Notre coopération au développement : Swiss-made ou Swiss first ?

Politiquement souvent renfermée sur elle-même, la Suisse a toujours été un acteur international important d’un point de vu économique, diplomatique et humanitaire. Notre coopération au développement est régulièrement louée, par exemple par l’OCDE, pour sa qualité, mais critiquée pour sa quantité trop modeste. Pourtant « les dépenses d’APD [Aide Publique au Développement] ont généré en 2014 un apport de revenus pour l’économie suisse de quelque 3,6 milliards de francs. Autrement dit, chaque franc d’aide a généré, en moyenne, des retombées économiques sur le PIB suisse de 1,19 franc […]. Globalement, les retombées sur le marché du travail des dépenses d’APD sont estimées à 25’000 emplois équivalents plein temps. »[1]

La coopération au développement Suisse est un produit d’exportation « Swiss-made » à haut succès, elle renforce notre réputation à l’échelle mondiale et reflète à merveille nos valeurs telles que la solidarité, la démocratie et les droits humains. Elle est en plus une génératrice d’emploi et de revenu pour la Suisse, dommage de ne pas en faire plus !

C’est ainsi qu’une majorité de Suisses sont favorables à une augmentation de cet investissement selon une récente étude de l’EPFZ de 2019.[2]

Pourtant, notre gouvernement et notre parlement semblent peu réceptifs aux arguments économiques, politiques et à l’éthique de la solidarité internationale.

Les promesses faites par la Suisse depuis des années – dans le cadre du Comité d’aide au développement de l’OCDE – pour augmenter la coopération au développement à 0,7% du revenu national brut (RNB) ne sont toujours pas tenues ! Seulement 0,45% sont prévus pour les années 2021 à 2024. Si l’on en soustrait les coûts d’asile dans notre pays[3], la quote-part n’est même plus que de 0,40%.

« C’est d’autant plus choquant que la Confédération n’a cessé d’enregistrer des excédents de plusieurs milliards depuis 2015, soit en moyenne 2,7 milliards de francs par an. L’augmentation progressive de l’APD à 0,7% du RNB se fait d’autant plus attendre qu’un excédent de 2,8 milliards est également attendu pour l’année en cours. »[4]

Quant aux orientations politiques et thématiques, la situation ne se présente guère meilleure. La consultation pour le nouveau message du Conseil fédéral pour la coopération internationale 2021-2024 a reçu des réponses peu enthousiastes de la part des experts du domaine. Les critiques principales sont les suivantes :

  • Les objectifs et les priorités sont trop vagues et donnent l’impression que les intérêts de la Suisse passent avant les intérêts de la population concernée, une ligne rouge dans la coopération au développement
  • L’objectif de la réduction de la pauvreté, pourtant un principe constitutionnel suisse[5], passe à la trappe
  • Les objectifs de la coopération ne sont pas suffisamment alignés sur l’Agenda 2030 des Nations Unies, qui est pourtant le programme élémentaire structurant les efforts de la coopération sur l’échelle mondiale.
  • Le renforcement de la coopération avec les entreprises privées plutôt qu’avec la société civile risque de saper les efforts de démocratisation dans les pays concernés

Il semble que la coopération au développement suisse est tombée en déshérence pour devenir un simple outil de la politique étrangère : une politique du « Swiss first » sur le dos des plus démunis dans le monde ? Cette nouvelle orientation est contraire à nos valeurs et à nos principes et elle est contreproductive pour la réputation de la Suisse dans le monde et pour les retombées économiques de la coopération internationale en Suisse.

La consultation du Conseil fédéral sur la nouvelle orientation de la coopération suisse s’est terminée le 23 août 2019. Beaucoup de choses restent à améliorer, le prochain parlement en décidera.

Pour plus d’informations, consulter le plaidoyer de la FEDEVACO

 

[1] https://www.eda.admin.ch/dam/deza/fr/documents/publikationen/Diverses/retombees-economiques-apd-suisse-2014_FR.pdf

[2] https://ethz.ch/content/dam/ethz/special-interest/gess/cis/center-for-securities-studies/pdfs/Si2019.pdf, page 9

[3] Intégrés par mystère au budget de la coopération !

[4] https://www.swissaid.ch/fr/priorite-agenda-2030

[5] Art. 54

Pascal Gemperli

Pascal Gemperli

D’origine alémanique, Pascal Gemperli vit dans le Canton de Vaud depuis l’an 2000. Il est marié et père de 4 filles. De 2012 à 2018 il était Président, aujourd’hui Secrétaire général de l’UVAM. Il est porte-parole de la FOIS et membre de la Commission consultative du CSIS. Pascal est médiateur assermenté et membre du Conseil communal de Morges. Pour ae-Centre, il gère des projets de coopération au Maghreb.

Une réponse à “Notre coopération au développement : Swiss-made ou Swiss first ?

  1. Et oui ….hélas!!
    Avec la chance de vivre dans un pays qui a tous les conforts, de peur de les perdrent, on en oublie
    Le reste du monde qui aimerait tout simplement vivre décemment .

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