La fin brutale de l’Hebdo exige une réponse politique

On ne peut pas assister passivement à la fin brutale de l'Hebdo. Les pouvoirs publics ont une réflexion fondamentale à mener Et chaque citoyenne, chaque citoyen également. A la légitime indignation des journalistes et des lecteurs doit faire écho une véritable analyse politique de la signification de l'événement.

Cette fermeture après plus de 35 ans d’information originale, positive, diversifiée, remarquée et remarquable pose de nombreuses questions. Sur la logique des détenteurs du pouvoir économique. Sur la possibilité de soutenir et d’animer un espace de conscience, d’expression et de réflexion propre aux francophones de ce pays, un petit quart de la population – simple annexe sise dans un lointain et nébuleux «Far ouest» de la Suisse, ou contributeurs forts à sa dynamique économique, culturelle, sociale, politique ? Sur le soutien que méritent les forums de débat démocratique, pour peu qu’ils respectent les valeurs fondamentales du pays, par exemple celles que rappellent les préambules des constitutions fédérale et cantonales.

Tout cela a été rayé d’un trait de plume, sans concertation avec qui que ce soit.

C’est l’occasion de se rappeler que toute démocratie a besoin d’espaces pour construire des hypothèses d’analyse sociétale, pour réfléchir sur le vivre ensemble, pour échanger sur ses perspectives économiques, écologiques, culturelles, sociales… Pour informer, avant de proférer condamnations, dénonciations, réclamations. Besoin d’une recherche documentaire pour disposer des éléments permettant de distinguer les faits des opinions. D’une éthique de la prise de parole. D’un écho donné aux actions et aux acteurs. Bref l’on trouve là la mission de service public de la RTS, d’ailleurs contestée par d’aucuns, qui préfèrent livrer les outils de la démocratie, et donc la démocratie elle-même, aux puissances d’argent.

La mort de l’Hebdo nous montre qu’il n’y pas d’un côté un service public qui serait celui assuré sur les ondes et d’un autre côté une presse écrite que l’on pourrait livrer en pâture aux logiques commerciales et aux humeurs des investisseurs, puis encore troisièmement des médias sociaux de moins en moins sociaux, scellant non pas des liens mais poussant à la fragmentation et à l’autisme des perceptions du monde. Mais une fonction unique des médias – indépendamment de leurs modalités techniques – comme plates-formes d’échange et animateurs désintéressés (et mus par la seule et exigeante déontologie du métier de journaliste) de ce qui fait  la démocratie: la formation éclairée de l'opinion.

Dès lors si parmi les talentueux journalistes qui se retrouvent désormais sur le carreau devaient émerger des projets utiles à la démocratie – comme l’animation d’une plateforme virtuelle (ou réelle) d’information, de débat et d’enquête – et que les parts sociales, le crowfunding et les dons ne suffisent pas pour les réaliser, il appartient clairement aux collectivités publiques, villes et cantons, d’y participer avec de l’argent public. Pour la construction de la démocratie, qui est une tâche permanente, c’est certainement tout aussi important que de subventionner des remonte-pentes dans des stations de ski sans neige ou de passer une autoroute de 4 à 6 pistes…

René Longet

René Longet

Licencié en lettres à l’Université de Genève, René Longet a mené en parallèle d’importants engagements, dans le domaine des ONG et du monde institutionnel, pour le vivre-ensemble ainsi qu’un développement durable. Passionné d’histoire et de géographie, il s’interroge sur l’étrange trajectoire de cette Humanité qui, capable du meilleur comme du pire, n’arrive pas encore bien à imaginer son destin commun.

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