Relations Suisse – Union Européenne : la fin des privilèges

Depuis le refus de l’EEE le 6 décembre 1992, il est de bon ton d’affirmer que la Suisse est parvenue à un modus vivendi avec l’Union Européenne qui lui est largement bénéfique : après des années de dures négociations, la conclusion des bilatérales aurait ainsi donné à la Suisse pratiquement tous les avantages de l’adhésion à l’EEE – notamment le si précieux accès au marché unique européen, sans les inconvénients : perte d’indépendance, juges étrangers, et tutti quanti.

Outre que cette image d’Epinal ne corresponde pas à la réalité – on a un peu trop facilement oublié ce que les « années de dures négociations » ont coûté, et coûtent d’ailleurs encore, au pays et à ses habitants, ce que vient d’ailleurs de relever Cédric Tille ici, pendant que nous ne disposons plus guère que d’une indépendance de façade tant nous reprenons un droit et des normes à l’élaboration desquels nous ne nous sommes pas donné le droit de participer – , mais en sus, cette image commence sérieusement à s’écorner. Depuis quelques temps, l’Union Européenne nous malmène, s’agissant par exemple de notre place dans la recherche universitaire européenne, ou de la reconnaissance de notre place boursière, et les négociations concernant l’accord-cadre que l’Union exige désormais de manière de plus en plus péremptoire sont devenues beaucoup plus difficiles. Que s’est-il passé ?

Ce qui pourrait s’être passé, c’est que nous n’avons pas tant bénéficié, ces vingt-cinq dernières années, de l’excellence de nos négociateurs – celle-ci n’étant d’ailleurs nullement en cause – que de la bienveillance d’un ensemble considérant historiquement la Suisse comme un évident membre potentiel, voire comme un modèle : il est vrai qu’avec son système fédéral vieux de bientôt deux siècles permettant de faire vivre en bonne harmonie quatre langues et deux religions représentatives du nord, de l’ouest et du sud du continent, la Suisse apparaît comme une Europe en miniature.

De là, le grand voisin a toujours considéré avec curiosité et une pointe d’envie ce petit état prospère niché en son cœur, avec ses spécificités, au premier rang desquelles la démocratie directe – cette dernière étant d’ailleurs responsable de la lenteur avec laquelle la Suisse s’adapte au monde : ainsi, elle fut pratiquement le dernier état à adhérer en tant que membre de plein droit à l’ONU, alors même qu’elle en abritait l’un des sièges – oui, certes, mais en même temps le premier à l’avoir fait suite à un vote populaire, le seul à pouvoir s’en targuer.

Pendant longtemps donc, l’Union Européenne a considéré comme naturel le fait qu’un jour, fût-il lointain, la Suisse allait adhérer à l’ensemble – tout l’enjeu, pour l’Union, étant de créer des conditions rendant la relation la plus profonde et la plus complète possible dans l’attente de cette adhésion qui prendrait certes du temps, mais qui finirait bien par arriver. Et tant que l’Union se convainquait de ce scénario, elle nous accorda de fait un statut privilégié – une manière, peut-être, de nous encourager.

Or, cet engagement a eu précisément l’effet contraire : la Suisse a interprété la qualité de ses relations bilatérales, ce caractère privilégié de l’accès qu’elles donnaient à l’espace et aux marchés européens comme une preuve des capacités de ses négociateurs, de la force de sa position dans la relation bilatérale – de son bon droit, en somme. Partant, elle s’est petit à petit convaincue de l’excellence de cette position d’entre-deux, un pied dedans, un pied dehors, et s’est progressivement détournée de l’objectif initial d’adhésion à l’Union, venant à considérer le stade des bilatérales non plus comme une phase transitoire, mais comme un but en soi.

C’est comme dans « Les Bronzés » : sur un malentendu, ça peut marcher. Et cela a effectivement marché quelques années, l’Union Européenne continuant à nous considérer comme membre putatif alors que nous nous étions déjà détournés de cet objectif. Mais comme dans tous les malentendus, vient un moment où l’un des partenaires se rend compte du décalage. Dans ce cadre, la votation du 9 février 2014 – la première, depuis 1992, à remettre directement en cause notre relation à l’Union Européenne – et plus encore le retrait formel de la demande d’adhésion à l’Union, décidé par le Conseil Fédéral en juillet 2016, soit dans le mois qui a suivi le vote britannique du Brexit, ont contribué à faire prendre conscience à l’Union Européenne de notre vraie position : nous n’adhérerons pas. Ni aujourd’hui, ni demain, ni plus tard. Nous sommes un état tiers.

Le raidissement de l’Union Européenne à notre égard n’est peut-être pas à aller chercher plus loin que cela : nous sommes passés du statut de futur membre à celui d’état tiers, et cela dans un contexte difficile pour l’Union, aux prises avec une crise de légitimité à l’interne et avec le Brexit. L’Union est passée en mode défensif, devenant plus dure avec ses interlocuteurs, tout en faisant preuve d’une cohésion que l’on ne lui prêtait plus, en tous cas vis-à-vis de l’extérieur.

Aux prises avec le Royaume-Uni depuis le Brexit, l’Union Européenne montre une grande constance, une grande fermeté, et une très forte cohésion interne dans la défense de ce qu’elle considère comme étant ses intérêts vitaux, ses lignes rouges, alors que le Royaume-Uni ne parvient tout simplement pas à décrocher un accord qui le satisfasse pleinement et se prépare à une sortie de route qui risque d’être extrêmement dommageable pour tout le monde, à commencer par lui-même.

Et on parle là d’un pays de près de 60 millions d’habitants, dont les échanges avec l’Union représentent le double des nôtres et dont la balance commerciale est favorable à l’Union à hauteur de 85 milliards de francs en 2017 – des chiffres qui mettent à leur juste place ceux des défenseurs d’une Suisse se montrant aggressive vis-à-vis de l’Union, en s’appuyant justement sur le commerce extérieur et la balance commerciale. Si la conclusion d’un accord satisfaisant est impossible au Royaume-Uni, on peine dès lors à voir comment la Suisse pourrait continuer à obtenir les aménagements qu’elle désire dans le cadre de sa relation avec la même Union dès lors que cette dernière ne nous considère plus que comme un état tiers.

Nous n’allons pas vers les beaux jours.

Pierre Dessemontet

Pierre Dessemontet est docteur en géographie économique. Fondateur et codirecteur de MicroGIS, une société active dans l’analyse spatiale, il est également député au Grand Conseil vaudois, et vice-président du Parti Socialiste Vaudois.

16 réponses à “Relations Suisse – Union Européenne : la fin des privilèges

  1. Bon Europe ou pas, please, changez de photo Monsieur Dessemontet, vous avez le rictus d’un…UDC
    (j’ai pour principe de toujours dire ce que je pense, ma mère me l’avait dit, mais ma mère était une… conne!)

  2. En fait la décision de ne pas adhérer remonte à 2005 quand l’adhésion a cessé d’ être l’optIon stratégique du Conseil fédéral, ce dont le rapport de 2006 a rendu compte publiquement. L’UE a réagi dès décembres 2008 en remettant en cause la voie bilatérale dans un communiqué du Conseil européen.

  3. En fait le Conseil fédéral a renoncé à dire que l’adhésion était une option stratégique dès 2005 et a rendu publique cette décision dans un rapport de 2006. LeConseil européen a réagi dans un texte de décembre 2009 dans lequel il proclamait que la voie bilatérale avait atteint ses limites.

  4. Votre réflexion est tout-à-fait juste. Je m’étais d’ailleurs “amusé” au moment du Brexit de divers commentaires de Suisses qui s’en réjouissaient, pensant que notre pays en tirerait profit. J’étais au contraire persuadé que cela marquerait la fin du régime de faveur dont la Suisse avait pu longtemps bénéficier de la part de l’UE, comme vous le soulignez. L’UE ne peut plus se permettre: 1/ d’accorder à un partenaire relativement mineur ce qu’elle devrait alors également accorder à un partenaire d’une toute autre importance pour elle comme le Royaume-Uni, 2/ de donner des idées à d’autres pays qu’il est possible en Europe d’avoir le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire bénéficier des avantages du marché unique sans avoir à en accepter en même temps les contraintes! En fait, le Brexit aura été très dommageable pour la Suisse, avant même de l’être probablement pour le Royaume-Uni aussi.

      1. Je n’ai qu’un seul nom, et c’est bien Haldi (même si, à l’origine, qui remonte au XIIIe siècle au moins, commune de Saanen (BE), notre nom s’écrivait apparemment sans le “H”). Contrairement à bien d’autres, je ne me cache pas, moi, derrière des pseudos.

      2. Erreur Monsieur Wilhelm, mon nom est bien “Haldi” (même si à son origine, qui remonte au moins au XIIIe siècle, commune de Saanen (BE), il s’écrivait effectivement sans “H”), et je ne me cache pas derrière des pseudos comme beaucoup ici. Cela dit, plutôt que des attaques/allusions personnelles, si on en restait à l’échange d’ARGUMENTS comme le veut la charte du “Temps”? Mais c’est vrai qu’encore faut-il pour cela en avoir!

          1. Je n’en sais rien, et cela ne m’intéresse pas. S’il y a des “Haldy” qui écrivent aussi sur les blogs, c’est leur droit et ne me regarde pas, … et vous non plus! Moi, c’est “Pierre-André Haldi”, et à ma connaissance il n’y en a pas d’autres.

  5. L’argumentaire de cet article est insupportable, comme le sont tous les discours de ces sycophantes, dont l’auteur, qui s’ingénient à mettre leur pays sur le banc des accusés, à plaider contre lui, à le désigner coupable, espérant ainsi attirer sur la Suisse une condamnation, morale, politique, économique et autres, une accentuation du chantage que nous subissons, et tout cela dans l’espoir que de guerre lasse la Suisse finisse par céder au chantage et capitule sans condition.

    Cette attitude est à la fois révoltante et méprisable.

    Peut-être bien que la Suisse a obtenu certains avantages à cause du fait que ses négociateurs ont fait croire, faussement, qu’elle s’apprêtait à adhérer tôt ou tard. Mais contrairement à ces gens qui rampent devant l’UE j’estime que cela n’était pas une bomnne méthode de négociation. En réalité l’UE a bien senti que nos négociateurs étaient demandeurs, et surtout rêvaient, pour leurs propres carrières personnelles, de faire partie du grand machin. Mais cela nous a mis dans une position de faiblesse et non de force. Car cela a rendu nos négociateurs vulnérables.

    On aurait été infiniment plus forts si on avait fait exactement l’inverse: c’est à dire si on avait dit à Bruxelles: nous sommes des démocrates, donc même si à titre individuel nous autres diplomates aurions préféré faire partie du marché unique et pousser l’intégration jusqu’à l’adhésion, nous avons le devoir de respecter les choix démocratiques du souverain populaire. Donc sachez que le but de notre politique consistera à trouver les relations les plus amicales possibles avec vous, mais dans le souci premier de ne JAMAIS adhérer à votre organisation. Ainsi nous voulons rester un état tiers car nous n’acceptons pas les restrictions de souveraineté qu’impose l’appartenance au marché unique, nous n’accepterons que le minimum de contraintes et aucun abandon de souveraineté.

    Entendamnt un tel langage clair, ferme et honnête, l’UE n’ayant aucun intérêt à gâcher les bonnes relations économiques avec un pays contributeur net, qui est une véritable locomotive économique au milieu d’une Europe en plein marasme, aurait bien dû finir par se résoudre à respecter cette attitude, la seule digne (l’attitude que nous avons eue et qui consistait à être quémandeurs était indigne). Donc on aurait pu se mettre au travail et parvenir à des arrangements raisonnables dans le respect de notre autodétermination.

    Au lieu de celà les négociateurs suisses ont été déshonnêtes puisqu’ils ont préjugé des volontés du peuple suisse. Ils ont supposé que le peuple suisse finirait par consentir à la perspective d’une adhésion. Or tel n’a pas été le cas. Plus le temps a passé, plus l’opinion suisse s’est renforcée dans le refus de tout rapprochement supplémentaire avec ce Moloch.

    Alors maintenant il y a une déception, sans doute, chez des responsables européens qui ont été trompés. Ils ont été trompés, certes, mais pas par le peuple suisse qui n’a jamais voulu cela. Donc Bruxelles ne peut rien nous reprocher. Elle peut tout au plus reprocher à nos diplomates, là avec raison,m d’avoir été des menteurs.

    D’ailleurs les autorités européennes ont été elles aussi de mauvaise foi puisqu’elles ont fait “comme si” c’était vrai que le peuple suisse se laisserait convaincre. Or elles savaient que ce n’était pas le cas.

    Au lieu de vous réjouir du courroux de l’Union Euriopéenne, vous feriez mieux de dire la vérité. Et faire un mea culpa: oui nous nous sommes trompés. Nous pensions que l’UE serait un succès. c’est un échec. Nous pensions qu’elle serait attractive et que le peuple finirait par avoir envuie d’y adhérer. Le contraire s’est passé: cette Europe dysfonctionnelle est devenue un repoussoir et le peuple suisse ne veut plus en entendre parler, les autres pauples pensent de même, d’ailleurs.

    Conclusion: Il faut un grand coup de sac. Virer les diplomates euroturbos. Dire la vérité à Bruxelles: nous nous sommes trompés. Nous n’avons pas su convaincre les citoyens. Donc nous avons menti – de bonne foi nous pensions que l’opinion changerait. Maintenant nous devons revenuir au réel. Nous sommes le meilleur client contributeur net de l’UE. Nous ne sommes pas un membre comme le Royaume-Uni, qui cherche à sortir de l’UE. Nous sommes un état tiers et nous demandons des conditions d’intégration économiques, favorables car c’est dans l’intérêt mutuel.

  6. Monsieur (j’imagine que vous êtes un Monsieur),

    Le débat démocratique suppose une certaine forme de civilité entre les intervenants, un minimum de respect entre les débataires qui permet au débat d’avoir lieu sans que l’on s’invective. Je constate que dans les premières lignes de votre commentaire, vous utilisez à mon égard les termes suivants: “insupportable”, “sycophante” “attitude révoltante et méprisable”. Par ailleurs, comme presque toujours dans ce genre de cas, les auteurs de propos excessifs, pour ne pas dire diffamatoires, dont vous, se cachent derrière des pseudonymes ou des noms-valise ne permettant pas de les identifier.

    Vous comprendrez dès lors que je ne suis pas allé plus loin dans ma lecture. Lorsque vous vous comporterez correctement à mon égard et que vous assumerez vos positions en publiant sous votre nom complet, nous verrons.

    D’ici là, bonne journée.

    1. Vous bottez en touche très habilement. Cela vous dispense de répondre sur le fond.

      Mais je dois reconnaître que la colère m’a conduit à des paroles trop désobligeantes. Il y a beaucoup de colère, sachez le, et de révolte, contre ce langage du pouvoir européiste (et de ses porte paroles comme vous) qui prend le parti de l’étranger contre la Suisse.

      Je vais donc me plier à votre exigence de courtoisie et réécrire entièrement mon propos, en espérant qu’ainsi vous y répondrez.

      Je reprends donc:

      L’argumentaire de cet article est difficilement supportable, comme le sont tous les discours de tous ces sycophantes (je maintiens ce mot de sycophante qui fait partie de la polémique normale et n’a donc rien d’insultant. Un sycophante accuse et dénonce les siens au lieu de les défendre et prend le parti des adversaires de son pays, c’est ce que vous faites en prenant le parti de ceux qui entendent nous obliger à renoncer à notre souveraineté), qui s’ingénient à mettre leur pays sur le banc des accusés, à plaider contre lui, à le désigner coupable, espérant ainsi attirer sur la Suisse une condamnation, morale, politique, économique ou autre, une accentuation du chantage que nous subissons, et tout cela dans l’espoir que de guerre lasse la Suisse finisse par céder au chantage et capitule sans condition.

      Cette attitude hélas si courante de la part des représentants de l’officialité pro européenne est ressentie comme révoltante par tous les patriotes, et ne saurait inspirer beaucoup d’estime.

      La Suisse a-t-elle obtenu des “privilèges” – comme le prétend monsieur l’auteur de cet article – à cause du fait que ses négociateurs ont fait croire, faussement, qu’elle s’apprêtait à adhérer tôt ou tard? Cela reste à dàmontrer mais même si c’était vrai, cela n’était pas une bonne méthode de négociation car en réalité l’UE a bien senti que nos négociateurs étaient demandeurs, pour ne pas dire quémandeurs, et surtout qu’ils rêvaient, pour leurs propres carrières personnelles, de faire partie du grand machin. ensemble supranational pourvoyeur de bonnes places. (Ce terme “machin” est-il acceptable dans ce que vous appelez le débat démocratique? A mon avis oui, certainement, sinon c’est que vraiement le débat serait châtré. Mais pour vous complaire je le retire).

      Cette attitude quémandeuse nous a mis dans une position de faiblesse et non de force. Car cela a rendu nos négociateurs vulnérables. Quand quelqun est demandeur, si ce n’est quémandeur, on peut tout exiger et obtenir de lui. C’est ainsi que les fameux accords bilatéraux négociés par le super euroturbo Kellenberger sont nettement plus favorables à la partie Union Européenne qu’à la partie Suisse.

      On aurait été infiniment plus forts si on avait fait exactement l’inverse: c’est à dire si on avait dit à Bruxelles: nous sommes des démocrates, donc même si nous autres diplomates aurions préféré faire partie du marché unique et pousser l’intégration jusqu’à l’adhésion, nous avons le devoir de respecter les choix démocratiques du souverain. Donc sachez que le but de notre politique consistera à trouver les relations les plus amicales possibles avec vous, mais dans le souci premier de ne JAMAIS adhérer à votre organisation. Ainsi nous voulons rester un état tiers car nous n’acceptons pas les restrictions de souveraineté qu’imposerait l’appartenance au marché unique, nous n’accepterons que le minimum de contraintes et aucun abandon de souveraineté.

      Entendant un tel langage clair, ferme et honnête, l’UE n’ayant aucun intérêt à gâcher les bonnes relations économiques avec un pays contributeur net, qui est une véritable locomotive économique au milieu d’une Europe en plein marasme, aurait bien dû finir par se résoudre à respecter cette attitude, la seule digne (car l’attitude du quémandeurs est indigne). Donc on aurait pu se mettre au travail et parvenir à des arrangements raisonnables dans le respect de notre autodétermination.

      Au lieu de celà les négociateurs suisses ont été déshonnêtes puisqu’ils ont préjugé des volontés du peuple suisse. Ils ont supposé que le peuple suisse finirait par consentir à la perspective d’une adhésion. Or tel n’a pas été le cas. Plus le temps a passé, plus l’opinion suisse s’est renforcée dans le refus de tout rapprochement supplémentaire avec ce Moloch l’Union Européenne. (Là encore, a-t-on le droit dans le débat démocratique d’employer des termes polémiques comme Moloch? Certainement oui, mais comme vous êtes très sensible je le retire, en vous rappelant cependant qu’ Emmanuel Macron qui est sur la même ligne que vous, totalement anti souveraineté, a employé pour sa part le terme Léviathan dans son fameux discours aux ambassadeurs. Alors vous voyez, Moloch, Léviathan, quelle différence?)

      ll y a une déception, sans doute, chez des responsables européens qui ont été trompés. Ils ont été trompés, certes, mais pas par le peuple suisse qui n’a jamais voulu cela. Toutes ces choses, pour le peuple suisse, ne sont que res inter alios acta. Donc Bruxelles ne peut rien nous reprocher.

      Elle peut tout au plus reprocher à nos diplomates, et là avec raison, d’avoir été des menteurs. D’ailleurs les autorités européennes ont été elles aussi de mauvaise foi puisqu’elles ont fait “comme si” c’était vrai que le peuple suisse se laisserait convaincre. Or elles savaient que ce n’était pas le cas. Il y a donc bien eu entente entre nos négociateurs, nos autorités, secrètement désireuses d’adhérer à l’UE, pour tenter de forcer la main au peuple suisse. Ce n’est pas joli joli.

      Au lieu de vous réjouir du courroux de l’Union Européenne, et d’appeler un châtiment exemplaire sur la Suisse, sous la forme de la fin de soi-disant “privilèges”, comme vous le faites, vous feriez mieux de dire la vérité. Et pourquoi ne pas faire enfin un mea culpa: oui nous nous sommes trompés. Nous pensions que l’UE serait un succès. C’est un échec. Nous pensions qu’elle serait attractive et que le peuple finirait par avoir envie d’y adhérer. Le contraire s’est passé: cette Europe dysfonctionnelle est devenue un repoussoir et le peuple suisse ne veut plus en entendre parler, les autres peuples, d’ailleurs, pensent de même.

      Pourquoi vous refusez-vous donc à cette autocritique?

      Conclusion: Il faut un grand coup de sac. changer de politique, donner d’autres instructions à nos diplomates, dire la vérité à Bruxelles, c’est à dire: Nous nous sommes trompés. Nous n’avons pas su convaincre les citoyens. Donc nous avons menti – de bonne foi certes, car nous pensions que l’opinion changerait. Maintenant nous devons revenir au réel. nos concitoyens n’en veulent pas. Mais nous sommes tout de même le meilleur client contributeur net de l’UE. Nous ne sommes pas un membre comme le Royaume-Uni, qui cherche à sortir de l’UE. Nous sommes un état tiers qui veut le rester, et nous demandons des conditions d’intégration économiques, favorables car c’est dans l’intérêt mutuel. voilà ce que nos dirigeants devraient dire s’ils voulaient défendre les intérêts de la Suisse et non se montrer serviles, et sycophantiques, comme je le dis et le répète.

      Voilà donc, cher monsieur Dessemontet, un texte vif et mordant, mais pas insultant. J’espère que vous aurez l’obligeance d’y répondre sur le fond, sans botter en touche encore une fois. Et un petit conseil: méfiez vous d’une attitude très répandue chez tous les pro européens, mais très contre productive. Celle qui consiste à placer les choses sur le terrain du bon goût et de la décence, en se montrant offensé, offusqué, par tout propos critique contre le projet européen. Ce projet n’est pas intouchable. Il est hautement contestable et a, de fait, échoué.

      S’il veut survivrele projet européen doit impérativement écouter les critiques et y répondre adéquatement. Aux problèmes politiques il faut apporter des réponses politiques adaptées et non se contenter de blâmes moraux ou d’appels au bon goût, ni de rigidité technocratique. Or, le commissaire Barnier et les autres eurocrates, y compris leurs supporters comme vous, commettent trop souvent l’erreur de de braquer car ils se sentent humiliés par le Brexit et par toute forme d’euroscepticisme, qu’ils prennent comme des offenses personnelles. Résultat, on le voit aujourd’hui dans l’attitude arrogante, inflexible et totalement impolitique adoptée par la commission envers Teresa May et qui consiste en cette inepte politique punitive contre la Grande Bretagne. C’est une erreur politique extrêmement grave qui ne fera qu’envenimer le débat et accélérer l’échec de tout le projet.

  7. “Bon Europe ou pas, please, changez de photo Monsieur Dessemontet, vous avez le rictus d’un…UDC
    (j’ai pour principe de toujours dire ce que je pense, ma mère me l’avait dit, mais ma mère était une… conne!)””Oui, et en plus elle n’est plus de première jeunesse. Je vais voir ce que je peux faire!!!”
    Vu ces deux commentaires ci-dessus, on peut penser que Martin ne s’est pas trop mal débrouillé…
    Pour ma part, il est clair que la votation du 25 concernant la primauté du Droit Suisse sur le Droit international va servir de sondage à nos conseiller fédéraux pour la signature de l’accord intitutionnel. Et du coups, ca ne servira à plus rien de débattre. La Suisse pourrait riquer ou avoir la chance, tout dépend du point de vu que l’on a, d’avoir des lois qu’elle devra accepter sans que l’on aie personne pour nous défendre dans l’hémicicle européenne, de même pour les juges étranger. Mais les accords ou traités internationnaux ne sont rien si une initiative de mise en oeuvre venait se joindre à la partie. Bref, comprenez que ceux qui pensent que l’UDC pourraient cesser d’exister si l’on fait un pas de plus vers une UE, que la majorité populaire dénigre, un jour on risque ou on aura de la chance, tout dépend de notre point de vu, de voir l’UDC encore plus fort, à l’instar des pays de l’UE. Et certains parlait d’une balle que l’on se tiré dans le pied en 2014? je pense que l’on à encore rien vu…. Faites fléchrir la Démocratie Directe et ce sera tout l’équilibre de notre fragile système qui fléchira. Tout dépend de notre point de vu, mais on risque ou on aura la chance de ressembler un peu plus à l’Allemagne ou à la France et puis nos frontaliers, du fait de l’artice de l’accompagnement européen de l’accord institutionnel, commenceront à gagner les mêmes salaires que toute l’Europe, pensez vous qu’ils vont encore voir les avantages de travailler en Suisse et est-ce que tout cela va appuyé à la baisse sur nos salaires? On va bien se marrer, c’est moi qui vous le dis.

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