La prochaine fois que vous changerez de voiture, ce sera pour un abonnement sur votre smartphone

Ces derniers mois, j’observe une accélération du développement des plateformes de mobilité. Si votre voiture arrive bientôt en fin de vie et que vous pensez la changer pour une voiture électrique, il est peut-être préférable d’attendre. La mobilité comme service (Mobility-as-a-Service en anglais) se profile à l’horizon.

Ce modèle d’affaires consiste à payer un abonnement mensuel qui vous donne accès à plusieurs modes de transport : bus, train, voiture de location, taxi, service d’autopartage ou encore vélo et trottinette en libre-service. L’application vous indique pour tous vos trajets la combinaison optimale pour arriver à votre destination.

Sachant qu’en moyenne votre voiture est parquée 95% du temps, cette solution mérite d’être considérée.

Qui s’imposera comme le nouveau Netflix de la mobilité ?

On peut distinguer trois types d’entreprises qui développent cette nouvelle manière de “consommer” la mobilité :

  1. Des start-up lancent de nouvelles plateformes avec l’ambition de conquérir le monde
  2. Les applications de transports publics élargissent leur service
  3. Les plateformes de transport par chauffeurs privés tels que Uber et Lyft intègrent dans leur application des modes de transport alternatifs

Parmi les nouvelles entreprises, la société Maas Global vient tout juste de terminer un tour de financement de 29.5 millions d’euros. Elle a lancé l’application Whim il y a 2 ans en Finlande. A Helsinki, l’application propose par exemple un pack Whim Unlimited qui comprend les transports publics, les vélos en libre-service, les taxis et les véhicules de location pour 499 euros par mois. Plus de 6 millions de trajets ont déjà été effectués en utilisant cette solution.

Cette nouvelle levée de fonds vise à soutenir l’expansion dans de nombreuses villes. Comme dans le cas de la téléphonie mobile, le succès d’un tel service dépendra des possibilités de « roaming ». Pouvoir utiliser la même application partout où l’on se déplace est primordial pour obtenir un taux d’adoption élevé. Comme utilisateur, on ne veut pas devoir installer sur son smartphone une application par ville et gérer de multiples abonnements.

Les applications des transports publics étendent leur offre avec des forfaits intégrant plusieurs modes de transport. Lausanne et Genève ont uni leur force pour lancer l’application ZenGo. Vous pouvez, depuis cet été, faire partie du pilote et souscrire un abonnement qui vous donne accès aux transports publics et à l’offre de PubliBike. En complément, avec un système de jetons, l’abonnement vous donne aussi accès aux services de Mobility et de TaxiService. La mise en place des partenariats et l’harmonisation du service est un défi. Dans ce pilote, Mobility est par exemple uniquement disponible à Genève.

Avec une approche plus globale, Moovit, l’application leader pour la recherche de trajet en transports publics, vient de signer le mois dernier un partenariat avec Waze pour intégrer son service d’autopartage. Moovit, déjà mentionné dans mon article précédent sur le Big data, compte maintenant plus de 500 millions d’abonnés dans le monde. Cette intégration leur permet de proposer une solution alternative pour des trajets qui sont mal desservis par les transports publics.

Finalement, les plateformes de transport par chauffeurs privés évoluent également dans cette direction : Uber a lancé son service Transit dans douze villes dont Paris. Son application vous propose des itinéraires en bus et en métro. L’entreprise a également intégré dans son application Jump, son service de vélos électriques.

L’objectif d’Uber est d’augmenter la fréquence d’utilisation de son application. En contrôlant la relation client, ils espèrent, dans le futur, trouver des moyens de monétiser ces services, probablement en utilisant nos données de mobilité qu’ils auront collectées.

Comment nos données sont-elles utilisées ?

Avec ces deux milliards d’utilisateurs, Facebook possède suffisamment de données pour analyser nos comportements et connaître nos préférences et nos envies. De façon similaire, l’entreprise qui s’imposera sur ce marché de la « mobilité comme Service » possèdera une mine d’or d’informations sur tous nos mouvements. On peut déjà observer les premiers signes : avec ses 500 millions d’utilisateurs, Moovit revend déjà des données à Uber pour son service Transit.

En conséquence, avant de remplacer sa voiture pour un abonnement à une de ces applications, il faudra se demander à qui l’on veut donner l’information sur tous nos déplacements et savoir ce que ces sociétés vont en faire. Obtenir une transparence sur les algorithmes sera important pour savoir de quelle manière ces entreprises vont influencer nos déplacements.

Ce marché est estimé par certains analystes à $100 milliards en 2030. On peut s’imaginer qu’une partie du revenu sera générée par la monétisation de nos données.

En complément :

Le service de Whim expliqué en anglais :

La version plus locale avec ZenGo, le pilote lancé cet été à Genève et Lausanne :

Aurons-nous encore besoin d’apprendre des langues étrangères ?

Depuis 6 mois, je dédie une partie de mon temps à améliorer mes connaissances en allemand. Au moment où les progrès de l’intelligence artificielle sont très rapides, il me semble intéressant de se poser la question de savoir pour combien de temps encore nous devrons apprendre des langues étrangères.

Petit tour d’horizon des technologies actuellement à disposition et de leur impact. 

De la traduction de textes à une traduction vocale simultanée

Les traducteurs de textes sont de plus en plus efficaces. Pendant plusieurs années, Google a dominé ce marché avec Google Translate, mais les résultats obtenus restent assez médiocres. On trouve maintenant des solutions plus performantes, comme Deepl.com. La différence, les données qui nourrissent ses algorithmes.

Deepl appartient à la société Linguee qui propose depuis 2010 un service en ligne de traduction contextuelle. Quand on fait une recherche de mots, ceux-ci apparaissent dans différents exemples de phrases. En plaçant les mots dans le contexte d’une situation spécifique, cela nous permet de sélectionner le mot le plus approprié. Deepl capitalise sur les millions de données générées au fil du temps par ce service pour entrainer ces algorithmes.

La traduction vocale simultanée fait son apparition. Sans surprise, ce sont les géants d’internet comme Google avec ses écouteurs Pixel Buds intégrant cette fonctionnalité ou des start-up comme Waverly Labs dont le slogan est « plus de barrières linguistiques » qui s’attaquent à ce marché.

Alors que la plupart des solutions actuelles retranscrivent d’abord la voix en texte, traduisent ensuite ce texte dans la langue souhaitée et finalement restituent cette traduction à nouveau en parole, Google développe actuellement une méthode de traduction « directe voix-voix » qui devrait permettre de rendre la conversation plus naturelle en conservant les caractéristiques de la voix de la personne qui parle.

Comment les applications de traduction vont-elles changer le monde ?

Pour toutes les personnes avides de voyages et de découvrir d’autres cultures, la démocratisation des assistants de poche multilingue simplifiera les échanges. Comme il est assez compliqué d’apprendre le coréen ou le japonais en quelques semaines avant de partir en vacances, des applications telles que One Mini qui coûtent moins de 100 CHF vont simplifier la communication avec les gens et ainsi faciliter l’immersion dans la culture locale.

Plus largement, ces traducteurs boostés à l’intelligence artificielle permettent de diffuser la connaissance. Des milliards de textes qui n’avaient jusqu’alors pas été traduits en raison des coûts élevés d’une traduction humaine vont pouvoir l’être. Ces solutions vont donc fortement contribuer au partage de connaissances en éliminant les barrières de la langue.

Au niveau des entreprises, ces traducteurs vont permettre aux PME de devenir des multinationales. Les manuels d’utilisations des produits seront rapidement traduits et les sites de vente en ligne seront disponibles en plusieurs langues. Les PME pourront donc plus rapidement et à moindre coût adresser un grand nombre de marchés.

Alibaba, le leader chinois du e-commerce l’a bien compris, il propose déjà un outil de traduction à ces clients qui vendent leurs produits sur son site. Alibaba va plus loin, elle fait également évoluer sa plateforme de commerce B2B. Cette plateforme qui permet aux entreprises de trouver des fournisseurs dans le monde entier va prochainement intégrer une solution de vidéo-chat avec traduction simultanée pour faciliter les négociations.

Un humain augmenté parlant 10 langues…ou même plus

On parle de plus en plus de l’humain augmenté, car les technologies nous permettent d’accroître notre performance. Le smartphone est un bon exemple, en le tenant dans notre main, il nous donne l’accès partout à une source d’information quasi infinie qu’il nous serait impossible de mémoriser ou il nous permet de nous diriger dans une ville qu’on ne connait pas. Difficile de donner une date et de définir sous quelle forme (écouteur, implant) nous serons équipés pour comprendre plusieurs langues mais l’enjeu est tellement grand et les possibilités offertes par l’intelligence artificielle si prometteuse qu’à mon avis cela deviendra une réalité dans quelques années.

Entretemps, je vais continuer d’améliorer mon allemand mais la technologie a déjà modifié ma stratégie d’apprentissage. Je me concentre sur la compréhension orale et la conversation. L’écriture n’est plus une priorité car l’utilisation de Deepl me permet déjà de produire des e-mails et des textes avec très peu de fautes de grammaire.

L’apprentissage d’une langue a aussi d’autres avantages indirects comme la possibilité d’entrainer son cerveau et conserver une bonne mémoire. Ayant terminé cet article, je vais donc faire un peu de gymnastique cérébrale en révisant ma liste de 150 mots avec l’aide de l’application Quizlet.

La Blockchain s’invite progressivement à Paléo

Chaque année, Suisse Tourisme organise une conférence qui réunit plus de mille professionnels de l’industrie touristique. Vision stratégique, actions en cours, partage d’expériences et réseautage sont au programme avec cette année comme slogan de promotion de la Suisse : « Our nature energizes you ».  Dans ce contexte, on m’a demandé d’adresser la question suivante : destination touristique intelligente, une réalité ?

Dans un premier temps, j’ai essayé de trouver une définition commune de ce terme de destination intelligente, en posant la question à l’audience. Sous la forme d’un Word Cloud, le résultat obtenu est le suivant :

Digital, connecté, simple, confortable font partis des mots clés qui ressortent et qui me permettent de donner la définition suivante :

Une destination touristique intelligente est une destination connectée, qui utilise le digital pour rendre l’expérience du client simple et confortable.

Un des facteurs clés de succès sur lequel je souhaite me concentrer dans cet article réside dans la démarche sélectionnée et la culture d’innovation à mettre en place pour bénéficier des opportunités offertes par les technologies digitales.

Prenons l’exemple d’une technologie émergente telle que la blockchain. A la question de savoir si cette technologie va transformer l’industrie touristique, 73% des personnes présentes ont répondu positivement. Comment faut-il la mettre en œuvre et dans quel objectif ?

Transformer la gestion de la billetterie – l’exemple de Paléo festival

Parmi les nombreuses applications possibles de la blockchain, l’émission de billets numériques utilisant un registre de données distribuées est très prometteuse. Comme le développement de cette technologie est en constante évolution et qu’elle n’a pas encore atteint sa maturité, une approche « tester et apprendre » permet d’acquérir de l’expérience, de déterminer les contraintes et d’affiner sa stratégie en fonction des possibilités.

David Franklin et ces équipes du Paléo Festival de Nyon ont lancé un projet « blockchain » avec cette approche, en procédant par étape :

  1. Améliorer l’expérience client

Dans un premier temps, Paléo a émis des billets numériques basés sur une blockchain pour les personnes qui travaillent sur les stands. Les gestionnaires de stands, clients de Paléo, obtiennent ainsi plus de flexibilité dans la distribution des billets à leurs employés. La solution leur permet de modifier sur une application mobile le titulaire du billet en cas de changement de dernière minute.

  1. Optimiser les processus internes

La prochaine étape consistera à optimiser les processus internes en émettant des billets numériques pour les bénévoles : ceux-ci reçoivent des billets d’entrée qu’ils peuvent offrir à leurs amis. Cela représente chaque soir la distribution de 2’000 enveloppes, avec toute la complexité liée aux modifications lorsque la personne qui se présente à la caisse n’est pas celle qui est inscrite sur l’enveloppe. Cette solution permet d’éliminer complètement l’utilisation d’enveloppes.

  1. Créer un nouveau modèle d’affaires

Dans le futur, l’introduction de cette nouvelle technologie va modifier complètement le modèle d’affaires de la distribution de billets. Paléo sera en mesure de mettre en place une bourse aux billets dans laquelle elle conserve le contrôle sur les conditions de revente. La blockchain possède comme caractéristique de pouvoir attacher à chaque billet émis un « smart contract » (contrat intelligent). Ce contrat consiste en des lignes de code qui spécifient les conditions requises pour effectuer une transaction. Le prix maximum de revente du billet peut par exemple y être fixé. C’est un moyen d’éliminer le marché noir et d’empêcher certaines sociétés de revendre sans autorisation des billets à des prix prohibitifs. Cette solution va donc permettre à Paléo de développer de nouveaux canaux de distribution en assurant une traçabilité et en conserver une maîtrise des conditions de vente.

Prochaine destination, la transformation numérique et sa culture d’innovation

Pour entreprendre ce type de projets, la culture d’innovation à mettre en place doit intégrer plusieurs aspects, notamment :

  • La mise en place d’une culture qui permet l’expérimentation doit être accompagnée d’une discipline rigoureuse pour par exemple sélectionner les expériences pertinentes basées sur le potentiel d’apprentissage et définir des critères clairs pour décider de continuer, modifier ou tuer une idée.
  • La nature exploratoire et incertaine des projets innovants doit permettre d’accepter les échecs. Cependant la tolérance à l’échec doit être accompagnée par une intolérance à l’incompétence. Si l’échec est causé par un manque de compétence ou une gestion de projet médiocre, il sera difficile de tirer des leçons utiles du projet qui a échoué.

Dans le but de devenir une destination intelligente (tel que défini plus haut), le chemin pour y arriver est passionnant et nécessite de développer une culture d’innovation. Le développement rapide de toutes ces nouvelles technologiques numériques telles que la Blockchain, le Big Data, la réalité augmentée sont donc une opportunité de dynamiser l’esprit d’innovation des acteurs du tourisme pour simplifier nos vacances afin de nous permettre de nous concentrer sur l’essentiel, se ressourcer dans notre belle nature, suivant le slogan de Suisse Tourisme.

Image @Paléo – Marc Amiguet

Ma présentation effectuée pour Suisse Tourisme à Lucerne lors de la Journée Suisse des Vacances 2019 :

Un article intéressant sur les aspects de la culture d’innovation :

The hard Truth About Innovation Cultures, Harvard Business Review, février 2019

Big data, big profit ?

Réduire les coûts de la santé en améliorant la prise en charge des malades. Améliorer l’expérience en transports publics pour réduire les émissions de CO2 et fluidifier le trafic. Des entreprises s’attaquent à ces enjeux de sociétés en adoptant une stratégie d’acquisition de multiples sources de données pour constituer un « Big Data ». Ils développent ensuite une capacité à transformer cette nouvelle ressource en un service innovant qui a le potentiel de modifier durablement les domaines sur lesquels ils sont actifs.

Lors du Meyrin Economic Forum sur le thème « l’innovation au service de l’humain » organisé le vendredi 8 février dernier, les organisateurs m’ont demandé de faire une présentation autour de la question suivante : Big data, big profit ? Voici trois tendances illustrées par des exemples qui me permettent de répondre par l’affirmative.

1. Acquérir toujours plus de données – l’exemple de Google

Le printemps arrive, c’est jeudi et le week-end s’annonce radieux. Cette perspective vous donne envie d’acheter une nouvelle paire de lunettes de soleil. Un critère d’achat important est de pouvoir les obtenir avant le week-end ! Lorsque vous faites une recherche sur Google, la première annonce référencée est un opticien qui vous propose les Ray Ban de vos rêves, disponibles en stock, à deux pas de chez vous. La raison : Google intègre cette notion « d’urgence » en proposant un référencement préférentiel à l’opticien qui lui fournit ces données d’inventaire. Ce service s’appelle « Google Merchant Center ».

Google a déjà une compréhension de la demande : l’entreprise a généré en 2018 un chiffre d’affaires de $116 milliards grâce à de la publicité ciblée basée sur les données qu’elle collecte sur vous lorsque vous utilisez des services tels que Google Search, Gmail, Google Maps et YouTube. Avec ces données, Google connaît vos besoins et vos préférences.

En lançant Google Merchant Center, la société augmente encore son « Big Data » en intégrant les données d’inventaire des magasins. Elle obtient ainsi une compréhension de l’offre.

Lorsque vous faites une recherche, Google peut ainsi adapter le référencement et faire correspondre l’offre et la demande pour augmenter la probabilité d’achat. Ce nouveau « Big Data » va lui permettre de renforcer sa position dominante sur ce marché.

2. Valoriser les données disponibles – l’exemple de Babylone Health

Diagnostic en ligne et consultation en vidéoconférence, la prise en charge du patient se fait par un smartphone. C’est la solution de Babylon Health, nouvel acteur de la santé qui développe une intelligence artificielle qui effectue un diagnostic médical. L’interface se présente sous la forme d’un agent conversationnel (chatbot) qui vous pose des questions pour identifier les symptômes de votre maladie. Les algorithmes sont entraînés grâce à des millions de données de pratique de la médecine mises à dispositions par les organismes de santé publique.

En partenariat avec la NHS (National Healthcare Systems en Angleterre), Babylon Health a lancé son service dans certains quartiers de Londres. L’objectif est d’améliorer la prise en charge des malades et de réduire le temps d’attente en vous mettant rapidement en contact avec le spécialiste adéquat ou l’hôpital, en fonction de la gravité et du type de maladie dont vous souffrez. La solution permet d’interagir directement avec un médecin au travers de l’application installée sur son smartphone. Dans la zone desservie par le pilote, le temps moyen pour avoir accès au conseil d’un docteur est passé de 2 semaines à 2 heures. Ce service s’appelle d’ailleurs « Docteur à portée de main » (GP at Hand).

Cette start-up a déjà levé $85 millions pour son développement. Cet argent lui permet d’être active sur toute la chaine de valeur, en développant un réseau de médecins et de cliniques.

3. Générer de nouvelles données – l’exemple de Moovit

Moovit propose une application mobile dédiée aux transports publics et à la mobilité douce : en installant l’application Moovit, vous obtenez l’itinéraire optimal pour vous rendre à votre lieu de rendez-vous en utilisant soit les transports publics, le vélo ou la marche. Son service prend en compte les conditions de trafic en temps réel.

Pour « nourrir » ces algorithmes, Moovit capte différentes sources de données :

  • Les données « Open Data » des villes et des transports publics telles que les trajets et les horaires des bus et des trains et les emplacements des pistes cyclables
  • Votre position et vos mouvements renvoyés par le GPS de votre smartphone
  • Elle s’appuie sur une communauté de plus d’un demi-million de bénévoles qui via l’application, informent en temps réel des retards, des travaux et des modifications de parcours dans les transports publics

Moovit a déjà plus de 300 millions d’utilisateurs à travers le monde. Elle obtient ainsi plus de 4 milliards de géodonnées par jour, ce qui en fait le plus grand registre de données de transport au monde. Pour proposer des services de mobilité à la demande et réduire les embouteillages, l’accès à un tel registre sera indispensable.

La société revend déjà ces informations aux villes qui peuvent ainsi mieux planifier leurs infrastructures. Elle a également signé en novembre dernier un partenariat avec Microsoft. Cette stratégie d’acquisition de multiples sources de données commence donc à porter ces fruits et lui permet déjà de négocier avec des multinationales qui cherchent à jouer un rôle dans la mobilité du futur.

Quatre types de sources de données

Dans sa stratégie d’acquisition d’un « Big Data », il faut donc pouvoir intégrer plusieurs types de flux pour créer une proposition de valeur intéressante. On peut classer les types de sources de données comme suit :

Les technologies de stockage et de transformation de milliards de données sont disponibles, avec de nombreux outils qui sont souvent open source. Si on ne veut pas expérimenter seul ou qu’on ne possède pas toutes les compétences en data science, des plateformes collaboratives apparaissent, à l’exemple de AIcrown, start-up récemment lancée par un professeur de l’EPFL. La valorisation des données est une tendance forte, il est donc temps d’apprendre à donner du sens à vos données.

Ma présentation lors du forum économique de Meyrin :

Les start-up qui inventent les transports et la mobilité de demain

La fédération internationale de l’automobile (FIA) vient de lancer en début d’année un programme d’accélération pour soutenir les start-up actives dans le domaine de la mobilité. Le programme est appelé : « Smart Cities : aider les villes à définir de nouveaux modèles pour une mobilité urbaine durable ».  Cet accélérateur piloté par Masschallenge est ouvert aux start-up du monde entier. Les finalistes retenus seront coachés de juillet à octobre en Suisse dans les ateliers de Renens, nouveau hub d’innovation dans le Canton de Vaud. Sur les dix dossiers que j’ai eu à évaluer, il y a deux tendances qui ressortent :

  • S’inspirer des nouveaux modèles d’affaires implémentés avec succès dans d’autres industries en intégrant des technologies digitales
  • Se profiler comme un nouvel acteur de la mobilité en proposant des solutions pour les véhicules autonomes

Devenir le Airbnb des places de parc ou le Netflix des voitures

Grâce à sa plateforme, Airbnb a transformé l’industrie touristique en permettant à tout le monde de louer son appartement de manière simple et sécurisée lorsqu’on est absent.

Notre place de parc étant le plus souvent libre la journée, il serait intéressant de pouvoir la louer. Parmi les dossiers évalués, la start-up Parkk propose une solution intéressante. Elle a développé une application mobile qui vous permet de réserver une place. Le locataire doit installer une borne connectée gérée à distance par l’application. Le processus de location est entièrement automatisé et piloté par son smartphone :

Depuis l’arrivée du modèle Netflix, nous pouvons consommer des films et des séries sans les acheter. On paye un abonnement mensuel qui nous permet d’accéder au service en tout temps, de l’adapter à notre guise et de l’arrêter quand on le souhaite.

De manière similaire, au lieu d’investir des dizaines de milliers de francs pour acheter une voiture ou prendre un leasing sur plusieurs années, il serait pratique de pouvoir utiliser une voiture en payant simplement un abonnement mensuel. Plus besoin par exemple de souscrire un contrat d’assurance et de demander des plaques d’immatriculation. Si la famille s’agrandit, on modifie simplement son abonnement pour obtenir une voiture plus grande. C’est la proposition de valeur d’une des start-up qui a appliqué au programme, Wagonex. Elle a déjà signé un premier partenariat avec le groupe PSA Peugeot Citroën en novembre dernier. Grâce au digital, toute la chaine a été automatisée pour permettre à la société de vous fournir une voiture clé en main en payant un abonnement mensuel.

Proposer un service de navettes autonomes et des « robotaxis »

De nombreux pilotes sont déployés dans le monde pour introduire des véhicules autonomes. Il est intéressant d’observer les différentes approches :

L’approche disruptive de start-up qui développent de nouvelles navettes autonomes en s’appuyant sur une expertise pointue en développement software et en robotique. Coast autonomous, candidat à l’accélérateur en fait partie et mets en avant son pilote au centre de Times Square à New York.

Ces start-up n’ont cependant pas le savoir-faire de l’industrie automobile qui maîtrise parfaitement les processus de production et elles sont freinées par le cadre législatif qui évolue progressivement. Par exemple, dans le cas du pilote de navettes autonomes à Sion, le lancement a été retardé car la navette n’avait pas d’essuie-glaces, accessoire indispensable aux yeux des autorités fédérales. En effet, les conditions d’exploitation imposent qu’un chauffeur puisse en tout temps reprendre le contrôle sur le véhicule. Il fallait donc assurer une bonne visibilité en cas de pluie.

L’approche hybride de start-up comme Waymo (spin-off de Google) qui se concentre sur le développement de la technologie pour rendre le véhicule autonome. Elle intègre ces solutions sur des véhicules existants qui sont adaptés. Chrysler Automobiles et Jaguar Land Rover sont les deux partenaires actuels de Waymo. Une flotte de véhicules est en ce moment en circulation sur un périmètre restreint de Phoenix en Arizona :

Les véhicules de Waymo ont déjà parcouru plus de 16 millions de km. Les algorithmes d’intelligence artificielle peuvent donc se « nourrir » d’une grande quantité de données. En conséquence, cette start-up semble pour le moment se profiler comme le leader, ce qui peut s’observer en regardant l’estimation de sa valorisation : Waymo est déjà valorisée à $175 milliards selon les estimations de Morgan Stanley. A titre de comparaison, le leader actuel de l’industrie automobile Toyota a une capitalisation boursière de $200 milliards.

Finalement, si l’objectif est d’obtenir une mobilité durable, il faudra également voir comment se développe le marché : si la mobilité du futur est constituée de robotaxis qui transportent majoritairement des personnes seules, le nombre de véhicules sur nos routes va continuer d’augmenter, voire exploser. Il serait donc préférable d’avoir des navettes autonomes combinées à une application performante qui permet de mutualiser les trajets.

Trottinette électrique en libre-service, un modèle d’affaires numérique valorisé à $2 milliards

Proposer des milliers de trottinettes électriques en libre-service activées au moyen d’une application mobile, c’est la proposition de valeur de Bird. Cette start-up californienne est valorisée à plus de $2 milliards après 1 an d’existence. En appliquant un modèle d’affaires utilisant les technologies numériques, elle a obtenu une adoption rapide et massive de son service et elle accumule des milliards de données sur nos déplacements. Comment les autorités publiques peuvent-elles accompagner plutôt que de subir l’impact de ces nouveaux services ?

Dans les rues de Santa Monica en Californie, en quelques mois, un nouveau moyen de déplacement s’est propagé à une vitesse éclair : on ne peut plus marcher 200 mètres sans voir une trottinette électrique posée au bord du trottoir ou une personne nous dépasser en utilisant ce nouveau moyen de transport !

Une adoption massive grâce à la simplicité apportée par la numérisation

Ces trottinettes sont disponibles en libre-service à tous les coins de rue et le service est très simple à utiliser. Il suffit d’installer une application sur son téléphone portable et de s’enregistrer. On scanne ensuite le QR code présent sur le guidon avec son smartphone et c’est parti, on roule. Pour 1$, vous pouvez déjà parcourir quelques kilomètres.

Vous retrouvez par exemple ces trottinettes à côté des vélos en libre-service. Cependant, à la différence des vélos qui doivent être rapportés à un point de stationnement précis, les trottinettes peuvent être déposées n’importe où.

Le phénomène est impressionnant, des centaines de personnes l’utilisent. Lorsque vous vous promenez, vous observez de nombreuses personnes, de tous âges, devant leur smartphone, qui activent leur nouveau moyen de déplacement.

Il suffit de se connecter dans l’application pour réaliser qu’elles sont effectivement partout. Sur la carte, vous découvrez une centaine de trottinettes dans un rayon de 500m autour de votre position avec pour chacune d’elles, un indicateur du niveau de charge de la batterie.

Cette animation permet de visualiser le phénomène, l’offre abondante proposée est bien utilisée, ces trottinettes sont en mouvement :

Une solution pour résoudre les problèmes de mobilité

La promesse annoncée de ces sociétés : éviter les embouteillages, promouvoir la mobilité douce et réduire l’impact environnemental. A Santa Monica, deux noms se partagent actuellement l’espace public, les entreprises Bird et Lime. Ces start-up ont été créées en 2017 et elles ont déjà atteint une valorisation respective de plus d’un $1 milliard ! Bird a levé un tour de financement en juin de $400 millions pour soutenir sa croissance.

En fin de journée, on les retrouve à côté des arrêts de bus. Les pendulaires les utilisent donc bien comme moyen de transport pour effectuer les derniers kilomètres qui les amènent à leur lieu d’activité. Ils combinent son utilisation avec celles des transports publics à la place de prendre la voiture. Dans une ville comme Los Angeles où la voiture est reine et où les bus sont vides, cette alternative semble séduire, elle leur permet de gagner beaucoup de temps en évitant les bouchons.

Repenser l’espace public

Ce nouveau service qui se diffuse très rapidement contraint les autorités à devoir rapidement réagir. En effet, le partage de l’espace public doit être repensé : ces trottinettes électriques roulant à 30 km/ h sont trop dangereuses pour être utilisées sur les trottoirs. Sur les pistes cyclables, la cohabitation avec les vélos est compliquée.

Dans un premier temps, les autorités prises de cours n’ont pu réagir qu’en imposant des interdictions. En bordure de plage, tous les matins, le personnel de la voirie de Santa Monica pose des panneaux indiquant qu’il est interdit d’utiliser ces trottinettes sur la zone dédiée aux vélos et aux piétons.

Vers une législation expérimentale et un accompagnement aux changements

Ces nouveaux services remettent en question le cadre légal, celui-ci n’étant souvent tout simplement pas défini. Le panneau interdisant les trottinettes électriques me fait très vite penser à celui pour les drones.

Une solution intéressante pour éviter la confrontation et le conflit avec les autorités est la mise en place d’une législation expérimentale, appelée également bac à sable réglementaire (regulatory sandbox). Elle permet d’accompagner le changement et d’établir une collaboration entre ces nouveaux acteurs de l’économie numérique et le régulateur.

L’objectif est de comprendre ensemble les enjeux et déterminer un cadre qui préserve l’intérêt commun. Le mécanisme consiste à autoriser le déploiement du service sur un certain périmètre et pour une durée limitée. Cette solution est déjà en place dans plusieurs régions : à Singapour, le pays l’utilise pour accélérer l’innovation dans le secteur de l’énergie et en Angleterre, les autorités financières l’appliquent pour introduire de nouveaux services financiers innovants proposés par les start-up du domaine (Fintech).

Dans le cas des trottinettes électriques, une approche collaborative et expérimentale avec les autorités permettrait par exemple de faire émerger la solution suivante : dans les zones à risque pour lesquelles les autorités ne souhaitent pas que les trottinettes soient utilisées, une solution de géorepérage (geofencing) peut être implémentée pour bloquer le fonctionnement de la trottinette lorsqu’elle rentre dans ces zones. Ce serait bien plus efficace que la pause de panneaux d’interdictions et la répression policière. Pour Bird, c’est une simple mise à jour de logiciel à effectuer.

Création de nouveaux emplois et accumulation de données

Ces trottinettes peuvent être abandonnées n’importe où, ce qui est très pratique pour son utilisateur, mais qui force les sociétés qui opèrent ce service à devoir les regrouper en fin de journée. En conséquence, une société comme Bird a dû engager des personnes qui viennent récupérer les trottinettes à la tombée de la nuit, un nouvel emploi.

Si l’on se tourne vers le passé, lors de l’apparition de l’éclairage public, des personnes furent engagées pour allumer les réverbères à gaz. En 2018, un nouveau type de travailleur sort à nouveau en fin de journée, cette fois pour déplacer des trottinettes électriques. Concernant le métier d’allumeur de réverbères, sur Wikipédia, on peut lire : « Le métier d’allumeur de réverbères est des plus précaires, soumis aux intempéries et se réalise en complément d’autres activités lucratives ». Il semble donc que l’histoire se répète, même à l’ère du numérique.

Finalement, des sociétés comme Bird accumulent des milliards de données sur nos déplacements et nos habitudes (où l’on travaille, à quelle heure on part, dans quel magasin on s’arrête en chemin ?). Que va faire Bird de toutes ces données accumulées sur nos déplacements ? Beaucoup d’argent, c’est en tout cas le pari des investisseurs qui ont valorisé la société à $2 milliards après une année d’existence.

 

La mobilité passe à l’ère du Big Data

Les expériences pilotes visant à introduire des véhicules autonomes se multiplient. Le site de l’EPFL a été un des précurseurs, avec ses six navettes qui ont desservi le campus entre avril et juin 2015. En mai dernier, l’université de Genève a été désignée pour piloter le consortium européen Avenue, dont le but est de tester le transport collectif de personnes sans chauffeur en milieu urbain.

La mobilité de demain ressemblera à cette animation créée par le MIT Senseable City Lab :

L’impact attendu est la réduction massive du nombre d’accidents et la disparition des embouteillages. Pour rappel, le nombre d’heures d’embouteillage en Suisse a doublé depuis 2009, avec 24’000 heures en 2016 selon l’OFS.

Les données numériques vont jouer un rôle clé pour rendre cette vision possible. Pour orchestrer tous ces flux de véhicules à l’échelle de la ville, l’aide d’un aiguilleur sera nécessaire. Cet aiguilleur devra avoir accès à des milliards de données de mobilité.

Comment cet aiguilleur peut-il acquérir ces géodonnées ?

Nos voitures, nos vélos électriques, les capteurs sur les routes produisent des géodonnées. Nous générons également des traces numériques au travers :

Du smartphone que nous avons tous dans notre poche. Collectivement, nos smartphones génèrent par exemple sur le réseau Swisscom plus de 20 milliards de données par jour qui permettent de visualiser nos déplacements comme le montre cette animation faite en ville de Zurich :

D’un bracelet connecté à notre poignet. Les données produites peuvent également permettre de visualiser nos déplacements comme le montre cette vidéo du MIT Senseable City Lab en ville de Boston et à San Francisco :

Qui se profile comme l’aiguilleur de notre mobilité ?

Des entités publiques et privées proposent déjà un service pour nous aider à optimiser nos trajets. Prenons deux exemples :

Le Canton de Genève a déployé des centaines de capteurs routiers connectés sur tout son territoire. Ces données sont à la fois une source d’information précieuse pour la planification urbaine, et d’autre part, elles sont également mises à disposition du citoyen sur le portail infomobilité.

Google propose l’application Waze. Celle-ci nous indique le meilleur itinéraire en fonction des conditions du trafic. L’application combine à la fois les données de positionnement de notre smartphone et les informations sur le trafic remontées par les utilisateurs.

Quels sont les objectifs visés par ces aiguilleurs ?

Suivant le type d’entité qui jouera le rôle d’aiguilleur, les objectifs ne seront pas les mêmes. Si on reprend nos deux exemples :

Réduire le trafic au centre-ville est l’objectif visé par le Canton de Genève. Il a pour cela défini une hiérarchie de réseau : les voitures qui passent par le centre-ville mais qui ne s’y arrêtent pas doivent contourner le centre en utilisant les routes extérieures comme indiqué sur le schéma ci-dessous.

Minimiser le temps de parcours individuel de leurs utilisateurs est l’objectif de Google. En conséquence, si le chemin le plus court pour vous rendre à votre destination consiste à passer par des petites ruelles du centre-ville, c’est le chemin qui vous sera proposé.

Comment assurer l’intérêt commun ?

Il y a donc un conflit d’intérêts entre d’un côté une application qui vise à vous proposer une solution individuelle et de l’autre, les nuisances que cela engendre sur tout un quartier. C’est un phénomène en forte augmentation dans toutes les villes du monde.

L’enjeu pour piloter la mobilité de demain est donc double :

Développer des collaborations qui permettent de combiner les différentes sources de données pour obtenir une compréhension complète de la dynamique du trafic.

Aligner les objectifs des algorithmes développés de sorte que les itinéraires proposés garantissent le fonctionnement adéquat de la mobilité pour toute la population, ainsi que l’assurance de la cohérence avec les politiques publiques en matière d’urbanisme et de transport.

Le rôle de l’Etat est appelé à évoluer car il n’est déjà plus en mesure de rivaliser avec les acteurs privés qui possèdent beaucoup plus de données.

A Genève, c’est une opportunité pour positionner le Système d’Information du Territoire (SITG), structure précurseur sur ces enjeux de la géoinformation. La mission du SITG ne sera certainement pas d’être l’aiguilleur de la mobilité de demain, mais il pourrait devenir la plateforme qui collecte et garantit la qualité des multiples sources de géodonnées. Il pourrait assurer la cohérence dans les développements de solutions de guidage proposées par les acteurs qui utiliseront ces données.

La cité du bout du lac est la plus congestionnée de Suisse selon le dernier classement d’INRIX, elle a maintenant le potentiel de devenir exemplaire dans le pilotage de la mobilité de demain en maîtrisant la gouvernance du Big Data des géodonnées.

Sur ce même thème, ma présentation au Forum des 100 le 24 mai dernier :