Une nouvelle Course-à-la-Lune, entre la Chine et les Etats-Unis, aura-t-elle lieu ?

La Chine révèle peu à peu ses intentions pour voyager dans l’espace profond et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles sont ambitieuses. La question est de savoir si le pays en a les moyens. De cela dépend la question suivante : Cette ambition pourra-t-elle relancer la très fructueuse émulation qui a existé entre les Etats-Unis et l’URSS et qui a permis les missions habitées lunaires ?

En Mars, le président, puis en mai le « chief designer » de la China Academy of Launch Vehicle (« CALT ») qui est la société publique chinoise de construction des lanceurs, ont donné des détails sur leur plus grosse fusée, la « Long-March* 9 », un lanceur « super-lourd » qui n’en est pour le moment qu’aux balbutiements de sa réalisation mais que les autorités chinoises voudraient faire voler dans les années 2030. Cette fusée serait un monstre de 100 mètres de haut, 9 ou 10 mètres de diamètre, qui aurait une masse au départ de la Terre de 4000 tonnes et qui pourrait bénéficier d’une poussée de 6000 tonnes (moteurs kérosène / oxygène liquide). Elle pourrait placer 140 tonnes en orbite basse terrestre (LEO), comme la légendaire fusée Saturn V de la NASA qui a permis la réalisation du programme lunaire Apollo, 50 tonnes sur orbite de transfert pour la Lune et 44 tonnes sur orbite de transfert pour Mars, donc déposer une vingtaine de tonnes en surface de Mars (en partant évidemment à la bonne date de la Terre). Cette fusée est donc non seulement de la classe des Saturn V, mais aussi de celle des lanceurs que les Américains s’efforcent de mettre aujourd’hui au point pour pouvoir retrouver / récupérer les performances de la Saturn V, c’est-à-dire le SLS lourd de la NASA et, dans une certaine mesure, le BFR de la société Space-X d’Elon Musk (150 tonnes en LEO et, grâce à quatre réapprovisionnements en ergols en LEO, capable de déposer 100 tonnes sur Mars). A noter que par ailleurs la Chine veut suivre la piste de la réutilisabilité ouverte par Space-X. C’est ce qu’elle prépare avec son petit lanceur Long-March 8 (7,6 tonnes en LEO), qui devrait voler vers 2021.

*en chinois mandarin “Chang Zheng”. “Longue-marche” fait référence à la retraite militaire stratégique des Communistes en 1935, pendant leur guerre civile contre les Nationalistes.

Parler de Long-March 9 c’est évidemment quelque peu anticiper car la Chine en est actuellement seulement à son lanceur Long March 5 (un vol réussi en Novembre 2016 mais encore en phase d’essais en raison d’un second vol raté en juillet 2017) qui devrait pouvoir placer 25 tonnes en LEO. Mais ce tonnage n’est pas ridicule car la fusée américaine la plus puissante aujourd’hui, la « Delta IV Heavy » (de l’United Launch Alliance, « ULA », une JV Lockheed Martin et Boeing) ne peut placer que 28,8 tonnes en LEO (Falcon 9 de Space-X peut placer 22,8 tonnes) et c’est plus que le « gros » lanceur européen, Ariane V, qui elle, ne peut placer que 20 tonnes (mais il est vrai que l’ESA « avance en reculant » dans le domaine de l’exploration de l’espace profond par vols habités). Elon Musk a un peu d’avance car son Falcon Heavy (un lancement réussi, spectaculairement) devrait pouvoir placer 64 tonnes en LEO.

On est donc bel et bien dans une course et dans cette course, quelles sont les avantages des uns et des autres ?

Les Etats-Unis, secteur public (la NASA), ont l’expérience mais aussi subissent la lourdeur des entreprises « établies » (régulations lourdes, procédures de toutes sortes, personnel nombreux, structure complexe, ingérences politiques). Leur SLS n’avance pas (même au niveau « heavy » de 70 tonnes, le « Super-Heavy » de 140 tonnes n’étant, de ce fait, qu’un rêve). Par ailleurs l’expérience a montré que l’engagement politique ne pouvait durer qu’une seule présidence (pour ne parler que de l’époque la plus récente, abandon du projet Constellation par le Président Obama, retour à une politique pro-Lune avec le président Trump).

Space-X bénéficie de l’enthousiasme, communicatif, de son patron, Elon Musk, de la créativité du secteur privé (en concurrence et forcé de ce fait d’être « meilleur que les autres ») et d’une excellente organisation (principe de modularité par utilisation répétitive d’éléments standardisés, de concentration verticale et géographique de la recherche, de la production et du montage). Sa faiblesse ressort de ses moyens de financement qui reposent largement (mais heureusement pas seulement) sur ses contrats avec la NASA et avec plus de fragilité (et indirectement via Elon Musk) sur le succès incertain des ventes des voitures Tesla.

Les Chinois ont pour eux la détermination et la continuité politique (ce que n’ont pas les Américains). Ils ont aussi moins de scrupules vis-à-vis des « droits humains » (j’imagine que beaucoup de taïkonautes se sacrifieraient volontiers, spontanément ou sur ordre, en acceptant des conditions de sécurité moindres qu’aux Etats-Unis) ou de la « protection planétaire ». Cependant, ils manquent totalement d’expérience dans les sciences de support vie. Ils doivent en avoir conscience car leur objectif avec Long-March 9 est soit une exploration habitée de notre banlieue (la Lune), soit un retour d’échantillons de Mars. A noter de plus qu’ils n’envisagent même pas de production d’ergols in situ sur Mars (ce qui justifie les moteurs fonctionnant au méthane des américains) et donc que les possibilités de « rapatrier » des charges utiles (payload) significatives (comme celle d’un équipage) sont nulles puisqu’il faudrait pour cela emporter à l’aller les ergols nécessaires au retour.

Alors que peut-il se passer ?

Si Long-March 5 passe ses tests avec succès, la Chine entrera véritablement dans la compétition et une certaine pression sera mise sur les Etats-Unis, secteur public. A ce moment-là deux politiques seraient possibles pour ces derniers: soutenir l’entreprise privée Space-X puisque c’est la formule « qui marche », ou mettre davantage de pression sur ULA pour que la JV termine le SLS (quitte à modifier drastiquement l’architecture du projet en s’inspirant de Space-X). La première solution n’est malheureusement pas la plus certaine car ni Boeing ni Lockheed Martin ne sont des « petits joueurs ». Cependant si le danger chinois se précise, les Américains ont suffisamment de fierté nationale et de capacité technologique pour réagir…et ceci serait pour le plus grand plaisir de ceux qui comme moi se désespèrent de voir l’exploration spatiale par vols habités ronronner dans des préparatifs interminables au niveau de l’orbite basse terrestre.

Image à la Une: Long March 9 en vol, vue d’artiste, crédit CALT.

Image ci-dessous (crédit CALT): Long-March 9 (“Cz-9”) comparée à Long-March 5 (“Cz-5) et aux SLS version lourde (70 tonnes en LEO, à gauche) et super-lourde (130 tonnes en LEO, à droite):

Liens :

https://www.youtube.com/watch?v=Uf3v19A7Htw&feature=push-fr&attr_tag=P5XAWRRK8Rfik-1x-6

https://spacenews.com/china-reveals-details-for-super-heavy-lift-long-march-9-and-reusable-long-march-8-rockets/

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

19 réponses à “Une nouvelle Course-à-la-Lune, entre la Chine et les Etats-Unis, aura-t-elle lieu ?

  1. l’avenir de l’humanité dépendant largement de sa capacité à garantir sa survie sur Terre, il apparait tout à fait risible de voir ces grands gamins faire la course pour avoir la plus grosse fusée qui n’apportera rien. La conquête de la Lune a mis en lumière le paradoxe de l’immense espoir des voyages interplanétaires tout en se terminant par un flop au bout de quelques années seulement . Elle avait seulement servi à démontrer que c’était possible tout en se révélant parfaitement superflu .
    Fusées à propergols, vitesse dérisoire , notre technologie n’est pas à la hauteur des rêves interplanétaires,
    50 ans plus tard , on n’a pas dépassé les performances de Saturne V , les ambitions n’ont guère évolué et les problèmes se sont aggravés sur notre planète sans que ce soit irrémédiable .
    L’espace peut servir de refuge en cas de catastrophes majeures (super volcanisme, chutes de météorites, …) mais pour les milliers d’années qui viennent, on peut se contenter de rester dans l’attraction terrestre proche (niveau ISS) sans remettre en question des expériences plus lointaines pour tester de nouvelles technologies. Et justement, une fois dans l’espace proche, on peut assembler des vaisseaux spatiaux d’un autre type équipés de moteurs ioniques qui peuvent accélérer bien plus longtemps !
    L’idée d’Elon Musk de propulser 100 tonnes vers Mars n’est pas un problème, mais c’est la descente en douceur sur Mars qui change tout. Pour l’instant , on a toutes les peines du monde à faire atterrir un simple “Rover” de quelques centaines de Kg et je note que si SpaceX peut ramener ses lanceurs sur Terre , il faut préciser qu’ils sont vides et que la cible sur Terre est bien aménagée ! Il faudrait donc aménager la cible avant l’atterrissage , bien joli paradoxe !
    Amstrong est bien parvenu à alunir péniblement son LEM en mode manuel tout en restant en contact direct avec Houston, situation tout à fait impossible sur Mars .
    Les remake de la fusée Saturne ne sont pas seulement obsolètes, ils sont grotesques .

    1. Cher Monsieur Giot, vous êtes d’un pessimisme incroyable!
      D’abord chaque astre est différent et vous savez bien que Mars renferme certainement beaucoup plus de ressources et d’informations que la Lune. Lisez (mieux) mon blog!
      Quant à ce que vous dites des fusées à propergols, vous exagérez. Une fusée à propulsion chimique d’aujourd’hui ce n’est pas le niveau zéro de la technologie (je ne sais pas si vous avez jamais contemplé un de leurs moteurs) et c’est très suffisant pour aller sur la Lune ou sur Mars. Si on n’a pas dépassé les performances de la Saturn V c’est que les dirigeants politiques de qui ont dépendu jusqu’à présent les missions habitées, n’ont pas voulu les poursuivre après avoir mené à bien les missions Apollo, tout simplement parce que le contexte international ne l’exigeait plus.
      Quant aux moteurs ioniques on verra bien mais de toute façon il faudra une impulsion forte pour sortir du puits de gravité terrestre et ensuite pour ne pas séjourner trop longtemps dans les Ceintures de van Allen. Ce ne sont certes pas les moteurs ioniques qui le permettront mais toujours des moteurs avec une Isp élevée…Donc parlons de ce qui existe avant de parler de ce qu’on pourrait faire.
      Quant à rester encore des milliers d’années sur Terre, il faut bien sûr l’espérer mais je ne vois pas en quoi cela empêcherait certains d’entre nous de tenter d’aller s’établir ailleurs.
      Quant à assembler des vaisseaux dans l’espace proche, il vaut mieux l’éviter. Travailler dans l’espace en apesanteur n’est pas chose facile; demandez aux astronautes qui l’on fait.
      Quant à la descente en douceur sur Mars, comme veut le faire Elon Musk, je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher, à partir du moment où on peut descendre en douceur sur une barge dans l’océan.
      Je crois donc que vous êtes totalement “à côté de la plaque”!

      1. En dehors du plaisir de l’avoir fait, de la performance ou du pari gagné, du prestige, il n’y a aucun intérêt à envoyer des hommes là bas … plutôt que des machines qui peuvent très bien faire le travail et nous apporter toutes les informations désirées- Et cela pourrait se faire “après demain”
        Alors qu’y envoyer des hommes en ne prenant qu’un minimum de risques pour eux ne pourra se faire que dans quelques années …

        1. Ça c’est vous qui le dites!
          Pour s’en tenir à l’exploration il y aurait beaucoup d’avantages à ce que les hommes accompagnent les machines…à commencer par la possibilité de les commander en direct partout à la surface de Mars. En effet, du fait de l’éloignement des deux planètes, nous avons un “time-gap” incompressible (vitesse de la lumière!) de 3 à 23 minutes dans les communications et cela à l’aller comme au retour. Par ailleurs un robot est programmé. Il ne sera pas alerté par quelque chose qui lui semblera inhabituel comme un homme le serait. Un homme est aussi un être multifonctions. Il peut se déplacer en surface, même en terrain difficile où ne peut rouler un véhicule, descendre dans une grotte où les télécommunications ne passent pas, soulever une pierre, etc…Non, l’homme est la meilleure “machine” que l’on puisse imaginer et l’homme avec la machine forme un couple extraordinairement plus efficace qu’une machine toute seule.

      2. je ne suis pas pessimiste, juste réaliste. Je n’exclu aucunes options spatiales ni la conquête de Mars, mais vouloir la coloniser reviendrait à vouloir s’établir dans la vallée de la mort, ce que les hommes raisonnables ne font pas ( Ce n’est pas un hasard si l’homme n’est pas retourné sur la Lune !)
        Les fusées classiques à propergols ne permettent pas d’aller plus vite que 100’000 km/h . C’est amplement suffisant pour aller sur la Lune, tout juste suffisant pour Mars, mais pas plus loin pour des vols habités , donc de nouvelles technologies devront être développées pour l’espace lointain .
        En attendant , essayons de nous occuper de notre planète, la seule viable pour l’humanité .

        1. Cher Monsieur Giot,
          Vous avez raison, le mode de propulsion actuel permet d’aller jusqu’à Mars mais pas beaucoup plus loin. C’est une question de durée de voyage mais c’est aussi une question de dose de radiations reçues. L’homme peut supporter quelques fois dans sa vie un voyage de six mois (en se protégeant particulièrement pendant les éruptions solaires) mais probablement pas plus de trois aller et retour sur Mars car les GCR sont constants et on ne peut rien faire contre les radiations dures (HZE)…sauf à n’en prendre que de petites doses de temps en temps (il ne faut pas sous-estimer les possibilités d’auto-réparation des cellules de notre corps et l’espacement des voyages les rendrait plus supportables).
          C’est pour cela que Mars est la seule destination possible de notre époque et qu’on peut envisager d’y installer de petites colonies. Mais cela n’exclut nullement que l’on s’occupe de notre Terre. D’ailleurs les recherches que l’on fait pour le contrôle des équilibres à l’intérieur des micro-environnements biologiques et aussi pour le recyclage, avec pour but principal les missions habitées dans l’espace profond, sont très utiles pour améliorer (i.e. réduire) notre impact écologique sur Terre. Venez participer à notre congrès EMC18 fin octobre, vous trouverez des interlocuteurs sur les sujets qui vous intéressent.

  2. “Ca n’est pas en perfectionnant la bougie qu’on a inventé l’électricité”. On en est à ce stade dans l’exploration spatiale: il n’y a pas de différence fondamentale entre les V2 du IIIe Reich et les projets (!) à long terme dormant dans les cartons. Encore un peu de patience et on va arriver à un siècle sans changement vraiment significatif dans le mode de propulsion spatial, et donc sans progrès de nature à donner un nouvel élan à l’exploration humaine de notre système solaire.
    À se demander si l’exploration spatiale n’est pas remise au siècle prochain… que je ne verrai pas et Monsieur Brisson non plus, dommage.

    1. Je ne pense pas qu’il n’y ait pas eu de progrès depuis le V2. La combustion est quand même beaucoup mieux maîtrisée et puis la récupération / réutilisation des lanceurs est un changement fondamental. Cela permet d’envisager de se poser puis de repartir d’un astre à surface solide et cela représente aussi beaucoup d’économie. Donc je ne crois pas qu’il faille être si négatif. Après tout les automobiles utilisent toujours le moteur à explosion ou la propulsion électrique et le principe en a été inventé au 19ème siècle; ce n’est pas pour autant qu’on puisse dire qu’il n’y a pas eu de progrès dans ce domaine. Pour revenir aux fusées, une Falcon Heavy utilise la propulsion chimique, comme un V2 mais elle l’utilise très différemment et elle est beaucoup plus performante.

  3. Laissons parler les Cassandre et attendons de voir ce que la Chine fera de sa Longue Marche 9.

    L’intérêt chinois pour l’exploration spatiale a au moins l’avantage d’aiguillonner les américains.
    Pour ma part, je pense aussi que cette dynamique va se poursuivre quelques dizaines d’années encore car la politique chinoise ne change pas au gré des élections. Il est cependant vrai que le chinois “partent de loin” et que malgré leur compétence et leurs efforts, ils ont beaucoup à apprendre en technologie spatiale.

    J’en viens à me dire que le meilleur moyen d’accélérer les choses, serait que l’Europe coopère sans arrière pensées ni restriction avec la Chine dans le domaine spatial. Et si l’Europe est réticente que les états intéressés puissent coopérer indépendamment de manière bilatérale.
    Les États Unis nous feraient probablement la gueule mais la coopération serait plus équilibrée entre la Chine et l’Europe, qu’entre l’Europe et les USA.
    Pour le dire autrement, les USA nous ont toujours entrainé dans de coûteux programmes de coopération qui siphonnent nos budgets, diminuent notre indépendance et nous accordent peu de prestige.
    La Chine a au moins l’avantage d’avoir des projets et des objectifs clairs et d’être demandeuse d’une réelle coopération techniques.

    1. Proposition originale que je n’avais jamais lue! Elle est certainement judicieuse. Ce serait effectivement un moyen d’allier les moyens financiers et les compétences face au champion de la technologie spatiale…et tant qu’à faire les Russes pourraient se joindre au groupe. Mais pratiquement je ne vois aucun Etat européen qui aurait le courage de s’opposer à l'”ami” américain et d’abord parce qu’il se ferait couper les vivres (les financements en dollars).
      Maintenant si ce ne sont les Européens, ce pourraient être les Russes qui rejoignent les Chinois. Rejetés qu’ils sont par les Européens et les Américains pour la stupide querelle de Crimée, ils n’ont eux rien à perdre et ils ont des compétences technologiques remarquables.
      Ceci dit l’avance des Américains reste très forte. Ce sont sans doute eux qui iront les premiers sur Mars, il faut juste les aiguillonner pour les décider à le faire!

      1. Entièrement d’accord que les Européens devraient en premier lieu collaborer avec les Russes (ils le font déjà d’ailleurs en partie à Kourou). Après tout, les Russes sont aussi des Européens, du moins en partie. Une saine compétition entre Europe-Russie, USA et Chine serait le meilleur moyen de “booster” l’exploration spatiale. Je ne crois pas beaucoup par contre à une nouvelle “course à la Lune”; la “course” était pour arriver les premiers, et c’est fait et les “Américains” ont gagné cette compétition. La prochaine “course” possible est pour Mars!

        1. D’accord sur les principes avec vous mais je pense que pour les Chinois, le passage par l’étape Lune est décidé (non pas le passage pour aller sur Mars mais pour démontrer une capacité technologique). Ils l’ont déclaré et leur moteur ne prévoit pas d’ISPP (In Situ Propellant Production) puisqu’ils ont prévu des ergols classiques et pas de brûler du méthane dans l’oxygène comme les Américains (les deux étant productibles sur Mars et permettant d’emporter des masses “raisonnables” depuis la Terre, pour le séjour sur Mars et le retour sur Terre). Par ailleurs je pense que si les Chinois étaient sur le point de débarquer sur la Lune, les Américains se dépêcheraient d’envoyer leurs astronautes sur Mars.
          NB: Dans mon article, j’utilisais “Course à la Lune” un peu comme une expression passée dans le langage commun, la destination important moins que la compétition ou l’émulation. Merci de me donner l’occasion de le préciser.

          1. Méfions nous des apparences. ce n’est pas parce que les Chinois n’ont pas officiellement de moteurs Méthane/Oxygène en préparation, ni de projet d’ISPP qu’ils ne travaillent pas discrètement dessus.
            Le moteur Méthane/Oxygène est complexe à mettre au point. Ce mélange ayant la fâcheuse tendance à détonner plutôt que de brûler sagement dans sa chambre de combustion. Je pense que les chinois attendent que les occidentaux aient essuyé les plâtres pour se lancer à leur tour.

          2. Les Chinois se sont lancés dans la “course” tardivement par rapport aux “Américains” ou aux Russes, … mais ils progressent très vite et très bien. Par ailleurs, ils ont effectivement déjà fait mention de leur intérêt pour Mars. Laissons leur donc le temps de développer en temps voulu les moyens technologiques nécessaires, ils sont certainement capables d’y arriver. A ce propos , je pense illusoire d’espérer une large collaboration de l’Europe avec la Chine; pour cette dernière, il s’agit d’une entreprise de prestige national, et celui-ci ne se partage pas! Quant aux “Américains” (je mets des guillemets, car cette appellation n’est pas correcte pour caractériser les seuls habitants des Etats-Unis, UN seulement des nombreux pays de ce vaste continent), je ne crois pas qu’un débarquement chinois sur la Lune, s’il n’y a pas une perspective sérieuse de voir la Chine aller ensuite plus loin, les fera “se dépêcher d’envoyer leurs astronautes vers Mars”; plutôt, et cela semble bel et bien être la “vision” de Donald Trump, ils retourneront sur la Lune pour ne pas laisser leurs “adversaires” créer un précédent “d’occupation permanente du terrain” à leur seul profit.

          3. L’essentiel et c’est cela qui est important, c’est qu’il y ait compétition.
            C’est cela et non la gentille coopération international dont beaucoup rêvent, qui fera retourner les hommes dans l’espace profond.

  4. En toute logique, si l’objectif est de retourner sur la lune, ce serait logiquement pour y établir une base permanente (une extension en quelque sorte de l’ISS). Vu que l’ISS est internationale, une base permanente lunaire devrait logiquement l’être également. Et par extension, le projet d’aller sur mars devrait également être international.
    Cela étant, il faudrait malgré tout définir très précisément les objectifs à atteindre, hormis le prestige d’être le premier à établir une base permanente lunaire ou être le premier à poser le pied sur Mars.
    Le public se lasse vite, cela s’était déjà vu avec les missions Apollo et les navettes. Les seules fois où il y a eu un regain d’intérêt, c’est triste à dire, mais cela a été dû à des tragédies. L’ISS intéresse peu le public.
    Les rêves sont utiles, mais on voit bien que l’objectif est de développer des lanceurs permettant de mettre sur orbite au meilleur prix possible et avec une fiabilité acceptable du matériel et des hommes, car il y a là beaucoup d’argent à gagner. On en revient toujours à ça.
    Dur pour les admirateurs de l’exploration spatiale que nous sommes…

    1. Comme j’ai voulu l’écrire dans mon article je pense que la compétition serait un formidable moteur pour accélérer les missions habitées sur un autre astre. Je pense que c’est l’arrêt de la compétition et le choix de la coopération qui ont enlisé les missions habitées au niveau de l’orbite basse terrestre (l’ISS).
      Je pense aussi que c’est parce que les Terriens ont fait collectivement le choix de l’ISS que l’intérêt pour les missions spatiales habitées s’est émoussé jusqu’à disparaître. Il n’en est pas “sorti” grand chose et après avoir démontré qu’on pouvait créer et habiter une grosse structure dans l’espace, on aurait dû “passer à autre chose”. L’expérience a duré au delà du raisonnable. Je pense qu’il en serait autrement si l’homme avait entrepris de s’installer sur Mars. Ne serait ce que la découverte de cette planète aurait pu être menée avec des moyens plus efficaces et donc plus spectaculaires qu’avec simplement des missions robotiques.
      Ceci étant, actuellement, nous avons quand même les “moteurs” Elon Musk et autres grands capitalistes américains qui veulent cette exploration spatiale par vols habités plus que les Etats “raisonnables” et puis il y a la Chine qui se profile à l’horizon (d’où mon article). Je ne pense pas que tous ces “moteurs” soient animés par le désir de “faire” plus d’argent mais bien davantage par l’esprit d’aventure ou, en ce qui concerne la Chine, par la volonté de prestige et de montrer que les Chinois sont capables de faire au moins aussi bien que les Américains.
      Pour le moment en effet il y a de l’argent à gagner en exploitant l’orbite basse terrestre (ce que fait presqu’exclusivement l’ESA) mais pas du tout dans les projets de missions habitées dans l’espace profond. Le problème est plutôt de faire en sorte d’en perdre le moins possible, ou plutôt de monter des missions minimum avec un minimum d’argent ce qui représente tout de même des sommes importantes (sans doute quelques dizaines de milliards pour une première série de missions habitées sur Mars en supposant le lanceur lourd au point).
      Reste l’exploration robotique de l’espace. Là les besoins financiers sont bien moindres (de plusieurs centaines de millions à quelques petits milliards) et donc les différents pays à compétences spatiales mènent à bien des missions remarquables mais qui ne sont pas suffisamment mises en valeur. Je m’efforce de le faire à mon échelle en parlant notamment des grands télescopes ou des télescopes spatiaux. Rien que cela mériterait beaucoup plus d’intérêt chez les Terriens que nous sommes.

        1. Certes, mais, chose peu banale, avec ce JWST il s’agit d’embarquer un satellite de 6,5 tonnes avec un miroir “pliable” de 6,5 m de diamètre (Hubble avait 2,4 m pour 11 tonnes) et de 25 m^2 de surface (avec une focale de 131 m, Hubble 4,5 m^2 et 57 m), et avec son écran protecteur de 20 m x 14 m ! Le nouveau délai du lancement prévu, reporté ce 27 juin 2018 au 30 mars 2021, n’est pas dirimant.
          Concernant l’une des propulsions de l’avenir, le futur moteur Prometheus, à poussée modulable, alimenté au méthane (CH4), prévu pour les fusées Ariane 6, n’est pas encore opérationnel pour le mélange LOX (O2 liquide) + CH4. L’avantage principal du carburant CH4 sur H2 est sa densité (420 kg/m^3) qui est six fois celle du second (70 kg/m3) — et, autre avantage non négligeable, la bien moindre corrosivité de CH4 par rapport à H2 liquide — bien que l’impulsion spécifique soit de 360 secondes contre 435 secondes, selon l’équation de Tsiolkovski (qui, rappelons-le, donne une vitesse acquise, qui est encore à diviser par g pour avoir cette durée). Prometheus prévoit des parties recyclables (plusieurs fois), ce qui va conduire à des coûts diminués de 50% à 90%.

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