Ce que Juno peut nous apprendre.

Jupiter a l’apparence d’une grosse boule de gaz. Elle « pèse » lourd puisque sa masse est égale à 300 fois celle de la Terre et à 2,5 fois la somme des masses de toutes les autres planètes du système solaire réunies. C’est un monde étrange compte tenu 1) de l’absence de roches, 2) de pressions de plus en plus fortes en profondeur en raison de la gravité qui contraint de plus en plus la masse de « gaz » à évoluer vers le liquide puis le solide, et 3) d’une rotation extrêmement rapide (jours de 09h55). On pense que sous une couche de nuages de quelques 1000 km, se trouve, du fait de la pression, une première zone liquide d’hydrogène et d’hélium. La sonde Galileo (mission précédente principalement destinée aux satellites de Jupiter) s’est enfoncée jusqu’à une pression de 22 bars et une profondeur de presque 100 km. On sait évidemment de quoi sont composés les nuages que l’on voit. Il s’agit d’hydrogène pour 75%, d’hélium pour 24% et d’autres éléments dont l’ammoniac et le méthane. A l’intérieur, la proportion est différente. L’hydrogène descend à 71% et Galileo  a distingué nettement plus d’éléments lourds, argon, crypton, carbone, azote, qu’en surface du soleil ainsi que beaucoup moins d’oxygène (eau) qu’attendu. Mais le sondage de Galileo a été évidemment très ponctuel puisqu’il n’a été effectué qu’une seule fois, lors de sa descente « suicide » vers la planète, et que les données transmises ont été limitées puisque son antenne principale (« à grand gain ») était en panne.

Juno est beaucoup mieux « armée ». Cela va lui permettre d’étudier plus finement la composition et la structure de l’atmosphère jusqu’à une profondeur où la pression atteint 200 bars. Cela reste relativement superficiel (1000 km ?) mais permettra quand même de meilleurs analyses. La présence et l’abondance de l’eau et des éléments lourds permettront de mieux comprendre le lieu (distance du soleil) et les modalités de formation de la planète (apports extérieurs) donc l’histoire de notre système solaire. Elle va aussi étudier son champ magnétique ; une carte détaillée permettra de comprendre mieux la dynamo qui le génère. Elle va enfin tirer profit des fluctuations de sa trajectoire le long de la surface de la planète qui exprimeront sa structure interne. On pense en déduire son type de noyau, peut-être une sphère d’hydrogène métallique (la pression au centre est de quelques centaines de millions d’atmosphères). Cerise sur le gâteau on devrait avoir (fin août !) de magnifiques photos grâce à la caméra-couleurs grand-angle embarquée, « JunoCam ». Prendre des photos n’était pas l’objectif premier de la mission mais ne pas en prendre aurait été incompréhensible. Développée à partir de la caméra de descente MARDI de Curiosity sur Mars, qui a fait ses preuves, cette caméra nous permettra de discerner des détails jamais vus (résolution de 1 pixel pour 15 km) mais elle ne pourra être opérationnelle que pendant le premier quart de la mission (radiations toujours!).

L’exploration spatiale robotique continue donc et nous apporte mission après mission (la précédente dans cette catégorie était New Horizons qui a photographié Pluton et Charon) des informations qu’on ne pouvait pas même imaginer obtenir avant l’ère des fusées. Par la pensée, nous maîtrisons ainsi de plus en plus l’espace qui nous entoure. Nous nous éveillons au monde. Il faut être conscient de la chance que nous avons de vivre cette époque de grandes découvertes. Nous devons aussi être conscients de nos limites. A ce stade de notre évolution technologique, compte tenu de la durée du voyage et des radiations aussi bien dans l’espace interplanétaire qu’à proximité de Jupiter, l’exploration de cette dernière à la différence de celle de Mars, ne peut être que pour les machines, pas pour l’homme. Nous sommes plus que jamais les créatures de Prométhée et nous suivons sa voie, mais nous avons compris que pour reconquérir le feu du ciel, nous devons nous inspirer de notre père Ulysse.

Pierre Brisson

Image à la Une : La Grande tâche rouge de Jupiter. Un anticyclone qui dure depuis des siècles à la surface de la planète géante (observation de Cassini en 1665). Les vents y soufflent à 700 km/heure. Elle est plus grosse que la Terre.

lien: site de la NASA pour la mission Juno: https://www.nasa.gov/mission_pages/juno/main/index.html

Le 4 juillet à 15h45, UTC+2, Juno se trouvait à la verticale de l’orbite de Ganymède. soit à 1 million de km de Jupiter. Elle s’en approchait à la vitesse de 58.000 km/h.

Le 4 juillet à 21h10, UTC+2, Juno se trouvait à la verticale de l’orbite d’Europa, soit à 688.000 km de Jupiter; sa vitesse était de 68.500 km/h. L’accélération de plus en plus forte est due à la force de gravité générée par la masse de Jupiter. Tout à l’heure, au périgée de la géante gazeuse, elle atteindra 200.000 km/h

L’insertion de Juno en orbite martienne se fera la nuit prochaine, à 03h15 UTC et à 05h15 pour le fuseau horaire UTC+2 (donc le 4 juillet pour les Etats-Unis et le 5 juillet pour l’Europe Continentale!).

Insertion effectuée! La sonde Juno va maintenant ajuster son orbite par rapport à Jupiter. Il lui faudra 3 passages pour la stabiliser. Le premier apogée, le 31 juillet sera à 8 millions de km. et le prochain périgée le 27 août, à 5000 km.

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

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