F/A-18, il est devenu urgent de les remplacer

Selon un communiqué du DDPS, de nouvelles fissures ont été découvertes le mercredi 9 octobre 2019 à l’occasion des travaux d’inspection des volets d’atterrissage du F/A-18C/D « Hornet ». La conséquence en est une restriction de vol pour assurer la sécurité du vol. Pour cette raison, les manifestations prévues jeudi de l’armée de l’air suisse sur l’Axalp doivent être annulées.

De nouvelles fissures ont été découvertes mercredi aux volets d’atterrissage d’un F/A-18C/D. À titre de mesure immédiate, le commandant de la Force aérienne a ordonné une restriction de vol pour la flotte de «  Hornet » et l’inspection de tous les aéronefs de type F/A-18 des Forces aériennes.

Pour les opérations aériennes, les restrictions de vol signifient qu’aucune démonstration d’avion près du sol et aucune attaque au canon ne seront effectuées avant la fin de l’inspection avec l’avion correspondant. Il applique également une altitude minimale d’environ 1’000 mètres au-dessus du sol.

Malgré cette restriction de vol, les appareils F/A-18 sont disponibles pour le service de police de l’air (LP24).

Un problème connu 

L’ensemble de la flotte de Hornet a été soumis à un contrôle suite aux fissures découvertes fin janvier 2018 sur une charnière d’un volet d’atterrissage d’un F/A-18C. L’inspection des charnières en question a fait apparaître des fissures sur cinq appareils.

Une charnière fissurée avait été découverte sur un volet d’atterrissage d’un F/A-18C lors d’un contrôle intermédiaire. Il avait alors été décidé, à titre préventif, de soumettre les 30 F/A-18 des Forces aériennes à une inspection des charnières.

Les avions ont été réparés les uns après les autres. C’est l’entreprise RUAG qui a procédé à la réparation du F/A-18 dont la charnière était la plus endommagée.

Un travail de deux à trois heures est requis par appareil en moyenne, préparatifs compris. Pour ce faire, on utilise un appareil spécial permettant de détecter les fissures même les plus minimes. Il s’agit là, d’une analyse dite non destructive des microstructures.

Une prolongation limitée 

Après le rejet par le peuple du projet d’acquisition de l’avion de combat Gripen en 2014, le Parlement a approuvé la prolongation de la durée d’utilisation de la flotte des F/A-18, la faisant passer de 5’000 à 6’000 heures par avion. Cette mesure doit permettre de combler les lacunes jusqu’en 2030. Dans ce cadre, il est notamment prévu d’assainir la structure de ces avions âgés d’une vingtaine d’années.

En été 2018, RUAG a pu réviser un premier appareil, qualifié de prototype, en l’espace de quatre mois. Concernant les cinq appareils suivants, les travaux dureront sensiblement plus longtemps que prévu. Ce retard est dû à des problèmes qui n’avaient pas encore été rencontrés à ce jour et remonteraient à l’époque de leur construction, à la fin des années 90 ; ils n’ont été pour l’instant que partiellement résolus. C’est ainsi que certaines pièces de rechange ne sont pas adaptées à la structure des avions. Le retard encore indéfini ainsi provoqué dans l’assainissement de cette structure a aussi des conséquences sur le reste de la flotte dans la mesure où cela bloque, chez RUAG, les capacités dévolues aux travaux de maintenance qui surviennent régulièrement.

La situation 

En conséquence, les Forces aériennes disposent de moins d’appareils pour assurer le service de vol : actuellement, ils sont dix sur les trente de la flotte de F/A-18, quand il en faudrait idéalement douze ou même quinze. Il faut s’attendre encore à d’autres situations de réduction de la disponibilité des avions de combat jusqu’en 2024, année prévue pour la fin du programme d’assainissement. Les F/A-18 prêts à voler suffisent cependant pour assurer, en tout temps, le service de police aérienne et les opérations de protection des conférences.

L’armée et RUAG font leur possible pour maintenir la disponibilité de la flotte à un niveau satisfaisant. Des travaux sont actuellement en cours pour que RUAG et les Forces aériennes puissent éventuellement disposer de ressources supplémentaires.

En conclusion

La prolongation demandée de la flotte de F/A-18 n’est pas une solution à long terme. La flotte de F/A-18 est de plus en plus mise à contribution. En résulte une fatigue accrue des cellules et une obligation de renforcement de celles-ci. Cette situation et complexe et ne peut qu’être que provisoire. Le besoin d’une nouvelle flotte d’avions de combat devient inexorablement URGENT !

Note : Les « Hornet » suisses volent en  moyenne 200 heures par années contre à peine 180 pour l’US Navy. Une heure de vol en Suisse est constituée à 80% en vol de combat ou l’avion est utilisé à pleine capacité. Aux USA, 50% d’une heure de vol est constituée d’un vol de convoyage (sans fatigue particulière pour la structure de l’avion) pour se rendre sur le site d’entrainement.

Photo : Les Hornet suisses sont très sollicités lors des entrainements@ DDPS

Pascal Kümmerling

Pascal Kümmerling

Né à Genève en 1970, Pascal Kümmerling a, depuis l'adolescence , pour passion le monde de l'aviation. Après une licence de pilote privé au Canada, licence pro et finalement instructeur. Avec plus de 3'000 heures de vols et une quarantaine d'élèves formés, Pascal se lance dans l'écriture à travers diverses publications aéronautiques, conférencier à ses heures.

18 réponses à “F/A-18, il est devenu urgent de les remplacer

  1. “Les « Hornet » suisses volent en moyenne 200 heures par années contre à peine 180 pour l’US Navy” . Mais les FA/18 suisses ne sont pas embarqués sur des porte avions où les conditions sont plus rudes (appontage avec de fortes contraintes ). Si d’un autre côté, il suffit de quelques heures par avion pour corriger le problème , cela ne semble pas insurmontable ni causer d’absence de la police de l’air .
    Et finalement, s’il faut les remplacer, je ne vois pas pourquoi nous devrions en acheter plus que nécessaire , les Gripen feraient bien l’affaire pour le seul usage qu’on en fait, la probabilité d’un conflit nécessitant des avions de combat est quasi nulle . Le budget prévu est deux fois trop important , nos voisins à l’Est se montrent beaucoup plus modestes sur ce sujet .
    Le rejet en referendum peut donc s’appuyer autant sur le coût que l’incertitude du choix et de la stratégie.

    1. Cher Monsieur Giot, permettez-moi de vous répondre sur vos affirmations :
      si les Hornet de la Navy sont engagés sur des porte-avions, ce n’est que sur des périodes limitées pour assurer un tournus. Par ailleurs, seule une partie des aéronefs d’un escadron sont embarqués, les autres restent à terre.
      Les problèmes de fatigue structurelle rencontrés chez nous ne posent pas de problème dans la mise en place de la PA24 à la condition que suffisamment d’avions puissent être disponibles pour l’entrainement normal. Sinon, il faut soit diminuer l’un ou l’autre. Jusqu’ici les Force aériennes ont pu limiter les dégâts. Fonctionner à flux tendu n’est pour autant pas enviable.

      Il n’est pas question d’acheter plus que nécessaire, nous disposons actuellement de 30 Hornet et d’une vingtaine de F-5 soit 50 aéronefs. Au mieux, nous aurons une flotte de 40 avions.

      Vous semblez penser le Gripen est un avion limité, donc suffisant. C’est faux, le Gripen E est parfaitement équivalent à ses concurrents en terme d’armement et de capteurs. Je porte à votre connaissance que malheureusement le Gripen E a été exclus de la compétition ce printemps, car celui-ci ne répondait pas complètement en terme de système opérationnel.

      Le budget prévu est minimaliste et directement issus du fonctionnement « ordinaire » du DDPS. Autrement dit, cet argent n’ira pas ailleurs que dans l’achat d’équipement militaire. La Pologne a déjà engagé près 7 milliards de dollars pour moderniser son aviation et ce n’est pas terminer, la Croatie, la Serbie prépare une augmentation de leur budget avec à la clef l’achat de nouveaux avions. Pour exemple la Finlande à un budget de 11 milliards de dollars pour un nouvel avion.
      Les 6 milliards prévu sur le budget ordinaire de l’armée seront compensés à 100%, sur 30 ans soit des places d’apprentissages, de travail pour notre industrie en général. Il en résultera des impôts, des cotisations AVS et chômage. Soit un juste retour !

      Le rejet en référendum signifierait la fin de notre souveraineté aérienne et nous serions tutelle de l’Otan comme l’Estonie, la Litunanie et la Lettonie. Il en résulterait deux choses : Notre espace aérien serait désormais libre pour opération aérienne de l’Otan sur des théâtres extérieurs, nous perdrions notre neutralité et la confiance de pays belligérants dans nos bons offices.

      De l’autre, rien n’est gratuit, l’estimation en 1997 d’une tutelle de l’Otan nous coûterait approximativement près de 800 millions francs par année. Sans retour pour l’économie ! Au final, préférez-vous 6 milliards sur 30 ans avec un investissement pour l’économie ou 6 milliards sur 12 ans sans rien ?

      1. Vous prenez les exemples qui vous arrangent, mais sans passer en revue tous les pays européens, 2 cas comparables à la Suisse méritent d’être signalés :
        – l’Autriche , pays neutre comme la Suisse, ne compte que 15 Eurofighter en service
        – la Belgique , faisant partie de l’OTAN, prévoit de remplacer ses 48 F16 par 34 F35 pour 3 milliards d’Euros .
        En ce qui concerne les places de travail, on peut aussi miser sur les infrastructures à remplacer pendant la transition énergétique qui coutera des dizaines de milliards de francs et investir dans le numérique et l’intelligence artificielle, la cryptographie, …
        L’armée n’est de loin pas le secteur le plus intéressant comme secteur d’investissement et j’ajoute que la Suisse doit s’équiper de drones étrangers alors quelle pourrait les développer localement .
        Je suis très sceptique sur les choix stratégiques retenus , encore très flous …
        Peut-on signer un chèque en blanc dans ces conditions ?

        1. @Hubert Giot, ma réponse concerne votre affirmation sur les pays de l’Est.

          L’Autriche est aujourd’hui incapable d’assurer une police du ciel 24/24 avec ses 15 Eurofighter T1, ni d’assumer une protection correcte de son espace aérien. Pour ce faire, notre Force aérienne est autorisée à intervenir le cas échéant dans leur espace aérien, tout comme les italiens et les allemands.
          Par ailleurs, l’Autriche cherche à remplacer ses 15 aéronefs par une flotte plus grande, mais elle bute pour l’instant sur un problème de taille : trouver un repreneur.

          Le cas Belge, la proposition de vente pour 34 F-35A à 3,6 milliards d’euros est finalement plus élevée que prévu pour être devisé à 5,35 milliards d’euros. Cette somme ne comprend pas d’armement, ni de pièces détachées, ni simulateur. Ces derniers seront loués par la Force aérienne des Pays-Bas d’où un surcoût additionnel, non encore divulgué.
          Je ne vous ai pas dit que l’armée était le seul secteur d’investissement, mais qu’il était très intéressant de pouvoir, grâce aux compensations, effectuer un retour d’investissement en faveur de l’industrie et des emplois. Ce qui ne remplace en rien les autres secteurs, mais complète les besoins du pays.
          Il n’y a rien de flou dans le projet air2030, le projet est pour une fois de la part du DDPS très clair. Il répond parfaitement aux menaces actuelles et futures (mise à jour de celles-ci). Notre Conseillère Fédérale Mme Amherd a eu d’ailleurs raison, de demander trois rapports indépendants, qui confirment le bien fondé du projet.

          Mais je peux comprendre votre difficulté, le sujet est en soi complexe.

  2. La Suisse produit des Pilatus. Ce serait suffisant pour sa défense.
    Puisque l’économie est un facteur primordial il est probable que l’Otan (par exemple) trouverait une compensation.

  3. M. Giot, Bien à vous de venir commenter et donner votre avis. Mais, il serait bon de vous documenter sur le sujet, vous faite à bien des égards de grossières erreurs, de confusions qui dénotent une méconnaissance du sujet. Certes, tout le monde ne peut se targuer de maîtriser un sujet aussi complexe que l’aviation à plus forte raison militaire. Mais commencez par étudier le sujet, ce serait un bon début.
    Vous parlez du vote ? Eh bien voyez-vous le drame de notre démocratie direct vient du fait que des individus lambda comme vous vont s’exprimer sur un sujet qu’ils ne connaissent pas. Nous atteignons ici les limites de celle-ci, pires nous ne sommes plus très loin de l’autodestruction de notre système démocratique.

  4. Bonjour M. Kümmerling, vous confirmez ici ce que j’avais entendu à propos de la répartition des heures de vol et que nos avions effectuent plus de temps en combat aérien que nos voisins.
    En ce qui concerne le potentiel du futur avion, sera-t-il équivalent ou supérieur à nos avions actuels ?

  5. Sympa cette vision d’un instructeur aviation mais pas très stratégique.

    Peut-être plus intelligent d’évoluer vers une solution avec des drones plutôt que des avions avec pilotes humains. Une solution probablement 10-1000x moins cher.

    Evidemment ça veut dire que Pascal ne pourra plus être invité pour des petits vols de plaisance.

    1. @louis, Hormis votre sarcasme qui en dit long, les drones ne peuvent assumer la police du ciel. Par ailleurs, je poste à votre connaissance qu’en matière de drone l’armée a été pionnière au début des années 90 en Europe et le nouveau drone Ermes 900 va entrer en service à la fin de l’année.

  6. Amusant de constater que les commentaires anti-avions, sont issus de personnes n’ayant en fait aucune connaissance du sujet, arguments nébuleux, faux et illusoires.
    Effectivement Mme Myers, je vous rejoins, nous donnons des sujets bien trop complexes en votation à certains de concitoyens.

    1. Bonjour Sarah,
      La réponse est Oui. D’ailleurs notre Conseillère Fédérale en charge du dossier et très intéressée par ce sujet. J’ai posé la question aux différents avionneurs. Si l’avion de Boeing est déjà qualifié « biokérosène » et vole au sein de la Navy avec un tel carburant, tous les autres avions pourront selon demande du DDPS être validé pour voler au biocarburant.
      Par contre, nous devrons investir dans la production d’un type de carburant, deux options s’offrent à notre pays : le biocarburant à base de compost et/ou de type solaire, selon le système mis au point par l’EPFZ.

  7. On sait que les FA-18 ne dureront pas éternellement, donc la vrai question de la future votation n’est pas est-ce que vous voulez un avion de combat mais est-ce que la Suisse veut une armée de l’air? Chacun se fera un avis et l’objet de mon commentaire n’est pas de le débattre ici.

    Par contre, ces problèmes m’interpellent.
    Pouvait-on les prévoir?
    Peut-on prévoir la durée de vie d’un avion de chasse? On sait que les avions commerciaux peuvent voler 20 à 30 ans et on connait aussi la fréquence des checks C, D etc… Donc les compagnies aériennes planifient et anticipent; mieux que les armées?
    Est-ce que ces problèmes vont affecter l’appel d’offre en cours et disqualifier le nouveau F-18 Hornet?

    Merci,

    1. @Joan_MIro: Oui les Hornet actuels ont un potentiel de 5’000 heures de vol. L’Advanced Super Hornet proposé par Boeing offre le double soit 10’000 heures. Chacun des nouveaux avions offre un potentiel amélioré.

  8. Dans tous les cas pour une indépendance parfaite il faudrais mieux acheter « européen »…!!
    Ras le bol de la dépendance USA..
    Du typhoon ou du rafale…
    Soyons cohérents

    1. @Durand: Il y aura de toute manière une dépendance, du fait des besoins de travailler en commun. Mais sachant qu’il faut choisir un nouvel avion et un système sol-air, la Suisse peut opter pour un système en provenance des deux.

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