Ensembles urbains Genève

La ville et sa genèse remontent à l’aube de nos civilisations indo-européennes. Leurs histoires ont été contées depuis que l’intérêt pour la chose urbaine est apparue à l’Antiquité. Historiens, géographes, sociologues, urbanistes et architectes ont tous participé à la création de cette mémoire collective qui constitue une partie de ce patrimoine que nous côtoyons quotidiennement.

À Genève, la section locale de la Fédération des architectes suisses propose une approche qui concilie avec pertinence la documentation et le regard contemporain. A la lumière des profondes mutations que la région du « Grand-Genève » est en train de subir – due principalement à une densification de son territoire pour y loger une population en expansion –, des liens peuvent être tissés avec la période de la Réforme et son afflux d’exilés religieux, avec celle de l’intégration au système fédéral, avec celle de l’après-guerre et ses trente-glorieuses ou encore avec la période contemporaine.

À l’heure où le monde politique exhibe depuis une décennie un objectif d’accroissement de son parc immobilier qui devrait se compter en dizaines de milliers de futurs logements, un retour savant sur ce qui a participé à l’image de la ville de Calvin est une fructueuse initiative qui n’a pas d’égal dans l’histoire récente. « Le champ référentiel typologique genevois est actuellement relativement limité par un manque de documentation disponible et la brièveté de ce qui existe. Offrir une documentation précise sur des exemples pertinents [est] un atout pour enrichir le débat sur la production de logements tout en offrant une profondeur de champ identitaire à l’architecture urbaine de Genève » (1).

Dans ces cinq fascicules d’une trentaine de pages, c’est à la fois le plaisir du re-dessin de plans, coupes, élévations et détails qui s’expose, avec la précision du trait noir sur un fond blanc – un rappel de la gravure –, et aussi la qualité de la photographie confiée à de grands professionnels qui saisissent un instantané de figures urbaines parfois plus que centenaires et les ariment dans un présent habitable et non visitable, selon la formule de Roland Barthes (2). C’est enfin l’ajout de quelques réflexions écrites qui alimentent cette quête nécessaire d’un savoir ancré dans un lieu, en vue de peut-être mieux le développer à l’avenir.

Le livre prend ici tout son sens pour tenir entre ses mains un objet d’une douce facture, pour approfondir avec calme un propos qui nous interpelle, pour reconsidérer avec délice un détail – un punctum (toujours Barthes) – qui aurait échappé au première passage : un moment de silence et de temps suspendu, au cœur de la frénésie de notre monde de fictions.

+ d’infos
1. Extrait de la préface des cinq ouvrages (comité de la section genevoise de la FAS), 2019. [https://www.bsa-fas.ch/fr/sections/fas-geneve/f/1-publications-fas/]
2. Roland Barthes, La chambre Claire, édition de l’étoile, Gallimard, Le Seuil, Paris, 1980, p. 66.

Philippe Meier

Philippe Meier

Né à Genève, Philippe Meier est architecte, ancien architecte naval, enseignant, rédacteur et critique. Depuis plus de vingt-cinq ans, il exerce sa profession à Genève comme indépendant, principalement au sein de l’agence meier + associés architectes. Actuellement professeur invité de théorie d’architecture à l’Hepia-Genève, il a également enseigné durant de nombreuses années à l’EPFL ainsi que dans plusieurs universités françaises. Ses travaux et ses écrits sont exposés ou publiés en Europe et en Asie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *