L’Echo Magazine a 90 ans. Le temps pour devenir jeune

Nouvelle rédactrice en chef de l’Echo Magazine, hebdomadaire suisse d’inspiration chrétienne, Aude Pidoux mise sur la famille et le numérique pour rajeunir son lectorat.

(Publié sur le site de l’UPF-Suisse – francophonie.ch)

 A 37 ans, Aude Pidoux dirige depuis juin 2019 la rédaction de l’Echo Magazine qui souffle ses 90 bougies. Dans une presse suisse sérieusement chahutée, c’est un petit miracle pour cet hebdomadaire d’origine catholique dont le premier numéro est sorti de presse le 18 janvier 1930, avec la bénédiction de Mgr Marius Besson, alors évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Le regard pétillant d’une bienveillance naturelle, la rédactrice en chef m’accueille au sein de sa petite rédaction, installée dans un ancien et sobre bâtiment, route de Meyrin 12 à Genève. Le bureau des collaboratrices du télémarketing côtoie celui des quelques journalistes et du service clients. Tous pour un, un pour tous!

Dans un coin sont rassemblés les 4680 numéros parus jusqu’au 23 janvier 2020. Parmi ces derniers, figurent tous ceux qui ont accueilli Tintin et Milou dessinés par Georges Remi, alias Hergé, avec notamment Tintin chez les Soviets publié en 1932. Cette insolite et fructueuse collaboration entre l’Echo Illustré d’alors (renommé l’Echo Magazine dans les années 1990) et Hergé aura duré un demi-siècle! Édité par la société genevoise Saripress SA, le magazine revendique aujourd’hui quelque 12.000 abonnés.

2020 est l’année du renouveau. Dominique-Anne Puenzieux, ancienne directrice des éditions St-Augustin à St-Maurice, a pris début janvier la direction de Saripress, succédant à ce poste à Gérard Plader désormais retraité. C’est ce dernier qui a proposé à Aude Pidoux de devenir rédactrice en chef après le départ de Patrice Favre, lui aussi parti à la retraite. Aux commandes du Gaboteur, seul journal de langue française dans la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador, la journaliste vaudoise n’a pas hésité trop longtemps avant de reprendre le large, avec sa famille, en direction de la Suisse romande. Rencontre.

Echo Magazine 04-2020

 Après sept mois dans votre nouvelle fonction, qu’est-ce qui vous a le plus surprise?

Aude Pidoux: – Ayant fait mon stage de journaliste au sein de la rédaction de l’Echo Magazine, je connaissais ce média. Mais aujourd’hui je mesure pleinement l’énergie qu’il faut déployer pour réussir à faire paraître, chaque semaine, un magazine de 48 pages avec seulement cinq journalistes, moi comprise.

Un magazine que vous qualifieriez de catholique?

A l’origine, c’était en effet un journal catholique tenu par des hommes d’Église. Lors des messes, les prêtres exhortaient les fidèles à s’abonner à l’Echo Illustré que toute famille catholique respectable se devait d’avoir sur la table de son salon. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un magazine chrétien destiné à un public large, même si son ADN catholique est toujours présent

 Vous-même, êtes-vous catholique?

Non. Je suis issue d’une famille protestante. Sans avoir d’ancrage religieux, j’adhère pleinement aux valeurs chrétiennes véhiculées par notre magazine. Avec le télémarketing, qui contacte des gens de manière non ciblée, des lecteurs athées et de différentes confessions nous ont rejoints. Ceux-ci côtoient désormais un noyau dur de catholiques très engagés, dont les plus âgés de nos lecteurs.

Satisfaire un lectorat aussi hétéroclite, est-ce possible?

C’est un difficile exercice d’équilibre. Il faut à la fois satisfaire ceux qui se nourrissent spirituellement de la lecture des pages «religion», auxquelles nous tenons, et ceux qui sont surtout sensibles à la dimension sociale et environnementale de notre humanité.

Comment séduire un public plus jeune et peu enclin à lire des journaux?

Nous allons mettre encore davantage l’accent sur des thèmes en relation avec la famille. Beaucoup de jeunes gens se posent des questions sur l’éducation de leurs enfants ou la manière de gérer leur couple ou leur famille, dans un monde où les repères volent en éclat et où les défis climatiques et environnementaux sont toujours plus pesants. L’éthique, la psychologie et la spiritualité sont autant de portes à ouvrir à toutes celles et à tous ceux qui sont en quête d’un sens à donner à leur vie. L’Echo Magazine peut combler un vide généralement laissé de côté par les médias.

 Allez-vous améliorer votre site WEB?

D’ici six mois, nous aurons un nouveau site que nous préparons avec Dominique-Anne Puenzieux. Chacun pourra lire le journal sur son ordinateur ou portable, acheter des articles au numéro, avec un abonnement à la version imprimée et/ou numérique. D’ici la fin 2020, nous présenterons une nouvelle maquette, tout aussi claire que l’actuelle mais offrant plus de liberté dans la mise en page.

Il y a fort peu de publicité dans votre magazine qui n’est pas vendu en kiosque. Comment vous en sortez-vous financièrement?

Nous sommes dans les chiffres noirs. Notre recette: les abonnements reflètent un prix coûtant. Par ailleurs, les journalistes reçoivent un salaire de 15 à 20% inférieurs à ceux pratiqués dans la profession. Mais, en contrepartie, ils jouissent d’une totale liberté rédactionnelle. Prendre le temps de traiter un sujet d’une actualité vieille de deux semaines, avec un angle original, ne nous pose pas de problème.

Collaborez-vous avec d’autres médias?

Nous publions régulièrement des articles du quotidien français La Croix avec lequel nous avons une relation contractuelle. Nous collaborons aussi avec cath.ch, et nous reprenons régulièrement des articles de Swissinfo ainsi que de certaines publications universitaires suisses, dont Allez Savoir!.

 Face au bouleversement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, quel est votre regard?

Je m’efforce de cultiver l’espoir. Rappelons-nous qu’à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, dans un monde en partie détruit, l’humanité a fait preuve d’une étonnante capacité de résilience. Elle a su se reconstruire en quelques années. Les épreuves actuelles et à venir vont nous inciter à ne plus nous disperser dans le superflu et à nous recentrer sur l’essentiel de la vie, notamment dans sa dimension spirituelle et notre relation à l’autre. (PLB)

 

 

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

2 réponses à “L’Echo Magazine a 90 ans. Le temps pour devenir jeune

  1. Heureux abonné de longue date, l’ECHO m’amène chaque semaine un éclairage différent des autres médias ! On se sent mieux après sa lecture (pas forcément in extenso) un peu à l’image de l’écoute de certaines émissions radio ou TV. Enfant déjà je lisais chaque semaine avec délectation les aventures de Tintin qui m’ont rendu inconditionnel d’Hergé. Longue Vie à ce support et merci à Philppe Le Bé de son partage.

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