Inspiration4, premier vol d’un albatros dans l’espace

Ce 16 septembre*, la société d’Elon Musk, SpaceX, a lancé avec succès le premier voyage dans l’espace à objet purement touristique. C’est « une première » bien différente des petits sauts en altitude effectués par Richard Branson le 11 juillet puis de Jeff Bezos le 20 juillet. C’est aussi le début d’une entreprise de rentabilisation d’équipements qui doivent permettre d’aller pour moins cher à la surface de la Lune et surtout, aussitôt que possible, sur Mars.

*aux Etats-Unis le 15 septembre. NB: cet article a été également publié sur le site de contrepoints.org (journal libéral d’actualité en ligne) qui en avait fait la commande.

Richard Branson et Jeff Bezos n’ont « séjourné » en altitude, au-dessus de la maintenant fameuse « ligne de Karman » qui marque la limite entre le domaine de l’aviation et l’espace, que trois ou quatre minutes. Et encore, si l’on peut dire que c’est bien le cas pour Jeff Bezos, ce n’est pas tout à fait vrai pour Richard Branson qui a utilisé une définition ancienne et aujourd’hui un peu abusive de cette ligne. Toujours est-il que 50 miles (environ 80 km) pour le premier et 107 km pour le second, c’est vraiment un minimum. L’ingénieur et physicien hongro-américain Theodore Von Karman (décédé en 1963) estimait que la limite devait être déterminée par une densité de l’atmosphère ne pouvant plus permettre un contrôle aérodynamique des aéronefs. Cette limite est bien évidemment floue car largement dépendante de la technologie ; elle a fluctué entre 80 et 100 km. Aujourd’hui, une meilleure définition pourrait être 150 km, c’est-à-dire l’altitude à partir de laquelle un tour de la Terre n’est pas possible sans propulsion (en raison du freinage de l’atmosphère résiduelle).

Avec SpaceX, on entre dans la « cour des grands » puisqu’il s’agit de tourner autour de la Terre à 575 km d’altitude (apogée), c’est-à-dire bien au-dessus des 420 km de la Station Spatiale Internationale (ISS) et encore au-dessus des 540 km du télescope Hubble. Là-haut on est vraiment dans le domaine que les hommes de l’astronautique appellent LEO (Low Earth Orbit), celui où évoluent les vaisseaux qu’ensuite on envoie dans l’espace profond. Cette altitude a un gros avantage, elle permet une orbite stable. Une fois qu’il y est placé, un satellite peut sans problème tourner plusieurs jours sans propulsion autour de la Terre. C’est exactement ce que va faire la capsule Dragon « Resilience » de SpaceX qui va orbiter pendant 72 heures. Cela va en faire des « tours du monde » (avec levers et couchers de Soleil), puisqu’à cette altitude on parcourt une orbite en 90 minutes (à la vitesse de 28.000 km/h) ! Jules Verne n’aurait jamais imaginé une telle prouesse ! A leur retour, après tous ces km parcourus, les astronautes ne seront pas dépaysés car ils seront tout près de leur point de départ. En effet ils ont décollé de Cap Canaveral en empruntant la magnifique et futuriste tour d’accès utilisée par les passagers pour l’ISS et reviendront dans l’Océan, un peu au large de la côte du même état (Floride), donc peut-être un peu mouillés (les Américains parlent joliment de « splash down »).

Sur le plan technique rien de bien difficile pour SpaceX puisque trois capsules capsule Dragon (Resilience, Endeavour et CRS-23) sont déjà allées et revenues de l’ISS, les deux premières avec équipage. Resilience était en charge du premier vol, que l’on a appelé « Crew-1 ». Par ailleurs, il n’y aura pas de manœuvre de docking (arrimage) à l’ISS, ce qui est toujours « délicat » bien qu’on l’ait pratiquée de nombreuses fois (si on accélère on s’élève, si on freine on redescend !). Le lanceur était également une fusée qui n’a plus à faire ses preuves puisqu’il s’agissait d’un « Falcon-9 block-5 », lanceur de puissance moyenne (ce n’est pas le Falcon Heavy, ni bien sûr le Starship) composé de deux étages, le « B1062 », qui a déjà volé deux fois. Car, vous l’avez compris, la capsule et le lanceur sont réutilisables donc moins cher et…moins polluants que les fusées concurrentes (notamment hélas, les européennes d’Arianespace !). Bon ! Le carburant n’est pas très « propre » puisqu’il s’agit de kérosène (qui brule dans de l’oxygène) mais on ne fait pas (encore) de vols de ce type tous les jours et l’impact environnemental est, de ce fait, microscopique !

Que vont faire les quatre touristes pendant le vol (NB: SpaceX les qualifie de “civilians”). Certainement pas grand-chose (même si on leur a trouvé des occupations gadgets) mais ils vont bien profiter de la vue et du spectacle de la Terre, énorme bulle bleue et vivante de toutes les lumières de la civilisation, en contraste avec le disque lumineux et mort de la Lune, les deux se détachant avec une netteté inconnue au sol (puisque « coconnée » ou si l’on vent « adoucie » par notre atmosphère) sur le ciel noir parsemé de tous les petits brillants des étoiles. En effet, astucieusement, SpaceX a remplacé le système de docking placé dans le nez de la capsule (qui s’ouvre en pivotant sur une charnière), par un dôme de verre magnifique, d’une seule pièce, auquel les astronautes ont accès à deux ou trois à la fois (car bien que le plus grand de son genre, il ne fait que 80 cm de diamètre). Ce dôme complète donc les deux hublots latéraux qui ont bien sûr été maintenus. Car il faut bien noter que Resilience volera encore et sans doute retournera-t-il jusqu’à l’ISS ; il suffira de remplacer le dôme par l’équipement de docking qui a été soigneusement conservé.

Petit bémol pour le tourisme, les radiations. A cette altitude on est moins protégé que plus bas et mon ami l’astronaute suisse Claude Nicollier, qui est, comme chacun sait, celui qui a physiquement sauvé Hubble de sa myopie en venant lui poser « des lunettes » en 1993, m’a raconté que pendant qu’il travaillait en dehors de la Navette à cette réparation délicate, il a ressenti plusieurs fois une sensation d’éclair dans les yeux, effet du passage de ces radiations. J’espère que les passagers n’en garderont pas un mauvais souvenir. De toute façon sur une durée de trois jours ils n’ont aucun souci de santé à ce faire pour cette raison.

Avec ce premier séjour touristique dans l’espace on entre vraiment dans la marche vers la rentabilisation des vols annexes de SpaceX. J’emploie le terme « annexe » car le but d’Elon Musk est d’aller sur Mars. Ces vols (sans parler du séjour) vont coûter d’autant plus cher qu’ils seront rares car on ne peut partir vers Mars que pendant un mois tous les 26 mois (fenêtre de lancement résultant de l’évolution différente des planètes l’une par rapport à l’autre sur leur orbite) et que le retour ne pourra être achevé que 30 mois après (même type de contrainte au départ de Mars). Ceci veut dire que des vaisseaux partis au mois « n » ne pourront être réutilisés une deuxième fois pour un départ pendant la fenêtre suivante (n+26). Donc on devra pouvoir disposer de beaucoup de vaisseaux pour peu de vols et il faudra trouver des utilisations en période de non utilisation pour Mars. NB : je parle ici des futurs Starships, mais l’économie de SpaceX forme un tout. Ces utilisations seront évidemment la desserte de l’ISS (tant qu’elle existera !) mais ce pourra être aussi des voyages vers la Lune ou des voyages ultra-rapides pour aller d’un point du globe à une destination diamétralement opposée (New-York – Sydney), ou des vols touristiques du type d’Inspiration4. Un jour on pourra avoir une station spatiale établie autour d’un point de Lagrange terrestre (L5 ?), comme le magnifique double tore de 2001 Odyssée de l’Espace, où des personnes, forcément « aisées », viendront passer leurs vacances loin des tumultes de la Terre pour quelques dizaines de milliers de dollars par personne (avec sans doute des forfaits « famille » ou « lune de miel »). Les prix dépendront de l’offre et de la demande et j’espère que la société SpaceX pourra dégager une belle marge car elle en aura besoin !

A noter que pour ce vol inaugural le contributeur principal est Jared Isaacman, fondateur, actionnaire principal et CEO de « Shift4Payments » une société de traitement de paiements en ligne américaine, très prospère. C’est le commandant de bord car c’est le principal financier de la mission et un pilote très expérimenté. Sian Proctor est, elle, la pilote en titre. Il en faut car il y aura quand même quelques manœuvres à faire une fois en orbite, ne serait-ce que les corrections d’attitude mais aussi l’engagement dans la descente vers la surface de la Terre, le largage du module de service puis le déploiement des parachutes. Deux passagers sans aucune compétence « aéronautique » les accompagneront, une assistante médicale de l’hôpital pour enfants, Saint Jude, Hayley Arceneaux, et Chris Sembroski un vétéran de l’US Air Force, spécialiste du traitement de données informatiques. Ces deux-là sont des invités qui n’ont pas payé leur place. La présence de Hayley se justifie car elle est rescapée d’un cancer qu’elle a eu pendant son enfance et la mission va servir à lever des fonds pour son hôpital qui est spécialisé dans les cancers pédiatriques.

Le vol Inspiration4 me fait un peut penser à celui de l’Albatros, cet oiseau gigantesque et plus puissant que les autres qui parcoure des milliers de km sans jamais se poser. A côté de lui les petites incursions en altitude de Virgin Galactics ou de Blue Origin sont des vols de mouette.

Illustration de titre: Inspiration4 en orbite. Vue d’artiste de la capsule Resilience en orbite. Le nez est ouvert laissant voir le dôme qui permettra aux passagers d’admirer le spectacle du ciel. Crédit SpaceX.

Illustration ci-dessous: Mission terminée. Tout s’est bien passé. Le dernier passager, Jared Isaacman, est sorti de la capsule Resilience, ce 19 septembre à 01h55. Il est ici à bord du bateau envoyé en mer pour la récupération. Capture d’écran SpaceX.com.

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

19 réponses à “Inspiration4, premier vol d’un albatros dans l’espace

  1. ” (NB: SpaceX les qualifie de “civilians”)”, lire à ce propos la référence suivante (“Private astronauts are not ‘space tourists’ “), qui s’insurge contre l’utilisation du terme “touriste” dans un tel cas, effectivement peut-être pas très approprié:
    https://www.space.com/private-astronauts-are-not-space-tourists?utm_source=SmartBrief&utm_medium=email&utm_campaign=58E4DE65-C57F-4CD3-9A5A-609994E2C5A9&utm_content=3CE1B902-B610-4F08-B740-3C822500DDB3&utm_term=ce5c308f-2d90-4e25-9cf6-7e392e5f837d
    Quant aux “occupations gadgets”, ces astronautes civils réaliseront quand même une douzaine d’expériences pendant leur vol (les qualifier d'”expériences gadgets” est une appréciation que l’on peut discuter).

    1. Je ne nie pas qu’il y ait des expériences qui seront menées à bord et que certaines pourraient être intéressantes. Mais le but principal de ce vol est de démontrer sa faisabilité et de “faire envie” pour que d’autres candidats se présentent et amorcent une demande forte en faveur du tourisme spatial.

  2. ce vol à touriste n’a aucun interêt scientifique , ce vol à 200 millions de dollars soit 50 millions de dollars par passager fait que cela sera réserver forcement à une élite (tant mieux pour elle !) je ne crois pas au vol spaciaux à 10 000 dollars , faire voyager 4 personnes dans l’espace en consommant plus d’énergie qu’un Paris -Los Angeles en boeing 747 à 500 passagers est une hérésie sans compter comme vous l’évoquez qu’en période de réchauffement climatique on demande au citoyen lamba de limiter le co2 ….votre blog est par ailleurs fort intéressant et pédagogue (sur la vie ailleurs sur des exoplanètes que vous semblez peu probable en l’état )

    1. Effectivement l’intérêt scientifique de ces vols est très réduit. Mais, comme je l’explique dans mon article, le but d’Elon Musk est de faire gagner de l’argent à son entreprise (ce qui est bien normal et lui permettra de faire d’autres choses). En contrepartie il offre un service à une population qui le demande (il y a une demande pour ce type de vols spatiaux dans le public).
      Quant au prix qui sera acceptable dans “quelques années” quand ces vols seront devenus de routine (ce sera d’ailleurs plus à bord des Starships que des Dragons), je n’en ai aucune idée précise car ce sera fonction (1) du coût pour SpaceX, (2) du prix que seront prêts à payer les personnes qui formuleront une demande. Ce qu’on peut dire c’est que, compte tenu du nombre de vols et donc du nombre de vaisseaux utilisés et du personnel affecté à rendre ce service praticable, il y aura de la standardisation et de l’économie d’échelle, donc les prix auront beaucoup baissé (avant les vols Dragon de SpaceX, la référence était d’au moins 60 millions pour aller dans l’ISS).
      Quant à la consommation d’énergie, certes, mais ce critère ne doit pas être le seul à prendre en compte pour vivre sur Terre. Et avant que la pollution occasionnée par ces vols atteigne globalement la pollution automobile ou la conséquence de la préférence donnée au charbon (ou au gaz!) sur le nucléaire pour produire une énergie secondaire utilisable, il y a un très grand chemin à parcourir.
      Enfin, merci de votre commentaire positif sur mon blog…lorsqu’il traite d’autres sujets!

  3. La ligne de Karman est très floue parce que d’une part , à cette altitude, la force de sustentation offerte par les ailes est insuffisante et que c’est la force centrifuge par la vitesse seule qui maintient l’aéronef en orbite . D’un autre côté, un satellite sera encore freiné par l’atmosphère résiduelle pour retomber sur Terre par simple frottement …au-dessus de cette ligne imaginaire …
    ( La force centrifuge m*v^2/R compense la force de gravitation m*G*M/R^2 et on simplifie par la relation v^2=GM/R et en connaissant le rayon de l’orbite R, on peut calculer la vitesse du satellite .
    A 100km d’altitude, ce rayon sera de 6471km et la vitesse calculée à 28253 km/h )…
    Pas sur que ces voyages “touristiques” fassent baisser le coût de l’exploration spatiale :
    d’une part , ces sauts de puces de quelques minutes sont vendues 250’000 $ et ne permettent aucune avancée technologique , d’un autre , tourner en orbite terrestre ne peut être qualifié de tourisme qui en général désigne un voyage avec un point de départ et un autre de destination , il faudrait au minimum un séjour dans un “hôtel spatial” qui couterait la bagatelle de plusieurs millions par nuit ( soit par orbite effectuée) , sans aucune activité telle que proposée sur Terre , et se contenter d’admirer la Terre .
    Il faudrait que les fusées puissent être réutilisées comme des avions pour atteindre un prix acceptable , mais cela ne sera pas utile pour des voyages lointains , comme vers Mars qui ne sera jamais une destination touristique (impossible à réaliser en quelques semaines) !
    Même pas sur que des petites marches sur la Lune vont séduire beaucoup de personnes !? et d’ici que le prix descende en dessous du million , elle aura le temps de faire beaucoup de fois le tour de la Terre …
    Et au moment où l’on demande plus d’efforts pour réduire notre impact sur la biodiversité, il serait mal venu d’encourager ce genre de fantaisies , des caprices de milliardaires !!!

    1. Mis à part que je n’ai pas compris l’intérêt pour ce qui suit de revenir sur des formules mathématiques et petits calculs triviaux et ultra-connus, certains “arguments” évoqués ci-dessus me semblent pour le moins spécieux:
      1/ “tourner en orbite terrestre ne peut être qualifié de tourisme qui en général désigne un voyage avec un point de départ et un autre de destination”, parce que l’orbite terrestre n’est pas une destination? Donc ceux qui sur Terre font des voyages circulaires ne font pas du tourisme? De toute façon, par définition tout voyage, contrairement à un déménagement, ramène le voyageur à son point de départ, c’est-à-dire chez lui!
      2/ “Il faudrait que les fusées puissent être réutilisées comme des avions pour atteindre un prix acceptable”, pourquoi le conditionnel? C’est exactement ce que développe SpaceX et qui lui permet effectivement de proposer des coûts, certes restant élevés mais “raisonnables”, aux candidats astronautes civils privés.
      3/ “il serait mal venu d’encourager ce genre de fantaisies, des caprices de milliardaires”, personnellement, je préfère voir ces gens utiliser leur fortune à cela, qui apporte au moins une contribution à l’exploration spatiale, qu’à l’achat d’avions et/ou de paquebots de luxe, par ailleurs globalement plus polluants, ou autres fantaisies du même genre, elles effectivement sans aucune utilité.

  4. Je pense qu’on peut aimer l’espace, la conquête de ce dernier et le rêve que cela amène sans pour autant s’extasier sur cette débauche d’énergie et de matériaux malvenue en temps d’urgence climatique et d’effondrement de nos écosystèmes.

    Comment peut-on être scientifique et aussi aveugle sur les conséquences de tels vols?
    Avons-nous véritablement perdu toute notion d’intelligence, d’équité et de priorités?

    Cela me rappelle les débuts de la voiture. Au départ, seuls les grandes fortunes en possédaient. Puis ils sont parvenu à contourner les lois, les objections et la rationalité des foules pour la faire entrer dans l’ordre normal du monde, s’appropriant les rues, cantonnant les pauvres sur des trottoirs de 1.5m de large et supprimant les tramways (déjà électriques il y a plus un siècle… et on nous parle de progrès avec la voiture électrique individuelle!).
    Sans les lobbies des grandes fortunes nous n’aurions pas besoin de faire 50km pour trouver un bout de forêt dans laquelle nous promener (et encore, à ce compte là nous sommes chanceux en suisse de ne devoir en faire que 50…), devoir fermer les fenêtres de nos logements pour pouvoir ne serait-ce qu’écouter de la musique, dépenser des milliards par ans en soins directement liés à la pollution induite par ces véhicules et ces routes toujours plus nombreux, ni d’ailleurs devoir aller jusque dans l’espace pour pouvoir enfin observer les étoiles sans avoir des lampadaires “pour notre protection” qui détruisent notre ciel! (ainsi que nos insectes et nos oiseaux, mais j’imagine que ça tout le monde s’en fiche….)

    Le simple fait d’être rares aujourd’hui ne suffit pas à justifier ces vols, le schéma sera le même qu’avec la voiture !

    Ce n’est pas tolérable de laisser des grandes fortunes se jouer de nous de la sorte sous prétexte “que cela reste de toute façon insignifiant”.
    Comment expliquer à nos enfants, nos familles ou même à nous même de faire des efforts qui, en comparaison, seront encore bien plus insignifiant que d’empêcher ces co***rds en manque d’adrénaline d’aller faire mumuse dans l’espace sans aucuns autre buts que de flatter leur ego? Vivement qu’un accident les fasse redescendre sur terre.

    L’acceptation passive de cette déification de l’égoïsme est à vomir.

    1. Cette “argumentation” pourrait être utilisée pour pratiquement toutes les avancées technologiques qu’a connues l’Humanité. Est-ce que les gens vivaient vraiment mieux au Moyen-Age par exemple (avec une espérance de vie d’une quarantaine d’années sauf erreur), même s’ils avaient alors les forêts quasiment au pied de leur porte 🙂 (entre parenthèse, la surface de celles-ci ne cesse d’augmenter en Suisse depuis pas mal de temps déjà)? Je n’en suis pas sûr. Je ne suis absolument pas un fanatique du tourisme spatial, mais si cela permet à des gens fortunés, dont au moins certains n’ont absolument pas volé leur fortune faut-il le rappeler, de se faire plaisir avec en plus des retombées financières utiles pour l’exploration spatiale, pourquoi pas? Comme écrit dans un autre de mes commentaires, c’est toujours mieux que d’acheter des avions ou paquebots de luxe privés, polluants et inutiles sauf exclusivement à leurs propriétaires. Et encore, même là comme pour l’industrie spatiale (l’argent est dépensé sur Terre, pas perdu dans l’espace!), cela fait vivre des firmes, et donc leurs employés, ce qui n’est pas à négliger. Les grandes indignations pseudo-vertueuses sont faciles (surtout quand elles s’appliquent à d’autres), mais pas forcément très utiles.

      1. Qu’est-ce qu’une “avancée” si cette dernière nous précipite contre un mur?

        Je pense que de mettre toute les technologies dans le même panier est un peu facile. Prôner le tout ou rien est ici ridicule.
        Je ne prône pas un retour à l’âge de pierre, ce que je dis ici est que, par le passé, de nombreuses évolutions ont été sapées, des technologies détournées et le bien commun sacrifié au profit des puissants et des fortunés (l’exemple ici de la voiture individuelle, mais je pourrais aussi bien parler de la mondialisation ou des centrales nucléaires à sels fondus).
        Si nous n’apprenons pas de nos erreur passée, à quoi bon conserver nos livres d’histoire?

        Notre technologie nous a justement permis de définir une limite physique à notre monde, nous a permis de comprendre l’impact que nous pouvons avoir sur lui et comment amoindrir cet effet.

        Considérez-vous que nous ne devrions pas en tenir compte sous prétexte que cela risquerait de freiner une potentielle avancée dans le domaine de l’exploration spatiale? Ne pensez-vous pas qu’il pourrait y avoir d’autres priorités pour l’humanité que de faire ban*er les fortunés en manque de sensations?

        D’autant que l’exploration spatiale n’a jamais eu besoin d’eux pour avancer et ce n’est pas l’argent de ces fortunés qui a permis d’aller sur la lune, sur Mars ou d’atteindre Jupiter mais bien l’argent publique, n’en déplaise aux plus libéraux. Nous n’avons pas besoin d’eux pour rêver, ils ne les ont, jusqu’à preuve du contraire, toujours pas achetés.

        Ensuite si nous parlons d’utilité, pourquoi les seuls choix seraient de s’acheter un yacht, un avion ou une fusée? Ne pourrait-il pas y avoir une forme de mécénat qui mériterait lui d’être valorisé et permettrait de faire avancer nos sociétés plutôt que de l’enfermer dans une spirale toujours plus égoïste et individualiste? Vous semblez convaincu que chaque individu doit pouvoir faire ce qu’il veut de son argent “mérité”.
        L’histoire vous donne raison, mais ne me demandez pas de ne pas juger ces choix, ils sont objectivement abjectes et comme disait l’autre, ils n’ont pas acheté ma liberté de penser.

        Enfin, la transition est toute trouvée sur le thème de “mériter leur fortune”…. Un individu gagnant CHF 10’000 par jour depuis la naissance de JC aurait accumulé jusqu’à aujourd’hui moins de 7.5 milliards….
        Je veux bien que ces gens travaillent beaucoup et j’accepte tout à fait que chacun ne soit pas rémunéré au même tarif horaire mais, même sans pousser jusqu’au communisme, je pense que l’on peut objectivement accepter que personne ne “mérite” les 200 milliards de Jeff Bezos.

        S’ils atteignent ces fortunes c’est grâce à un système politique laxiste et favorisant l’accumulation de capital plutôt que de, justement, favoriser l’investissement dans l’économie réelle qui, lui, créerait des emplois.
        Alors utiliser cet argumentaire pour les laisser faire comme bon leur semble me fait doucement sourire.

        Je sais bien que vous n’avez probablement pas beaucoup plus d’impact que moi sur la manière dont nos société fonctionnent ni une responsabilité beaucoup plus grande que la mienne et ne souhaite en aucuns cas vous manquer de respect à travers ce commentaire.

        Ce qui ressort ici n’est pas une colère envers vous mais une lassitude envers un système corrompu et dysfonctionnel qui parvient à être prôné par des scientifiques qui devraient, à l’inverse, être une barrière à cette bêtise et devraient permettre de recentrer le débat.

        1. Cher Monsieur,
          Si je comprends bien vous voulez un monde « pur » dans lequel l’argent ne serait dépensé que pour de « bonnes-causes ». Mais qui va déterminer ces bonnes causes ?! On voit bien que dans les pays où l’Etat est obèse, comme la France, l’argent est gaspillé de manière éhontée et qu’en fin de compte la population n’est pas plus heureuse ni mieux soignée, ni mieux éduquée que dans d’autres pays où l’Etat est plus « maigre », la Suisse par exemple. N’est-il pas plus légitime que le choix des bonnes-causes soit fait par les personnes libres qui décident ou non d’acheter les produits qui leurs sont proposés, les « consommateurs », avec l’argent que leur a procuré leur travail, plutôt que par de petits tyrans souvent élus par des minorités, qui ont décidé d’imposer leurs préjugés aux autres ? D’ailleurs si quelqu’un veut « donner » plutôt que « payer » (c’est une autre façon de se satisfaire), pas de problème, il existe des institutions privées remarquables qui reçoivent des fonds et qui les gèrent et elles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont en concurrence avec d’autres.
          Par ailleurs, vous oubliez que l’argent « public » est de l’argent qui, par les impôts, a été prélevé à des personnes ou des entreprises privées qui ont produit des biens et services demandés par la population. Et là encore l’évidence montre que cet argent public n’est pas mieux dépensé (c’est un euphémisme) que par les personnes privées. Au moins les personnes privées font attention à ce qu’elles dépensent parce qu’elles dépensent pour elles et parce que leurs ressources sont limitées (même chez les plus riches) puisqu’il n’y a pas option d’aller racketter les « autres » si on en manque. Egalement, lorsqu’elles dépensent, elles prennent le risque de perdre et cela arrive. Elles font donc doublement attention. L’Etat, lui, s’en moque, il augmentera les impôts.
          Enfin vous critiquez Jeff Bezos pour l’argent personnel qu’il a accumulé mais vous refusez de voir ce qu’il a apporté à l’humanité en échange de cet argent. Amazon est une entreprise extraordinaire qui a permis aux personnes les plus isolées, partout dans le monde, de pouvoir se procurer des biens qu’il leur serait autrement impossible d’obtenir et même d’identifier, qui a généré de la richesse comme très peu d’autres dans l’histoire et qui n’aurait pas existé sans lui, et qui, ce n’est pas négligeable, a généré des centaines de milliers d’emplois dans le monde. Quel Etat peut se vanter d’un aussi beau palmarès en seulement quelques 25 ans ?!
          Désolé de vous le dire mais vous me semblez être du genre de Thomas Piketty et ce n’est pas un compliment car je considère que sa détestation des “riches” biaise totalement ses raisonnements.
          Donc si des « riches » veulent « s’envoyer en l’air » laissez les faire, laissez les vivre; SpaceX gagnera de l’argent et réalisera plus facilement son grand projet qui est de faire de l’espèce humaine une espèce multiplanétaire. In fine c’est l’Humanité qui aura gagné.

          1. Je ne suis pas plus convaincu par votre argumentaire que vous ne semblez l’êtes du mien, et certainement pas de cette valorisation d’Amazon qui me semble pour le moins infondée (sauf si bien sur on considère que d’acheter des millions de produits fabriqués au charbon chinois tout en détruisant nos artisans locaux est une voie à suivre).
            Et si l’Etat ne parviens pas à suivre la voie d’Amazon c’est probablement parce qu’il a été vendu aux puissants depuis quelques décennies maintenant.

            Pour revenir sur Piketty, je me sens bien plus proche d’un Gaël Giraud, d’une Valérie Masson-Delmotte ou d’un Jean-Marc Jancovici, moins anti-riche qu’effrayé par la marche actuelle du monde et des conséquences inéluctables qui en découlent.

            Si par hasard nous nous croisons, ce sera avec plaisir que nous pourrons poursuivre ce débat, toutefois je crains que par commentaires interposés ce ne soit malheureusement aussi inutile qu’inefficace, pour vous comme pour moi.

            J’en resterais donc ici.

          2. Amazon est un commerçant. Il vend ce que les gens veulent acheter. Certes, il va essayer de proposer à la vente des produits nouveaux mais, ne vous inquiétez pas, si ces produits n’ont pas de clients, il n’insistera pas car il est guidé par le profit.
            Donc si l’on veut influer sur les ventes et faire évoluer ces ventes, il faut tenter d’influencer les consommateurs. Il y a toutes sortes de personnes qui s’y emploient, dont bien sûr les médias. Mais là encore, une mauvaise publicité ne marche pas. On ne peut pas vendre des produits que les gens refusent. Par exemple il y a bien peu de consommateurs qui aujourd’hui réclament des sacs plastiques ou des produits jetables. Par ailleurs, il y a un vrai succès pour les produits d’alimentation bio.
            Amazon, dans ce sens, ne vend pas plus de produits carbonés chinois que d’autres commerçants. Il répond à la demande et cette demande évolue sous l’influence d’une prise de conscience écologique générale. Par ailleurs Amazon ne tue ni les artisans, ni les petits commerçants car il offre à ceux qui l’acceptent une coopération qui étend leurs propres marchés. N’avez-vous jamais reçu, en le commandant à Amazon, un livre ne provenant pas d’Amazon mais d’un de ces libraires associés qui par ailleurs tient son propre commerce ?
            Par ailleurs, par sa gestion remarquable, sa centralisation et l’étendue de son marché, Amazon a des stocks peu segmentés et extrêmement fluides ce qui peut lui permettre de les réduire au maximum par rapport à une offre indépendante et morcelée, donc réduire les pertes par détérioration due au vieillissement ou à l’obsolescence.
            Donc ne soyez pas aussi négatif sur l’avenir et sur le bon sens des populations. Nous pouvons « nous en sortir », non pas à coup de réglementations et/ou d’impôts mais par l’information et par le progrès technologique.
            Enfin, je ne souscris pas du tout à ce que vous écrivez sur la relation entre l’Etat et les “puissants” (“si l’Etat ne parvient pas à suivre la voie d’Amazon c’est probablement parce qu’il a été vendu aux puissants”). Pour moi cela ressort du complotisme.

      1. Bien observé. Et on pourrait allonger la liste … à l’utilisation d’ordinateur et d’Internet pour “chatter” sans que ce soit nécessairement absolument indispensable entre autres 🙂 !
        C’est ce que je concluais dans mon commentaire plus haut, c’est si facile de s’indigner soi-disant vertueusement quand c’est aux autres* que l’on demande de faire quelque chose mais qu’on ne commence pas déjà par faire tout le possible à son niveau (“les (nombreux) petites ruisseaux font les grandes rivières”)!
        *”Autres” (Musk, Bezos, etc.) qui d’ailleurs font aussi dans le cas présent pas mal de choses “altruistes” avec leur argent, à côté de ce qu’ils consacrent à l’aventure spatiale; que chacun en fasse déjà autant à son niveau.

  5. A propos de “touristes de l’espace”, Gagarine en était-il un 🙂 ?
    “Les contrôles de vol étaient verrouillés pour empêcher Gagarine de prendre un contrôle manuel. Les codes pour déverrouiller les commandes étaient placés dans une enveloppe embarquée, que Gagarine ne devait utiliser qu’en cas d’urgence. Le système automatisé a ramené Vostok 1 dans l’alignement pour le rétrofreinage environ une heure après le décollage” (extraits de Wikipédia).
    Si ça se trouve, les quatre passagers de la capsule Dragon ont même plus de contrôle sur leur capsule qu’en avait Gagarine!

  6. A noter que Sian Proctor, la pilote noire d’Inspiration 4, est membre du Conseil d’Explore Mars Inc., une organisation concurrente de la Mars Society. On verrait si je suis censuré ou pas comme le discours de GW Bush la dernière fois…

    1. Monsieur Donneur, je me moque que Sian Proctor soit une femme ou un homme, qu’elle soit noire, jaune ou verte et qu’elle soit membre d’une association “concurrente”. Pour moi, ce n’est pas le sujet.
      Sian Proctor est pilote et ça me suffit. Ce qui est important c’est de noter qu’en dépit de tous les capteurs et de tous les automatismes, SpaceX a jugé utile qu’il y ait un pilote dans l’avion.
      J’ajoute que je suis un farouche partisan de la concurrence, dans tous les domaines.

  7. L’aventure spatiale privée est assez souvent mise sur le banc des accusés pour les gros montants d’argents investis qui, dit-on alors, pourraient être attribués à de meilleures causes. Jusqu’ici, cela peut être discuté. Les connaisseurs d’une entreprise, celle-ci ou d’autres dénoncées de la même manière, exposent ce qui sera ou est déjà profitable au-delà de la vie dorée du directeur et ses investisseurs. Poursuivre ensuite la discussion en invoquant la notion de partage social, comme si les moyens financiers mis en œuvre avaient été découverts dans un coffre à trésor sorti de terre, c’est une autre affaire. C’est une bien fausse vision que d’attribuer le succès de créateurs fortunés et courageux à de la chance. À toutes les échelles, dans un pays où l’on a accès à l’instruction et la santé, les chances à saisir existent. D’autres facteurs entrent en jeu, mais ils sont communs à tous. Je vois plus d’acharnement à s’attaquer aux fortunés qui ont réussi tout en offrant des chances aux autres, que d’intérêt pour une faible minorité de vrais oubliés : il y a des personnes payées pour s’en occuper. Ainsi, les concepteurs d’une humanité plus juste, évoquant la chance de ceux qu’ils envient et rejettent, ne se préoccupent pas de la fatalité qui tombe pour certains à la naissance, c’est tout de même contradictoire en logique ! Je déplore cette médiocrité où bon nombre de personnes se prennent pour référence afin de mesurer ce qui est normal, abusif, indécent en degré de bien-être financier personnel. Il n’existe pas d’impôt qui puisse ôter « la chance à ceux qui en ont trop », pour la redistribuer aux jaloux et frustrés qui souffrent. Conseil à ceux-ci : efforcez-vous d’avoir quelque chose à donner, un peu plus loin de ce que vous assurez pour toucher votre salaire sans trop d’inquiétudes, sinon comptez sur la fameuse chance pour gagner au Lotto.

    1. Très juste. Comme je l’ai dit plus haut c’est facile de s’indigner de ce dont profitent les autres disposant de plus de moyens, sans se rendre compte que de toute façon nous aussi sommes en général dans nos pays des (grands) privilégiés par rapport à de nombreuses personnes qui, elles, ont juste eu la malchance d’être nées au mauvais endroit au mauvais moment. Nous n’avons guère de mérite personnel à cela, juste celui d’avoir eu de la chance en effet. Sommes-nous prêts pour autant à sacrifier de notre petit confort et de nos facilités pour que tout le monde s’aligne au même niveau (inférieur alors pour ce qui nous concerne)? Pourquoi notre niveau de vie moyen, plutôt élevé, voire très élevé, en comparaison mondiale, serait-il LA norme qui convient et dont nous ne serions en conséquence redevables à personne, alors qu’un niveau (un peu ou beaucoup) supérieur non?!

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