Les jours d’après

Lausanne, mercredi 5 avril 2023. Il y a tout juste trois ans, une pandémie provoquée par le Covid-19 commençait à ébranler sérieusement la planète non seulement dans son économie, mais surtout dans la conscience de ses habitants. Tous les pays étaient concernés.

En Suisse, dans le canton de Vaud, Claude l’agriculteur, Anna la cadre supérieure et Jérôme le chômeur de longue durée ne se doutaient pas encore, au printemps 2020, qu’ils allaient se lancer dans une nouvelle vie professionnelle après des mois de bouleversement et de remise en question. Claude décida de se convertir à l’agriculture biodynamique, tournant définitivement le dos aux pesticides, Anna quitta sa multinationale du tabac pour devenir ébéniste, une passion de jeunesse. Quant à Jérôme, il trouva enfin sa voie dans la musique, mettant en valeur un don jusqu’ici caché.

Aucune de ces entreprises n’eût été possible sans le soutien d’une coopérative de transition écologique (CTE) créée à Lausanne fin 2020, au sortir de la première vague du Covid-19. Financée par des fonds publics et privés destinés à relancer une activité économique et sociale résolument tournée vers des métiers non destructeurs de la planète, la CTE avait versé à Claude, Anna et Jérôme un revenu de transition écologique leur permettant de commencer une nouvelle vie. Mais ce n’était pas tout. Chacun avait été coaché par un professionnel: Claude par un paysan expert en biodynamie, Anna par un ébéniste qualifié et Jérôme par un guitariste qui l’aidait à perfectionner son talent.

Membres actifs de la CTE, tous trois bénéficiaient de multiples contacts dans les domaines les plus variés. En échange de ces services, ils versaient un pourcentage de leurs revenus à la coopérative au fur et à mesure de la montée en puissance de leurs activités: de la récolte de blés anciens aux concerts et enregistrements en passant par la confection et la réparation de meubles. Ainsi la CTE pouvait en partie s’auto-alimenter et verser un revenu de transition écologique à de nouveaux candidats, toujours plus nombreux.

En ce printemps 2023, la CTE est devenue un modèle de transition écologique et solidaire, un outil de résilience d’une grande efficacité. Utopie? Non. Parions plutôt que ce sera le fruit d’une graine semée par l’économiste et philosophe Sophie Swaton, enseignante à l’Université de Lausanne et présidente de la fondation suisse Zoein. Un fruit dont on entrevoit déjà les toutes premières pousses en France. Et si, après le Covid-19, ce n’était vraiment plus comme avant?

(Publié dans L’Écho Magazine du 8 avril 2020)

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

5 réponses à “Les jours d’après

  1. Avec les dizaine de milliards (ça va être plutôt des centaines) promis pour sauver la fameuse économie des grandes companies, pourquoi ne pas attribuer 500 millions au projet de Sophie Swaton?

    Ceci serait un vrai investissement futur, et non sauver une Easyjet, projet obsolète et rétrograde?

    Mais j’ai fort peu de chances d’être entendu, c’est dommage, car cette femme est une visionnaire, comme beaucoup de femmes qui n’ont pas son courage!

  2. J’aime beaucoup et adhère à ce futur. Il a une chance d’être notre avenir si le peuple le souhaite et oeuvre dans ce sens.
    Merci

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