Une autre Europe

Quelle Europe voulons-nous ? C’est à cette question que les Européens doivent répondre à l’occasion de la crise majeure engendrée par le Brexit. Le doute n’est plus permis. Le désamour des citoyens, et pas seulement des Britanniques, à l’égard de la construction européenne ne peut plus être mis sous le tapis du politiquement correct.

 

Comme on ne tombe pas amoureux d’un PIB, on ne peut tomber amoureux d’une Europe qui ne semble se focaliser que sur des considérations purement économiques et financières, aussi importantes soient-elles. Les fondateurs ne l’euro, cette monnaie unique que les Britanniques n’ont pas voulue, n’ont jamais caché leurs intentions. Avec l’euro, disaient-ils juste avant 2000, l’Union européenne sera contrainte de se forger une politique fiscale, budgétaire et sociale commune. Cette stratégie du forceps a fait long feu. L’Europe fiscale, budgétaire et sociale n’existe toujours pas. Et pour cause. La monnaie est le miroir d’un peuple, elle n’est pas son horizon. La charrue a été mise avant les bœufs.

 

Comment, dès lors, l’Europe pourrait-elle encore faire rêver, puisque c’est de cela qu’il s’agit ? Comment pourrait-elle encore galvaniser les peuples ? Autour de quels projets ?

 

Une croissance organique.

 

 Il faudrait peut-être commencer par se convaincre de la nécessité d’une croissance organique de l’Europe, à l’image de ce que nous enseigne la nature vivante. Prenons une image. Au cours des millénaires, quand les atomes se sont agrégés pour former des molécules qui se sont rassemblées à leur tour pour former des cellules, lesquelles ont donné naissance aux règnes minéral, végétal, animal et humain, ces mêmes atomes, molécules et cellules n’ont pas disparu ! Ils continuent à évoluer en tissant un réseau d’informations toujours plus dense et subtil.  Ce n’est pas de l’uniformité mais de l’unité dans la diversité.

 

De même, les nations que certains «bons esprits » croyaient mortes et enterrées sont toujours bel et bien dans le cœur des peuples. Il suffit de voir l’Eurofoot pour s’en convaincre ! L’idée que ces nations soient diluées dans un magma européen anonyme et impersonnel est toujours plus contestée, plus ou moins consciemment, par les peuples. Lesquels rejettent tout ce qui pourrait conduire à de l’uniformité, au détriment de la diversité.

 

Une Europe à plusieurs vitesses.

 

L’Europe s’est gonflée comme une baudruche pour arriver à 28, de manière bien trop rapide, en légiférant à tort et à travers, sans une réelle vision susceptible d’emporter l’adhésion des Européens.

 

A partir de ce constat, il serait peut-être raisonnable de construire plusieurs cercles d’intégration, comme cela a déjà été suggéré, des pays fortement engagés dans la construction européenne jusqu’à ceux qui, par vocation ou par nécessité, le sont le moins.

 

Ensuite, il pourrait être sage de définir clairement les domaines qui sont de la compétence des autorités locales, au sein des régions et des Etats. On entend trop souvent le reproche fait à Bruxelles de se mêler de tout et de n’importe quoi. A contrario, certains domaines, dans l’environnement ou dans l’énergie par exemple, exigent une règlementation et un contrôle supranational.

 

Convoquer les états généraux.

 

Enfin, convoquer des états généraux dans chaque pays de l’UE serait un moyen de donner aux Européens une nouvelle raison de croire à la construction européenne. Il s’agirait bien sûr d’une profonde réforme institutionnelle qui ne se ferait pas du jour au lendemain mais qui pourrait être mise en chantier sans plus attendre.

 

Ces états généraux feraient la synthèse des revendications sociales émises par les citoyens concernés, dans leur propre profession. Imaginez que chacun, dans son domaine d’activité, émette des propositions d’amélioration très concrètes, qui seraient ensuite débattues au niveau local, régional, national puis européen, le cas échéant.

 

La primauté du social sur le politique.

 

Imaginez trois chambres sociales, représentant par exemple l’enseignement, la justice et l’économie, élues professionnellement au suffrage universel. Elles auraient pour mission de préparer des lois ensuite impérativement appliquées par trois autres chambres politiques correspondantes. Cela sonnerait le glas des partis politiques focalisés sur le pouvoir et le début de cette « participation » dont rêvait Charles de Gaulle.

 

 L’Europe y trouverait un salutaire second souffle. Les changements doivent en effet se dessiner de bas en haut, en commençant par les régions et les pays pour s’achever au sommet des institutions européennes. Un principe que la Suisse a bien intégré dans son mode de fonctionnement.

 

Il est donc possible, face aux défis auxquels notre planète est confrontée, de faire rêver les Européens. En les associant à leur propre destin.

 

Philippe Le Bé

Désormais journaliste indépendant, Philippe Le Bé a précédemment collaboré à divers médias: l’ATS, Radio Suisse internationale, la Tribune de Genève, Bilan, la RTS (Radio), L'Hebdo, et Le Temps. Il a publié deux romans: «Du vin d’ici à l’au-delà » (L’Aire) et « 2025: La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave » (Edilivre).

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