Jacqueline de Quattro: ” La vision d’une Suisse durable n’est plus une utopie”

Jacqueline de Quattro se fait une certaine idée du développement durable en Suisse. Pressentie pour être candidate à la succession du conseiller fédéral sortant Didier Burkhalter, la cheffe du Département du territoire et de l’environnement du canton de Vaud fait preuve d’un réel intérêt pour l’écologie. Preuve en est son allocution tenue le 29 juin dernier en ouverture du G21 Swisstainability Forum, au Swiss-Tech Convention Center de l’EPFL.

La voici dans son intégralité :

« Mesdames et Messieurs,

Comment construire une économie et une société durable en Suisse ?

C’est la question complexe à laquelle vous allez chercher à répondre durant ces deux jours.

Sachez que vos discussions sont essentielles à la réflexion et au travail des politiciens afin de mettre en place des politiques publiques.

Par votre vision prospective, vous contribuez à l’élaboration de réponses concrètes aux problématiques de demain.

En tant que ministre en charge de l’énergie et de l’environnement, je suis honorée d’ouvrir  cette nouvelle édition du  Forum G21.

Mesdames, Messieurs, chaque canton dans notre pays dispose d’une marge de manœuvre pour la conduite de ses politiques environnementale et énergétique, dans le respect de la législation fédérale.

Cette marge de manœuvre est indispensable, en particulier pour mon canton.

Le canton de Vaud connaît actuellement un boom économique et démographique.

Les experts nous prédisent 190’000 nouveaux habitants d’ici 2030.

Chaque année, entre 3000 et 5000 places de travail sont créées.

La population doit pouvoir se loger, se déplacer, travailler, se divertir.

Chacune de ces activités a un impact sur le territoire.

Nous devons donc établir les conditions cadres favorables à la construction de logements et d’infrastructures qui garantissent une croissance maîtrisée.

Mais les Vaudois comme les Suisses sont tout aussi attachés à la préservation de leur environnement et leur paysage.

Ils veulent conserver la qualité de vie qui est la leur aujourd’hui.

Si les intérêts de l’aménagement du territoire comme ceux de la protection de l’environnement sont légitimes, ils sont aussi souvent contradictoires.

Notre mission est donc d’accompagner ce succès vaudois afin qu’il puisse rester durable et qu’il ne péjore pas notre environnement.

Nous devons ainsi chercher un équilibre entre économie et durabilité.

Ce qui s’avère parfois difficile.

Prenez le domaine de l’eau.

S’il est une ressource naturelle que nous devons préserver, c’est bien l’eau!

Le Conseil d’Etat vaudois l’a compris et a pris ses responsabilités.

La question des micropolluants est par exemple au cœur de nos préoccupations.

Sur proposition du gouvernement, le Grand Conseil a accepté une première enveloppe dotée de 80 millions de francs afin d’aider les communes à régionaliser et à mettre à niveau leurs stations d’épuration.

Ce projet, porté par mon Département, constitue une réponse à l’un des défis environnementaux majeurs de ces prochaines décennies.

Notre souci de durabilité dans le domaine de l’eau s’exprime aussi dans notre volonté de redonner de la place à la nature quand nous en avons la possibilité.

Le Canton de Vaud poursuit ainsi un vaste programme de renaturation des cours d’eau.

Certains y voient des actions cosmétiques dont les seuls bénéficiaires se résument à quelques batraciens et à une poignée d’insectes.

Je leur réponds que ces interventions sont essentielles pour la conservation de notre biodiversité.

Elles permettent aux rivières de garantir la qualité de l’eau grâce  à des écoystèmes capables de s’auto-épurer.

Des rivières qui retrouvent un tracé naturel protègent également plus efficacement la population et les infrastructures des risques de crues.

La recherche de la durabilité à l’échelle d’un canton en pleine expansion démographique se joue également, Mesdames, Messieurs, sur d’autres tableaux.

Je pense en particulier à la problématique des matériaux de construction.

En 2016, le canton de Vaud a battu un record inquiétant: celui de la dépendance de l’étranger pour l’approvisionnement en matériau de construction !

Presque 40% du gravier utilisé sur nos chantiers proviennent de l’étranger et parviennent à leur destination par la route, en camion.

Cette situation est inacceptable  tant elle porte atteinte à l’environnement.

L’Etat de Vaud a pris une fois encore ses responsabilités.

Il a mis à jour ses planifications directrices en matière d’extraction des matériaux de construction ou d’accueil et de traitement des matériaux d’excavation.

Ces documents permettent l’ouverture, sur le territoire cantonal, de nombreux sites d’exploitation, nécessaires au développement économique et démographique de notre canton.

Cette activité est encadrée par un dispositif légal qui assure des remises en état complètes des sites d’exploitation ainsi que de nombreuses compensations écologiques.

Nous travaillons également au recyclage des matériaux de construction, au nettoyage des terres et à la promotion de l’usage du bois indigène dans ce secteur.

Mesdames et Messieurs, le canton de Vaud mise sur le développement durable.

La recherche de la durabilité guide un grand nombre de nos politiques publiques, dont les enjeux restent parfois peu connus du grand public.

Je renonce à vous en dresser la liste complète : je m’arrêterai sur un seul exemple: l’énergie.

Le 21 mai dernier, les Suisses ont dit non à l’atome et se sont tournés vers un approvisionnement énergétique, sûr, durable et local.

Une décision courageuse qui prouve que la vision d’une Suisse durable n’est plus une utopie.

Je m’en réjouis.

Mais la transition énergétique ouvre des interrogations sur les moyens de productions d’énergies renouvelables, les moyens de stockage ou encore notre dépendance vis à vis de l’étranger.

Dans de nombreux cas, les solutions techniques existent.

Pour relever ces défis, le canton de Vaud a adopté une loi pionnière sur l’énergie.

La législation vaudoise rend obligatoire que toute nouvelle construction couvre 20% de ses besoins en électricité par une source renouvelable.

Mais ces solutions techniques, à l’image de cette disposition légale, doivent être acceptées et soutenues par la population pour être mises en œuvre.

C’est l’un des principaux enjeux que nous devons réussir à surmonter dans les années à venir.

Prenez l’exemple des éoliennes qui ont été au cœur de la campagne sur la Stratégie énergétique 2050.

Certains défendent des paysages vierges de toute atteinte alors que d’autres estiment qu’un parc de turbines n’a pas plus d’impact visuel qu’une centrale nucléaire.

Des arbitrages devront être réalisés et des décisions devront être prises.

Mais il sera difficile de les appliquer si la majorité de la population concernée refuse de voir se dresser des éoliennes dans leur champ de vision.

Les autorités ont donc un rôle primordial à jouer.

Voilà pourquoi, le canton de Vaud ne s’est pas contenté dans le domaine des éoliennes, d’édicter des lois, des règlements ou des planifications, mais a développé les démarches participatives afin de faciliter le dialogue.

Et ce dialogue est essentiel pour concilier les besoins énergétiques avec la préservation du cadre de vie de la population.

Nous devons également faire preuve de convictions et d’engagement pour convaincre tous les acteurs, qu’ils soient chef d’entreprise ou citoyen, du bien-fondé des orientations retenues, qu’il s’agisse d’énergie, de gestion des déchets ou de soutien à la biodiversité.

C’est d’autant plus vrai que certains acquis sont systématiquement remis en question comme la question climatique.

Comment justifier les accords historiques ratifiés par la quasi-totalité des d’Etats à la suite de la Conférence de Paris sur le climat alors que les Etats-Unis les renient d’un revers de la main quelques mois plus tard ?

Par son geste, ses propos, ses tweets, quel message le président Donald Trump donne-t-il à la jeunesse de son pays, à la jeunesse du monde entier ?

Comment justifier également nos efforts en vue de réduire le recours aux énergies fossiles alors que les Etats-Unis entendent construire un pipeline géant et que le Canada veut élargir sa production de pétrole dans l’Alberta ?

Plus que jamais, Mesdames et Messieurs, le défi de la durabilité se joue aujourd’hui.

Pour construire une économie et une société durable, la première règle est, à mes yeux, d’anticiper le changement afin de réconcilier l’économie et l’environnement.

Un partenariat exemplaire entre l’homme et la nature.

J’appelle de mes vœux la classe politique à se montrer à la hauteur des défis de demain afin de léguer aux générations futures un monde durable.

Pour relever ces enjeux, nous avons besoin de votre enthousiasme, de votre imagination, de votre expérience pour résoudre les problèmes des prochaines décennies.

Vous êtes en quelque sorte notre boussole.

Je souhaite que vos échanges soient fructueux et favorisent une société sachant allier prospérité et durabilité.

Merci de votre attention. »

 

 

Philippe Le Bé

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

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