Black Friday? Non, White Friday!

Le Black Friday, cet événement commercial qui se déroule demain vendredi dans de nombreux pays soi-disant civilisés, affiche clairement la couleur. Il s’agit bien d’un vendredi noir pour la planète. Hérité des Etats-Unis qui ont l’art de nous refiler tout ce qu’il y a de pire dans leur mode de vie, le Black Friday marque le coup d’envoi des achats de fin d’année, au lendemain de la fête de Thanksgiving.

Consommons, consommons le plus possible, pour satisfaire notre striatum jamais rassasié, voilà le message des marionnettistes du Black Friday. Lesquels se moquent éperdument du devenir de la planète, de l’épuisement des ressources naturelles et des montagnes de déchets de produits inutiles qui polluent les terres et les océans.

Une belle arnaque

Le Black Friday est non seulement une aberration écologique mais aussi une belle arnaque. L’association française UFC-Que choisir examine depuis 2015 les prix de milliers d’articles vendus ce vendredi noir sur les vingt plus grands sites de commerce électronique en France, les comparant à ceux pratiqués une semaine auparavant. Son constat ne varie pas: la moyenne des réductions effectives sur chaque article est inférieure à 2% !

Dès le 9 décembre 2019, les députés français examineront un amendement au projet de loi anti-gaspillage qui porte sur l’interdiction des campagnes de promotion du Black Friday. Porté par la députée ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho, cet amendement propose d’assimiler le Black Friday aux pratiques commerciales agressives. Donc rien ne sera prescrit cette année en France.

 Consommacteurs responsables

En Suisse comme en France ou ailleurs dans le monde, interdiction ou pas, rien n’empêche les consommacteurs de se montrer responsables et de ne pas tomber dans le piège d’un consumérisme ravageur. En ce qui me concerne, ce vendredi se fera sans achat indispensable. Ce sera mon White Friday.

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

6 réponses à “Black Friday? Non, White Friday!

  1. “…rien n’empêche les consommacteurs de se montrer responsables et de ne pas tomber dans le piège d’un consumérisme ravageur.”

    En effet, c’est une simple affaire de discernement. Mais faire ceinture un jour par an ne coûte pas cher quand on est à l’abri du besoin le reste du temps. Si c’est fort bon pour l’image de marque, n’est-ce pas aussi une manie très commode de fermer les yeux sur les vraies causes de la surconsommation?

    Or, celle-ci ne commence-t-elle pas là où on l’attend le moins: à l’école? Qu’on relise Edmond Gilliard et son “Ecole contre la vie”: “Au fond, l’école n’est qu’un vilain jeu de commerce”, écrit le pédagogue vaudois dans son livre paru en 1942, pas vraiment en période de bombance.

    Le discours scolaire, subversion déguisée en sagesse, est-il autre chose qu’un appel à la consommation, à la production, à la performance et au rendement? Les manuels scolaires, en particulier ceux de langues ne sont-ils pas truffés de renvois aux objets de consommation, à la performance, à la compétitivité et au rendement? On devrait rendre la lecture de Gilliard obligatoire dans les HEP.

    Après l’école, champ de bataille des idéologies et première productrice du conformisme consumériste, la presse. La “fabrique du consensus”, comme l’appelait Chomsky, survivrait-elle sans la publicité? De même que le discours scolaire s’ingénie à masquer les mots sous les mots, ainsi le fait la presse par le biais de la publicité, comme l’a montré Vance Packard dans son livre “The Hidden Persuaders”, paru en 1957.

    L’école, la presse… les deux mamelles de la Démocratie, les deux fabriques de conformisme, de consensus, de consumérisme et de crétinisme… Tant que ces deux colossales impostures, ces “belles arnaques” institutionnalisées, au nom de la Démocratie, n’auront pas été dénoncées et leurs rouages démantelés un à un, comment croire à quelque progrès possible?

  2. Pour ma part, c’est comme les soldes : si j’ai besoin d’un truc (réellement), je profite d’une potentielle réduction – si non… bah j’économise 100% du montant ;).

    Aussi, en voyant les promotions annoncées (-50%, -70%, etc), ça me fait un peu tiquer : en Suisse du moins, on n’est pas censé pouvoir vendre à perte….. Du coup, logiquement, même avec ces “réductions” annoncées, les magasins font encore du bénéfice.
    ça montre, si besoin en est encore, combien le consommateur se fait enfler sur les prix (et encore, je suis poli).

  3. Pas d’accord avec vous : Vive le Black Friday.
    De mon coté, j’ai dépensé un max de thunes dans des super promos.
    Et je recommencerai dès que j’ai quelques économies.

  4. Sale temps pour la planète et le commerce s’en moque complètement car doit vendre et faire son chiffre, obligatoirement en progression. Le paquebot commercial et ses actions Black Friday made in USA est à la manœuvre, mais manifestement à la dérive.

  5. c’est pour cela que le journal “le temps” laisse des publicités en faveur du black friday ! belle exemple d’irresponsabilité de journalistes qui d’un autre côté multiplient les articles alarmistes sur le climat ! Commencez par faire le ménage devant votre porte au lieu de donner des leçons aux autres !

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