples, auquel les humanistes doivent urgemment trouver une parade.

Par exemple, en faisant savoir aux perdants de la mondialisation séduits par ce populisme ravageur que notre seul avenir réside dans les revenus et les emplois pérennes et non délocalisables offerts par la réparabilité, l’agro-écologie, les énergies renouvelables, un commerce équitable… L’Accord de Paris parle de transition juste et d’emplois de qualité ; l’OIT estime à 24 millions les emplois nécessités par la transition énergétique. D’ores et déjà, aux Etats-Unis, deux fois plus de salarié.e.s gagnent leur vie dans le solaire que dans le charbon!

René Longet

René Longet

Licencié en lettres à l’Université de Genève, René Longet a mené en parallèle d’importants engagements, dans le domaine des ONG et du monde institutionnel, pour le vivre-ensemble ainsi qu'un développement durable. Passionné d’histoire et de géographie, il s’interroge sur l’étrange trajectoire de cette Humanité qui, capable du meilleur comme du pire, n’arrive pas encore bien à imaginer son destin commun.

3 réponses à “COP 25 : Paralysie des dirigeants, paradoxe des peuples, gros temps sur la Planète !

  1. Votre description semble corréler avec le modèle imaginé, puis calculé avec production de courbes d’hypothèses évolutives surprenantes par les Meadows du MIT en 1972.

  2. Toutes les 2 semaines en moyenne une nouvelle usine électrique en Asie qui carbure au charbon. Comment voulez-vous y arriver? les règles couteuses sont faites pour nous autres imbéciles européens, les plus forts comme les riches arabes, les USA et la Chine ‘en moquent ! Au Qatar ils climatisent désormais les rues !

  3. Cher René,
    Qui a le soucis du quotidien des hommes ? Si peu d’êtres … humains. Car en réalité, c’est de nous dont nous parlons, de notre nature d’hommes insatiables et pervertis. La nature se fout de nous. Elle n’a que faire de nous. Nous sommes des apprentis-sorciers qui ne voulons pas grandir et nous élever au statut de Sage. Il est là le problème. Nous nous nous laissons guider par des êtres d’une intelligence diabolique. Nous pensons faire le Bien en nous faisant grand Mal. S’éveiller est douloureux. Nous préférons rester endormi et attendre le Prince charmant. Mais dans ce conte-là, c’est un pervers narcissique, un imposteur, un voleur de Grand Chemin. Alors demain … l’Apocalypse ? Ouf, il était temps !

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