La combinaison spatiale vue comme un vaisseau individuel et personnel

La combinaison spatiale est un équipement vital pour les hommes qui envisagent d’évoluer dans l’espace ou à la surface accessible d’autres astres. La NASA la considère comme un vaisseau spatial individuel équipé d’un système de support vie (« PLSS » pour « Personal Life Support System »). Elle a beaucoup évolué depuis la première sortie dans l’espace d’Alexeï Leonov, le 18 mars 1965 ou les missions Apollo (1969 à 1972), tout au long des séjours dans la Navette (« Shuttle ») puis dans l’ISS. Comme tout équipement conçu pour faciliter la vie de l’homme en milieu hostile, elle devient de plus en plus sure et confortable (ou de moins en moins inconfortable). Lorsque l’homme sera sur Mars pour explorer et a fortiori pour y vivre, la combinaison sera certainement devenue facile et agréable à porter, comme aujourd’hui la combinaison souple et légère en néoprène des plongeurs, par rapport au lourd scaphandre de la première plongée conçue et réalisée par l’ingénieur allemand Auguste Siebe en 1819. Dans cette perspective, deux voies sont ouvertes, celle de la combinaison pressurisée (type xEMU en développement chez la NASA) et celle de la combinaison à contre-pression mécanique (type BioSuit en cours d’étude au MIT).

Mais avant de les regarder de plus près, voyons d’abord à quels besoins elles doivent répondre. Ils sont multiples. Elles doivent protéger l’homme contre les différences de pression, contre les différences de température, contre les radiations, contre les accrocs ou les perforations. Elles doivent permettre la respiration, permettre la visibilité, permettre la mobilité et l’action, permettre l’hydratation, permettre l’hygiène (y compris contrer les mauvaises odeurs) et permettre la communication. Bien entendu ces besoins sont à ajuster en fonction de l’environnement spatiale ou planétaire. Par exemple l’évacuation de la chaleur ne pourra se faire de la même manière sur la Lune et sur Mars où il y a une certaine atmosphère et une température diurne beaucoup plus « fraiche ».

Considérons d’abord la combinaison-pressurisée.

En fonction des besoins et de la partie concernée du corps, on distingue différents segments, le casque, le torse, le pantalon (de la ceinture aux pieds), les bottes et les gants, et les articulations entre ces segments. A l’ensemble il faut ajouter les annexes indispensables (portées dans un sac à dos) : la provision d’air respirable (oxygène et éventuellement un peu d’azote si l’on veut un peu plus de pression), le système de traitement du gaz carbonique, la réserve d’énergie et les moteurs permettant le conditionnement, la circulation des fluides et le traitement du gaz carbonique, l’eau pour s’hydrater, sans oublier le nécessaire pour maintenir le système hygiéniquement sain et durable et les capteurs informant le « passager » des niveaux de fluides vitaux et des dangers qui pourraient résulter d’un fonctionnement imparfait de son « vaisseau » individuel.

La combinaison pressurisée est une sorte d’enveloppe-coquille souple, hermétiquement close, gonflée d’oxygène (l’option gaz neutre additionnel n’étant pas actuellement retenue), qui permet la respiration (minimum 20,7 kPa d’oxygène mais 24,1 kPa est recommandé) et le maintien, du fait du gonflement (la pressurisation), d’une pression acceptable pour le corps. Les problèmes posés par cette combinaison sont que, gonflée, elle a tendance à se rigidifier (d’où la difficulté à faire jouer les articulations), qu’elle est relativement massive et encombrante et que les accrocs sont très dangereux puisqu’ils peuvent entrainer une dépressurisation.

Si l’on considère la combinaison non plus « géographiquement » mais « géologiquement », c’est à dire en épaisseur, on voit qu’elle est constituée de nombreuses couches (jusqu’à 16), chacune ayant, naturellement une fonction. Elles forment deux « vêtements ». C’est d’abord, à l’intérieur et au contact de la peau, le système de conditionnement. Il a pour fonction le chauffage et le rafraichissement avec circulation de fluides à l’intérieur d’une centaine de mètres de tubes très fins incorporés dans un tissu élastique (élasthanne ou « spandex » chez les Américains) et couvrant tout le corps, avec une multitude d’évents permettant d’évacuer la sueur (l’humidité peut varier de 30 à 70% selon l’activité). C’est ensuite la « peau » extérieure, totalement étanche et blanche pour refléter la chaleur. Celle-ci est très élevée au Soleil dans l’environnement terrestre, 1360 W/m2, moins dans l’environnement martien, entre 490 et 715 W/m2. Mais la chaleur, dans un milieu totalement étanche, provient surtout du corps en fonctionnement interne et en exercice (sur la Lune on a pu exprimer une chaleur allant de 70 à 800W selon l’« EVA » – « Extra Vehicular Activity »). Cette chaleur doit pouvoir être évacuée. La température interne recherchée est de 22°C mais elle peut varier de 18 à 27°C. Entre les deux vêtements une poche-vessie (« bladder ») entoure les segments du torse et du pantalon. Plutôt qu’une seule poche, c’est une succession de poches aplaties reliées entre elles. L’air doit impérativement circuler et vite (vitesse 0,15 à 0,17 m3 par minutes) car le gaz respirable se charge en gaz carbonique par la respiration et doit être impérativement et immédiatement recyclé. Dans les EMU (« Extravehicular Mobility Units ») actuels, l’air propre, provenant de deux sources d’oxygène « embarquées » (« Primary Oxygen Circuit » avec 0,55 kg d’Oxygène et « Secondary Oxygen Pack » avec 1,19 kg d’oxygène), entre par le casque et sort, chargé de CO2 et d’impuretés, par des tubes à la taille et aux chevilles, vers le CCC (Contaminant Control Cartridge) du sac à dos. Le CCC peut retenir le gaz carbonique pendant 8 heures (6 heures à l’époque d’Apollo) ce qui dépend bien sûr de l’intensité de l’activité qu’on peut avoir mais indique assez précisément la durée maximum de l’autonomie de la combinaison. La CCC utilise les produits chimiques mentionnés plus haut. Le système PLSS à l’époque d’Apollo (« A7L ») avait une masse entre 38 et 58 kg. Il fut ensuite amélioré pour la Navette puis pour l’ISS mais il prit encore de la masse (de 91 à 140 kg), ce qui n’avait pas beaucoup d’importance (sauf inertie) en apesanteur.

Où en est-on ? La NASA travaille sur le « xEMU » (« Exploration EMU ») pour le programme Artemis avec en perspective les missions martiennes. Cette combinaison se distinguera d’abord par son « x » de l’EMU actuel c’est-à-dire qu’on la prévoit pour se déplacer non plus en flottant dans l’espace mais sur ses pieds (donc avec de meilleures articulations et de bonnes bottes). Il s’agit ensuite de mettre au point un vêtement et surtout des annexes de plus faible masse*, qu’on puisse mettre et enlever plus facilement, avec un meilleur approvisionnement en eau, une meilleure évacuation de la chaleur et une meilleure gestion des déchets. Cette dernière se faisait jusqu’à présent par la transpiration couplée à un sublimateur (vers l’extérieur). On projette de le remplacer par le « Spacesuit Water Membrane Evaporator » (« SWME ») plus fiable et plus efficace. Le recyclage du CO2 se faisait anciennement avec de l’hydroxyde de lithium (LiOH) et se fait aujourd’hui avec de l’oxyde d’argent (MetOx) selon la formule Ag2O (solide) + CO2 (gaz) → Ag2CO3 (solide). Mais le système est lourd, le recyclage est lent. On a trouvé une solution, le Rapid Cycle Amine, plus rapide et de moindre masse qui fonctionne aussi comme déshumidificateur et purificateur bactériologique. On recherche toujours un recyclage en boucle fermée mais ce sera pour « plus tard », peut-être grâce aux progrès de la recherche MELiSSA. On a aussi bien pris conscience de la poussière (martienne aussi bien que lunaire) et de ses inconvénients/risques. On est prêt à y faire face avec un nouveau revêtement extérieur et des filtres pour éviter que la poussière puisse s’incruster dans le tissu, pénétrer le PLSS ou gripper les jointures. Enfin les progrès technologiques dans les microtechniques et l’électronique permettent une plus grande finesse de la « plomberie », une meilleure redondance pour la sécurité et une meilleure réactivité aux dangers.

*l’idéal, pour Mars, serait d’atteindre une masse de scaphandre + annexes de 100 à 120 kg. Sous une gravité de 0,38g, cette masse péserait 38 à 45 kg qui, s’ajoutant à un poids de quelques 25 à 30 kg, restituerait pour le corps d’un Terrien, une sensation à laquelle il a été habitué. Le problème resterait un centre de gravité un peu trop haut en raison du “backpack” (sac à dos).

Les dernières innovations ont été faites dans les jointures. De nouveaux matériaux et roulements permettent de se pencher, de plier les genoux, de lever les bras ou de les replier sur soi, bien plus qu’auparavant. Les bottes ont maintenant des semelles flexibles (moins fatigantes pour marcher). La partie haute du torse est un gilet rigide. On pourra désormais y entrer par l’arrière ce qui permettra à cette partie d’être plus ajustée au corps. Les gants sont devenus haptiques, c’est-à-dire qu’en plus d’être chauffés avec des résistances ultrafines et souples, ils sont aussi dotés de capteurs qui restituent les sensations du toucher à la main qui se trouve à l’intérieur. Le pantalon, en matériaux nouveaux, sera équipé de plis qui permettront de se courber de pivoter sur ses hanches, de plier les genoux.

Un seul problème n’est pas résolu c’est celui de l’excrétion. Les astronautes continueront à porter des couches. Ils ne les utilisent pas forcément (ils n’aiment pas ça et cela n’étonnera personne !) mais leur capacité d’absorption et de sensation de “sec” ont beaucoup progressé depuis les premières années, ce qui a d’ailleurs bénéficié aux couches commercialisées sur Terre pour les bébés et les vieillards. A noter à ce sujet que si certaines sorties dans l’espace ont duré plus de huit heures, leur durée raisonnable se situe plutôt entre 2 et 4 heures.

Considérons ensuite la combinaison à contre pression mécanique.

Cette combinaison « MCP » (pour « Mechanical Counter Pressure ») est un peu comme les combinaisons de plongée. Elle est au moins aussi ancienne que les combinaisons pressurisées mais n’a pas connu le même engouement de la part des institutions qui pouvaient les faire utiliser par les pilotes fréquentant les hautes altitudes (même si elle l’a été quelques fois), ni ensuite par la NASA. Le MIT avec la Professeure Dava Newman l’a remis sur le devant de la scène avec son « BioSuit » sur lequel elle travaille depuis 2001.

L’intérêt est un encombrement moindre, une masse moindre (6,5 kg + 18 kg pour le système de respiration), un risque moindre de catastrophe en cas de perforation (puisque la pressurisation subsiste si celle-ci survient).

Il s’agit de revêtir une combinaison souple mais étanche que l’on plaque au plus près du corps après l’avoir enfilée (anciennement pour les pilotes d’avion stratosphériques, en gonflant des boudins d’air tout au long du vêtement, maintenant grâce aux tissus élastiques). Le système de conditionnement se situe à l’intérieur de la couche de mousse entre la peau et la couche externe étanche. Les parties du corps qui bougent peu (soigneusement étudiées d’après la morphologie dynamique de l’homme) sont renforcées par des bandes fixes (dites « lignes de non extension ») qui tiennent entre elles des panneaux de tissu plus souple. L’oxygène n’est utilisé que pour la respiration et ne l’est plus pour la pressurisation. Pour donner toutefois davantage de volume au gaz respirable et faciliter le gonflement des poumons malgré un tissu très ajusté, les personnes qui étudient ce BioSuit proposent une vessie plate pectorale reliée avec le casque qui permet une inspiration plus large d’oxygène à chaque fois que l’on en a besoin. Le problème est la jonction entre le casque et la combinaison enveloppant le corps. Elle doit évidemment être hermétique. Une sorte de collier fixe est recommandée par Jeremy P. Stroming dans son étude. Pour l’isolation thermique les tests ont montré, dans cette même étude, qu’une couche d’aérogel sous la couche externe de la combinaison était nécessaire car les pertes de chaleur sont importantes (contrairement à ce qui se passe dans les combinaisons préssurisées).

Le casque et les gants sont communs aux deux systèmes (sauf aux jointures). Le besoin pour l’homme de se toucher le visage avec sa main est bien connu. On satisfait ce besoin par des plaques de mousse plastique fixées au casque auxquelles on peut accéder en bougeant la tête. Pour l’avenir on pourrait envisager une brossette fixée dans un aimant, mobile à la surface intérieure du casque et que l’on pourrait actionner par un autre aimant à l’extérieur du casque. La grande invention concernant les gants est celle des gants haptiques déjà mentionnées et pour les bottes, de nouvelles bottes souples avec articulation aux chevilles. A noter enfin qu’une combinaison à MCP, plus fine qu’une combinaison pressurisée, pourrait permettre de porter par-dessus un gilet Astrorad, protecteur de radiations, ou plutôt d’en incorporer les éléments dans une couche enveloppant la combinaison « de base ». Même si cette couche protectrice est un peu lourde et un peu volumineuse, on aura de la marge avec le BioSuit.

Il faut donc imaginer les futurs résidents martiens comme des gens heureux de revêtir ces « petites merveilles » de technologies. On peut imaginer que sur Mars, un « beau scaphandre » soit considéré comme une belle voiture sur Terre. Ceci d’autant plus qu’on n’aura pas avant longtemps de « belles voitures » individuelles sur Mars mais plutôt de gros rovers collectifs pressurisés, équipés comme des camping-cars avec un support vie considérable pour aller « loin » ou des hyperloops pour aller d’une base à l’autre ou encore des engins aériens à propulsion de type « LEM » (« Lunar Excursion Module » utilisées pour s’élever du sol lors des missions Apollo) équipés de gashopper pour aller d’un point de la planète à l’autre. Là encore il faut faire confiance à l’imagination humaine et à nos capacités de faire évoluer nos technologies. Les tissus seront de plus en plus résistants, et de plus en plus agréables à porter. Les articulations seront de plus en plus sophistiquées pour permettre tous les mouvements nécessaires. Reste le problème de l’excrétion comme mentionné plus haut. On arrivera bien à traiter nos « rejets métaboliques » comme y sont parvenus les « Fremen » avec leurs « distilles » dans la saga « Dunes » de Frank Herbert (un classique de la Science-fiction pour ceux qui ne connaîtrait pas ce chef d’œuvre publié en 1965) magnifiquement revue et filmée par David Lynch en 1984. A noter cependant que les Fremen ne portent pas de casques, ce qui manque totalement de réalisme!

Illustration de titre : le BioSuit MCP de Dava Newman (à gauche et à droite) et le xEMU de la NASA (au centre). BioSuit crédit Dava Newman, Apollo Professor of Aeronautics and Astronautics, MIT; xEMU, crédit NASA. Il semble incontestable que le BioSuit serait plus souple et moins encombrant!

Liens :

https://www.nasa.gov/feature/a-next-generation-spacesuit-for-the-artemis-generation-of-astronauts

https://www.nasa.gov/johnson/HWHAP/suit-up-for-mars

Design and evaluation of elements of a life support system for mechanical counterpressure spacesuits (mit.edu)   par Jeremy Paul Stroming pour sa thèse de Master, 19 Mai 2020, sous la direction de Dava Newman (MIT).

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

16 réponses à “La combinaison spatiale vue comme un vaisseau individuel et personnel

  1. “La saga « Dune » (et non “Dunes”) de Frank Herbert (un classique de la Science-fiction pour ceux qui ne connaîtrait pas ce chef d’œuvre publié en 1965) magnifiquement revue et filmée par David Lynch en 1984″: entièrement d’accord pour ce qui est de l’oeuvre de Frank Herbert, que j’ai adorée étant jeune, mais beaucoup moins pour ce qui est du film de Lynch qui ne rend pas bien la magie de l’imagination débordante de Herbert. En particulier, si Dame Jessica est assez crédible (et aussi le baron Arkonnen!), Paul est trop “minet” pour être vraiment convaincant.
    Cela dit, je ne comprends pas bien la remarque sur l’absence de casque des Fremen. Pourquoi en porteraient-ils? L’atmosphère est respirable sur Arrakis (“Dune”). Le système des “distilles”, qui permet de récupérer les fluides corporels de façon à ne perdre aucune goutte d’eau, un bien plus que précieux sur cette planète désertique, suffit.

    1. Merci M. Haldi. J’ai trouvé aussi décevante la transposition de David Lynch pour la saga Dune. Un autre projet d’adaptation au cinéma, refusé car trop long et trop surréaliste, aurait eu des décors de Moebius, et comme acteurs notamment Orson Welles et Salvador Dali ! Ma saga préférée est plutôt le cycle Fondation du chimiste Isaac Asimov qui met en garde contre un déclin technologique d’un empire spatial autoritaire corrompu et dominé par des fondamentalistes obtus (cela rappelle certaines composantes de ce début de 21 ème siècle ! ). Asimov narre comment des scientifiques (qu’il appelle des psychohistoriens) remédient à la chute de l’empire en créant un nouveau pouvoir temporel sur une planète à l’opposée de la planète capitale de l’empire en déclin, sous l’égide des prévisions du mathématicien Hari Sheldon, avec l’aide d’une Fondation du savoir… et plus, tout en navigant avec les nouvelles puissances économiques, technologiques et écologiques (intelligence artificielle,…). Le cycle Fondation a commencé à paraître vers 1950 pour se terminer à la fin des années 80 et une première adaptation en série télévisée (ou téléchargée) paraîtra en 2021 mais j’ai bien peur d’être déçu…

    2. Là je ne suis pas d’accord. Pourquoi recouvrir entièrement son corps par un distille pour ne pas perdre une seule goutte d’eau et laisser la tête et le cou à découvert? L’évaporation par la tête est très importante chez tous les êtres humains. Là, il va y avoir beaucoup plus qu’une goutte d’eau de perdue.
      Par ailleurs comment assurer l’étanchéité d’un vêtement couvrant tout le corps en s’arrêtant au cou? Autrement dit comment s’assurer qu’aucune molécule de vapeur d’eau contenue dans le distille ne s’insinue vers l’extérieur au niveau du cou? On ne peut pas étrangler un Fremen pour assurer une totale étanchéité (souvenez-vous des cols avec cravate de l’ancien temps), ce n’est pas crédible.

      1. L’idée je pense était de garder quand même une liberté de mouvement et de respiration qu’un casque intégralement fermé n’aurait pas permis. L’habit des Fremen laissait très peu de peau à découvert (la tête était aussi couverte) et on ne sait de toute façon pas exactement comment fonctionnaient ces fameux “distilles”, … comme les “sustentateurs” et tant d’autres inventions plus improbables les unes que les autres sorties de l’imagination fertile de Herbert. Il ne faut pas gâcher la poésie de cette saga en “cherchant la petite bête” sur la vraisemblance ou pas de telles ou telles inventions. de l’auteur Les épisodes de “Dune” ne constituent pas une saga d’anticipation (au sens où la saga des “Rama” par exemple pourrait l’être), c’est sur un tout autre plan, philosophique, poétique, voire même mystique.

        1. Contrairement à la représentation dans le film de David Lynch et même si la, saga ne prétend pas être réaliste, en effet la combinaison des Fremen comprend une cagoule et un masque qui récupère l’humidité de la tête, ce qui fait plus de sens (transpiration à travers nos échangeurs de chaleurs naturels) et aussi dans un contexte de chaleurs intenses (les extrémités sont celles qui sont les plus sensibles en raison de l’aire de surface exposée versus le volume… pensez à nos pauvre nez, oreilles, orteils, cou, etc. lors des chaleurs et froids intenses). Autre raison : on voit mal les Fremen braver les tempêtes de sable terrible de Dune, tête nues, sans masques et protection des yeux ! La forme de combinaison des Fremen serait donc un hybride entre une combinaison de plongée autonome avec cagoule et le BioSuit !

          https://dune.fandom.com/wiki/Stillsuit

    3. Si ma mémoire est bonne, les combinaison des Fremens disposent de capuche et d’un rabat sur la bouche et le nez, qui évite les pertes d’humidité.
      Et moi aussi, j’ai été déçu par le “Dune” de David Lynch. J’espère que celui de Denis Villeneuve sera “beaucoup” plus réussi.

  2. C’est un sujet central dans la conquête spatiale puisque sans cet équipement, il est impossible de vivre en dehors de l’atmosphère terrestre , particulièrement sur Mars .
    Cela renvoie à deux problèmes distincts:
    – la fabrication complexe qui dépend du savoir faire des humains , non des astronautes ou futurs voyageurs lointains ou éventuels colons de la planète rouge .
    On aura toujours besoin de les fabriquer sur Terre pour bénéficier de notre technologie évolutive…
    – l’aspect humain , soit la relation indispensable que l’on partage avec l’environnement de la Terre sans scaphandre, que l’on perd quand on la quitte . Les témoignages des astronautes revenant de l’ISS sont assez éloquents de ce point de vue .
    On ne sait pas vraiment combien de temps l’être humain pourrait vivre sans ses repères terrestres , les expériences menées étant restées bien trop courtes …
    Il faudrait tout au moins que la préparation des futurs voyageurs de l’espace corresponde en tous points aux difficultés rencontrées, particulièrement la durée de la mission , donc en étant coupé du monde dès les premiers mois d’entraînement…
    Les individus ne supportant pas cet isolement seront rapidement éliminés du groupe … pas sur qu’il reste beaucoup d’élus pour partir …
    L’habit ne fait pas le moine !

    1. Monsieur Giot égal à lui-même!
      Les hommes sur Mars seront les mêmes que les hommes sur Terre, des êtres intelligents qui apprennent et qui évoluent. Leur expérience servira à améliorer les combinaisons spatiales et de plus en plus on fabriquera des éléments sur place parce que la sécurité imposera de pouvoir utiliser les ressources locales sans attendre le retour sur Terre, et les premiers à faire évoluer l’équipement seront ceux qui l’utiliseront.
      Quant à votre angoisse d’être isolé de la Terre, je ne la partage pas du tout et croyez moi, je ne suis pas le seul. Les astronautes sont extrêmement heureux de leur séjour dans l’espace (j’ai au moins un témoignage direct sur le sujet ). De toute façon le nombre de places pour partir est limité. Ce sera cela la limitation, et non pas le nombre de volontaires.
      Mais dites moi, Monsieur Hubert Giot, êtes vous bien cet alpiniste français intrépide dont on a pu voir le nom dans les journaux? Etes vous cet ancien membre du Groupe Militaire de Haute Montagne, ancien président du Groupe de Haute Montagne, guide de haute montagne, professeur de ski et de parapente, ou simplement son homonyme apeuré et frustré?

    2. “On aura TOUJOURS besoin de les fabriquer sur Terre pour bénéficier de notre technologie évolutive”: “toujours”, non, dès que les infrastructures nécessaires auront été installées sur Mars, en particulier des imprimantes 3-D, ces équipements pourront, comme beaucoup d’autres chose, être fabriqués “in situ”.
      “… soit la relation indispensable que l’on partage avec l’environnement de la Terre sans scaphandre”: hum, il y a quand même une grande partie de cette bonne vieille Terre (70,8% !) qui nous est justement inaccessible sans scaphandre, ou en tout cas équipement technique relativement sophistiqué! De ce point de vue, rien donc de si fondamentalement différent en allant sur Mars.
      “Il faudrait tout au moins que la préparation des futurs voyageurs de l’espace corresponde en tous points aux difficultés rencontrées, particulièrement la durée de la mission , donc en étant coupé du monde dès les premiers mois d’entraînement”: là. je vous rejoins assez. J’ai souvent ici préconisé l’installation d’une base permettant un séjour de longue durée sur la face cachée de la Lune, seule manière de simuler cette “coupure (directe) du monde” (visuelle et de télécommunications) sur une longue période, tout en gardant la possibilité de rapatrier en tout temps sur Terre, en quelques jours seulement, les astronautes en cas de grosse difficulté. Et l’environnement est plutôt encore plus difficile que l’environnement martien, donc idéal pour un test d’endurance.

  3. Merci pour cette chronique informative. 2 points, l’un économique et l’autre personnel. L’industrie privée joue un rôle essentiel dans la fabrication des combinaisons d’astronautes et des matériaux innovateurs. Sans vouloir faire de la pub mais, à titre illustratif, l’entreprise la plus connue depuis plus de 50 ans fut ILC Dover (combinaisons scaphandres du programme Apollo, Skylab et sortie EVA de la navette spatiale) , basée au Delaware, filiale à l’origine de l’International Latex Company (qui produisait des sous vêtements pour les dames: on en revient au confort intime, mieux que les couches ! ). ILC fabrique aussi des composants pour les dirigeables de Zepellin, GoodYear, etc (on revient aux commentaires du précédent blog !) ainsi que des combinaisons pour les soldats du feu et autres situations extrêmes (on voit clairement le lien sur Terre avec l’industrie spatiale). A noter que SpaceX fait fabriquer ses propres scaphandres pour la capsule Dragon.
    En toute transparence, je n’ai ni actions dans ILC Dover ou SpaceX.
    https://www.ilcdover.com/product-category/aerospace/
    A titre personnel, j’espère de tout cœur que les recherches sur le BioSuit MCP porteront leurs fruits et auront le même succès dans le futur que le scaphandre autonome Cousteau-Gagnant. Ayant longtemps fait de la plongée sous-marine, tant au Canada, en Suisse, au Caraïbes et en Mer Rouge, le sentiment à la fois de liberté et d’attention sérieuse (respiration consciente, paliers de décompression) d’être dans un environnement non terrestre, porté par un médium différent est indescriptible. N’en déplaise à M. Giot, les plongeurs à scaphandre autonome et les astronautes se sont habitués depuis 60 ans et plus à avoir leur sous-marin ou vaisseau individuel, pour reprendre la belle expression de M. Brisson. En plus, sur la terre de Mars, on ne doit pas se préoccuper de l’ivresse des profondeurs, le risque de désorientation ou regarder ses paliers de décompression quand on remonte de plongée (pour éviter l’embolie gazeuse) contrairement lorsque l’on est sous l’eau de la Terre… A chaque milieu, ses risques assumés … Dans mes montagnes du Valais, je voyais samedi dernier des parapentistes… Eux aussi, bravent le ciel pour leur plaisir. L’être humain a une capacité de se dépasser et de sortir de,son milieu étonnante, malgré les, sceptiques. En 1920, le New York Times avait critiqué la thèse de M. Goddard, un des théoriciens et praticiens des fusées modernes, selon laquelle l’homme irait sur la Lune grâce à une fusée multi étages. En juillet 1969, le New York Times a publié un éditorial d’excuses après que le premier homme ait marché sur la Lune…

    1. Petite faute d’ orthographe que je corrige : scaphandre autonome Cousteau-Gagnan, du nom de l’ingénieur des gaz Gagnan qui l’a développé en premier et Cousteau qui l’a raffiné. Mon correcteur d’orthographe, stupide intelligence artificielle, avait transformé Gagnan en Gagnant… même si Gagnan et Cousteau furent gagnants à jamais pour les explorateurs des mondes sous-marins. Et cela répond à M. Giot et sa phobie extra-terrestre… J’espère qu’il pourra voyager en mer profonde ou à la haute montagne ou en Antarctique ou dans un désert … pour se rendre compte que contrairement à la plaine tempérée de nos latitudes, l’être humain aussi se dépasse et vit dans des conditions extrêmes. J’ai un grand respect pour les astronautes, les familles dans l’Antarctique, les Inuits du Canada, les routiers sur les lacs gelés de l’Alaska, les plongeurs /chasseurs de perles et crabes du Vietnam, les Navajos du désert du Nevada, les gardiens du parc Kruger en Afrique du Sud, les populations de pêcheurs du Mozambique qui vivent près des crocodiles, les alpinistes de l’extrême, etc… qui démontrent que l’être humain peut vivre avec une nature hostile et se dépasser.

  4. Ces projets d’exploration de notre environnement, spatial désormais inclus, doivent évidemment tenir compte de notre organisme qui doit pouvoir bouger, se nourrir (solides, liquides) et respirer. Tout cela génère inévitablement une activité métabolique avec production de divers déchets (gaz, solides, liquides, microbes). Votre article le souligne bien, le traitement de ces déchets biologiques n’est pas simple et du point de vue médico-scientifique aussi complexe que l’ensemble des problèmes techniques et d’ingénierie. J’imagine que l’on voudra éviter de transformer l’espace et les planètes abordées en poubelles. Des satellites et autres objets encombrent déjà suffisamment l’espace, rendant le recours à des solutions de neutralisation et récupération qui sont en gestation et apparemment bientôt opérationnelles. Sur notre planète la nécessaire prise de conscience progresse permettant des actions de se mettre en route. Le génie humain reste heureusement encore réactif, devient un peu plus proactif, ce qui est plutôt rassurant. Les voies de la découverte et de la compréhension semblent sauvegardées.

    1. Je vais dans votre sens mais je pense que sur Mars, l’intérêt des hommes sera de ne rien gaspiller de ce qui sera transformé par leur métabolisme, y compris les matières organiques. On s’efforcera de réutiliser tout ce qui pourrait être utile et qui est rare. On laissera donc très probablement sortir “dans la nature” tout le gaz carbonique que l’on produira mais on gardera précieusement toute autre matière ou gaz, comme le méthane par exemple et l’eau bien entendu. Il faudrait imaginer pour le méthane de placer dans les combinaisons un fixateur (comme l’oxyde d’argent pour le CO2), qu’on récupérerait à la suite de chaque EVA pour en extraire le gaz concentré. En fait les hommes sur Mars seront, entre autres fonctions plus intellectuelles, des machines à produire des matières carbonées, soufrées ou phosphatées.
      Sur le plan des métaux ou du verre, toute plaque ou poutre devra être associée à une notion de modularité pour pouvoir être réutilisée tel quelle ou au moins retravaillée au moindre coût.

  5. Merci pour cette présentation des deux tenues possibles à porter pour nos futures randonnées martiennes. J’ignorais totalement l’existence de la MCP.

    En ce qui concerne cette combinaison MCP et en tenant compte de son faible encombrement, l’isolation thermique ne peut elle pas être confiée à un vêtement externe comme nous en portons pour les sports d’hiver ou les randonnées dans les pays froids.

    Cette solution permettrait, en plus, de créer une mode et un changement de look tout en conservant le même coûteux scaphandre. Les Martiens d’origine écossaise pourraient même continuer à porter un kilt sur leur scaphandre.

    1. Cher Monsieur Louis,
      Vous avez raison. Les Martiens porteront probablement un manteau pour sortir, en plus (par-dessus) de leur combinaison MCP. On peut d’ailleurs envisager qu’ils ne le porte pas si la sortie se fait à midi un jour d’été austral.
      On peut voir aussi la combinaison comme une seconde peau (ce qu’elle est un peu dans le cas des combinaisons MCP).
      Le manteau pourrait avoir un autre avantage, celui d’être une protection contre la poussière. Au retour d’une EVA, on retirerait son manteau dans le sas et on le laisserait au soin de souffleurs et de pompes qui rejetteraient la poussière à l’extérieur.

  6. Excellent article !
    La reprise de la compétition (entre USA et Chine) dans le domaine spatial va faire rapidement évoluer le matériel. Le scaphandre, qui est la plus petite unité de survie dans le vide, devrait en profiter.
    Je me permets une remarque à propos du système de respiration pour les scaphandres à contre pression.
    Le problème du volume d’air à inspirer et expirer est résolu depuis longtemps dans les recycleurs de plongée. On travaille à volume constant à l’aide d’une poche (ou vessie) de taille équivalente à la capacité pulmonaire du plongeur. Le gaz passe alternativement de la poche aux poumons et est débarrassé du CO2 et enrichi en O2 à chaque passage. Au début, on force un peu mais rapidement on ne prête plus attention à cet effort respiratoire.

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