Vivre comme avant?

« Vivement que tout le monde soit vacciné, que l’on en finisse avec ce coronavirus et que l’on revive comme avant ! » C’est la ritournelle planétaire dont nous sommes abreuvés quotidiennement. Vivre comme avant, vraiment ? Nous savons désormais que 60% des maladies humaines existantes sont zoonotiques, c’est-à-dire issues du monde animal, et 75% des maladies émergentes le sont aussi. Les virus, bactéries ou parasites sautent la barrière d’espèces pour infecter l’être humain. En octobre 2019, un groupe de 22 experts internationaux de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) estimait à 1,7 million le nombre de virus non découverts actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux. Plus de 800 000 d’entre eux pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.

Si une forte biodiversité permet de « diluer » les virus dans la variété des espèces sauvages, a contrario une perte de celle-ci est une aubaine pour les nouveaux virus. Aux États-Unis, constate Benjamin Roche, éco-épidémiologiste membre de l’IPBES, la maladie de Lyme transmise par les tiques progresse en flèche dans les régions où la biodiversité est la plus détruite. En Afrique, le virus Ebola s’est propagé tout particulièrement dans les zones déforestées car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villes et villages. Voilà pourquoi le monde a déjà connu six pandémies depuis 2000, contre seulement une par siècle en moyenne précédemment.

A quoi sert dès lors de se faire vacciner à tour de bras si la préservation des écosystèmes ne devient pas une priorité absolue ? En Suisse, la biodiversité est soumise à une très forte pression. Les habitats des animaux comme des plantes sont fortement altérés, non seulement par une agriculture intensive non biologique mais aussi par une boulimie de bétonnage et de bitumage. Il y avait donc un lien logique entre les pandémies et la volonté des militants écologistes de bloquer le projet d’extension de la carrière du cimentier Holcim sur la ZAD de la colline du Mormont (VD). Pour toute destruction du vivant, nous paierons un prix toujours plus élevé.

D’heureuses initiatives se multiplient heureusement. Toujours en Suisse, agricultrices et agriculteurs travaillent main dans la main avec des bénévoles du WWF. Ensemble, ils plantent des haies et des vergers, entretiennent des prairies et des pâturages, installent des nichoirs, etc. Les amoureux de la vie, sous les feux ou non de l’actualité, n’ont pas capitulé. Et nos autorités ? (Chronique publiée dans L’Écho Magazine du 7 avril 2021)

 

 

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

2 réponses à “Vivre comme avant?

  1. L’homme sera-t-il assez intelligent pour réaliser qu’il fait partie de la nature, et que sans elle, il court à sa perte. Malheureusement, je suis assez pessimiste sur ce point. Le bétonnage de notre canton est effrayant.

  2. “Vivre comme avant”? Comme au temps de la surconsommation, des voyages à gogo par EasyJet, de la malbouffe, de la pollution, du réchauffement climatique et de la fonte de la banquise? Du Sida et autres MST? Maintenant que l’air redevient enfin un peu plus respirable – encore SPQR (Si Peu Que Rien) pourtant, qu’on ne se précipite plus au restaurant ni dans les grandes surfaces, que les voyages se font de plus en plus en fauteuil et dans nos têtes, que les gens ne réfléchissent plus seulement par leur panse et leur entre-jambes, que…, que… et que…, qui serait assez sot et inconscient pour regretter le “bon vieux temps”?

    Une année de pandémie ne nous aurait-elle donc rien appris? Protéger la biodiversité et contrôler les écosystèmes, maintenant que c’est possible, seraient-ils condamnés à rester des voeux pieux? Certains, au Parlement, le souhaitent. A ceux-là, qu’attend-on pour leur demander des comptes?

    “Vivre comme avant”? Merci mais non merci.

    Note à Monsieur Le Bé: Comme d’autres, j’ai constaté que les commentaires de certains blogs ne s’affichaient pas, et ceci depuis déjà plus d’une semaine. J’ai signalé ce problème à la rédaction du Temps, qui m’assure y veiller. Toutefois, comme je ne peux toujours pas lire ceux qui ont été postés sur le vôtre, auriez-vous l’amabilité de me signaler si ce problème l’affecte aussi?

    Par avance merci.

    A. Ln

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