Le Pseudo rapport contre la défense aérienne suisse !

Un article paru ce jour dans la presse parle donne l’avis d’un spécialiste international de la défense sur le fait que la Suisse n’a pas besoin d’une trentaine d’avions de combat et pourrait faire mieux avec moins d’argent. L’occasion de revenir sur cet épineux dossier et de vous donner quelques précisions.

Un rapport demandé par le PS 

Ce rapport fait suite à une demande du parti socialiste suisse, qui est engagé contre le projet air2030. La parution de ce rapport fait suite à une action coordonnée après qu’une délégation du PS se soit rendue chez l’avionneur italien Leonardo. L’objectif étant de proposer comme avion le M346FA en lieu et place des quatre avions testés ce printemps. Ce rapport en allemand est constitué d’une centaine de pages.

L’intoxication 

Si, de prime abord ce rapport semble assez sérieux au début de la lecture, on s’aperçoit assez vite que « l’expert » ne maîtrise pas les éléments clefs d’une défense au sein de notre pays. Celui-ci tente bien de prendre comme exemple de pays étrangers comme référence, comme l’Arabie Saoudite. Tout d’abord, je ne peux que m’interroger sur le niveau de connaissances de celui-ci, ce rapport et du niveau d’information. Il semble que cet expert ne sache pas que les ondes radar ne traversent pas les montagnes ! Voici un exemple en ce qui concerne la défense sol-air imaginé par le rapport (fig1) :

 

Selon ce schéma, à aucun moment les radars ne sont perturbés par les montagnes ! Hors, la réalité terrain et fort différente. Toute personne ayant servi dans la DCA, sait que celle-ci et affectée par notre topographie particulière. Vous en doutez ? Voici une copie d’un schéma de détection d’une batterie RAPIER (Fig2) sur une position que j’ai eue l’occasion d’exploiter. Vous constaterez que la détection ne peut couvrir à 360°, en cause les collines et montagnes environnantes. Le système RAPIER étant  de courte portée, je vous laisse imaginer comment réagirait un système longue portée ! Le schéma utilisé par ce rapport et simplement irréaliste et trompeur.

Propagande pour le Patriot :

Le rapport tend a démontré de manière maladroite qu’un système sol-air serait plus intéressant et plus important qu’un avion de combat. Ce dernier néglige le fait qu’un système missiles sol-air est avant tout une arme de guerre, inopérable en temps de paix et à plus forte raison pour la police du ciel.

Mais ce rapport va plus loin, puisqu’il donne même sa propre évaluation des systèmes Raytheon Patriot et Eurosam SAMP/T. Là où les choses dérapent complètement, c’est lorsque celui-ci recommande de choisir le système américain !

Promotion du M346FA :

Concernant le futur avion de combat, le rapport propose donc ouvertement l’avion école M346 de Leonardo. Il semble clairement que l’expert ne disposait pas des dernières informations disponibles sur le sujet. En effet, notre spécialiste recommande l’achat du M346 car celui-ci ne viendrait pas remplacer les Boeing F/A-18 « Hornet » mais serait complémentaire de celui-ci sur le long terme. Pour cela, il faudrait prolonger les « Hornet » au-delà de 2030 et investir sur un nouveau radar et une nouvelle électronique. Toute la démonstration est basée sur cette théorie.

Le rapport néglige plusieurs points :

Nos « Hornet » sont déjà prolongé jusqu’en 2030, passant de 5’000 heures de vol à 6’000. Le Hornet n’est plus produit pas Boeing et a été retiré des unités de première ligne au sein de l’US Navy cette année. Par ailleurs, dès 2023, l’avion sera progressivement retiré du service par la Marine américaine. De fait, les mises à jour des logiciels ne seront plus disponibles à partir de 2023. L’obsolescence guette. Il sera donc impossible, comme le prétend ce rapport, d’y adapter un nouveau radar, ni une nouvelle électronique. De toute manière, cela ne servirait à rien, puisque le potentiel de la cellule et de pièces détachées arriveront en bout de course en 2030.

Le Leonardo M346FA :

Au vue des exigences du cahier des charges des Forces aériennes en parfaite adéquation avec les nouvelles menaces, la proposition du M346 est une farce :

Le M346FA est issus d’un aéronef école et non d’un intercepteur multirôle. De plus, l’appareil en version combat (Light Attack) spécialisés pour l’attaque au sol légère peut tout au plus se défendre en matière d’interception à courte distance. L’appareil ne dispose pas de radars modernes de type AESA avec une portée suffisante. Pires, l’avion ne possède pas la postcombustion et encore moins le nouveau mode « Supercroisière ». De plus, le M346FA ne répond pas à la norme QRA15 de l’OTAN en termes de décollage en moins de 15 minutes ! Le M346 ne peut donc pas assurer un rôle de police du ciel 24/24, soit le minimum demandé.

Incohérences et imprécisions

Le rapport précise qu’il est primordial que la défense suisse de fonctionne en réseau, hors le M346FA ne possède pas la puissance électronique pour fonctionner en réseau !

Le rapport dit : La Suisse devrait plutôt envisager un avion de combat plus petit avec une vitesse suffisante. Quelle vitesse ? On ne sait pas.

Le rapport dit : le service aérien en Suisse s’effectue dans une zone relativement petite et peu menacée. Sauf, que notre pays à la plus forte densité d’avions de ligne au quotidien, plus de 3000 et que justement la petite taille du territoire justifie un avion qui accélère vite pour rejoindre un aéronef en difficulté dans le cadre de la Police du ciel.

Le rapport justifie l’achat du M346 par le fait que le jet  d’entraînement M-346 FA permet aux pilotes de s’entraîner au mieux. En Suisse notre avion d’entrainement est le Pilatus PC-21, moins cher et plus économe que le M346. Pourquoi donc, acheter un doublon ?

Le rapport justifie l’achat d’un système sol-air pour défendre l’espace aérien, mais ne semble pas comprendre que dans notre pays montagneux, il faut une détection au-delà des montagnes et qui puisse voir en direction du bas (vallées). Seul un avion avec de hautes performances en est capable.

Déni et prise de position hasardeuse :

Sous un déni de réalité, le rapport commandé par le PS néglige l’essentiel et les réalités terrains de notre pays. Plusieurs données transcrites sont fausses ou incomplètes.

Le DDPS a pris soin de tester quatre avions de combat et deux systèmes sol-air, selon un cahier des charges précis dans notre pays, afin de vérifier le bon fonctionnement des systèmes, l’adaptation de ceux-ci au sein de notre topographie et de notre budget. Les résultats ne sont pas encore prêts, car l’analyse est rigoureuse. Mais ce rapport donne son propre résultat sans aucun test : le M346FA et le Patriot. Les concurrents vont apprécier.

Mais ne vous trompez pas Le PS ne votera jamais l’achat du M346/Patriot, ni aucun autre projet, le but étant de tromper nos citoyennes et citoyens devant la votation qui s’annonce !

L’amateurisme ni l’espoir ne sont des solutions !

Fig1 : détection improbable proposée par rapport qui néglige la topographie de notre pays, Il s’agit clairement d’un mensonge.

Fig2 : réalité d’une surveillance à 360° en jaune du radar RAPIER limitée par la topographie.

 

Note : hormis, mes connaissances en aéronautique, j’ai fonctionné comme Chef d’Unité de feu RAPIER de 1996 à 2004 avec une qualification tirs réels en 2002 aux Hébrides en Ecosse.

 

 

Pascal Kümmerling

Pascal Kümmerling

Né à Genève en 1970, Pascal Kümmerling a, depuis l'adolescence , pour passion le monde de l'aviation. Après une licence de pilote privé au Canada, licence pro et finalement instructeur. Avec plus de 3'000 heures de vols et une quarantaine d'élèves formés, Pascal se lance dans l'écriture à travers diverses publications aéronautiques, conférencier à ses heures.

9 réponses à “Le Pseudo rapport contre la défense aérienne suisse !

  1. Le schéma “Rapier” date de 1985, la technologie tout de même évolué depuis plus de 30 ans.
    Quant au PS, pas de surprise: la supression de l’armée est inscrite dans leur programme. Le PS est cohérent avec ses convictions, il est prévible, même s’il est au plus bas depuis 1919 son pouvoir de nuisance reste intact. Le danger ne vient pas du PS mais du centre qui depuis quelques années soit s’abstient de voter soit fait la girouette selon le vent électoral du moment. Ce ne sera pas évident de gagner en 2020, le 19.5.19 est aussi resté dans la mémoire de potentiels futurs abstentionnistes.

    1. @Jimmmy.D, Oui mais le RAPIER est doté d’un radar à balayage électronique Passif (PESA), les systèmes en tests au sein d’air2030 utilisent des radars à balayage électronique Actif (AESA) donc très proches. Ceci dit cela ne change en rien le fait, que les ondes radars soit dégradées par les montagnes. c’est pour cela que les tests aériens et au sol avaient une part importante en ce qui concerne le comportement des radars.
      Pour le reste j’abonde dans votre réaction.

  2. En cherchant la limite d’exploitation du FA/18, je suis tombé sur un rapport de l’aviation royale du Canada
    (http://www.45enord.ca/2019/03/aviation-royale-canadienne-pas-pu-honorer-engagements-envers-otan-norad/ ) expliquant que la limite d’exploitation du FA/18 serait de 2032 , dernier délai pour rester compatible avec les exigences du Norad et de l’Otan.
    On peut donc en déduire que la Suisse pourrait exploiter ses propres FA/18 jusqu’à cette date limite et même si les US les remplace à partir de 2023 , ils devront en assurer le support jusqu’en 2032 ?!
    Evidemment, l’achat de nouveaux avions devra avoir lieu plus tôt pour assurer une transition douce , idéalement avec un avion similaire comme le Super Hornet , le FA/18 EF, qui donc partirait avec un avantage sur ses concurrents …
    Mais exiger trop d’appareils pourrait aussi s’avérer délicat pour le référendum !

    1. @Hubert Giot, C’est pour cela que nous avons fixé en Suisse la date limite de 2030. Au-delà, il est difficile de savoir ou en sera le stock de pièces détachées sur le marchés. Il faut différencier, le pièces détachées et les mises à jour logiciels qui seront stoppées dès 2023. Là, les utilisateurs du Hornet auront rapidement des problèmes d’obsolescence. C’est pourquoi cette option de modernisation du “pseudo rapport” ne tient pas la route.
      L’exigence du nombre d’avions sera prise après la votation et selon le seconde offre des avionneurs qui sera fournie à ce moment seulement. Le prix, mais également le meilleur équilibre entre l’avion et le système sol-air détermineront celui-ci.

  3. Boeing ne sait pas quoi faire de ses 737 Max.
    Il ferait payer peu cher un exemplaire qui serait sécuritaire dans un rôle d’AWACS avec un ou deux avion à réaction minimal accroché en pylône pour la mission d’intercepteur d’un avion de ligne.

  4. Il semble que le bureau de l’expert ACAMAR Ltd soit directement lié au fabricant de missiles sol-air Raytheon en course pour notre pays ? Est-ce vrai ? Le PS jouerait-il la carte des marchands d’armes sans le savoir ?

    1. @Patrice, ce qui est certain, vient du fait que l’expert engagé par le PS a œuvré dans l’US Army au sein d’une unité de missiles Patriot. Des liens semblent exister entre l’équipe du bureau ACAMAR et la direction de Raytheon. Reste à définir à quel niveau.
      Le PS n’est peut-être pas au courant et si cela s’avère juste sa propagande va tomber à l’eau avec des conséquences importantes.

  5. Brouiller les pistes et induire des doutes fait partie du jeux un peu stupide des opposants. Autre aspect: la Suisse est en Europe, les USA cherchent des brouilles commerciales avec tout le monde (a moins que cela change en 2020), etc. L’achat du prochain matériel de l’armée va t il se concentrer sur du matériel Uniquement européen ?

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