A la découverte du Moutai Episode 2 : le secret de la princesse volante

Elaboré à partir de sorgho rouge local et d’eau de la rivière Chishui (un affluent du Yang Tsé), le Moutai – réputé bio même si aucune norme claire n’est fournie ! – est produit dans une des dernières régions de Chine à peu près épargnées par la pollution. Il est aussi fabriqué de manière artisanale suivant un processus comptant parmi les plus complexes au monde. Neuf passages de vapeur, huit fermentations, sept distillations et un vieillissement minimum de quatre ans pour l’emblématique cuvée Feitian (littéralement « la princesse volante »), certaines jarres pouvant contenir des eaux de vie de plus de 80 ans ! Mais n’espérez pas en savoir beaucoup plus sur cette fameuse cuvée Feitan. Sa composition exacte relevant du secret d’Etat, toute question un peu trop poussée pourrait vite être assimilée à un acte d’espionnage.

 

Un trésor de plusieurs milliards d’euros

Sachez juste, lorsque vous achetez un flacon de Moutai, que l’année indiquée sur la céramique blanche n’indique pas le millésime de fabrication, mais la date de commercialisation. Pas étonnant quand chaque flacon est issu d’un savant assemblage de diverses années. Pour produire les différentescuvées de Moutai, des équipes de spécialistes vont puiser dans les centaines de jarres ventrues entreposées dans une cave spéciale gardée par l’armée chinoise elle-même. Au cœur de cette réserve magique que j’ai eu le privilège de visiter sous bonne escorte, sont alignées pas loin de 500 jarres qui représentent à elles seules un trésor de plusieurs milliards d’euros.

Titrant 53 °, le Moutai doit sa complexité aux 140 micro-organismes développés notamment lors de la fermentation. Il présente, selon les assemblages, des arômes de truffe, de cacao, de thé vert, de jujube, de noisette grillée, de zestes d’agrumes, de préparation médicinale, de baie de sureau, de sous-bois, de terre, voire de sauce soja. De quoi dérouter nos palais occidentaux, à commencer par le mien, même si au fil des dégustations, on finit par saisir toute la finesse et la subtuilité de cette alcool hors normes. A la vitesse à laquelle la Chine conquiert le monde, qui sait si, un jour, le Moutai ne sera pas aussi populaire en Europe que le whisky l’est aujourd’hui ? Déjà, à Paris, New York ou Genève, mais aussi à Lyon, Bordeaux et Marseille, les bar-tenders des plus grands établissements commencent à apprivoiser cet ovni. Ils tentent désormais, à travers des cocktails, de l’adapter aux goûts occidentaux, notamment pour leur clientèle jeune.

 

Mao buvait chaque jour son verre de Moutai

Le gouvernement chinois met aussi la main à la pâte pour promouvoir sa boisson nationale. Depuis que Mao, lors de la Longue marche, a fait étape dans la région où ses troupes ont soigné leurs plaies et leur moral avec le précieux alcool, ce « médicament » est devenu une arme diplomatique. Aujourd’hui, pas un chef d’Etat en visite officielle n’échappe à son minuscule verre (1cl) de Moutai, qu’il est prié d’ingurgiter cul sec. Mao d’ailleurs, à en croire la légende, a sacrifié à ce rituel jusqu’à sa mort, chaque jour que Marx fit. Mais jamais seul, car le Moutai doit se déguster en bonne compagnie.

Découvrez demain la suite (et la fin) de la saga du Moutai

Olivier Le Naire

Olivier Le Naire

Olivier Le Naire, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef adjoint du magazine français L’Express, est passionné par l’univers du vin et des spiritueux. Auteur de nombreux livres, dont "Découvrir lez vins bio et nature" publié chez Actes Sud, il est diplômé du fameux Wine & Spirit Education Trust (WSET). Juré de concours vinicoles, il anime aussi les formations de L’Atelier des Dégustateurs.

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