Gérald Hess : «Offrir une résilience psychique à l’évolution délétère du monde»

Gérald Hess, maître d’enseignement et de recherche à la Faculté de géosciences et de l’environnement de l’UNIL, enseigne à ses étudiants de nouveaux paradigmes pour réenchanter un monde qui s’effondre.

Enseigner l’éthique de l’environnement, c’est pour Gérald Hess «une manière d’éveiller les consciences, d’ouvrir le champ des possibles». Maître d’enseignement et de recherche à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, ce philosophe tente avec humilité – c’est à dire avec les pieds bien ancrés dans l’humus – d’offrir à ses étudiants «une forme de résilience psychique à l’évolution délétère du monde».

Qu’il soit scientifique ou politique, le constat brossé par Gérald Hess est sans appel. Sur les neuf limites planétaires à ne pas franchir si l’humanité veut pouvoir vivre dans un écosystème sûr, quatre sont déjà dépassées. Face à cette situation, le fonctionnement de nos démocraties semble totalement inadapté aux enjeux environnementaux.

«L’effondrement de notre système économique fondé sur l’exploitation des richesses afin d’assurer la satisfaction de la consommation des individus sera probablement accompagné d’un effondrement du système démocratique». L’enseignant-chercheur ne voit dès lors pas comment «nous pourrons échapper à une dictature écologique». La vive réaction de rejet affichée par certains gouvernements européens confrontés à l’arrivée de milliers de migrants qui fuient la misère et la guerre ne fera que s’amplifier avec le déferlement prévisible de millions de réfugiés climatiques.

Le temps de l’incertitude

Au vrai, souligne Gérald Hess, en passant à des problèmes globaux comme le changement climatique ou la perte de la biodiversité, la prédiction des effets des activités humaines sur le système Terre devient beaucoup plus délicate et ces effets sont potentiellement dévastateurs pour les sociétés humaines. Le dépassement des limites planétaires a fait entrer l’humanité dans une dimension d’incertitude relative à un changement du fonctionnement du système Terre. C’est l’une des caractéristiques de l’Anthropocène, ce nouvel « âge de l’Homme» où ce dernier est devenu une force telle qu’il impacte les structures géologiques de la planète. «Cette nature que nos ancêtres redoutaient dans ses violentes manifestations (la peur de l’orage, des tempêtes, etc.), nous avons cru pouvoir l’assimiler, la dominer, nous l’approprier. Et voilà qu’elle nous revient, comme un boomerang, sans que nous sachions de quelle manière et avec quelle intensité. Nous sommes partie intégrante d’une nature terrestre que nous avons profondément modifiée et en même temps soumis à ses réactions difficilement prévisibles, voire imprévisibles». Nombreux sont les scientifiques, biologistes et éthiciens de l’environnement notamment, à constater que l’espèce humaine,  récente à l’aune de l’histoire de l’évolution, pourrait bien être parmi les premières à disparaître.

Dépasser le dualisme homme-nature

Au vu de ces observations, Gérald Hess parvient-il encore à ne pas démotiver ses étudiants en leur décrivant une telle réalité? Certains abandonnent, en effet. Il y a ceux qui ne parviennent pas à voir la réalité en face et qui, parfois, sont même trop bouleversés psychologiquement. D’autres, avides d’action dans l’urgence, trouvent que le cours d’éthique de l’environnement, dispensé aux premier et second semestre de master, est «trop théorique». Mais la plupart des étudiants s’accrochent et comprennent qu’il est essentiel d’apprendre à forger leur esprit dans une réflexion solide et documentée. «J’essaie de leur faire comprendre que la complexité du monde ne s’embarrasse pas de recettes toutes faites, souligne Gérald Hess. On peut penser le monde autrement, au-delà de la pensée du XVIIème siècle fondée sur l’individualisme, le matérialisme et la recherche du profit. Je les invite à dépasser le dualisme homme-nature, à retrouver un rapport vivant avec le non humain, à se situer comme membre d’une communauté qui dépasse largement celle des hommes».

Des paradigmes alternatifs

Avec Gérald Hess, chacun prend conscience qu’il est lui-même l’environnement, non pas seulement observateur mais aussi acteur de «paradigmes alternatifs dans lesquels on peut penser, agir et vivre». Précisément, dans une humanité qui va vers un effondrement, Zoein vise à développer des outils de transition avec des projets qui favorisent et encouragent la résilience. «Plutôt que de nous suicider dans un monde qui n’aurait aucun sens, apprenons à vivre autrement dans un monde à qui nous donnons du sens». PLB

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Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

Une réponse à “Gérald Hess : «Offrir une résilience psychique à l’évolution délétère du monde»

  1. Ce discours me semble plus porteur que celui des «castratrophistes » et pourtant ils partent du même constat. J’ai l’impression que des actions commencent à se mette en place du côté des industries, des entreprises, de la finance, car la majorité des personnes en charge de gouverner et des populations ne sont pas stupides. Mais bousculer le système peut effectivement activer l’upodate des logiciels.
    Vous et Zoein y participent et c’est très bien.

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